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[fic]: L'Avènement des Dieux
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[fic]: L'Avènement des Dieux posté le [07/11/2017] à 20:07

Chapitre 13 : Soleil Noir.


Spoiler :



Je ne pouvais pas croire ce que je venais de voir. Ces flammes violettes qui sortaient de la terre, brûlant tout sur leur passage et cette marque dans le ciel qui planait au-dessus de nos têtes…Ainsi donc, nous avions raison, Shadow essayait bien de réveiller les esprits de la terre immortel et il avait réussi.

Je n’avais jamais vu les esprits de la terre en action, j’étais beaucoup trop jeune, mais je me souvenais que mes parents, qui avaient suivi les actualités de l’époque, m’en avaient souvent parlé pour me faire peur et même maintenant, ces histoires me glaçaient le sang…

Je me tournai vers Hélios. Je savais qu’il possédait de grands pouvoirs, je l’avais bien vu lors de mes songes mais…était-il réellement capable de rivaliser avec de telles forces de la nature ? Je n’aimais pas ça mais…j’allais devoir lui faire confiance cette fois-ci. Sans son aide, nous étions condamnés…

Je repensai soudain à Laura. Elle qui était alliée à Shadow, avait-elle approuvé ce plan pour faire renaitre les esprits de la terre ? Je n’arrivai pas à le concevoir…Jamais mon amie d’enfance n’aurait accepté que de telles abominations voient le jour…Mais, cette amie existait-elle toujours ?

-Pourquoi Laura ? Soupirai-je. Pourquoi aides-tu un homme pareil ? Soupirai-je en serrant le poing, frustré de ne rien pouvoir faire.

-Arrête de te tracasser pour elle, Laura s’en sortira, ne t’inquiète pas ; me dit Marie, remarquant mon attitude.

Pour une fois, Marie s’était trompée. Je ne m’inquiétai pas pour Laura mais de Laura. Si jamais nous avions à l’affronter…Non seulement elle était dangereuse, mais en plus, je ne savais pas si j’avais le courage de la combattre de toutes mes forces ou non…

Soudain, je vis comme une lumière étrange s’échapper de la forêt. Je me frottai les yeux, pensant avoir rêvé mais la lumière ne disparut pas et s’intensifia même.

-Marie, est-ce que tu vois ça ? Demandai-je à ma sœur, pensant devenir fou.

-Non, je ne vois rien. Mais si tu parles de la présence autour de nous, je la ressens, oui ; me répondit-elle naturellement en haussant les épaules.

-Et…

-Elle n’est pas agressive non, mais elle a l’air inquiète…

Je fronçai les sourcils. Qu’est-ce que c’était encore que ces histoires ? Une sorte de fantôme nous observait ou quoi ?

Je me souvins tout à coup de la suite de mes songes et une idée stupide germa dans ma tête, idée stupide que je devais tout de même aller confirmer.

Discrètement, et comptant sur Marie pour me couvrir, je m’éclipsai et me dirigeai vers la source de lumière. Ainsi, je m’enfonçai à la lisière de la forêt, à présent vraiment menaçante sans les maigres rayons de soleils venant l’éclairer, et je m’arrêtai au pied d’un grand arbre.

Là, la lumière semblait m’attendre, flottant à quelques mètres au-dessus du sol, projetant une ombre inquiétante sur les environs mais je ne me laissai pas démonter pour si peu.

-Luna ? Est-ce toi ? Demandai-je dans le vide.

Je sentis alors une légère brise et la lumière s’intensifia rapidement, à tel point que je dus me cacher les yeux pour ne pas finir aveugle. Au début, ce n’était qu’une sphère lumineuse mais peu à peu, des contours se firent jusqu’à lui donner forme, celle de la jeune femme que j’avais vu dans mes songes.

-C’est bien plus dur de te contacter dans le monde réel que dans tes rêves Darksky ; protesta-t-elle. Tu ne peux pas savoir tout ce que j’ai dû faire simplement pour reprendre mon corps.

-Que viens-tu faire ici ? Répondis-je, ignorant ses plaintes et concentré sur le reste du groupe, de peur qu’ils ne parent sans moi.

-Profiter du retour des esprits de la terre, quelle question ; me répondit-elle sarcastiquement.

-Mais encore ?

-Veiller sur mon frère, ça me parait évident ; continua Luna en haussant les épaules. Ce boulet ne peut pas se surveiller tout seul, que veux-tu.

-Et…pourquoi ne pas être allée lui parler directement ?

-Bonne question…Je dirais que son esprit est trop fermé pour le moment ; lança-t-elle avec un large sourire qui cachait bien des choses.

Je soupirai mais, alors que je m’apprêtais à lui en demander davantage, j’entendis des pas derrière moi et, en me retournant, je vis Drago accourir vers moi, l’air inquiet et Luna disparut au même moment dans une trainée de brume, m’empêcher de continuer notre conversation.

-Il s’est passé quelque chose ? Demandai-je, intrigué.

-Les esprits ! Quelque chose a changé là-bas !

Je serrai les dents. Ma conversation pouvait bien attendre. Ma priorité était de remettre ces esprits de malheur à leur place avant qu’ils ne causent des dommages irréparables.

Je suivis Drago en courant au sommet de la colline et ce que je vis à mes pieds me sidéra. Les flammes violette, qui jusque-là, étaient lointaines, commençaient à gagner du terrain sur la forêt et à se rapprocher dangereusement de nous.

-Il faut faire quelque chose ! S’écria Alice, affolée. Si nous laissons ce Shadow faire, toute la planète pourrait se transformer en un immense brasier !

-Comment est-ce possible ? S’étrangla Trudge consterné, les esprits de la terre créent des flammes, mais celles-ci ne sont pas sensées se propager, mais simplement affirmer leur présence !

-Pour les sept que vous connaissez oui, mais ceux-là ont été créés pour tout détruire en cas de défaite pour ne rien laisser aux dragons…Mais je ne peux pas rester là sans rien faire, je dois…

Alice fut interrompue dans son monologue par Hélios qui, passant devant tout le monde, se plaça au sommet de la colline, juste devant le précipice et se mit à contempler la forêt brûlant à ses pieds.

-Bien, Bien, Bien, ça en fait un beau brasier tout ça ; déclara-t-il en croisant les bras. Est-ce que tu penses que ça peut s’éteindre ?

Nous nous regardâmes tous, cherchant à qui le roi pouvait bien s’adresser mais visiblement, ce n’était à aucun d’entre nous. Je commençai à me dire qu’il devenait fou à cause des vapeurs toxiques libérées par le bois en fois mais soudain, ce dernier fut entouré de son aura sombre et nous reculâmes tous d’un pas.

-Qu…Qu’est-ce que vous faites ? Bégaya Drago.

Hélios ne répondit rien et l’aura autour de lui s’intensifia jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’une ombre au milieu d’une marée de fumée noire. Je ne comprenais pas ce qu’il essayait de faire mais je n’étais pas réellement sur mes gardes, voyant que Marie souriait légèrement.

La fumée s’étendit alors à ses pieds et plongea droit vers les flammes, recouvrant rapidement la forêt tel un immense nuage d’orage. Un instant plus tard, je ne distinguai plus que cette marée noirâtre survolant la forêt en proie au feu, et cela, sur des kilomètres à la ronde…

Le roi claqua alors des doigts et, dans un grondement sourd, toute la fumée disparut. Mon cœur rata un battement un à ce moment-là et les visages de tous mes compagnons affichaient un air consterné en voyant que, du brasier ardent, il ne restait plus que des arbres à moitié calcinés…

Lorsqu’Hélios se retourna vers nous, il semblait assez satisfait de lui, mais nullement épuisé par sa démonstration de force.

-C…Comment ? Articula Trudge, livide.

-Trop long à expliquer. Marie le fera si elle en a envie un jour ; lui répondit le souverain nonchalamment.

-Et…est-ce que nous en avons fini ? Hasarda Drago, connaissant déjà la réponse.

-Pas vraiment non ; lui répondit Hélios en haussant les épaules.

La terre se remit alors à trembler et au loin, une immense masse sombre s’éleva au-dessus des arbres. Dans cette semi nuit, il était difficile d’en distinguer les contours mais une sorte d’aura s’en échappait, une aura maléfique, bien plus que tout ce que nous avions connu jusqu’à maintenant, peut-être même plus que celle d’Hélios et je pouvais voir comme deux yeux rouges immenses luire dans la pénombre.

-Qu’est…qu’est-ce que c’est que ça ?! S’exclama Marie.

-ça…un esprit de la terre immortel…ni plus ni moins…répondit l’agent en grimaçant.

Nous n’eûmes pas le loisir d’observer la créature maléfique plus longtemps car rapidement, les nuages dans le ciel prirent une forme étrange et se mirent à tourbillonner, formant comme une tour sombre autour de l’esprit. Au même moment, quelque chose se mit à scintiller d’une lumière émeraude dans la poche d’Hélios et ce dernier sortit une petite pierre de la même couleur. Aussitôt, les yeux d’Angéla s’agrandirent et elle frappa violemment le sol de son pied.

-Quoi ! S’écria Angéla, rouge de colère, vous avez encore ce truc !

-Je l’avais gardé par précaution, on ne sait jamais ce qu’il peut se passer ; répondit calmement le roi. Et puis, j’avais besoin de confirmer quelque chose…

-Confirmer…Quelque chose ? Répéta la jeune fille, confuse.

-Attendez, serait-ce de l’orichalque par hasard ? Hasarda Alice, le visage sévère.

-Possible, oui…

-Alors c’est bien vrai…Murmura la gardienne. Si l’orichalque réagit à la présence des esprits, cela signifie que toutes les énergies négatives de ce monde sont liées…

-Pa…Pardon ? Bégaya Trudge, qui avait visiblement décroché depuis un moment.

-Une théorie veut que la plupart des fléaux de ce monde aient été, non pas indépendants comme ils ont l’air de l’être, mais liés et orchestrés par une seule et unique créature.

Au moment même où Alice prononça ces mots, je vis Hélios tiquer, comme s’il savait quelque chose à ce sujet.

-Très bien, mais pour le moment, au lieu de trouver l’origine de ces fléaux, il vaudrait mieux les arrêter à mon avis ; s’exclama le roi, cherchant à détourner la conversation.

Personne ne trouva matière à le contredire mais ma suspicion à son égard redoubla d’intensité et je décidai de ne pas baisser ma garde. Il nous cachait quelque chose, j’en étais persuadé à présent et je comptais bien le percer à jour.

-Et comment allons-nous nous rendre aux lignes de Nazca si nous ne savons même plus où se trouve notre avion ? Déclara alors Marie qui était peut-être la seule du groupe à avoir gardé les pieds sur terre.

-Rien de plus simple ; lui répondit Alice. Naga, si tu veux bien.

Le cristal incrusté dans la poitrine du dragon blanc se mit à rayonner une vive lumière qui nous enveloppa tous. Le monde autour de moi devint flou, jusqu’à n’être plus qu’une énorme tache noire.

Je fermai les yeux, ne comprenant pas ce qu’il se passait et je me sentis comme aspiré par un puissant portail.

Lorsque tout cessa, ma tête tournait et je perdis rapidement l’équilibre, m’écrasant par terre. Cependant, je ne m’attendais pas à atterrir sur un sol pierreux et froid.

Lorsque je rouvris les yeux, je vis alors que nous ne nous trouvions plus en pleine forêt mais au milieu d’un immense plateau rocailleux s’étendant à perte de vue et entièrement entouré de hautes montages tandis que d’immenses flammes s’élevaient haut dans le ciel et qu’une colonne de nuage nous empêchaient de voir l’horizon.

-Qu…Que vient-il de se passer ? Bégaya Drago, tout aussi déconcerté.

-Je viens d’utiliser les pouvoirs de mon esprit de duel pour nous téléporter directement aux lignes de Nazca ; répondit la jeune femme tout en fronçant les sourcils face au décor qui s’offrait à nous.

Soudain, des applaudissements retentirent derrière nous et nous nous retournâmes tous en même temps pour faire face à Shadow. Ce dernier avait changé en l’espace de quelques minutes et possédait maintenant une inquiétante marque sur le bras, semblable à celle qui se dessinait dans le ciel au-dessus de nous.

-Et bien, je dois avouer que vous êtes plutôt tenaces, mais je n’en attendais pas moins de toi Hélios. Après tout, la ténacité, ça te connait, toi qui poursuis des gens pendant plusieurs années ; déclara-t-il d’une voix bourrée de sarcasmes et de rancœur.

-Shadow ! S’exclama Alice, affolée. Savez-vous au moins ce que vous venez de faire ?!

-J’ai libéré un esprit de la terre, rien de plus ; répondit ce dernier en haussant les épaules.

-Non, vous avez condamné cette planète !

-Vraiment ? Eh bien, c’était un peu le but après tout.

-Pourquoi ? Pourquoi voulez-vous détruire ce monde ? Demanda Drago, tremblant.

-Mes motivations ne regardent que moi il me semble ; rétorqua sèchement notre ennemi. Mais toi, Hélios, tu dois savoir pourquoi je fais tout ça, n’est-ce pas ?

-J’ai ma petite idée oui…Mais dis toujours, ça m’intrigue moi-aussi.

Shadow éclata soudain de rire, un rire fou et incontrôlable qui aurait fait frissonner les plus téméraires, et ne s’arrêta qu’au bout d’une minute, à bout de souffle.

-Hélios…décidemment…Jusqu’au bout tu te voileras la face ; finit-il par dire après avoir repris son souffle. Tu sais que mes objectifs sont les mêmes que les siens.

-Arrêtez de raconter n’importe quoi Shadow et soyez clair ! M’exclamai-je, commençant à perdre patience.

-Ah, mon cher Darksky, Laura n’est pas la seule à avoir changé ces dernières années. Je t’ai connu plus joyeux ; s’amusa l’homme.

J’écarquillai les yeux, abasourdi.

-Co…Comment ça « changé » ? Que voulez-vous dire ? Bégayai-je.

-Oublie ça, tu veux. Mais puisque vous semblez tous aussi bouchés les uns que les autres, je vais devoir vous faire un exposé ; soupira Shadow. Le monde dans lequel nous vivons…Jamais il n’aurait dû ressembler à ce qu’il est aujourd’hui. Les guerres, les famines, et tout le reste, tout cela a été causé par l’orgueil humain. Dans ce monde, c’est le plus fort qui gagne, les faibles sont écartés. Bien sûr, certain trouveront que c’est la dure loi de la vie, mais vous, trouvez-vous cela juste ? Pouvez-vous laisser passer de telles choses sans agir ? Moi non ! Mais, raisonner les plus grands de ce monde ne sert à rien, jamais ils n’admettront qu’ils ont tort, ils sont bien trop fiers pour cela !

Shadow se tourna vers Hélios en prononçant ces mots mais ce dernier n’eut aucune réaction, restant de marbre face à sa déclaration.

-Le seul moyen de rétablir la paix doit se faire par la guerre puisque c’est la loi de ce monde ! Si je détruis ce monde, tout cela n’existera plus. Une société plus juste pourra alors voir le jour, une société ou les sentiments tels que l’avarice et la cupidité ne guideront plus les hommes, une société où la raison dominera, une société où des gens comme Hélios ne pourront plus détruire la vie de gens innocents !

-Mais…Cela fera des milliards de victimes innocentes justement ! C’est cela que vous appelez la justice ?! S’écria Drago.

-Une guerre à toujours ses pertes, elles sont inévitables. Mais si c’est le chemin que je dois emprunter pour enfin créer un monde parfait, alors oui, il n’y a aucune hésitation. La fin justifie les moyens comme on dit…

-Non, c’est faux ! M’exclamai-je. Rien de bon ne peut naitre du chaos et de la désolation !

-Je peux comprendre tes sentiments, Darksky. Après tout, l’amour de Laura t’a sauvé alors que ton désespoir te détruisait, n’est-ce pas ? Cependant, l’espoir qu’elle t’a donné, existe-t-il réellement ?

-Evidemment qu’il existe ! M’écriai-je. Vous ne savez rien de moi, ni de Laura, alors arrêtez de faire comme si nous connaissiez !

-Détrompe-toi, Michael, je vous connais mieux que quiconque.

Mon sang se glaça dans mes veines. Au fond de moi, je savais que cet homme ne bluffait pas, qu’il connaissait vraiment ma vie, et celle de Laura comme s’il avait été présent avec nous…Mais comment était-ce possible ? Pourquoi n’arrivai-je pas à mettre un nom à cette voix que je connaissais pourtant !

-Tu le connais mieux que n’importe qui, n’est-ce pas ? Reprit-il d’une voix plus lente. Le sentiment de rejet, de solitude et de tristesse. Cet espoir brisé en mille morceaux que tu essaies de recoller, vainement…Laura aussi l’a ressenti et s’est jointe à moi. Pourquoi ne ferais-tu pas la même chose ? La retrouver ? N’est-ce pas là ce que tu veux au fond de toi ? Ensemble, vous pourriez bâtir ce nouveau monde où plus aucun de vos espoirs ne seraient brisés.

-Je refuse ; répondis-je sans même hésiter.

-Et puis-je savoir pourquoi ? Retrouver Laura n’était donc pas la chose la plus chère que tu désirais ?

-Si. Ma seule raison de continuer ce combat est de ramener Laura à la raison…Mais pas comme ça. Je refuse de la suivre dans ses délires. Si je faisais ça, je ne ferais que renforcer sa conviction et jamais je ne retrouverai mon amie.

-Donc tu es prêt à l’affronter lorsque le jour viendra, Darksky ?

-Evidemment que non. Je ne serais jamais prêt…Murmurai-je en serrant le poing devant mon impuissance. Cependant…Je refuse de me joindre à elle pour autant, alors oui, je lui ferai face ! Peut-être que je plierai, peut-être que je ne serai pas à la hauteur, peut-être que je serai balayé, mais je refuse de l’encourager dans cette voie !

-Je vois…c’est donc comme ça que tu le prends, Darksky ; résonna soudain une voix dans la plaine et mon sang se glaça.

Cependant, mon sang ne fut pas la seule chose à refroidir à cet instant. Lentement, une épaisse brume blanche recouvrit le plateau et je sentis la température chuter drastiquement. Angéla se mit aussitôt à grelotter et Drago recula, les yeux ronds.

Des cristaux de glace se formèrent alors à mes pieds et peu à peu, les pierres se mirent à se couvrir d’une fine couche de neige tandis que des bruits de pas se rapprochant se firent entendre.

Une silhouette commença à de dessiner au loin dans le brouillard glacé et grossissait à vue d’œil, me laissant rapidement entrevoir une longue cape noire, des cheveux bruns ondulant au gré du puissant vent qui s’était levé, et finalement deux yeux verts et luisants dans la pénombre de cet hiver prématuré ; et sous ses bottes, la glace cristallisait en de magnifiques fleurs gelées à chacun de ses pas.

La nouvelle arrivante s’arrêta à quelques mètres de Shadow et me dévisagea d’un regard si froid et dénué de vie que je reculai à mon tour, terrifié par ma propre amie.

-Laura…Murmurai-je.

-Tu ne comprends décidemment rien à rien mon pauvre ; me lança-t-elle sèchement. Des délires tu dis ? Tu sais ce que j’ai vécu, et pourtant, tu estimes que je suis en tort ? Je crois que j’ai bien fait de tirer un trait sur toi si tel est ton raisonnement.

-Parce que tu vas me dire que tu es d’accord avec lui ? Rétorquai-je. Ne me fais pas rire, jamais celle que j’ai connue n’aurai accepté un seul mot de ce que cet homme a dit !

-Effectivement. Je me fiche de changer les lois de ce monde ou je ne sais quel autre délire. Je n’ai qu’un seul objectif et pour cela, il n’y a qu’une seule voie que je peux emprunter. Mais je t’avais prévenu, Darksky. Ta voie se trouve sur la mienne, il faut donc que je t’élimine. Adieu !

Le vent redoubla d’intensité et un puissant blizzard se leva tout autour de Laura, nous obligeant à reculer davantage mais moi, je refusais de perdre la face ici et maintenant. Si notre dernier affrontement devait se jouer là, alors j’étais prêt. Je ne pouvais pas laisser Laura dire de telles choses !

Le blizzard forma alors de longs pics de glace à côté de mon ancienne amie, pics qu’elle envoya vers nous sans autre sommation.

Mais, alors que je me jetai devant Marie pour la protéger de l’attaque et que je m’apprêtai à être transpercé de toute part, j’entendis un cliquetis de métal et, lorsque je me retournai, j’écarquillai les yeux lorsque je vis Hélios, ayant arrêté l’attaque d’une seule main, à présent à nouveau entouré de sa sinistre aura noire.

-M…Merci…Bégayai-je, encore choqué par son geste.

Cependant, Hélios ne me répondit rien et se contenta de fixer Shadow et Laura, tandis que les visages de ces derniers furent traversés par un sourire malsain.

-D…Désolé Darksky…Mais je crois que je ne peux pas le retenir plus longtemps…Dit le roi en serrant la main sur son cœur, tremblant.

Il se retourna et je pus voir une grimace déformer son visage tandis qu’il essayait malgré tout de sourire à tout le groupe qui s’était réfugié derrière le monstre d’Alice.

-J’aurais…J’aurais bien voulu…Passer un peu plus de temps à m’amuser…avec vous…Mais je crois qu’il est temps…de nous dire au revoir…Articula-t-il alors que l’aura autour de lui gagnait en intensité.

-Attendez un peu, que se passe-t-il ici ? S’écria Drago. Hélios, à quoi jouez-vous ?

-Les enfants, j’étais sincère tout à l’heure, j’ai vraiment…apprécié le peu de temps qu’on a passé ensemble…

-Une minute, c’est quoi ce death Flag là, Hélios ? Expliquez-nous bon sang ! S’écria Angéla en me rejoignant

-Je…je ne vais pas pouvoir le contenir plus longtemps…fuyez avant qu’il ne soit trop tard !

-Fuir qui ? Et pourquoi ?! Insista Trudge. Je ne comprends rien moi !

-Partez ! Hurla le roi.

Soudain, l’aura noire enveloppa totalement et je le vis se mettre à genoux en poussant un cri de douleur. Il avait l’air de souffrir atrocement mais que pouvions-nous faire ? Nous ne savions même pas ce qu’il se passait exactement et encore moins comment l’arrêter. Seul l’esprit de duel d’Alice se mit à s’agiter, sentant que les choses allaient mal tourner mais moi, j’étais pétrifié, refusant de relâcher ma protection entourant Marie.

-Hélios…Vous le saviez…n’est-ce pas ? Murmura Marie.

-Je…je suis désolé pour tout le mal que je vous ai causé, Marie, Darksky, Angéla, Drago…Je regrette…vraiment…dit-il les larmes aux yeux.

Je vis alors Luna apparaitre à mes côtés et cette dernière semblait affolée.

-Que lui arrive-t-il Luna ? Tu le sais ?

-ça n’était pas arrivé depuis la grande guerre…Vous êtes tous en grand danger ! Ne restez pas là ! S’écria-t-elle d’une voix tremblante.

Je n’eus même pas le temps de prévenir les autres que l’aura d’Hélios se changea en flammes ardentes qui firent aussitôt fondre la glace créée par Laura et une puissance onde de choc nous repoussa.

-Il arrive enfin, Laura ; déclara Shadow en fronçant les sourcils.

Hélios fut complètement absorbé de cette aura noire et quand elle se dissipa, ce n’était plus Hélios qui se tenait devant nous. Physiquement, c’était toujours lui, mais je pouvais distinguer que son regard, lui, n’avait plus rien d’humain. Il avait désormais des yeux se réduisant à deux fentes, et ses pupilles étaient comme celles d’un serpent. Ses cheveux, quant à eux, étaient devenus complètement blancs et beaucoup plus longs d’au moins un demi mètre.

La créature qui avait pris possession du corps d’hélios regarda avec satisfaction autour d’elle, balayant le terrain d’un regard mauvais.

-Quelle mauvaise idée, Hélios, de me faire rencontrer les deux personnes à qui j’ai confié mes pouvoirs au même endroit ; déclara-t-elle d’une voix sifflante, lente et grave.

-Hé…Hélios ? Demanda Angela d’une petite voix.

-Je ne suis pas…Hélios. Mon nom est Gariatron, démon originel des Ténèbres. Il est temps pour moi de terminer ce que j’ai commencé et de détruire cette humanité si répugnante.

-Détruire…L’humanité ? S’étrangla Drago, interdit.

Le « démon » l’ignora totalement et se tourna vers Shadow et Laura et ces derniers se dévisagèrent pendant plusieurs secondes sans dire un mot. Cependant, je vis que mon ancienne amie restait sur ses gardes, toujours entourée de cette épaisse brume de laquelle pouvait surgir des pointes de glace à n’importe quel moment.

-Shadow, Laura Garden, enfin nous nous rencontrons ; déclara-t-il calmement.

Ce fut à mon tour de m’étrangler et je me relevai d’un bond, laissant Marie totalement sans défense mais je ne pouvais pas croire ce que je venais d’entendre. Comment Laura pouvait-elle connaitre cette créature ? Pire que tout, elle semblait être son alliée…Je ne comprenais pas…Pourquoi faisait-elle tout ça ?…

-Ainsi donc, voici te voici en chair et en os, Gariatron ; lui répondit Shadow sur le même ton. Il t’en aura fallu du temps pour te montrer.

-Mais à présent que je suis là, il est temps que tu tiennes ta promesse et je tiendrai la mienne.

-Attendez, qu’est-ce que vous mijotez dans votre coin encore les affreux ? Et où est passé Hélios ! S’exclama Angéla ayant repris un peu de courage.

Gariatron ne se retourna même pas et une vague d’énergie sombre émana de son corps pour aller frapper la jeune fille qui esquiva l’attaque à la dernière seconde en se jetant à terre par réflexe. Son visage devint livide lorsque, derrière elle, l’arbre qui reçut l’attaque fut abattu en une fraction de seconde…

-Eh mais…Commença-t-elle avant de se faire interrompre par Trudge.

-Bon, je ne comprends rien à ce qu’il se passe ici mais une chose est sûre, je ne vous laisserai pas attaquer des civils et…

Drago se jeta sur l’agent de sécurité et le plaqua au sol alors qu’une deuxième vague d’énergie noire émanait du monstre et alla abattre un autre arbre sur son passage.

-Naga, ne laisse pas cette créature agir ! S’exclama alors Alice.

Le dragon blanc poussa un rugissement de rage et projeta une déferlante de flammes argentées droit vers celui qui avait pris possession du corps d’Hélios mais une fois de plus, il ne bougea pas d’un pouce et l’attaque fut purement et simplement repoussée, comme s’il était entouré d’un bouclier invisible, sous les yeux exorbités de la duelliste.

-C…Comment ? Bégaya-t-elle.

-Voilà une des raisons pour lesquels je hais les humains ; grogna Gariatron. Mais je n’ai pas de temps à perdre…

Gariatron fit un geste ample de la main et d’immenses flammes surgirent du sol tandis que dans le ciel se dessinèrent sept autres symboles. La terre se mit à trembler, le ciel s’obscurcit davantage jusqu’à devenir totalement noir, uniquement éclairé par la lueur des flammes violettes.

Je crus voir comme un soupçon de peur dans les yeux de Laura en voyant ce que Gariatron venait d’accomplir, peur qui disparut aussitôt pour ne laisser qu’un regard empli de haine et de colère.

-Bien, il est temps de partir.

Drago tenta alors de rattraper le démon mais un mur de flamme se dressa entre lui et Gariatron, nous séparant totalement de nos ennemis tandis que j’entendis ceux-ci s’éloigner lentement de nous sans que nous ne puissions rien faire pour les arrêter…

-Laura…Pourquoi…Murmurai-je, furieux contre moi-même d’avoir été incapable de la ramener à la raison une fois de plus.

Cependant, alors que nous pensions que la situation ne pouvait pas être pire, deux ombres immenses s’échappèrent du corps du démon, ombres qui prirent bientôt la forme de deux créatures bien trop connues à mon gout, celles d’un serpent géant aux yeux jaunes et luisants et d’un grand dragon noir comme la nuit : Apophis et Drakon.

Ma sœur recula instinctivement devant ces deux créatures mythiques qui nous faisaient face alors que nous étions encore à moitié assommés par la disparition d’Hélios et l’apparition de ce Gariatron…

Soudain, le serpent divin cracha une salve de venin directement vers ma sœur et, oubliant tout le reste, je me remis debout. Tout ce qui comptait pour moi à présent était la protection de Marie. Le danger était imminent et je refusais de faillir à ma tâche une seconde fois !

Laura pouvait bien penser ce qu’elle voulait, je savais que j’avais fait le bon choix et j’allais le prouver ici et maintenant !

-Anéantis ces monstres de pacotille, Trishula, Dragon de la barrière de glace ! M’écriai-je en brandissant la carte de mon amie.

Aussitôt la température chuta brutalement et l’attaque d’Apophis gela instantanément, rebondissant comme de vulgaires confettis sur les habits de ma sœur tandis qu’ à mes côtés s’éleva le majestueux dragon de glace à trois tête, prêt à geler tout ce qui se mettrait en travers de son chemin.

-Je sais que tu me regardes depuis quelque part, Laura…Je vais te montrer…La puissance que tu as toi-même rejeté ! Trishula, Absolute Zero !

Un épais brouillard se leva tout autour de mon dragon tandis qu’une rafale de cristaux de glace fusèrent en direction d’Apophis. Cependant Drakon s’interposa et riposta en crachant un feu ardent de sa gueule qui réduisit mon attaque à néant.

Je jurai en voyant mon échec mais je n’eus même pas le temps de donner un autre ordre à mon monstre qu’Apophis repassa à l’attaque et, d’un puissant coup de queue, envoya valser Trishula dix mètres en arrière, directement dans les flammes qui le consumèrent en un instant, me laissant sans défense…

-Athéna, Sanctuary Light ! S’exclama Angéla en prenant place à mes côtés.

Je vis alors une grande guerrière aux cheveux d’argent et portant une armure d’or se placer entre les deux esprits et nous avant de lever son sceptre et de créer une barrière protectrice.

Drakon repassa aussitôt à l’attaque en rugissant et abattit sa patte griffue sur la barrière qui se fissura légèrement mais résista. Apophis fit de même avec sa queue et une autre fissure se créa dans la barrière.

-Athéna ne nous protégera pas longtemps…Grimaça mon amie. Il nous faut un plan ou nous allons finir en bouillie et je n’y tiens pas particulièrement !

-Je…Je vais y aller…Bégaya Drago, tremblant.

-Quoi ! S’étrangla Trudge. Et que comptes-tu faire ?

-Je…

Drago serra le poing et ses tremblements cessèrent aussitôt tandis qu’une expression résolue se dessina sur son visage.

-Angéla, quand je te le dirai, désactive ta barrière ; déclara-t-il en sortant une carte de sa poche.

-Je crois que je ne pourrai pas attendre malheureusement…

Au même moment, un bruit de verre brisé se fit entendre et, levant tous la tête, nous vîmes que la barrière venait de céder. Mais, avant d’avoir eu le temps de réaliser ce qu’il se passait, Drago fonça à l’extérieur et fut inondé d’une vive lumière qui nous aveugla et fit reculer les deux créatures.

-Montre toi, Osiris !

Deux immenses ailes blanches apparurent dans la lumière et quelque chose s’en extirpa avant de foncer sur Drakon et Apophis qui furent repoussés plusieurs dizaines de mètres plus loin avant que la lumière ne disparaisse aussi vite qu’elle n’était apparue et que Drago ne mette un genou à terre, haletant et transpirant.

Cependant, le voir agir de la sorte me redonna confiance en moi et j’invoquai immédiatement Geb à mes côtés. Le monstre aux longues griffes sortit de la terre et se plaça entre nous et les deux créatures de Gariatron qui se mirent à reculer prudemment, non sans siffler et grogner de colère.

-Je m’occupe d’eux ! M’exclamai-je alors. Trudge, Alice, mettez les autres à l’abri et…

Je n’eus pas le temps de terminer ma phrase car, sorti de nulle part, un déluge de flamme s’abattit sur Geb et ce dernier s’écroula sur le sol. J’écarquillai les yeux, d’abord de stupeur, puis de peur lorsque je vis quelle en était la cause.

Juste en dessous du signe en forme d’Araignée se tenait une nouvelle créature à huit pattes, noires, parcourue de lignes rouges et brillantes et mesurant plus de cent mètres de long.

Je tombai à la renverse, le souffle coupé mais je n’étais pas au bout de me surprise car la terre trembla une nouvelle fois et, dans un cocon de flammes apparurent six autres créatures, toutes aussi terrifiantes que cette araignée géante.

-Les…Les esprit de la terre…Bégayai-je Trudge en tombant à genoux.

Je n’en croyais pas mes yeux. J’avais toujours considéré ces monstres comme des légendes, des créatures mythiques appartenant au passé mais…Je me rendais maintenant compte à quel point les histoires de mes parents étaient loin de la réalité et qu’ils l’avaient énormément atténuée…

Terrifié, je me retournai pour rejoindre les autres et mon cœur s’arrêta net. Les flammes avaient gagné en intensité et m’avaient coupé du reste de l’équipe, me laissant à mon propre sort face à un esprit en forme de baleine géante et m’empêchant de protéger Marie…

Je jurai contre tout ce qui m’entourait et soudain, je me remémorai des mots de Saya avant qu’elle ne disparaisse : « Va au bout de tes rêves Darksky, et j’irai au bout des miens, c’est une promesse ? ».

Je ne pus m’empêcher de sourire. Qu’aurait-elle dit si elle m’avait vu baisser les bras de la sorte avant même d’avoir pu entrevoir la fin de ces rêves ? J’étais persuadé qu’elle m’aurait passé un savon avant de prendre les choses en main et les régler en un claquement de doigt…

-Franchement…Même maintenant, tu viens me casser les pieds…Saya ; murmurai-je en riant intérieurement malgré la situation.

En titubant, je réussis à me remettre debout et je vis que Geb fit de même dans un rugissement de colère. Ce n’était pas terminé. J’avais avec moi un des monstres les plus puissant du jeu, je n’avais rien à craindre, pas même face à un esprit de la terre !

-En avant Geb, Lame Pangéenne !

Le reptile se mit alors à irradier une vive lueur bleutée tandis que la lueur dans son regard s’intensifia. La terre se mit à trembler et, sans aucune autre forme de sommation, d’immenses stalagmites rocheuses en surgirent de tous les côtés.

La baleine noire les esquiva aisément et se précipita sur moi, la gueule grande ouverte dans le but de m’avaler mais je ne bougeai pas et lui fit face sans trembler et, alors qu’elle n’était plus qu’à quelques mètres, un pic apparut devant moi et la transperça de l’intérieur.

Le monstre hurla de douleur avant de se désintégrer lentement dans une pluie d’étincelle mauve et les flammes qui m’entouraient perdirent aussitôt de leur intensité, me permettant ainsi de rejoindre Marie et Angéla qui tentaient tant bien que mal de lutter contre un singe Jaune…

-C’est décidé, j’ai horreur des singes maintenant ! Hurla Angéla tout en esquivant le poing immense de la bête qui s’écrasa sur le sol, créant un immense cratère.

Je ne réfléchis pas une seconde de plus en voyant que ma sœur était à terre et j’ordonnai à Geb de reproduire son attaque. Ainsi, de nouvelles lames surgirent du sol et transpercèrent l’esprit qui termina exactement de la même façon que la baleine.

-Et bah, tu en as mis du temps, monsieur le possesseur de carte divine ! Ronchonna Angéla une fois que je fus à sa hauteur.

-En attendant, tu es bien contente que je sois là je suis sûr ; rétorquai-je, vexé de n’être même pas remercié.

-Vite fait mais…

-Ce n’est pas le moment ! Nous coupa Marie. Je m’inquiète pour les autres et…

Marie ne termina pas sa phrase non plus car une énorme explosion retentit derrière nous et nous balaya comme de vulgaires brindilles, nous faisant rouler sur plusieurs mètres.

Lorsque je repris mes esprits, mon sang se glaça dans mes veines. En effet, pendant que j’avais le dos tourné, Geb venait d’être transpercé de part en part par le bec d’un oiseau ressemblant à un colibri géant tandis que les griffes d’un lézard vert tout aussi monumental étaient plantées en lui.

Le monstre divin s’évapora dans une trainée d’étoiles scintillantes et, aussitôt, les deux esprits maléfiques se tournèrent vers nous et j’entendis Angéla déglutir derrière moi.

-Dis…J’imagine que c’était ton dernier atout, Darksky ? Me demanda-t-elle d’une voix tremblante.

Ma réponse fut étouffée dans le cri strident du colibri orange qui battit des ailes, soulevant une puissante bourrasque suffisant à nous repousser comme de vulgaires insectes.

Je rebondis plusieurs fois sur le sol dur avant d’enfin m’arrêter en m’écrasant contre un rocher, les habits déchirés, mains couvertes de coupures et la respiration coupée.

Je toussai plusieurs fois avant de me relever avec difficulté et j’écarquillai les yeux quand je vis Marie à terre tandis qu’Angéla grimaçait de douleur en se tenant le bras, une large tache rougeoyante traversant ses habits.

-On dirait qu’une fois de plus, j’ai été trop prétentieuse…Murmura la blonde en souriant malgré la douleur et en mettant un genou à terre, à bout de forces.

C’était sans espoir. Plus je voyais les deux esprits se rapprocher de nous et plus mes forces s’évanouissaient. Si même Geb avait été vaincu, comment moi, un simple garçon de quinze ans, aurais pu faire face à ces monstres ?…

Comme recherchant un dernier espoir, je me tournai dans la direction dans laquelle se trouvaient Drago et les autres mais la route était toujours barrée par ce mur de flammes infranchissables, nous laissant totalement seuls aux prises avec ce singe et ce lézard…

-Si tu voyais ça, Saya…Tu me trouverais bien ridicule…Soupirai-je.

Le singe n’était plus qu’à quelques mètres de nous et, dans un ultime effort, je me plaçai entre lui et Marie, écartant mes bras, comme si cela allait changer quelque chose mais, même si nous devions perdre ce combat, je refusais de donner à Laura la satisfaction de me voir abandonner !

Mais, alors que l’ombre sinistre n’était plus qu’à un mètre de moi, un bruit de moteur résonna dans la pleine et une vive lumière éclaira le ciel noir

– Dragon poussière d’étoile, débarrasse-toi de l’esprit de la terre immortel Cusilu ! Shooing Sonic !




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le bon temps…

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[fic]: L'Avènement des Dieux posté le [10/11/2017] à 23:00

Chapitre 14 : retour à la case départ


Spoiler :



Roulant sur le côté, j’esquivai de justesse une attaque d’Apophis et son venin alla s’écraser contre le sol, y formant un immense cratère fumant mais, n’ayant même pas le temps de me relever, je dus éviter également les flammes de Drakon avant de finir ma course acculé, dos aux flammes, ne pouvant plus reculer.

Je n’avais pas une seule seconde de répit et, depuis que ces flammes géantes étaient apparues, j’avais été séparé du reste du groupe, me retrouvant en deux contre un, face aux dieux de Gariatron…

Essayant une trace de sang sur ma joue d’un revers de la manche, je profitai des quelques instants de répit que j’avais pour reprendre mon souffle, me demandant encore comment j’avais réussi à rester en vie aussi longtemps rien qu’en sautant dans tous les sens.

Cependant, mon endurance arrivait à ses limites et j’avais déjà joué ma carte maitresse en invoquant Osiris sur les conseils de Théa mais cela ne nous avait fait gagner que quelques secondes…

Apophis siffla et m’envoya une nouvelle salve de venin. Je tentai de me défendre en invoquant un monstre mais ce dernier fut immédiatement brûlé par l’acide sortant de la bouche du reptile…

-C’est inutile…Me lamentai-je. Nous ne pouvons pas gagner !

-Je sais que la situation peut sembler désespérée, mais je ne t’ai jamais vu baisser les bras, pas même lorsque tu as affronté seul à seul Hélios ! Me rétorqua Théa tout en déviant les flammes de Drakon d’un simple geste de la main.

-Tu parles, j’étais mort de peur. Si Angéla n’avait pas été là pour me protéger, je ne serais sûrement plus ici pour en parler ; répliquai-je en me mordant la lèvre. Et puis, sans moi…

-Sans toi quoi ? Hélios n’aurait pas cherché à se venger et Gariatron ne serait pas réapparu ? Tu n’as décidément pas changé ; soupira ma sœur, toujours le même qu’à l’époque où ça s’est produit avec Asuna…

-Asuna ? Répétai-je interdit.

Au moment même où Théa prononça ce nom, mon cœur fit un bond dans ma poitrine et je fus pris de vertige. Le monde se mit à tourner autour de moi et je dus faire des efforts considérables pour ne pas perdre l’équilibre alors que ma tête me faisait affreusement souffrir, à tel point que je dus la prendre dans mes bras tout en me mettant à genoux.

-Pitoyable ; résonna une voix dans ma tête.

-Qui…Qui a dit-ça ? Murmurai-je, interdit.

Voyant ma déconcentration, Apophis me prit par surprise et, d’un puissant coup de queue, m’envoyant valser à l’autre bout de la plaine. Je retombai sur le dos et tout l’air dans mes poumons fut expulsé d’un seul coup, me coupant la respiration.

Cependant, je ressentis à peine les effets de l’impact, souffrant toujours le martyr pour une raison inconnue, et la douleur n’allait pas en s’améliorant…

-Je suis étonné que tu m’aies oublié alors que c’est toi-même qui m’a appelé à l’époque, Drago ; ricana la voix. Mais j’imagine que je vais devoir te rafraîchir la mémoire…

Plus de réponse. Etais-je en train de devenir fou à cause de mes blessures ? Je me tournai vers Théa mais elle ne semblait avoir rien remarqué et continuait à me défendre en déviant les attaques de Drakon et Apophis.

Soudain, je me souvins d’un événement s’étant déroulé plusieurs années auparavant, lorsque j’étais encore dans mon monde et je revis une silhouette, celle d’un dragon, se tenant à mes côtés tandis que je pleurais devant le corps inanimé d’une personne dont je ne pouvais voir le visage et un nom me revint en tête : Ladd.

Comme envahi d’une force nouvelle, je me remis debout pour faire face aux deux créatures de Shadow et tout mon corps se mit à luire d’une lumière aveuglante. La terre se mit alors à trembler et un bruit sourd résonna dans le ciel, comme si le tonnerre grondait juste au-dessus de nos têtes.

Je levai mon bras au-dessus de ma tête et une carte scintillante apparut dans ma main tandis que Apophis et Drakon reculèrent pour la première fois du combat.

-Tu es l’incarnation de la perfection, toi seul a le pouvoir de maitriser ce qu’aucun autre n’a pu faire avant toi ! Fils du sanctuaire et du pandémonium, fais nous l’honneur de te montrer dans toute ta splendeur et rétablis l’équilibre des forces dans ce combat ! Je fais appel à toi, Dragon De La Lumière Et Des Ténèbres !

Un éclair illumina le ciel et une brèche s’ouvrit entre les nuages, brèche de laquelle s’échappa un immense dragon, plus noire que la nuit la plus sombre d’un côté et plus immaculé que la plus pure des lumières de l’autre. De ses ailes bicolores, une trainée d’étoiles scintillantes s’échappait tandis que ses deux yeux, jaunes comme le soleil foudroyaient les deux dieux.

Théa se figea un instant et ses yeux s’arrondirent à la vue de ce monstre tandis que tous les esprits de la terre restant se retournèrent instantanément dans notre direction.

-L…Ladd…Tu dis ? Bégaya ma sœur, abasourdie. Mais je croyais…

Elle ne termina pas sa phrase car Apophis, voyant l’ouverture, cracha une salve de venin dans sa direction mais le dragon, vif comme l’éclair, s’interposa et noya l’attaque dans une rafale de flammes noires qui frappèrent le reptile de plein fouet, le faisant chanceler, ce que même Osiris n’avait pas réussi…

Sans laisser le temps aux deux ennemis de riposter, mon monstre cracha une nouvelle rafale de flammes, cette fois-ci d’un bleu incandescent, qui obligea Drakon à se replier encore davantage avant de provoquer un puissant tourbillon rien qu’avec un battement d’ailes qui fut suffisant pour éteindre les flammes des esprits de la terre me séparant de Darksky et des autres.

Je restai bouche bée devant la puissance de ce Dragon. J’ignorais totalement que possédais un tel monstre dans mon jeu depuis le début et pourtant, il ne m’était pas inconnu…

Darksky, Marie, Angéla me rejoignirent dès qu’ils virent que le mur de feu avait été abattu, et de l’autre côté arrivèrent Trudge et Alice et je pus constater que, de tout le groupe, j’étais celui qui s’en était sorti le mieux jusque-là…

Les vêtements de Darksky et de sa sœur étaient déchirés de toutes parts, Angéla était sévèrement atteinte au bras, Trudge saignait du front et Alice boitait…

Cependant, alors que je m’apprêtai à faire état de la situation à mes amis, je vis soudain cinq dragons prendre part au combat aux côtés de Ladd tandis que des bruits de moteur résonnèrent.

-Et bien Drago, je vois que tu m’avais caché des choses durant notre duel ! S’exclama une voix que je reconnus immédiatement.

Peu après, l’ombre d’un duelliste portant un long manteau blanc apparut, chevauchant la Lumicatrice et me lança un sourire narquois.

-Jack ! M’exclamai-je abasourdi.

-Tu ne cesseras de m’impression, Drago ! Toi et ton groupe avez fait du bon travail mais à présent, il est temps que les exécuteurs prennent la relève ! Me répondit le roi des duels tandis qu’une marque rouge scintillait sur son bras.

-Laisse les un peu Jack, tu veux ; le rabroua Yusei depuis son propre Dragon.

-Vous avez fini de vous chamailler vous deux ? Les sermonna Akisa, présente également, chevauchant un dragon ressemblant à une rose rouge.

Il y avait également trois autres personnes que je ne reconnus pas immédiatement mais portant les mêmes genres de marques que Jack, Yusei et Akisa sur leurs bras.

Soudain, Marie, Darksky, Angéla, Ladd et moi fûmes entourés d’une lumière rougeâtre, la même qui scintillait sur les bras des six duellistes et un immense Dragon écarlate surgit des cieux, faisant reculer les esprits de la terre ainsi que les deux dieux maléfiques.

-Partez d’ici, nous nous occupons du reste ! Nous lança Yusei. Trudge, Alice, nous allons également vous transporter en lieu sûr.

-Mais…

Angéla fut interrompue dans sa phrase lorsque la lumière nous entourant s’intensifia jusqu’à nous aveugler totalement et je me sentis à nouveau arraché à mon propre corps.


Lorsque je recouvrai la vue, nous n’étions plus aux lignes de Nazca et il n’y avait plus aucun signe des esprits de la terre ni de Jack et des autres.

Il n’y avait autour de nous que des pierres, des cailloux, des rochers et au loin se dessinait les traits d’une montagne à demi cachée par la brume. De temps à autre, dans ce paysage de gris perçait une ou deux fougères et à de rares endroits, quelques brins d’herbe arrivaient à se frayer un chemin parmi ce sol particulièrement ingrat. Un unique sentier caillouteux s’offrait à nous et semblait mener tout droit à la montagne.

Un léger vent frais soufflait sur la lande et passait à travers nos habits en lambeaux, mais je ne m’en plaignais pas, au contraire, après être passé à côté de flammes ardentes, j’avais vraiment besoin de fraicheur…

Je levais les yeux au ciel. Il était coloré d’un rose pâle annonçant un lendemain beau et ensoleillé. La clarté du jour tombant me fit presque mal aux yeux après etre resté si longtemps dans l’obscurité des esprits de la terre et je dus cligner plusieurs fois des yeux avant de m’y accoutumer.

Les ombres grandissantes annonçant la tombée de la nuit dansaient avec les derniers rayons du soleil couchant et rendaient ce paysage encore moins accueillant qu’il ne l’était déjà.

Le temps semblait figé ci. Aucune trace de vie aux alentours et même les plantes étaient desséchées sûrement à cause du manque d’eau.

Un détail m’interpela alors : il n’y avait aucun bruit. Je n’entendais ni le chant des oiseaux, ni le doux son du criquet avant la tombée du jour, et encore moins les activités humaines si agaçantes. Même Théa et Ladd avaient purement et simplement disparu. Seul sifflement du vent parmi les pierres était audible. Ce silence assourdissant faisait presque peur…

Je me retournai ensuite pour voir comment se portaient les autres et je pus constater avec soulagement que tout le monde était arrivé en un seul morceau même si Trudge et Alice manquaient à l’appel…

-Qu…Qu’est-ce qu’il vient de se passer là ? Bégaya Angéla, les yeux ronds.

-C’était le dragon cramoisi…Lui répondit Darksky en grimaçant à cause de ses blessures. Yusei et les autres ont dû faire appel à son pouvoir pour nous téléporter en lieu sûr…

-Je veux bien admette que nous sommes en lieu sûr…mais où sommes-nous ? Demandai-je alors.

Avec son bras valide, Angela sortit son portable mais soupira et le rangea aussitôt dans sa poche, l’air dépitée.

-Evidemment, il n’y a pas de réseau dans ce trou paumé ; soupira-t-elle.

-Ce n’est pas le plus important, il faut que nous retrouvions Laura et ce Gariatron au plus vite ! S’exclama Darksky.

Cependant, ce dernier fut obligé de mettre un genou à terre tandis que la douleur déformait son visage et Angéla était soudain devenue blanche comme un linge tandis que des gouttes de sang perlaient toujours de son bras.

-Avant tout ça, je pense qu’il faudrait nous reposer si on ne veut pas finir six pieds sous terre avant l’aube ; rétorqua Marie en s’approchant de la jeune fille.

Déchirant un bout de son propre pantalon, la sœur de Darksky créa un bandage de fortune pour Angéla avant de récupérer quelques bois de bois mort et de mettre une attelle improvisée à son frère.

-Interdiction de bouger avant au moins demain vous deux, c’est compris ?

Darksky et Angéla étaient visiblement beaucoup trop fatigués pour répondre et se contentèrent d’accepter leur sort, d’autant plus que la nuit était tombée brutalement.

Nous allumâmes un feu avec les moyens du bord mais nous n’avions aucun vivre et visiblement, rien n’était comestible ici. J’espérai sincèrement que Yusei et les autres ne nous avaient pas téléportés au hasard sans quoi leur intervention n’aurait servi à rien d’autre que d’accélérer notre mort…

Tout le monde s’endormit très rapidement après cela et je décidai de prendre le premier tour de garde. Avec Shadow et Gariatron en liberté, je préférais ne pas prendre le risque de nous faire attaquer durant notre sommeil…

Ainsi, je m’éloignai légèrement du groupe et allai m’installer un peu plus loin, face à la plaine en contrebas et à la montagne au loin puis je lâchai un long soupir après m’être assis.

Et dire que le matin encore, nous nous trouvions dans l’avion et qu’à présent, nous nous trouvions au beau milieu de nulle part, blessés et épuisés, avec un démon dans la nature…

Cependant, l’apparition de ce Gariatron ou l’alliance avec Shadow n’était pas ce qui me préoccupait le plus à ce moment-là puisque je ne pouvais de toute façon rien faire. Non, mon esprit était focalisé sur ce dragon que j’avais invoqué, Ladd…

C’était la première fois que je voyais ce monstre, je ne l’avais même jamais joué et pourtant…pour une raison que je ne pouvais expliquer, je connaissais son apparence ainsi que son nom. Mais c’était stupide, si une telle créature était apparue dans mon monde, ce souvenir m’aurait marqué…Et puis, il y avait cette fille…je la connaissais elle aussi. Cependant, il m’était impossible de lui donner un nom et encore moins de savoir où est-ce que je l’avais rencontrée, comme si une partie de ma mémoire avait été effacée. Mais dans tous les cas, mon cœur avait fait un bond dans ma poitrine en la revoyant, allongée sur le sol, aux portes de la mort…

Soupirait une nouvelle fois, je finis par lever la tête vers le ciel et je pus contempler un ciel totalement dégagé, illuminé par des milliers d’étoiles scintillantes et une pleine lune baignant la montagne de ses doux rayons.

En voyant cela, j’avais vraiment du mal à me dire que, quelque part à l’autre bout du monde, Yusei et les autres se battaient contre les esprits de la terre dans la plus sombre des nuits. Avaient-ils triomphé de ces monstres ? Etaient-ils encore en train de combattre ? Avaient-ils été vaincus ? Tant de questions que je me posais et qui étaient destinées à rester sans réponse à ce moment-là.

J’aurais bien voulu rester combattre à leurs côtés mais je savais également que dans notre état, nous aurions été plus une gêne qu’une potentielle aide et que notre priorité était d’arrêter Gariatron pour mettre un terme à tout cela.

Soudain, j’entendis derrière moi des bruits de pas dans le sol caillouteux et, en me retournant, je vis Angéla s’approcher discrètement de moi, tentant tant bien que mal de ne pas réveiller les autres.

-Et bien alors Drago, tu ne dors pas ? Me lança-t-elle une fois arrivée à ma hauteur.

-Je pourrais te retourner la question ; lui répondis-je en souriant légèrement. Surtout avec ta blessure, tu as besoin de repos…

-Tu parles, c’est justement à cause d’elle que je suis debout ! Rétorqua la jeune fille en gonflant les joues. Je dormais tranquillement et, quand je me suis retournée, je me suis allongée dessus et ça m’a réveillé !

Je ne pus m’empêcher de rire devant son attitude désinvolte et sa manière de raconter les choses qui dédramatisait une situation pourtant critique.

Angéla s’assit à côté de moi et se mit à observer à son tour le ciel étoilé et, au même moment, une légère brise se mit à souffler, faisant onduler lentement les cheveux dorés de mon amie.

Après cela, le silence revint pendant quelques instants avant qu’elle ne reprenne la parole, cette fois-ci d’une voix bien plus sérieuse et mélancolique.

-Sérieusement…J’ai bien cru que j’allais y passer tout à l’heure…Soupira-t-elle.

-Qui n’y a pas cru ; lui répondis-je. Je ne sais pas si nous aurions tenus bien longtemps sans Yusei et les autres…

-Oui…Encore une fois, je n’ai pas réussi à me sauver seule on dirait…

La jeune fille enfouit sa tête entre ses bras en disant cela tandis que je ne savais pas quoi répondre pour la réconforter. Ainsi, nous ne parlâmes pas pendant quelques minutes, restant à contempler cet océan de noir dans le silence le plus total.

-Dis, Drago ; déclara soudain Angéla d’une voix presque inaudible. Je me suis toujours demandée…mais pourquoi combats-tu ? Qu’est-ce qui te pousse à mettre ta vie en danger de la sorte. Pour Darksky, c’est évident…mais toi, je ne comprends pas tes motivations…

-A vrai dire…je ne sais pas vraiment non plus…

La jeune fille me regarda avec des yeux ronds et je reculai, gêné.

-Tu…Ne sais pas ? Répéta-t-elle, interdite. Tu es simplement suicidaire ou bien ?…

-J’imagine que je ne fais qu’accomplir mon devoir…Ou plutôt celui que ma sœur n’a pas pu remplir ; répondis-je en détournant le regard.

-Le devoir de ta sœur ? Répéta-t-elle, interdite.

-Tu trouves ça stupide j’imagine ? Lui demandai-je en riant légèrement.

-Un peu oui…Mais bon, c’est toujours plus noble que les miennes ; continua Angéla en haussant les épaules.

-Vraiment ? Je suis étonné que tu n’affrontes pas Hélios pour une bonne raison…

-Oh, d’un point de vue extérieur, j’ai de bonnes raisons oui…mais ce qui me motive est beaucoup plus égoïste…

Je regardai la jeune fille pendant une seconde, ayant vraiment du mal à la croire et cette dernière soupira tout en baissant les yeux vers la pierre nue de la montagne.

-Je veux simplement…retrouver mes amies…Murmura-t-elle d’une voix remplie de regrets.

Angéla marqua un temps d’arrêt pendant lequel je ne savais pas si je devais intervenir ou non. Elle avait toujours été très mystérieuse depuis que je la connaissais mais c’était la première fois qu’elle m’évoquait réellement son passé en y repensant…

-J’ai été une idiote du début à la fin ; reprit-elle encore plus doucement qu’avant, comme si elle se parlait à elle-même. Je leur ai créé des soucis inutiles et même après ça, elles se sont sacrifiées pour moi alors qu’Hélios…Non, alors que Gariatron avait attaqué notre lycée…Tout ça parce que j’ai été trop sûre de moi, parce que je refusais de regarder la vérité en face et d’admettre mes faiblesses, parce que j’étais trop bornée et orgueilleuse…

Sa voix se brisa et elle marqua un autre temps d’arrêt. Je vis alors une larme cristalline se former au creux de son œil et couler le long de son doux visage, puis deux, puis trois avant qu’un torrent de larmes s’écoule de ses yeux.

-Pourquoi…Pourquoi suis-je incapable de me protéger moi-même ? Pourquoi quelqu’un doit-il toujours se sacrifier pour moi ? Pourquoi est-ce que je cause autant de problèmes à tous ceux qui m’entourent ? Pourquoi suis-je un tel fardeau pour tout le monde…Sanglota la jeune fille tout en esquissant un sourire.

-Je…Je ne peux pas prétendre savoir ce que tu as vécu, Angéla…Mais je peux affirmer que tu es tout sauf un fardeau…Déclarai-je alors.

-Vraiment ? Et qu’est-ce qui peut te faire affirmer ça ? Répliqua-t-elle, étonnée.

-Le fait que je sois là aujourd’hui j’imagine.

Les larmes de la jeune fille cessèrent de couler pendant un instant et elle me fixa intensément, comme si j’étais devenu fou, à un tel point que cela en devint vite gênant et je fus obligé de détourner le regard.

-Et bah…Tu sais…Tu m’as sauvé à l’aéroport quoi…Balbutiai-je, troublé. Sans toi, Hélios m’aurait sûrement anéanti…

-Ah ça…Ce n’était rien, je ne faisais que passer par là…Me répondit-elle en détournant elle aussi le regard.

-Mais le résultat est là, non ?

-J…J’imagine que tu as raison oui ; bégaya-t-elle. Mais ce n’était qu’un coup de chance…

-Vraiment ? Et quand tu as remonté le moral de Darksky alors que Marie était dans le coma ? Ou lorsque tu nous as encouragés à faire confiance à Hélios, c’était de la chance aussi ?

-N…Non, évidemment, mais je ne vois pas où tu veux en venir…

-Simplement que tu n’es pas un fardeau, Angéla. Je ne peux pas parler à leur place, mais je suis persuadé que si tes amies se sont sacrifiées pour toi, c’était justement parce que tu en valais la peine.

Malgré la situation, je réussis à ce moment-là à arracher un petit rire à mon amie et, d’un revers de la manche, elle essuya les quelques larmes qui coulaient encore sur ses joues.

-Peut-être oui…June m’a dit quelque chose de similaire aussi…Mais ça n’empêche pas que je combats plus pour les retrouver que pour les sauver…

-Et alors, en quoi est-ce mal ? M’étonnai-je. Que tu combattes pour toi-même ou pour elle, cela ne change pas que tu les apprécies, n’est-ce pas ?

-Oui…J’imagine que tu as raison ; me sourit-elle enfin.

Mon amie, comme ayant retrouvé toute son énergie et son entrain habituel, se leva d’un bond, me faisant sursauter et levant le poing vers le ciel.

-Tu vas voir Gariatron, je vais venir te chercher et te faire ta fête puis je sauverai mes amies ! Ambre, Maya, je vous fais ce serment, un jour, nous serons à nouveau réunies ! Alors s’il vous plait…attendez-moi…où que vous soyez…

Une étoile filante fendit le ciel à ce moment-là comme pour confirmer sa promesse et je ne pus m’empêcher de sourire à mon tour en voyant cela. Décidemment, Angéla possédait quelque chose de rare et précieux, ce don de faire face à l’adversité la tête haute et d’aller de l’avant sans hésiter. Certains auraient pu voir cela comme de l’inconscience mais pour moi, c’était ce qui faisait sa force et ce dont j’avais moi aussi besoin pour avancer…

Mon amie se retourna alors vers moi et des larmes lui coulaient encore du visage, mais cette fois-ci, ce n’était plus des larmes de tristesse mais de joie.

-Dis-moi, Drago ; enchaina Angéla d’un air gêné cette fois, je me demandais…mais qu’est-ce que tu comptes faire une fois que tout cela sera terminé ? Tu comptes retourner dans ton monde ou bien…

-Terminé ? Tu ne penses pas que c’est un peu trop tôt pour penser à ça alors que nous venons à peine de commencer ce conflit ? Ironisai-je gentiment. Mais dans tous les cas, je ne pense pas retourner chez moi…Il y a trop de souvenirs douloureux dans mon monde, je ne pense pas que je pourrais vivre comme avant…

-Oh, je vois…

Angéla m’adressa un large sourire et croisa les jambes ainsi que les bras dans son dos avant de lever les yeux au ciel.

-Je me disais juste…tu n’as nulle part où aller dans ce monde, n’est-ce pas ?

-C’est vrai…Lui répondis-je en me mordant la lèvre, me rendant moi-même compte de ce détail.

-Dans ce cas, que dirais-tu de venir vivre à Paris ?

J’avalai de travers en entendant cela et je me mis à tousser frénétiquement tandis que la jeune fille éclata de rire en me voyant ainsi.

-Pas chez moi évidemment ; s’amusa-t-elle. Mais Sherry pourrait facilement te trouver un appartement.

-Effectivement, ça me permettrait de ne pas finir dans la rue entre deux poubelles…

-Et puis, tu pourrais faire la connaissance de June, Ambre et Maya aussi comme ça ! Je suis certaine que tu t’entendrais bien avec elles !

-Pourquoi pas, je suis curieux de voir à quoi ressemblent tes amies ; ris-je.

-Tu verras, elles sont toutes exceptionnelles ! Enfin, Maya risque de te bizuter un peu mais tu survivras je pense ! Sauf si elle te fait une prise de catch comme à Aymeric mais c’est une autre histoire ça…

-Pourquoi pendant un instant, j’ai cru que tu avais des amies normales…grimaçai-je en imaginant cette fille comme un bull dog…

Nous éclatâmes de rire en même temps sans pouvoir nous arrêter avant deux bonnes minutes, lorsque nous fûmes à bout de souffle. Mais, pendant ces deux minutes, je pus oublier tous mes soucis et mes angoisses. Gariatron, Shadow, les esprits de la terre, la mort de mes parents, tout avait disparu l’espace de quelques instants, me redonnant l’impression de rire d’un rien simplement avec une vieille amie…

Soudain, la lueur de la lune changea et ses doux rayons se mirent à éclairer la plaine aride devant et ce que je vis me laissa sans voix. La pierre, quelques heures auparavant totalement nue et dénuée de vie, était maintenant d’un vert émeraude et scintillant sous les rayons de la lune.

Je ne pouvais pas dire s’il s’agissait de simples lichens ou d’autre chose…mais je n’avais pas de mot pour décrire ce paysage féérique qui s’offrait à nous.

Je me tournai vers Angéla et je vis qu’elle aussi était émerveillée et que des étoiles dansaient dans ses yeux.

-Des fleurs du Crépuscules ; murmura Angéla.

-Des quoi ? Répétai-je, n’ayant jamais entendu parler de ces fleurs.

-Des fleurs du crépuscule ; répéta-t-elle doucement. Des fleurs qui ne peuvent fleurir que durant un très court moment, juste avant l’aube, et uniquement dans des régions exposées à un très fort rayonnement solaire.

Angéla marqua une pause et se baissa pour en ramasser une avant de la mettre délicatement dans sa poche.

-Maya va être verte de jalousie quand elle va voir ce que je lui ai ramenée…Et dire qu’on s’était perdue en forêt à cause d’elle juste parce qu’elle voulait absolument trouver cette fleur des contes pour enfants et qu’en plus Ambre s’était foulée la cheville…Lança-t-elle avec un sourire nostalgique aux lèvres.

-Tes amies ont l’air vraiment spéciales quand même…

Mais entendre Angéla relater ses aventures fit remonter soudain en moi des vieux souvenirs. Encore une fois, ils étaient très flous et il m’était impossible de les dater ou de les situer mais…Je me voyais, sur le toit d’une école, entouré d’une petite fille sautant dans tous les sens, un garçon grognon et rébarbatif, et cette autre fille aux cheveux bleus comme le ciel de la nuit mais dont le visage ne me revenait pas, comme s’il était dissimulé derrière la brume de mes souvenirs…

Les premiers rayons du soleil pointèrent soudain leur lumière rougeâtre derrière la montagne au loin, faisant scintiller de plus belle les fleurs nocturnes et projetant d’immenses ombres sur la plaine. La fraicheur de la nuit commençait à faire place à une douce chaleur protectrice et réconfortante.

Angéla à côté de moi commença à s’étirer en baillant bruyamment avant de se tourner vers moi en me lançant un regard doux.

-Allez Drago, il est temps pour toi d’aller dormir je pense ; déclara-t-elle en plongeant son regard dans le mien. Ne t’inquiète pas, je vais veiller jusqu’à votre réveil. De toute façon, je n’arriverai pas à retrouver le sommeil maintenant.

Je n’eus aucune objection à cela, me rendant alors compte que j’avais veillé presque toute la nuit et que tous mes membres étaient endoloris.

Sans protester, je me levai et pris la direction de notre camp improvisé. Je me retournai cependant une dernière fois et je vis qu’Angéla s’était assise à ma place et contemplait ce lever de soleil tandis que les étoiles disparaissaient lentement dans le ciel rosé du matin.






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le bon temps…

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[fic]: L'Avènement des Dieux posté le [14/11/2017] à 23:18

Laura, à la recherche de l’espoir


Prologue


Spoiler :



Qu’est-ce que l’espoir ? Un sentiment permettant d’avancer et de se surpasser ? Une illusion s’éteignant au fur et à mesure que notre rêve prend fin ? Une malédiction ne laissant que ruine et désolation derrière elle une fois que l’espoir a disparu ? Moi-même je n’ai jamais eu la réponse. Et pourtant, je l’ai cherchée. Longtemps, je me suis accrochée à ce que j’appelais un espoir, mince, éphémère, pouvant se briser à tout instant.

Je savais que je poursuivais une chimère, que mon rêve ne pouvait pas se réaliser, que tout ce en quoi je croyais n’était rien d’autre qu’une création de mon propre esprit. Et pourtant, j’ai désiré aller jusqu’au bout de ce rêve pour une seule et unique raison : je savais qu’une fois réveillée, jamais plus rien ne serait comme avant et que, tout ce qu’il resterait de ces années de bonheur illusoire ne serait que le vide. Je refusais de voir la réalité en quelque sorte.

Cependant, peut-être m’étais-je toujours mal posé la question. Peut-être cherchais-je une réponse à une question qui n’avait pas lieu d’être. Peut-être passais-je à côté de ce qui était le plus important pour moi.

La question que j’aurais dû me poser à ce moment-là n’était pas de savoir ce que je recherchais, mais pourquoi je courais après une chose que je ne connaissais même pas. Pourquoi avais-je besoin de rattacher à cet espoir que je ne pouvais même pas définir à tout prix ?

Néanmoins, il y a une chose dont j’étais sûre : ce jour-là, lors de ce tournoi, alors que j’avais affronté ce garçon qui semblait perdu et désorienté, pour la première fois, j’avais eu la sensation d’avoir trouvé ce qu’il me manquait. C’est en voyant ce dont il avait besoin que j’avais pu comprendre à quel point nous étions similaires tous les deux et j’avais pris exemple sur lui, recherchant ainsi désormais l’espoir, sans même savoir pourquoi, simplement parce qu’il avait l’air heureux en croyant en ce sentiment dont j’ignorais tout…


Tout en pensant à toutes ces choses, je contemplai ce coucher de soleil que j’avais si souvent vu ces dernières années pour la dernière fois. Comme toujours, il était magnifique. Voir l’astre rougeoyant plonger dans une mer de feu et disparaitre lentement pour faire place à la lune m’apaisait et ce jour-là encore, je comptais bien en profiter jusqu’au bout.

Tout était calme, comme toujours sur la falaise. Ce petit coin de terre était mon endroit, ma base secrète, le seul endroit où je savais que je n’allais jamais être dérangée.

Dan était hors d’état de nuire, je savais que la relève allait être assurée même après mon départ et je ne m’inquiétais pas de ce détail. J’avais envoyé des lettres à mes amies pour les prévenir et nos valises étaient faites, prêtes à être embarquées. Il ne me restait désormais plus qu’une chose à faire, chose que j’avais désespérément repoussée jusqu’au dernier moment…

Je souris légèrement lorsque j’entendis des pas sur les cailloux derrière moi et la respiration saccadée de mon ami mais je ne me retournai pas tout de suite, serrant contre mon cœur ce qui allait être mon ultime cadeau.

Je ne voulais pas partir…Je voulais rester avec lui, que nous continuions à nous amuser tous les deux, à remettre Dan à sa place, à rire à l’école pour toujours, et pourtant, après avoir détourné le sujet pendant longtemps, je fus obligée de prononcer ces quelques mots qui scellèrent mon destin :

« -Prends soin de toi Darksky…Et adieu… »

Puis je disparus de sa vie et lui de la mienne. Du moins, je le croyais…




Laura : Un nouveau départ


Spoiler :



La sirène du bateau siffla bruyamment, signe de notre départ imminent. Les hautes cheminées commencèrent à cracher une épaisse fumée noire qui se rependit tout autour de nous à cause d’un vent fort soufflant dans notre direction.

J’étais sur le pont supérieur et je regardai au loin, retenant mes cheveux avec mes mains. Derrière ces montagnes imposantes devait se tenir Darksky. Je m’en voulais vraiment de lui avoir annoncé la nouvelle aussi brutalement, mais je n’avais pas eu le courage de lui dire avant.

J’aurais préféré que ce jour n’arrive jamais, que nos soirées sur la falaise durent toute l’éternité ou au moins lui avoir donné un espoir…Mais tout ce que j’avais pu lui laisser comme souvenir était une simple carte ainsi qu’une promesse que je ne pourrais même pas tenir, et en échange, je lui avais brisé le cœur…

Le bateau se mis en mouvement et je vis la côte s’éloigner peu à peu. Et plus je m’en éloignais, plus Darksky s’éloignait lui aussi. La falaise ne devint bientôt plus qu’un minuscule point à l’horizon et la ville que j’appréciais tant commençait à disparaitre également.

Je détournai le regard, incapable de contempler ce paysage qui m’était si familier plus longtemps en sachant que je ne le reverrai jamais. Laissant le reste de ma famille sur le pont, je rentrai donc à l’intérieur du bateau afin de me changer les idées.

Je me trouvais au sixième étage, étage du restaurant et de la salle de spectacle pour le soir. Mon ventre gargouilla alors et je me rendis compte que je n’avais pas mangé depuis le matin et était bientôt seize heures. Je décidai donc d’aller acheter quelque chose au bar.

La salle était assez spacieuse, avec des banquettes à l’air confortables, des chaises et des tables pour se reposer après un bon repas, ce que certaines personnes faisaient d’ailleurs et une grande piste de danse au milieu, fermée pour le moment.

Il y avait peu de monde, si bien qu’un silence de mort y régnait mais cela m’arrangeait. Je n’avais pas la tête à être dans le bruit et l’agitation à ce moment-là.

Je m’assis à une table dans un coin et, à peine après avoir pris la carte des boissons dans mes mains qu’un serveur à l’aspect particulier vint se coller devant moi. Il était grand, au visage fin et aux cheveux bruns et longs qui lui tombaient sur l’œil, comme s’il avait essayé de se faire une coupe banane mais que son gel n’avait pas tenu la journée.

Ce dernier me regarda avec insistance de son œil vert et cela me mit si mal à l’aise que je commandai la première boisson que je réparai sur la carte.

Le serveur resta encore quelques instants devant moi, comme si l’information avait du mal à parvenir jusqu’au cerveau avant de partir et de revenir quelques instants plus tard avec un simple verre d’eau dans lequel trempait une tranche de citron.

Tout en sirotant cette eau citronnée, je me mis à regarder par le hublot du restaurant la vue que l’on avait. Elle avait assez peu changé depuis notre départ, à l’exception que la ville avait disparu et que la côte ressemblait désormais à un vulgaire tas de rochers.

Ne sachant que faire, je sortis mon deck de duel afin de faire le point. Cependant, je ne pouvais pas regarder une seule carte sans que les souvenirs de mes duels avec Darksky ne me reviennent à l’esprit. Ainsi, je me perdis dans mes souvenirs pendant presque une heure, regardant chaque carte avec nostalgie, me rappelant comment je l’avais utilisée par le passé.

Lorsque je me rendis compte du temps qui passait, je me levai d’un bond en rangeant mes cartes. Il fallait vraiment que je me change les idées, ce n’était vraiment pas bon pour moi de me perdre ainsi dans le passé…

Je finis donc en vitesse cette eau citronnée et j’allai explorer les autres étages du navire.

Au pont cinq se trouvait un autre restaurant, au pont quatre une salle de jeu pour les enfants, les ponts inférieurs étaient réservés aux véhicules.

Je remontai ensuite vers la dernière partie que je n’avais pas encore explorée, l’endroit appelé « solarium ». Lorsque j’ouvris la porte qui y menait, je compris tout de suite d’où lui venait son nom.

Le soleil m’aveugla complètement quelques instants dès que je mis un pied à l’extérieur et, lorsque je recouvris la vue, ce que je vis m’émerveilla.

Il y avait là une immense piscine chauffée, avec même des toboggans géants et un mini sauna. J’avais bien envie d’y faire un tour mais quelque chose derrière attira encore plus mon attention. Je me rapprochai pour mieux voir et mon instinct ne m’avait pas trompé. Il y avait là plusieurs terrains de duels, ainsi que de nombreux joueurs qui semblaient tous s’amuser et passer du bon temps.

Une envie irrésistible de me joindre à eux me prit immédiatement mais, lorsque je ne fus qu’à quelques mètres du premier terrain, je me sentis comme perdue.

J’eus un moment d’hésitation en revoyant dans cet endroit le parc où j’avais retrouvé Darksky après le tournoi. Le soleil brillait aussi fort ce jour-là et une même ambiance de rivalité et d’amitié y régnait. Une main se posa sans prévenir sur mon épaule alors que j’étais encore perdue dans mes pensées et me fit sursauter.

-Eh bien Laura, qu’attends-tu pour les rejoindre ? Ce n’est pas ton genre de refuser un duel ; déclara mon frère d’une voix amusée.

-Arthur, tu pourrais prévenir avant de faire ça ! Protestai-je en me dégageant et en gonflant les joues de frustration.

-Désolé sœurette mais nos parents m’ont demandé de voir si tout allait bien. Ils ne te trouvent pas dans ton assiette en ce moment, et moi aussi je trouve que tu as l’air différente.

-Non, ce n’est rien, je t’assure…mentis-je.

-Allons, je vois bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas, tu en veux aux parents de nous avoir embarqués dans cette histoire de déménagement sans nous demander notre avis ? S’inquiéta-t-il.

-Non, ce n’est pas ça non plus…

Etrangement, les mots ne vinrent pas. Et pourtant, mon frère était un peu comme mon confident quand les choses allaient mal. Grace à lui, j’arrivai à être toujours de bonne humeur et je pouvais surmonter toutes les épreuves, comme le jour où j’avais échoué à une audition de piano…Mais Darksky était mon secret, un secret beaucoup trop lourd pour être révélé à qui que ce soit…

Il fronça les sourcils, un peu étonné de ma réponse mais n’en demanda pas plus. Il savait que, lorsque je refusais de parler de quelque chose, c’était inutile d’insister.

-Bien, si tu nous cherches, nous sommes dans la cabine 45 au pont 4. Tu devrais vraiment venir la voir, elle est formidable ; dit-il en me souriant avant de me laisser seule.

-Oui, je vous rejoins plus tard !

Mon frère disparut rapidement dans la foule, me laissant à nouveau seule. Cependant, je ne restai pas plus longtemps dans cet endroit, de peur que d’autre souvenirs avec Darksky ne ressurgissent et ne me paralysent une nouvelle fois.

Marchant au hasard pendant deux bonnes minutes sans vraiment regarder où j’allais, je finis par me retrouver devant un large escalier qui semblait mener à la salle des commandes. Je savais bien que je n’avais pas le droit d’y entrer mais voir la porte entrouverte et des dizaines de boutons clignoter attisèrent ma curiosité.

Après avoir bien regardé de tous les côtés pour m’assurer qu’il n’y avait vraiment personne, je décidai de rentrer à l’intérieur de la cabine.

Elle était beaucoup plus grande que ce que j’aurais imaginé. Il y avait certes le tableau de bord rempli de cadrans avec des aiguilles indiquant des chiffes, des boutons de toutes les couleurs et d’autres appareils dont j’ignorai l’utilité mais, à côté, il y avait également une sorte de coin salon avec trois fauteuils, un bar à vin, une bibliothèque ainsi qu’une autre pièce, fermée à clé.

Rapidement, je me mis à toucher à tout, allant même jusqu’à m’asseoir dans l’un des fauteuils qui me parut étonnement agréable. Le capitaine de ce navire avait décidemment bon gout.

Depuis mon siège, je décidai d’admirer un peu plus en détail la pièce et je vis rapidement de nombreux trophées, quelques filets de pêche et d’autres ustensiles reliés à la navigation.

Mais, alors que j’étais perdue à admirer le décor, une forte odeur de tabac derrière moi me parvint jusqu’aux narines et mon sang se glaça.

Je devinai sans grand mal que le capitaine du navire était de retour et qu’il n’allait pas apprécier que je me prélasse dans ses quartiers…Je n’osai plus faire un seul mouvement, espérant sans grand espoir qu’il allait repartir sans me remarquer.

Malheureusement, j’entendis des pas se rapprocher et je commençai déjà à me chercher une excuse pour ne pas causer de problème…

Mon cœur battait à tout rompre, des gouttes de sueur perlaient de mon front et tous mes membres tremblaient et, n’en pouvant plus, je sautai du fauteuil pour avouer ma faute avant que les choses ne dégénèrent.

-Dé…Désolée de m’être introduite dans votre cabine ! M’exclamai-je en m’inclinant devant lui.

L’homme sursauta et tomba à la renverse en me voyant. Je me sentis néanmoins un peu gênée pour lui lorsque je le vis étalé par terre de tout son long, le regard encore choqué.

Il s’agissait d’un homme âgé de la quarantaine, assez corpulent et eux cheveux grisonnant coupés court. Il portait l’habit habituel des capitaines de navire comme on pouvait se l’imaginer dans les livres et à côté de lui trainaient sa pipe et sa casquette, tous les deux tombés en même temps que lui.

Ce dernier me regardait avec plus d’incompréhension et de surprise dans ses petits yeux gris que de colère.

-Qu…Qu’est-ce qu’il vient de se passer ? Bafouilla-t-il toujours à terre.

-Je…Je me suis introduite dans votre cabine sans votre permission, capitaine, j’en suis…

Je n’eus pas le temps de terminer ma phrase que l’homme se releva et éclata de rire pendant une bonne minute sans que je puisse l’arrêter…ce qui me mit assez rapidement mal à l’aise, ne sachant pas si je devais en profiter pour m’éclipser ou attendre qu’il ait terminé.

Finalement, le marin se releva et s’assit sur son siège de commandant du navire avant de me fixer d’un œil intrigué.

-Et bien, ce n’est pas tous les jours que je reçois de la visite ! S’exclama-t-il en remettant sa casquette. Yohoho matelot, moi c’est Nico ! Je suis le capitaine de ce navire !

-Oui, ça je m’en serais douté…Lui répondis-je en grimaçant.

-Alors, quel bon vent amène une enfant dans ici ? Tu rêves de piloter ce beau navire ? S’exclama-t-il, l’œil brillant.

-Pas…Pas vraiment…Dis-je en détournant le regard, un peu gênée.

Le regard du capitaine s’assombrit et un air triste passa sur son visage pendant un instant et, voyant cela, je me repris immédiatement.

-Mais je veux bien savoir comment faire tant que je suis là !

Le vieil homme se leva d’un bond et commença à me montrer toutes les commandes d’un air enthousiaste. Je ne comprenais pas grand-chose à ce qu’il racontait mais je me contentai d’acquiescer à chacune de ses phrases, histoire d’éviter qu’il se souvienne que je m’étais introduite ici sans aucune autorisation…

Cependant, plus le temps passait et plus je commençais à apprécier ce vieil homme. Certes, il n’était pas des plus intéressants à me parler de voiles, gouvernail et moteur, mais la joie qu’il communiquait lorsqu’il en parlait fit que je finis par me prendre au jeu et à m’intéresser un peu à ces histoires de navigation.

Finalement, après une bonne heure, le capitaine se rendit soudain compte qu’il avait du travail et me laissa seule dans sa cabine, partant précipitamment je ne sais où…

Je ne savais pas trop quoi penser de cette petite visite. D’un côté j’étais bien contente de ne pas m’être faite attrapée et de l’autre…je me mis à vraiment craindre pour la sécurité de tout le monde sur ce bateau sur le capitaine laissait rentrer n’importe qui dans le poste de pilotage !

Ne cherchant pas à comprendre davantage, je décidai de retourner à la cabine. Lorsque je mis le nez dehors, un vent glacial plaqua mes cheveux contre mon visage et une forte odeur de sel parvint jusqu’à mes narines. Cela se faisait ressentir que je n’étais plus sur les côtes françaises et que nous approchions de l’Angleterre, rien qu’en regardant le temps qui se couvrait déjà…

Je me protégeais du froid comme je pus en refermant mon gilet et mettant mes mains dans poches et prit le chemin du retour. Il devait être aux alentours de six heures et demi du soir. Cet entretien avec le capitaine avait pris plus de temps que prévu, sachant que je comptais y rester à peine trente secondes…

Avant de retourner à l’intérieur du navire, je jetai un dernier regard vers la côte. Elle avait complètement disparue à présent, nous devions être trop loin et il faisait beaucoup trop sombre…

Les couloirs étaient inondés de monde, tous voulant assister au spectacle qui avait lieu dans plus de trois heures, mais qui, selon les journaux de bord, valait vraiment le détour mais je n’essayai même pas de savoir de quoi il s’agissait. S’il y avait bien une chose que je n’avais pas envie de faire, c’était de regarder une tragédie mielleuse.

Rapidement, je fus devant notre cabine et, lorsque e frappai à la porte et mon père vint m’ouvrir aussitôt, l’air vraiment pressé.

-Ah, te voilà Laura. Dépêche-toi de te préparer, nous devons y aller bientôt !

-Vraiment ? Et que devons-nous faire exactement ? Sauter à la mer ? Ironisai-je.

-Nous sommes invités à la table du capitaine pour le diner, c’est un homme très respectable et qui ne possède pas un grand sens de l’humour, particulièrement en matière de ponctualité.

Je restai de marbre devant cette affirmation. J’hésitai à lui parler de ma rencontre avec lui mais, connaissant mon père, il allait encore faire tout un plat de mon intrusion dans le poste de pilotage…Je décidai donc je laisser passer cela, pensant qu’il allait le découvrir bien assez tôt.

Ma mère arriva peu de temps après et me tendit une longue robe blanche en dentelle, avec une fleur rose cousue au niveau de la taille, ainsi qu’une paire de chaussures à talon et un serre-tête…

Je détestai porter ce genre de vêtements ! Pour moi, ils étaient associés à de longues discussions ennuyeuses sur le travail de mon père ainsi que des repas bien trop sophistiqués à mon gout…Cependant, encore une fois, ma mère ne voulut rien entendre malgré mes protestations.

A contrecœur, je me changeai après avoir pris une bonne douche puis j’enfilais ma robe, qui était trop grande pour moi au passage, si bien qu’à chacun de mes pas, je manquais de tomber par terre et les talons n’arrangeaient rien…Heureusement que Darksky n’était pas là pour me voir car cela m’aurait suivi pendant longtemps…

Au moment de sortir tous ensemble, Arthur rentra dans la pièce tout essoufflé, comme s’il avait couru en faisant plusieurs fois le tour du bateau. Il portait un beau costume noir, constitué d’un pantalon assez élégant et d’une veste surmontée d’un nœud papillon qui gâchait vraiment tout l’ensemble mais je me retins de dire quoique ce soit étant donné mon serre-tête.

-Sérieusement, tu étais vraiment obligé d’oublier le cadeau pour le capitaine dans les bagages ? Souffla-t-il, manquant de s’écrouler.

-Et bien, cela aurait été dommage que l’ambassadeur commence sa carrière en oubliant les cadeaux qu’on lui fait, non ? Répondit mon père en haussant les épaules.

-Si tu le dis…Maugréa Arthur, peu convaincu.

Sur ces joyeuses notes, nous remontâmes vers la salle de restaurant, mais au lieu d’aller au bar comme je l’avais fait, nous nous dirigeâmes vers une autre salle derrière.

Lorsque je franchis la porte, l’ambiance y était totalement différente. Des colonnes en or, ou du moins dorées, ornaient chaque coin de la salle et le plafond était peint de façon à ce qu’il ressemble à une nuit étoilée par une belle soirée d’été tandis qu’au sol se trouvait une élégante moquette rouge. Les chaises avaient été remplacées par de luxueuses banquettes, bien plus belles qu’au bar, et les tables étaient déjà mises comme si elles nous attendaient.

Il y avait peu de monde mais je me sentis tout de suite mal à l’aise ici, exactement comme dans toutes les réunions dans lesquelles mon père nous emmenait parfois. Je sentais que les gens n’étaient pas sincères ici…

Je repérai assez rapidement le capitaine un peu plus loin en grande conversation avec un jeune couple à l’air prétentieux, mais nous devions avoir l’air pas mal non plus dans nos costumes. Nos parents s’avancèrent vers lui d’un pas décidé et, lorsqu’il me vit, ce dernier quitta brusquement sa conversation pour venir à nous, un large sourire aux lèvres.

-Bonsoir monsieur et madame Garden, c’est un honneur de vous avoir parmi nos hôtes ce soir ; dit-il avec une révérence presque grotesque.

Mon père parut un peu déconcerté par ce geste déplacé mais continua comme si tout était normal.

-Bonsoir capitaine, c’est à nous de vous remercier de votre hospitalité sur votre magnifique navire.

-Allons monsieur, ne soyez pas aussi solennel avec un vieux loup de mer comme moi ; s’exclama le capitaine en lui donnant une grande tape dans le dos comme à un vieil ami.

-Euh…oui, bien entendu…S’étonna mon père…Mais je vous présente ma femme, Jessica, et mes enfants, Laura et Arthur.

Mon frère s’avança pour lui serrer la main mais le capitaine ne le remarqua même pas, portant toute son attention sur moi.

-Ainsi donc, cette charmante demoiselle est votre fille, intéressant…Dit-il avec un sourire malicieux en se grattant la barbe.

-Vous vous connaissez déjà ? Dit mon père un peu surpris.

-Et comment ! La petite s’était perdue et s’est retrouvée dans la salle des commandes ; s’exclama-t-il en me faisant un clin d’œil complice.

-Je suis vraiment désolé capitaine, j’espère qu’elle ne vous a pas trop embêté, elle peut être fatigante parfois…

-Comment ! M’écriai-je presque offensée.

-M’embêter ? Moi ? Vous plaisantez j’espère, votre fille est charmante, sympathique et elle m’a fait bien rigoler avec son air apeuré quand elle est rentrée ! Je suis même tombé par terre lorsque je l’ai vue, je ne m’attendais pas du tout à voir quelqu’un là !

Il se mit à rire de plus belle. Mon père ne savait vraiment plus où se mettre mais me lança tout de même un regard noir. Heureusement que j’y étais préparée, car sinon, j’aurais sûrement été comme lui. Arthur semblait vexé d’avoir été ignoré de la sorte et boudait dans un coin.

Quand le capitaine eut enfin fini sa crise, il nous proposa de passer à table, ce que nous acceptâmes volontiers. Je serais bien incapable de décrire avec précision ce que nous avions pris comme je n’en avais aucune idée, mais une chose était sûre, c’est que tout était délicieux. Le diner se passa sans rebondissement et mon père avait l’air d’avoir compris la vraie personnalité du capitaine et essayait tant bien que mal de comprendre son humour très spécial.

Pendant ce temps, je parlais avec ma mère et Arthur de notre nouvelle vie à Londres. J’appris que nous serions dans un collège français, et que par conséquent, nous n’aurions pas à apprendre l’anglais. Nous aurions aussi une maison dans la banlieue de Londres et que nous aurions besoin de prendre le bus tous les matins pour nous rendre à l’école. Ma mère nous parla également rapidement des activités à faire et de quelques contacts qu’elle avait gardés mais je n’écoutais que d’une oreille cette partie-là.

A la fin du repas, soit deux heures plus tard, le capitaine nous proposa de venir voir le spectacle avec lui.

-Non, non, nous ne voudrions pas abuser de vous ; lui dit ma mère.

-Mais non, je serais très heureux que vous veniez avec moi justement, et puis, j’ai déjà pris des places pour vous.

Mon père n’eut d’autres choix que d’accepter son offre et je suivis ma famille en trainant les pieds. Cependant, le spectacle était tout, sauf ce à quoi je pensais. Il s’agissait d’un banal tournoi de duel de monstre sur le bateau, organisé par des joueurs aux deck et aux costumes pour le moins extravagants mais pas ennuyant à regarder, si bien qu’une fois de plus, je finis par me prendre au jeu et le capitaine du le remarquer car ce dernier se leva entre deux duels et parla dans un micro se trouvant là.

-Votre attention s’il vous plait, c’est votre capitaine qui vous parle.

Tous les regards se tournèrent vers nous et je me fis toute petite, sentant qu’il allait faire quelque chose qui n’allait pas me plaire.

-Tout d’abord, merci de voyager sur notre compagnie, je suis très heureux de vous avoir tous ici ce soir. Il y a ici une jeune fille du nom de Laura qui aurait très envie d’affronter l’un de vous !

Je me mordis la lèvre et tentai de m’enfuir avant que les choses ne dégénèrent mais mon frère, amusé par la situation, me retint par la manche et m’obligea à rester.

-Tu ne vas quand même pas nous fausser compagnie maintenant ; railla-t-il d’un air malicieux que je détestais quand il m’était adressé.

Comprenant qu’il était inutile de résister, je me contentai de me rasseoir, espérant simplement que tout cela se termine rapidement.

-Que ceux qui se sentent assez forts pour l’affronter montent sur scène !

Des murmures s’élevèrent de toutes parts, tous se demandant ce que j’avais de si spécial pour interrompre le spectacle et je me pris la tête dans les bras, soupirant déjà d’avance à l’idée de ce duel qui n’avait pas lieu d’être.

Un homme se détacha alors de la foule et, même s’il s’était changé entre temps et portait désormais un grand impair marron et un chapeau gris, je reconnus immédiatement le serveur du bar.

-Ah, je vois que monsieur est volontaire ! S’exclama le capitaine d’un ton enjoué. Quel est votre nom ?

-Appelez-moi Josue ; répondit-il sans intonation.

Je fronçai les sourcils en entendant cela. Je n’étais pas folle…ce type était bien le serveur du bar…alors comment cela se faisait-il que le capitaine ne le connaisse pas ? Je sentais qu’il y avait quelque chose de louche dans cette histoire mais, pressée par les cris de la foule et par mon frère, je descendis sur la piste avec mes cartes pour affronter cet homme.

-Bien, que le duel commence ! Cria le capitaine dans son micro.

-Je prends la main ; commençai-je, désireuse d’en finir au plus vite… Je commence en défaussant mon hérisson à boulon pour invoquer hors la loi synchronique. Ensuite, j’active l’effet de mon hérisson : comme je contrôle un monstre syntoniseur, je peux l’invoquer spécialement depuis le cimetière. Mais ce n’est pas tout, j’active maintenant l’effet du guerrier double qui se trouve dans ma main : comme j’ai invoqué un monstre depuis mon cimetière, je peux l’invoquer spécialement. Je synchronise le hors la loi synchronique avec le guerrier double afin d’invoquer le Guerrier nitro, ce qui me donne droit à 2 jetons en cadeau. Je pose une carte face cachée et je termine mon tour. A vous Josue !

-J’aurais cru à un duel plus intense, mais ce n’est pas grave, je m’en satisferai ; grommela-t-il en tirant sa carte.

-Allez-y, faites mieux si vous vous en pensez capable !

-Pas de problème. Je pioche et j’invoque octo paralyseur. Comme il est sur le terrain, ton guerrier nitro ne pourra plus attaquer ni être sacrifié !

-Et alors ? Il est toujours plus fort que votre poulpe !

-C’est ce que l’on verra. J’active téléporteur d’urgence pour faire venir sur le terrain le commandant psychique en mode attaque. J’active ensuite laboratoire de rechercher cérébrale. En plaçant un compteur sur elle, je peux invoquer un autre monstre psychique directement depuis ma main et je choisis le docteur cranium.

-Il est bien joli mais il ne sert à rien…

-C’est ce que tu penses. Je synchronise le commandant psychique avec docteur cranium et octo paralyseur afin de faire venir sur le terrain ma carte maitresse, j’ai nommé l’archdémon du monde mental !

Un monstre affreux ressemblant vaguement à un démon orangé apparut sur le terrain et souleva un vent violent qui fut suffisant pour faire tomber quelques verres qui se trouvaient non loin. Encore quelque chose qui n’était pas normal…Les hologrammes n’étaient pas fait pour être aussi réalistes…

-Maintenant, voilà lueur du futur. Je retire donc l’octo paralyseur du cimetière pour que mon archdémon gagne 800 points d’attaque. Aller archdémon, détruis son guerrier !

-Pas si vite, j’active épouvantail de ferraille pour annuler votre attaque !

-Tu ne fais que retarder l’inévitable…Je pose une carte face cachée je termine ainsi mon tour.

-Donc c’est à moi, je poche…

Lorsque je vis la carte que je venais de tirer, je sus que la partie était terminée…Mais cela impliquait de faire venir ma carte maitresse sur le terrain. Etait-ce vraiment une bonne idée de dévoiler ainsi mon jeu ? Après tout, sa carte face cachée aurait pu être dangereuse. Mais si je ne le faisais pas, j’allais subir un maximum de dégâts au tour suivant…

-J’invoque donc spore en mode attaque. Je le synchronise avec le guerrier nitro avec un jeton pour invoquer…

Je me souvins tout à coup que cette carte, je ne m’avais plus en ma possession. Je l’avais donnée à Darksky en cadeau d’adieu…J’allais devoir improviser…

-Je disais donc, je les synchronise afin d’invoquer larve de brume sur le terrain, et grâce à son effet, je revois dans votre main l’archdémon, le laboratoire et votre carte face cachée !

-Non d’un androïde magique ! S’étrangla l’homme en écarquillant les yeux. Comment as-tu su que je jouais le mur de fer…

-Bonne question…Mais ce n’est pas important. Comme votre labo est parti en fumée, vous recevez 1000 points de dommage

Josue : 3000 – Laura : 4000

-Maintenant, je passe mon hérisson à boulon en mode attaque et…et bien vous avez perdu je crois car je vous attaque avec mes deux monstres !

Josue : 0 – Laura : 4000

Un tonnerre d’applaudissement s’éleva parmi la foule lorsque le capitaine annonça ma victoire écrasante. Mais je n’étais pas satisfaite de cette victoire. Il y avait quelque chose qui m’avait manqué durant ce duel…

Je m’avançai pour serrer la main à mon adversaire comme je le faisais à la fin de chaque duel, mais en m’approchant, ce dernier se contenta de me tourner le dos et de partir sans demander son reste, disparaissant dans la foule qui s’était réunie autour de nous…

-Bien joué Laura, tu lui as réglé son compte comme il le fallait ! Me félicita mon frère, me tirant de mes pensées.

-J’avais raison de vous faire combattre ; dit le capitaine un grand sourire aux lèvres. Vous êtes vraiment incroyable et je suis sûr que le public aura bien préféré un duel réel plutôt que des comédiens qui laissent à désirer, il faut le dire…

La soirée se termina dans une ambiance joyeuse et détendue. De nombreuses personnes du public vinrent eux aussi me féliciter pour leur avoir donné un beau spectacle, d’autres vinrent me défier mais perdirent toutes chacun leur tour. Mais tout comme durant mon duel contre l’homme mystérieux et depuis mon départ, je sentais comme un vide en moi en les disputant.

Cela ne m’était jamais arrivé auparavant, du moins, pas depuis longtemps. J’avais appris à savourer chaque instant, chaque carte jouée, chaque action faite lors de mes duels, mais depuis que j’avais quitté Darksky, tout cela s’était envolé, évaporé lors de notre dernière rencontre sur la falaise…

En pensant à cela, l’émotion me subjugua et je dus sortir. J’avais besoin d’être seule…

Une fois dehors, l’air froid et humide de la mer me fouetta aussitôt le visage comme une lame glacée. Je grelottais dans ma légère robe de soie blanche et je n’avais rien pour me protéger, mais au moins, j’étais sûre d’être tranquille sur le pont à une heure pareille.

Il devait être aux alentours de deux heures du matin. Tout était calme. Le bruit du bateau avançant sur les flots et le clapotis des vagues se fracassant avec violence sur la coque étaient les seuls sons que l’on pouvait entendre. Même les rires de la soirée semblaient inaudibles dans le silence de la nuit.

Je trouvai un endroit agréable vers l’avant du bateau et je m’assis là, à même le sol et je commençai à réfléchir.

Cela faisait à peine un jour que j’avais dit adieu à Darksky, et pourtant, j’avais l’impression qu’une éternité s’était écoulée.

Etrangement, rester seule dehors, assise dans le froid et exposée au vent sans que personne ne vienne me déranger me rappela ces jours que je passais autrefois sur la falaise alors que j’essayais de fuir la réalité.

Ce que je ressentis à ce moment-là, je ne l’avais plus ressenti depuis ma rencontre avec Darksky en y repensant. C’était vraiment grâce à lui que j’avais pu prendre un nouveau départ et oublier tous mes tracas liés au travail de mes parents.

J’avais toujours été si seule…Je ne faisais que cacher mon mal derrière un faux sourire mais, lorsque je l’avais affronté pour la première fois dans ce tournoi, pour la première fois, j’avais réussi à vraiment apprécier ce jeu…

Je repensai alors à son cadeau d’adieu que j’avais conservé précieusement sans le lire, de peur de le perdre ou de l’abîmer et je le sortis de ma poche.

Je dépliai le petit bout de papier et quelle ne fut pas ma surprise lorsque je trouvai à l’intérieur un poème, ou peut-être une chanson qui sait, écrit de sa main.

La quasi pleine lune me permis de voir distinctement tout ce qui était marqué et je commençai ainsi à lire.

« Je marcherai seul sous la pluie,

Avec mon cœur endolori

Je continuerai de rêver que tu es toujours à mes côtés

Ta présence me redonnait foi

Cet amour, il n’était que pour toi »

Je souris bêtement en lisant ces quelques lignes. En temps normal, je me serais bien moquée de lui si j’avais trouvé ce poème un jour dans la cour de l’école ou dans son bureau, mais ce soir-là, seule sur le pont de ce bateau, mon cœur battait la chamade en pensant que Darksky avait écrit ces mots pour moi…

« Mais tôt ce matin endormi

J’ai compris que tu étais partie.

J’ai cru que nous pourrions rester

Enfantins pour l’éternité

Ce n’était qu’une hallucination

Une illusion… »

Je sentis tout à coup les larmes me monter aux yeux et je fus obligée d’arrêter ma lecture. Ainsi, il savait déjà qu’un jour, nous nous séparerions, et pourtant, il avait continué à passer autant de temps avec moi tout en sachant que ces jours ne pourraient pas continuer éternellement…

J’avais toujours pensé que c’était moi qui lui donnais la force d’avancer et de surmonter la mort de ses parents…mais en réalité, c’était lui qui me soutenait plus que n’importe qui. Sans lui, j’aurais continué à me cacher derrière ces faux sourires et ces rires forcés !

Comment avais-je pu ne pas m’en rendre compte plus tôt ? Comment avais-je pu être aussi aveugle ? Si égoïste ? Je n’avais pensé qu’à moi, qu’à ce que notre séparation pourrait me faire, sans penser réellement à ce qu’il aurait pu ressentir lorsque je lui ai annoncé mon départ…

Tout ce qui m’importait était de repousser au maximum ce jour, non pas pour le préserver mais pour me voiler la face et croire que ces jours seraient éternels alors que lui, au contraire, avait conscience de cette réalité plus que n’importe qui…

Je ne pus me contenir plus longtemps et je laissai le flot de larmes en moi se déverser comme un torrent incontrôlable. La nuit résonnait de mes plaintes, et les étoiles étaient les seuls témoins de ce que je vivais en ce moment.

Je lançai un appel dans le vent, chuchotant dans les ténèbres, espérant qu’il puisse le porter jusqu’à Darksky, lui dire à quel point j’étais désolée, que si j’avais la possibilité de tout recommencer, que si je pouvais réécrire l’histoire, je le ferais sans hésiter, et cette fois-ci, je saurais être à la hauteur.

-Si seulement je pouvais juste croire aux miracles, Darksky…Je réécrirais l’histoire…je ferais tout pour te montrer une toute autre personne que l’égoïste que tu as connue et je te dirais les mots que je n’ai jamais pu te dire…Murmurai-je en serrant ce minuscule bout de papier contre mon cœur au risque de le froisser.

-C’est un bien beau souhait que de vouloir refaire l’histoire pour l’être qui nous est cher ; dit soudain une voix derrière moi.

Je me retournai brusquement, et je vis le capitaine s’approcher de moi avec un sourire malicieux aux lèvres ainsi qu’une pipe à la main. J’espérai sincèrement qu’il ne m’avait pas entendue me plaindre mais à en juger par ses mots, j’en doutais fort…

-Désolé si je t’ai encore une fois surprise, j’étais sorti fumer et j’ai entendu quelqu’un pleurer sur mon navire. Je n’imaginais pas un instant qu’il pouvait s’agir de toi mon enfant ; continu a-t-il d’une voix plus douce.

-Ce…Ce n’est rien ; lui répondis-je en essuyant mes larmes d’un revers de la manche.

Le capitaine vint se placer à côté de moi et regarda fixement un point dans les ténèbres de la nuit. Son expression s’était tout à coup durcit. Il n’avait plus du tout son air décontracté et plaisantin comme lors du diner. Au contraire, il semblait pensif et triste et semblait tout à coup avoir pris dix ans à cause de la fatigue se reflétant dans ses yeux gris et remplis de regrets.

J’attendis quelques instants qu’il brise le silence, mais à ma grande surprise, il ne dit rien de plus, comme s’il était totalement perdu dans ses pensées. Je pris alors la parole, déconcertée par son attitude.

-Capitaine, vous avez dit de refaire l’histoire pour l’être aimé…

-Désolée, Laura, ça m’a échappé. Je ne veux pas t’embêter avec mes histoires qui n’intéressent que moi ; me répondit-il sans me regarder.

J’hésitai un instant à me confier à lui. Après tout, je ne le connaissais que depuis quelques heures et encore, je ne lui avais pas vraiment parlé mais quelque chose en lui m’inspirait la confiance. C’était peut-être stupide mais c’était un sentiment que je ne pouvais expliquer à ce moment-là.

-Dites-moi, capitaine ; commençai-je en me relevant et en m’installant à côté de lui, cela vous est déjà arrivé de vouloir réécrire l’histoire vous aussi ?

-Plus de fois que tu ne le crois ma chère enfant ; me répondit-il dans un soupir. Vois-tu, il y a longtemps, lorsque je devais avoir vingt ans, j’avais deux amours dans la vie : la mer…et une femme du nom de Silène. Je me souviens encore de son visage, doux comme un ange, toujours joyeuse et son regard…bleu comme la mer la plus calme…

-Et…que lui est-il arrivé ; demandai-je prudemment.

-Malheureusement pour moi, elle avait une peur bleue de l’océan car elle avait perdu toute sa famille en mer lorsqu’elle était petite. J’ai dû faire un choix entre ma carrière et donc renoncer à Silène, ou bien renoncer à la mer pour toujours et vivre avec elle… J’ai choisi la mer. Au départ, je pensais vraiment avoir fait le bon choix, mais j’étais jeune et inconscient et je me voyais avec un brillant avenir dans la marine…Aujourd’hui, je me demande si je n’aurais pas dû faire ma vie avec elle plutôt que de moisir ici sur mon bateau, seul…

Il me regarda droit dans les yeux. C’était la première fois de la journée que je ne voyais en lui aucune ironie ni de joie. Il était si sérieux que cela faisait presque peur mais je comprenais exactement ce qu’il ressentait du haut de mes onze ans.

-Mais toi, tu es jeune, tu as tout le temps pour réfléchir. Je ne sais pas pourquoi tu veux réécrire l’histoire, Laura, et cela ne me regarde pas mais, ne renonce pas à tes rêves, sans cela, la vie ne vaut même plus la peine d’être vécue. Si tu aimes quelqu’un de tout ton cœur et de toute ton âme, alors rien ne pourra vous séparer, pas même l’éloignement ou le temps.

Cette dernière phrase me fit ouvrir les yeux sur moi-même. Il avait raison, j’avais fait une promesse à Darksky : qu’un jour, nous nous reverrions et je comptais bien la tenir désormais, même si cela devait prendre plusieurs années.

Je lui avais dit au revoir, pas adieu ! Rien ne m’empêchait de revenir le voir une fois adulte, ou même pendant des vacances. Il y avait également de nombreux moyens de communications comme les mails ou tout simplement les lettres. Il suffisait que j’insiste un peu mais j’étais persuadée que nous pourrions rester en contact jusqu’au jour où l’on se retrouverait.

-Merci ; lui dis-je dans un murmure presque inaudible.

-Mais de rien mon enfant, cela faisait longtemps que je n’avais pas parlé de cette histoire à quelqu’un. Je crois bien que la dernière fois, je devais être à moitié saoul…

Je ne pus m’empêcher de rire malgré les quelques larmes qui s’accrochaient encore à mes yeux rougis par mes pleurs. Ce capitaine, décidément, il ne prenait rien au sérieux…

Ce dernier, ayant terminé sa cigarette, mit les mains dans ses poches et commença à prendre le chemin du retour mais, alors qu’il se trouvait juste devant la porte, il s’arrêta un instant et se tourna à moitié vers moi et me lança :

-Ce voyage est mon dernier. A partir de la semaine prochaine, je prends ma retraite.

-Vraiment ? Vous ne paraissez pas si vieux que ça pourtant ; m’étonnai-je.

-Disons que, à défaut de pouvoir réécrire l’histoire, j’ai écrit une nouvelle page ; me répondit-il d’un ton amusé.

Sur ces mots, le capitaine rentra à l’intérieur du navire et je me retrouvai à nouveau seule sur le pont, toujours frigorifiée et repensant au passé, mais désormais, je me sentais libérée du poids de mon mensonge envers Darksky. J’avais maintenant la certitude que cet adieu sur la falaise n’était qu’un au revoir.

Comme prise de folie, je me précipitai à la poupe du bateau et je criai de toute mes forces dans la nuit en direction de la ville que j’avais quittée :

-M’entends-tu Darksky ! Nous nous reverrons bientôt, j’en fais le serment ! Alors, en attendant ce jour, prends soin de toi…

J’essuyai les quelques larmes qui restaient encore pendues à mes yeux, puis, lançant un ultime regard au lointain, je rangeai le poème précieusement dans la poche de ma robe et je rentrai à mon tour avant d’attraper une méningite…

Une fois à l’intérieur, la climatisation du bateau me revigora d’un seul coup. Il n’y avait plus personne désormais dans les couloirs, le spectacle devait être terminé depuis longtemps déjà…

Je regagnai lentement la cabine, m’égarant un peu sur le chemin à cause de la fatigue mais je finis par la retrouver assez rapidement.

Ma mère vint m’ouvrir, me grondant au passage pour avoir disparue en plein milieu de la fête sans prévenir, mais j’étais si épuisée que je n’eus même plus la force de me défendre et je pris toutes les critiques sans broncher avant de m’affaler sur le lit et de m’endormir immédiatement, encore toute habillée.

Lorsque je me réveillai le lendemain, il devait être aux alentours de midi et tout le monde était déjà sur le départ. Mon frère passa en coup de vent devant moi en me criant de me lever sans quoi il partirait sans moi.

Encore à moitié dans mes rêves, je m’étirai, histoire de me donner un peu de courage avant d’entamer cette journée qui s’annonçait d’ores et déjà épuisante.

Je fis rapidement mes bagages, c’est-à-dire la trousse de toilette, un jean, un tee-shirt et le poème et, encore habillée comme la veille, je sortis ma valise dans le couloir avec les autres.

-Te voilà enfin ; ricana Arthur, je croyais que tu n’allais jamais te réveiller.

-Arrête un peu de l’embêter ; le reprit ma mère, nous ne sommes pas si pressés, le bateau n’arrivera au port que dans une demi-heure.

-Oui, mais ils voulaient que nous sortions de la chambre à 11 heures et il est midi, il était temps que tu viennes Laura ; râla mon père. Et bon sang, où étais-tu passée hier ? J’étais tellement absorbé par le capitaine que je ne t’ai même pas vue disparaitre !

-C’est bon, ce n’est pas comme si j’avais été enlevée sur un bateau…Maugréai-je.

Alors que nous nous disputions sans réelle raison, nous vîmes arriver le capitaine qui arborait un air spécialement joyeux pour quelqu’un partant à la retraite mais si mes déductions étaient exactes, alors je pouvais le comprendre.

-Yohoho Matelot, bien dormi j’espère ? S’exclama-t-il en guise de salutation.

-Très bien capitaine, merci. Votre bateau est très confortable ; lui répondit mon père sans perdre son sérieux.

-Oh mais ce n’est plus mon bateau désormais. Comme vous, je descends ici et direction l’Angleterre ! Je suis d’ailleurs venu vous donner mon adresse. Il faudra qu’on se revoie un de ces jours et je vous présenterai ma nouvelle femme !

Je souris en entendant cela. J’avais finalement bien deviné et je fus contente de voir que le capitaine liait l’acte à la parole et qu’il ne faisait pas que des leçons de morale sans appliquer lui-même ses propres conseils.

S’ensuivit alors une courte discussion pendant laquelle mon père prit l’adresse du capitaine ainsi que son numéro puis la sirène du bateau siffla trois fois.

-Et bien, monsieur Garden, j’espère vous revoir prochainement dans ce cas et je vous souhaite une bonne installation ! Lança le capitaine tout en nous faisant un signe de la main. Laura, n’oublie pas ce que je t’ai dit et tout ira bien.

Mon frère me regarda bizarrement en entendant cela mais je l’ignorai et je me contentai de répondre au signe de main du capitaine, vraiment reconnaissante envers lui.

Nous montâmes ensuite sur le pont extérieur et les côtes anglaises nous apparurent. Elles ressemblaient trait pour trait aux côtes françaises à l’exception que le temps était gris et que la falaise n’existait pas ici.

Au loin, je distinguai une ville perdue dans le brouillard et mon cœur se mit à battre plus vite

-Nous voilà arrivés. C’est une nouvelle vie qui nous attend derrière ce brouillard ; déclara Arthur calmement.

-Oui, et espérons simplement…qu’elle soit heureuse…murmurai-je en repensant à Darksky.




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le bon temps…

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[fic]: L'Avènement des Dieux posté le [24/11/2017] à 22:15

Laura : Un nouveau départ


Spoiler :



Le bateau accosta dans le port et nous descendîmes parmi les premiers passagers. Lorsque je fus sur le quai, je pris conscience pour la première fois depuis notre départ que notre vie allait réellement changer en entendant parler Anglais tout autour de moi.

J’entendis soudain depuis le pont quelqu’un qui m’appelait malgré le bruit des moteurs. Je me retournai et je vis le capitaine en train de me faire de grands signes depuis l’avant du bateau.

Je lui répondis avec un salut de la main comme je ne comprenais pas vraiment ce qu’il voulait, même si j’imaginais qu’il me disait au revoir. Mais il s’interrompit et disparut à l’intérieur avant de revenir quelques instants plus tard avec un haut-parleur et se mit à crier dedans.

-Bonne chance ma petite ! Hurla-t-il comme s’il voulait que tout le monde soit au courant. Merci pour tout et n’oublie pas ce que je t’ai dit : ne renonce pas à tes rêves, jamais ! Tu as en toi l’étoffe des plus grands champions, tu iras très loin dans la vie !

J’empourprai immédiatement. Tout cela était vraiment très gênant, d’autant plus que tous les regards s’étaient tournés vers moi et que le capitaine se penchait dangereusement au-dessus de la barrière manquant de tomber à chaque instant. Mais je ne pouvais pas lui en vouloir, il m’avait supporté au moment où j’étais au plus mal, j’étais presque heureuse qu’il n’ait pas oublié ce qu’il m’avait dit.

-Je ne l’oublierai pas capitaine ! Lui dis-je.

Il n’aurait pas dû entendre ce que je venais de dire mais je crus voir l’esquisse d’un sourire sur sa figure après avoir prononcé cette phrase.

Nos parents revinrent peu après avec une énorme voiture qu’ils avaient commandée avant de partir. Nous mîmes donc tous les bagages dans le coffre puis nous nous éloignâmes du port en direction de notre nouvelle demeure.

Nous traversâmes brièvement Londres, en passant devant quelques monuments tels que Big ben ou Buckingham palace et je pus remarquer une nouvelle fois les différences avec la France, autant dans le style des constructions que dans les rues elles-mêmes. Mais la ville ne me paraissait pas désagréable à première vue…même si, comparé à notre petite bourgade de campagne, tout semblait beaucoup plus grand ici…

Nous arrivâmes ensuite dans la banlieue londonienne, dans un petit village nommé Viridian, à dix minute à peine de la grande ville mais qui semblait perdu en pleine campagne. Une paix royale y régnait et notre voiture devait être la seule source de bruit de la ville.

Il y avait une grande avenue, qui débouchait sur plusieurs ruelles adjacentes, toutes très lumineuses et bordées de maisons individuelles sur ou un deux étages et toutes entourées de petits jardins. Chacune avait accroché à sa porte un bouquet de fleurs toutes différentes, donnant une certaine gaité à cet endroit qui était assez endormi.

Nous continuâmes sur la grande avenue jusqu’à la mairie où nous nous engouffrâmes dans une sorte de passage couvert lugubre et peu attirant. Lorsque nous en sortîmes, je pus découvrir un magnifique jardin fleuri et derrière, un immense manoir.

-Dites-moi…ce n’est tout de même pas ici que nous allons vivre ? Demandai-je émerveillée.

-Et si, c’est tout de même mieux que notre ancienne maison n’est-ce pas ? Répondit ma mère, toute aussi contente que moi.

-Techniquement, il s’agit de notre ancienne maison puisque c’est ici que j’ai grandi ; continua mon père.

-Ah, c’est donc ici qu’habitait grand père ? J’ai hâte de voir tous les endroits dont il parlait alors ! S’exclama mon frère, des étoiles dans les yeux.

Le parc faisait une bonne dizaine d’hectares, avec pas mal de verdure, des arbres bien alignés, des plantes coupées en carré et une fontaine avec un ange crachant de l’eau de sa bouche. Il n’y avait pas beaucoup de place pour se promener en dehors des allées sans risquer de détruire tout le jardin mais une grande pelouse un peu en recul compensait le manque de place.

Nous nous arrêtâmes sur les pavés, juste devant le portail du manoir. Il était non seulement imposant mais avait aussi un certain charme. Deux statues ornaient la porte d’entrée et semblaient garder le manoir des intrus. La couleur de la pierre avec laquelle il était fait reflétait les rayons du soleil si bien que l’on pouvait avoir l’impression qu’il était couvert d’or. Du lierre grimpait aux fenêtres et créait quelques fissures mais rien de bien grave d’après ce que je pouvais voir.

La façade quant à elle était assez simple, uniquement entrecoupée de grandes fenêtres, toutes possédant un balcon assez large pour installer une table à l’extérieur et, aux deux extrémités, il y avait des sortes de petites tourelles pointues, comme dans les châteaux forts.

Tandis que les autres déchargeaient nos bagages, j’en profitais pour faire le tour. L’arrière du manoir ressemblait assez à l’avant, mis à part qu’il n’y avait pas de porte pour y rentrer et que le soleil ne se reflétait pas sur les murs. Au fond du jardin il y avait une petite cabane de bois à l’abandon, sûrement construite par mes ancêtres. Je me dis tout de suite que dès que j’en aurais le temps, je la remettrais en état pour y établir ma nouvelle base secrète.

Lorsqu’ensuite, je rentrai à l’intérieur de la bâtisse, je croisai immédiatement un grand homme presque chauve en costume à queue de pie, portant des gants blancs, des lunettes rondes et une grande moustache grise. Ses yeux étaient quasiment fermés si bien que je ne pouvais pas déceler son regard mais il ne m’inspira pas confiance à première vue.

-Veuillez m’excuser mademoiselle ; dit-il avec une révérence.

-Papa, c’est qui le monsieur avec la moustache ? Demandai-je surprise de voir un inconnu dans la maison.

-Je vois que tu as fait connaissance avec Arnold. Il s’est occupé de moi quand j’étais jeune ! Me répondit mon père en souriant à l’homme.

-Enchanté mademoiselle Laura, s’il y a quoi que ce soi que je puisse faire pour vous, appelez-moi.

Avec une révérence, l’homme se retira pour aider ma mère à porter tous les bagages à l’intérieur.

-Il est très serviable, tu ne trouves pas ? Dit mon père quand Arnold se fut éloigné.

-Oui, sûrement…Marmonnai-je.

Cela ne me plaisait pas plus que ça d’avoir quelqu’un toujours sur mon dos à me dire ce que je devais faire en permanence mais il était hors de question qu’il me dise comment me conduire. Je tenais à ma liberté tout de même !

Mon père me montra par la suite ma chambre au premier étage. Elle était très spacieuse. Il y avait là assez de place pour mettre toutes mes affaires et même plus. Le plafond était haut et donnait l’impression que la pièce était bien plus grande qu’en réalité et, à côté de mon lit se trouvait une grande cheminée de marbre blanc surmontée d’une imposante glace.

Même si cette chambre ne ressemblait en rien à ma précédente chambre mais je m’y sentais déjà comme chez moi. Peut-être était-ce tout ce dont j’avais toujours rêvé, la vie de château…

Mon lit était déjà fait à mon arrivée et la première chose que je fis fut de sauter dessus. Il était parfait, ni trop grand ni trop petit, moelleux et placé juste à côté de la fenêtre. De là, je pouvais voir presque tout le jardin et même la ville de Londres au loin perdue dans le brouillard.

Le reste de la soirée se passa à placer aux meilleurs endroits possibles tous les meubles, arranger ceux qui étaient déjà en place, vérifier l’eau, l’électricité et le chauffage, prendre connaissance de toutes les pièces pour ne pas se perdre et bien d’autres détails à régler encore.

Arthur avait sa chambre juste à côté de la mienne tandis que nos parents avaient la leur au rez-de-chaussée. La salle à manger et le salon se trouvaient près de l’entrée, de même que la cuisine. Il y avait encore un certain nombre de pièces inutilisées pour le moment qui servaient de débarras en attendant de leur trouver une utilité. Il faut dire que nous n’avions pas l’habitude d’avoir autant de place.

Les jours qui suivirent notre arrivée en ville furent consacrés à diverses choses pratiques comme faire connaissance avec nos voisins, visiter la ville, remplir des papiers administratifs, repérer le chemin de l’école ; rien de bien passionnant à mon goût mais ces choses m’occupèrent suffisamment l’esprit pour ne pas penser à Darksky pendant ce temps.

Nous ne devions reprendre les cours qu’à la fin de la semaine, ce qui me laissait un peu de temps pour me remettre de mes émotions dues au voyage. J’avais rangé le poème de Darksky dans le tiroir à côté de mon lit et je faisais bien attention à ce que rien ne vienne le froisser ou l’abimer. Arthur s’était déjà fait plusieurs amis parmi nos voisins et passait le plus clair de son temps avec eux. Moi, je n’avais pas très envie de sortir. Je préférais rester seule dans le jardin, à tourner, en connaitre tous les recoins et toutes les cachettes. Nous possédions également un piano à queue dans la maison mais je n’avais pas la tête à en jouer…

J’évitai aussi le plus possible Arnold qui ne m’inspirait pas confiance derrière ses airs de majordome respectable et ses gants blancs. Il devait certainement cacher quelque chose…

Il y avait de plus un centre de duel dans la ville, mais bizarrement, il ne m’attirait pas du tout. Il fallait dire que les deux seules fois où j’avais tenté d’y livrer un duel, ceux que j’avais faits avec Darksky me revenaient en mémoire et m’empêchaient de jouer correctement.

Enfin, après une semaine d’installation, le jour tant redouté arriva : la rentrée des classes. Les cours en eux-mêmes ne me dérangeaient pas mais je savais que, sans Darksky, mes journées risquaient de paraitre bien vide désormais…

Je marquai un temps d’arrêt lorsque je me retrouvai devant les grilles. Notre collège était typiquement anglais avec ses allures de vieux château, sa grande cour et les uniformes des élèves. Cela me changeait pas mal de ce que j’avais l’habitude d’avoir…

Après avoir respiré un grand coup, je franchis la grille pour faire mon premier pas dans ce nouveau monde que fut l’école, ou plutôt le collège Anglais.

-Bien Laura, d’après ce que l’on m’a dit, ta classe devrait se trouver au premier étage et tu dois retrouver tous tes camarades devant la porte là-bas. Tu penses t’en sortir sans moi ? Me dit mon frère sans même attendre ma réponse et partant déjà de son côté.

-Mais oui ; répondis-je sur un ton confiant.

Nerveuse, je m’avançai seule dans la grande cour, au milieu de centaines d’élèves qui se connaissaient déjà tous entre eux et je sentais leur regard peser sur moi, ce qui me fit accélérer le pas pour me rendre au plus vite devant ma salle de classe.

Là, un petit homme moustachu et chauve m’attendait. Son visage était dur et sévère et son œil droit était recouvert par un monocle comme au XVIIème siècle, ce qui accentuait l’air vieillot de ce collège.

Je devinai sans mal qu’il s’agissait de mon professeur principal à son costume et la liste qu’il tenait dans ses mains et je me dirigeai vers lui malgré son air peu amical.

-Êtes-vous mademoiselle Garden ? Braya-t-il d’une voix ridiculement forte lorsque j’arrivai à sa hauteur.

-Ou…Oui, c’est moi ; balbutiai-je, déconcertée.

-Enchanté ; dit-il en se radoucissant, je suis lord Doom, agrégé d’histoire et votre professeur principal pour cette année. Si vous voulez bien me suivre, je vais vous présenter à la classe.

Je suivis donc l’homme sans poser de question et ce dernier m’amena jusqu’à une porte qu’il ouvrit avec grand fracas et toutes les discussions qui s’y tenaient cessèrent immédiatement lorsqu’il entra, avec moi à sa suite.

-Chers élèves, nous avons aujourd’hui l’immense honneur d’accueillir parmi nous Mademoiselle Garden, fille l’ambassadeur de France en Angleterre. Je vous prie de la traiter comme il se doit. ! S’exclama mon nouveau professeur.

A nouveau, tous les regards se tournèrent vers moi et je m’empourprai. Je ne savais pas pourquoi mais je n’étais vraiment pas à l’aise ici, comme si je n’étais pas vraiment à ma place. Cependant, je ne me laissai pas démonter pour si peu et je soutins leur regard.

-Mademoiselle, si vous voulez bien vous décrire brièvement à la classe ; dit Lord Doom en me laissant seule face aux autres.

-Et bien…bonjour à tous, je m’appelle Laura Garden ; commençais-je mal à l’aise. Je viens d’arriver en Angleterre et j’espère que nous pourrons bien nous entendre…

Au moment où je prononçai ces mots, je crus sentir comme une boulette de papier me percuter et, lorsque je scrutai la classe, je remarquai alors un garçon à l’air spécialement peu sympathique, affalé sur sa chaise et me rappelant un peu trop Dan à mon gout, autant dans son allure que dans son attitude. Mais je décidai de l’ignorer pour le moment, préférant ne pas m’attirer d’ennui dès le premier jour de classe.

-Que dire de plus…J’ai un grand frère dans cette école, Arthur…Et en dehors de l’école, J’aime beaucoup jouer au piano et…le duel de monstres aussi !

-Les…duels de monstres ? Reprit le professeur un peu déconcerté.

-Oui, j’y joue depuis longtemps maintenant et j’ai même gagné plusieurs tournois. Certains diront peut-être qu’il n’y a que la victoire qui compte, mais pour moi le plus important est de jouer pour le plaisir. Je ne suis pas du genre à vouloir la victoire à tout prix, mais plutôt à profiter du moment présent…Mais je vous ennuie avec mes histoires…

-Pas du tout mademoiselle Garden. Certaines personnes dans cette classe devraient prendre exemple sur vous ; dit-il en fixant le fameux élève au fond de la classe qui bailla ostensiblement.

Lord Doom me désigna une place à côté d’un garçon roux qui ne faisait rien de particulier pour paraitre sympathique, il faisait même tout le contraire. Il n’était pas très grand, du moins plus petit que moi à première vue, aux yeux marrons et au visage très enfantin. Son nom était Théodore Miller, et mon professeur lui avait demandé d’être une sorte de tuteur pour moi, et je voyais que cela ne l’enchantait guère. Pourtant je n’avais pas eu l’impression d’être prétentieuse ou antipathique lors de ma présentation…

-Désolée de m’imposer comme ça, j’essaierai de ne pas être trop envahissante ; lui lançai-je en plaisantant tout en prenant place à côté de lui.

Ce dernier me répondit simplement par un grognement sans même me regarder et je grimaçai. Je sentais déjà que cette année risquait d’être longue avec une telle compagnie…

Les leçons commencèrent ensuite en enchainant directement avec un cours assez peu passionnant d’histoire de l’Angleterre, où je m’y connaissais encore moins qu’en histoire de France. Je me contentais donc d’écrire ce que le professeur dictait, sans trop comprendre, me disant que j’allais relire tout cela chez moi au calme.

Lorsque la sonnerie retentie, tous les élèves se levèrent d’un bond pour partir déjeuner, me laissant seule dans la classe.

-Théodore ! Hurla mon professeur en rattrapant mon tuteur par le col.

J’entendis le garçon pousser un long soupir et revenir vers moi en grommelant.

-On dirait que je ne peux vraiment pas y échapper ; maugréa-t-il, les mains dans les poches. Cependant, ne t’attends pas à ce qu’on devienne ami toi et moi. Je ne veux pas d’ami.

Je penchai la tête sur le côté, plus déconcertée par son attitude que vexée mais le garçon ne me laissa pas le temps de poser de question et prit la direction du réfectoire.

Dans la file d’attente, je me mis à réfléchir sur ce Théodore. Etrangement, il ne m’inspirait pas spécialement le mépris ou l’indifférence. Je n’aimais pas son attitude, c’était un fait. Cependant, cela me poussait à me comporter exactement de la façon qu’il ne voulait pas, simplement pour l’embêter.

Ainsi, dès que nous fûmes servis, je me mis à l’assaillir de questions d’un air très enthousiaste et ignorant totalement son dédain.

-Alors, tu es dans cette école depuis longtemps ? Lançai-je joyeusement.

-Non.

-Donc tu es nouveau également ? C’est étrange que le prof t’ait demandé de me montrer les lieux alors ; m’étonnai-je.

-Tss…Ridicule. Ce prof est un abruti ; grogna Théodore sans même me regarder.

-Il n’a pas l’air commode, oui ; ris-je. Et sinon, tu sais s’il y a des clubs dans ce collège ? Ça m’intéresserait de participer un peu à la vie de l’école !

-Il parait oui…

-Comment ça « il parait » ? Tu ne sais même pas ?

-Non, et je m’en fiche. Je ne veux pas intégrer de club ; continua-t-il toujours aussi froidement.

-Pourtant, s’il y en a, je suis sûre que tu pourrais en trouver un qui te convient. Qu’est-ce qui t’intéresse ?

-Rien.

-Rien ? Répétai-je, un peu sceptique.

Théodore s’arrêta là et le reste du repas se passa en silence malgré mes questions auxquelles il ne répondit plus que par des hochements de tête ou des grognements. Décidément, il était bien différent de Darksky…Mais je décidai de ne pas abandonner aussi rapidement.

Sans vraiment savoir pourquoi ni comment j’en vins là, je m’imposai à ce moment un défi stupide et sans intérêt, celui de briser la carapace de Théodore, déjà parce que je n’appréciais pas du tout son attitude et que je sentais que j’allais devoir me le coltiner un petit bout de temps, mais aussi parce qu’il me donnait l’impression de revoir Darksky, un an plus tôt, lors de ce tournoi…

Lorsque nous sortîmes de la cantine, je vis qu’une foule s’était rassemblée dans la cour et immédiatement, Théodore tourna les talons.

-Une minute, qu’est-ce qu’il se passe ? Lui demandai-je.

-Va voir par toi-même, mais moi, ça ne m’intéresse pas.

Intriguée, je me séparai de mon tuteur et je me rapprochai du groupe. Ce que je vis là me sidéra. Le garçon qui m’avait lancé une boulette de papier un peu plus tôt était en train de frapper un élève avec quatre de ses camarades et personne ne réagissait.

Indignée, je fendis la foule et, alors que le garçon allait donner un coup de pied à l’élève à terre, je m’interposai et ripostai avec un croche pattes qui fit aussitôt tomber l’agresseur, sous les regards médusés de tous.

-Qui ose…

Un regard assassin passa soudain dans les yeux du garçon quand il me vit et un sourire carnassier se dessina sur ses lèvres tandis qu’il se relevait et qu’il me faisait face.

-Mais ne serait-ce pas Laura ? Celle qui joue au duel de monstres pour le plaisir ! S’exclama-t-il avec un rire grave suivit par ses camarades.

-Oh, je vois que tu as retenu quelque chose de mon discours ce matin, j’en suis flattée ; raillai-je. Et puis-je savoir à quoi vous jouez, vous ?

-Je ne fais que reprendre mon gouter vois-tu ; me répondit-il en haussant les épaules. Cet idiot m’en devait un depuis trois jours.

Il fut saisi d’un autre éclat de rire et les autres enchainèrent tous comme des moutons.

-C’est une bien drôle de façon de réclamer son dû.

-Ah, tu trouves ? Pourtant personne n’a contesté mes méthodes pour le moment ; continua le garçon sans abandonner son sourire assassin.

Il se rapprocha alors de moi et me murmura à l’oreille :

-Mon nom est John. Tu es nouvelle ici donc je vais te laisser une chance : rejoins ma bande et…

Je n’écoutai même pas la fin de sa phrase et je l’interrompis avec un coup de poing dans le ventre qui l’obligea à se plier en deux et à tomber à genoux devant moi. Ce type était vraiment comme Dan mais en bien pire et ça, je ne pouvais le laisser passer !

-Merci mais non merci ; rétorquai-je froidement.

Les regards se fixèrent tous sur moi, à la fois impressionnés et effrayés que la nouvelle fille toute fraichement arrivée commence déjà à chercher des ennuis à la brute de l’école mais je ne m’en préoccupai pas et je focalisai mon attention sur cet idiot qui se relevait, le visage rouge de colère. Cela se voyait dans son attitude déroutée que personne n’avait l’habitude de lui tenir tête et qu’il faisait sa loi dans cette école mais si j’avais refusé de me plier à Dan par le passé, ce n’était certainement pas pour céder face au premier idiot venu.

-Je vois…Déclara-t-il en serrant les dents. Dommage, tu aurais pu devenir la reine de cette école en t’alliant à nous…Mais puisque tu ne veux pas…

John claqua des doigts et ses camarades m’encerclèrent tandis que toute la foule autour de nous s’enfuit aussitôt sans demander son reste. Cependant, je ne tressaillis pas et, au contraire, je mis mes mains dans mes poches et penchait la tête sur le côté en prenant un air faussement ennuyé.

-Tiens, tu ne viens pas te battre toi-même, John ? Tu as peur qu’une fille te batte devant toute l’école ? Ironisai-je.

-Tes provocations ne marcheront pas avec moi, je ne suis pas stupide.

-J’aurais pourtant mis ma main à couper que si…M’étonnai-je.

Cette phrase termina d’exaspérer John qui ordonna à ses quatre acolytes de m’attaquer en même temps. Ceux-ci se jetèrent alors sur moi et je soupirai. J’esquivai facilement le coup de poing du premier qui me fonçait dessus comme un bœuf avec un simple pas sur le côté, puis, tournant sur moi-même, je fis un croche patte au second qui s’étala par terre de tout son long. Je mis à terre le troisième avec un simple coup de genou dans le ventre lorsque celui-ci fut suffisamment proche de moi et quant à au quatrième, j’attrapai finalement son poing dans la paume de la main avant de lui faire une clé de bras qui l’immobilisa également.

Une fois les quatre sbires vaincus, je me tournai vers John et je crus qu’il allait exploser tant son visage était rouge de colère. Je décidai d’en rajouter une couche en lui lançait un sourire narquois avant de m’approcher de lui et il recula d’un pas, la main tremblante.

-Et bien, on dirait que le « roi » de cette école vient d’être détrôné ; raillai-je.

-Laura…Garden…Grommela John en serrant le poing. Je n’oublierai pas ton nom…Tu viens de te faire un ennemi dangereux aujourd’hui…

-Un de plus ou un de moins, ce n’est pas ça qui changera ma vie ; lui répondis-je en haussant les épaules.

-Je peux te promettre que tu vas repartir aussi rapidement que tu es arrivée ici…

Sur ces mots, John fila sans demander son reste, de mêmes que ses quatre camarades et je soupirai une nouvelle fois, fatiguée de tout ce cinéma. Je sentais que ce Dan bis allait être problématique dans les jours à venir mais je ne m’en préoccupai pas plus que ça. Au moins, il allait m’occuper un peu…

Lorsque je me retournai pour prendre la direction de la salle de classe, je vis que Théodore m’observait, à demi caché dans l’angle d’un mur, fronçant les sourcils et croisant les bras sur son torse.

-Tu es stupide ou quoi ? Me demanda-t-il sèchement.

-Est-ce que tu t’inquiètes pour moi ? M’amusai-je légèrement.

-Oui, parce que si tu te fais tabasser par cet idiot de John, c’est sur moi que ça va retomber ; grogna-t-il.

-Dans ce cas, tu ne veux pas donner une leçon à John avec moi ? Lui proposai-je en voyant soudain Darksky en lui. J’avais l’habitude de mettre des raclées à la brute de mon école avec un ami dans le passé.

-Sans façon. Je tiens à la vie.

Sur ces mots, Théodore tourna les talons et disparut de ma vue. Je me sentis légèrement déçue au fond de moi. En voyant John, pendant un instant, j’avais cru retrouver mon ancienne vie en l’assimilant à Dan et je pensais que Théodore aurait pu être comme Darksky…Mais visiblement, les choses étaient bien différentes ici et il allait falloir que je m’y fasse…

Je secouai la tête pour me sortir ces pensées noires. J’allais m’y faire, je n’avais pas le choix de toute façon. Je ne comptais pas rester à nouveau seule dans mon coin comme avant que je ne découvre le duel de monstre et la première chose à faire pour cela était de recommencer tout à zéro.

Pendant tout l’après-midi qui suivit, je sentis le regard de John peser sur moi depuis le fond de la classe mais je l’ignorai totalement. J’avais décidé de ne pas m’occuper de lui comme je m’étais occupée de Dan par le passé. Il n’en valait pas la peine.

Je retrouvais Arthur à la fin de la journée devant la grille où nos parents devaient venir nous chercher et le grand sourire d’idiot qu’il arborait ne me disait déjà rien de bon.

-Alors, il parait que tu te bats dès le premier jour ? Me lança-t-il en riant.

-Comment le sais-tu ? Tu n’étais pas là à ce que je me souvienne ; rétorquai-je, mécontente qu’il me rappelle ça.

-Non, mais tes exploits ne sont pas passés inaperçus ; toute l’école est au courant qu’une nouvelle terreur vient d’arriver ; dit-il avec un grand sourire.

-Une terreur ? Je vois que les rumeurs vont vite…Marmonnai-je.

-Ce ne sont pas des rumeurs, je t’ai vu te battre contre ces idiots, tu as été formidable !

-Oui, et encore une fois, tu n’es pas venu m’aider et tu m’as laissée me débrouiller seule alors que tu es le grand dans la famille ; lui fis-je remarquer en gonflant les joues.

-Je suis pacifiste, je ne me bats pas sauf en dernier recours ; rétorqua-t-il en rougissant.

Pendant que nous nous disputions, notre mère arriva et nous rentrâmes avec elles. Sur le chemin, elle nous posa des questions sans surprises sur notre premier jour de cours mais je passai soigneusement sous silence cette histoire avec John. Je n’étais même pas sûre qu’elle ait un jour su pour Dan en plus…

Pendant la soirée, je tentai de me renseigner un peu auprès de mon père sur les activités à faire dans le coin et j’appris l’existence d’un centre de duel dans la ville ainsi que d’un conservatoire mais le deuxième ne m’attira pas du tout. Si j’avais arrêté le piano c’était justement pour échapper à cette ambiance de compétition et je ne comptais pas m’y remettre si cela impliquait de recommencer cette routine stressante.

Je me rabattis donc sur le centre de duel même si je n’étais pas très emballée à cette idée…Mais je ne pouvais pas rester focalisée sur le passé. J’allais revoir Darksky un jour et il n’y avait aucune raison pour me priver de ces moments que j’aimais. Et puis, si je ne faisais pas ça, qu’allais-je lui raconter à mon retour ?

Motivée, je préparai mon deck à l’avance et demandai à ma mère de m’accompagner à ce fameux centre de duel le lendemain après les cours avant de m’endormir assez rapidement.

La journée qui suivit fut assez similaire au premier jour de cours et, comme je le pensais, John resta loin de moi tandis que Théodore continua à être aussi peu bavard mais tout cela n’avait pas vraiment d’importance. Tout ce qui comptait pour moi était l’après cours qui arriva bien rapidement.

Le centre de duel se trouvait à quelques rues de l’école, dans une grande avenue passante. La boutique ne payait pas de mine et semblait assez petite mais cela m’arrangeait. Je voulais simplement m’amuser un peu et non participer à un nouveau championnat…

Lorsque je poussai la porte d’entrée, une clochette signala mon arrivée et je m’arrêtai un instant pour examiner les environs. Devant moi se trouvait un comptoir derrière lequel se tenait un homme lisant son journal, certainement le gérant, tandis qu’un peu plus loin, plusieurs tables étaient alignées et quelques dizaines de joueurs s’affrontaient sans disque de duel.

L’ambiance semblait assez détendue et les clients étaient de tous âges, ce qui me rassura déjà un peu. Cependant, j’écarquillai les yeux lorsque je repérai devant moi un visage connu et, lorsque ce dernier me vit également, il réprima une grimace.

-Théodore ? M’étonnai-je. Qu’est-ce que tu fais là ?

-Evidemment…Il a fallu que tu viennes ici…grogna-t-il tout en continuant à jouer.

-Alors comme ça tu es un joueur toi aussi ? Tu aurais pu me le dire quand même ! Tu savais que j’aimais ça !

-Si je viens ici, c’est justement pour être tranquille, donc non ; rétorqua sèchement mon tuteur.

Comme prise d’une envie folle de faire une nouvelle fois le contraire de ce qu’il me demandait, je vins m’asseoir à côté de lui et je commençai à observer la partie d’un œil attentif, sous le regard d’incompréhension de son adversaire.

-ça ne te dérange pas si je reste regarder ?

-Tant que tu ne dis rien.

Je voulus sérieusement m’intéresser à la partie…cependant, rien ne captiva mon attention durant ce duel et je baillai plusieurs fois d’ennui. Les deux jouaient vraiment de mauvaises cartes et il n’y avait rien à tirer de leurs decks…

Pour la première fois, je n’eus aucune envie de me joindre à eux et de les affronter à mon tour…C’était étrange…C’était comme si l’absence de Darksky rendait toutes les activités que nous faisions ensemble vides et dénuées de sens à présent…

Au bout de vingt minutes de jeu et mille points de vie enlevés de chaque côté, je craquai et quittai la table de duel.

Cependant, alors que je m’apprêtai à sortir de la boutique, Théodore me rattrapa et me retint par le bras en fronçant les sourcils.

-Je peux savoir où tu vas comme ça toute seule ?

-Tiens, je croyais que tu voulais me voir partir. Tu as changé d’avis finalement ?

-Je ne veux pas que le vieux Doom me tombe encore dessus demain si tu te perds dans la ville ; me répondit-il sans aucune émotion.

-Oh, c’est mignon, tu t’inquiètes pour moi, je suis flattée ; raillai-je. Mais je ne vais pas bien loin, de toute façon, ma mère vient me chercher dans moins d’une heure.

Théodore grogna et, sans me prévenir, attrapa son cartable ainsi que sa veste puis ouvrit la porte et me fit signe de sortir. Je ne pus m’empêcher de sourire bêtement en voyant ça mais, curieuse de voir jusqu’où il irait, je le suivis sans broncher.

Nous marchâmes alors dans les rues de Londres sans savoir vraiment où nous allions, gardant simplement en mémoire le chemin du retour. Je m’étonnai une nouvelle fois de la beauté et de l’ancienneté des bâtiments. Tout semblait si grand et majestueux ici…j’étais bien loin de ma petite ville côtière dont le nom était inconnu à la plupart des français.

Après une bonne dizaine de minutes de marche, nous arrivâmes finalement sur les rives de la Tamise, juste à côté de ce qui semblait être une fête foraine au pied de l’imposant London Eye.

J’écarquillai les yeux lorsque je me rendis compte de sa taille réelle. J’avais déjà vu des grandes roues dans ma vie mais celle-ci battait tous les records. J’avais le vertige rien qu’en regardant le sommet…

-Tout ça me donne le tournis ; grommela Théodore en shootant dans un caillou, les mains dans les poches.

-Moi je trouve ça plutôt fascinant ; lui répondis-je comme hypnotisée.

-Je ne vois pas ce qu’il y a de fascinant dans une roue qui tourne…

-Tu n’as pas l’air fasciné par grand-chose en même temps…répliquai-je à voix basse.

Heureusement pour moi, il n’entendit pas ma phrase à cause de la cloche de Big Ben qui sonna au même moment et nous rentrâmes à l’école sans ajouter grand-chose sur le chemin du retour.

Comme prévu, ma mère vint me chercher et, au moment de partir, je fis un signe de la main à Théodore qui resta devant l’école. Cependant, à ma grande surprise, le garçon me répondit d’un geste très atténué avant que la voiture ne démarre et qu’il ne sorte de mon champ de vision.

Je ris légèrement une fois que nous eûmes quitté la ville. Moi qui pensais que j’allais m’ennuyer terriblement en Angleterre, je venais de trouver un garçon qui, comme Darksky l’avait fait par le passé, avait piqué ma curiosité. Cependant, la similitude entre les deux garçons s’arrêtait là…

Les jours qui suivirent, je passai le plus clair de mon temps avec Théodore, n’ayant pas réussi à me faire d’amis parmi les autres élèves de la classe. John avait finalement bien tenu sa promesse et menaçait quiconque tentait de s’approcher de moi, si bien qu’après deux jours, plus personne ne vint me parler, malgré mes propres menaces sur John et sa bande.

Etrangement, Théodore semblait échapper aux menaces…ou alors il ne les prenait pas en compte mais le résultat était qu’il restait le seul à qui je pouvais parler et visiblement, j’étais également la seule à qui il parlait.

Cette situation ne me plaisait pas plus que ça. Le problème n’était cependant pas mon tuteur mais le fait d’être isolée. Avec Darksky, nous passions du temps ensemble parce que je le voulais et non pas par défaut comme là, d’autant plus que nos conversations n’étaient vraiment pas ce qu’on pouvait appeler « constructives » …

Néanmoins, je pouvais observer peu à peu du changement chez lui. Au bout d’une semaine, il avait arrêté de grogner à chacune de mes phrases puis, après presque un mois de cours, il commença à me dire bonjour le matin, même si l’enthousiasme n’était pas encore au rendez-vous…

Je ne repassai que très peu au centre de duel, n’y trouvant pas ma place ni même d’adversaire capable de me redonner gout au duel et je finis par arrêter totalement le jeu malgré moi, rangeant mon deck soigneusement dans un tiroir de mon bureau et n’y touchant plus.

Mon frère, contrairement à moi, semblait s’être bien intégré dans la classe et était toujours entouré d’une ribambelle de fan girls toutes plus agaçantes les unes que les autres mais je n’étais pas jalouse de lui. Je n’aurais pas supporté ça très longtemps de toute façon…

Je tentai plusieurs fois d’écrire des lettres à Darksky mais elles finirent toutes de la même façon : inachevées sur mon bureau, froissées en boulettes de papier et je me résolus à abandonner, espérant qu’il fasse le premier pas…

Au bout de trois mois de cours, j’avais enfin pris toutes mes habitudes. Je venais et rentrais de l’école à Vélo, parfois accompagnée de Théodore qui faisait un bout de chemin avec moi, la plupart du temps en silence. Le soir, je me détendais comme je pouvais, explorant la maison ou me baladant dans le jardin en flânant, pensant à tout et à rien, observant le ciel ou m’asseyant simplement dans l’herbe humide, le regard perdu dans le lointain. Les journées, quant à elles, se ressemblaient toutes, entre arrêter les bagarres de John, suivre les cours et déjeuner avec Théodore, un ennui profond finit par s’installer en moi et la lassitude me gagna, rapidement suivie de nostalgie en repensant au passé.

Puis, un jour d’été ou nous finissions un peu plus tôt, Théodore me retint par la manche à la sortie de l’école et je pus voir comme un air gêné passer sur son visage tandis qu’il détournait le regard.

-Un problème ? Lui demandai-je d’un ton neutre.

-Dis…Laura…Tu te souviens du London Eye qu’on a vu l’autre fois ? Commença-t-il d’une voix peu assurée.

-Oui, il s’est passé quelque chose ?

-Non…J’ai juste vu que…enfin, la fête foraine est de retour…et je me demandais si ça te dirait d’y aller dimanche prochain…

Je m’arrêtai un instant et j’écarquillai les yeux de surprise tout en fixant Théodore comme s’il était devenu fou – ce que je pensais vraiment – ce qui le mit encore plus mal à l’aise et il commença à taper frénétiquement le sol avec son pied.

Devant sa gêne et son attitude en total décalage avec son personnage, j’éclatai de rire jusqu’à en avoir les larmes aux yeux avant de lui répondre.

-Toi ? A la fête foraine ? Désolée mais je crois bien que tu es la dernière personne que je verrai dans un manège ; m’exclamai-je tout en continuant à rire.

-Ce…Ce n’est pas ce que tu crois, idiote ! Rétorqua-t-il en rougissant davantage. Je ne fais que t’informer, c’est tout ! Ne compte pas sur moi pour monter dans l’un de ces trucs !

Je le dévisageai pendant un instant, sceptique, un sourire stupide aux lèvres.

-Vraiment ? Insistai-je d’une voix mielleuse. Mais tu vas m’accompagner au moins ? Je ne vais pas y aller seule quand même !

-E…Evidemment que je vais t’accompagner ! Je ne veux pas que le vieux Doom râle parce que je t’ai envoyée seule dans un endroit pareil !

-Il a bon dos lord Doom, n’est-ce pas ? Le taquinai-je.

-Bref, on se voit ici dimanche à midi ?

-Pourquoi pas ; terminai-je avec enthousiasme.

Un sourire illumina la figure de mon ami…certainement le premier que je voyais depuis que je le connaissais et il partit de son côté, me laissant seule devant l’école, encore un peu déroutée par ce qu’il venait de se passer.

Je profitai du chemin du retour à vélo pour revenir un peu sur cette demande inattendue. Je me sentais étrange à l’intérieur. Mon cœur battait la chamade quand je pensais à cette future sortie et des dizaines de souvenirs m’assaillaient de toutes parts.

Je n’étais pas sortie le week end avec un ami depuis bien longtemps à présent et cela faisait remonter en moi les souvenirs de celles que j’avais l’habitude de faire avec Darksky par le passé.

Je ne comprenais pas vraiment ce que Théodore avait en tête non plus en m’invitant de la sorte. Déjà que nous parlions à peine durant la semaine et à la cantine, je ne voyais pas du tout ce qu’il espérait…

Cependant, je ne pouvais pas refuser. Cette sortie à la fête foraine était peut-être pour moi la seule occasion de me sentir enfin à ma place dans cette ville et d’avoir le sentiment de m’être fait finalement un ami en la personne de Théodore.

Oui, je devais faire de ce moment que nous allions passer ensemble un moment inoubliable pour ensuite être capable de me représenter devant Darksky la tête haute et lui montrer que tout allait bien pour moi !

-Vivement Dimanche ! M’exclamai-je à voix haute tout en traversant mon petit village et en arrivant devant chez moi le sourire aux lèvres pour la première fois depuis que j’avais quitté Darksky.






http://forum.duelingnetwork.com/index.php?/topic/157103-the-wrap-up-red-lust-circuit-series-miami-edition/#entry2134192
le bon temps…

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[fic]: L'Avènement des Dieux posté le [26/11/2017] à 18:24

et voila un chapitre totalement inédit encore, du coup si vous pouviez me dire ce que vous en pensez par rapport à la 1ere version, ca serait cool :3


Laura : Solitude


Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=ygur5AaVzgA

Mon réveil sonna aux aurores et me réveilla en douceur en ce dimanche matin. Après être restée encore quelques minutes dans mon lit, l’esprit totalement embrumé, je m’étirai et baillai un bon coup pour me donner de l’énergie et je passai mon regard par la fenêtre. Le ciel était bleu azur et il n’y avait pas un seul nuage à l’horizon. Le temps idéal pour se promener sur les rives de la tamise.

Prenant quelques affaires, je partis me préparer dans la salle de bain. Ce jour-là, j’avais décidé de faire les choses au mieux. Après tout, cela faisait tellement longtemps que je n’étais pas sortie le week end, il fallait que je marque le coup.

Ainsi, après avoir pris une bonne douche et m’être coiffé, j’enfilai un élégant tee-shirt blanc à dentelles ainsi qu’une jupe courte assortie. Ce n’était pas dans mon habitude mais je m’attachai également les cheveux avec une barrette, sachant déjà que ma coiffure n’allait pas tenir toute la journée sans cela.

Finalement, après une bonne heure de préparation, je sortis enfin de la salle de bain et je rassemblai quelques affaires dans un petit sac à dos, dont le poème de Darksky que j’emmenai où que j’aille, ainsi que divers autres accessoires qui aurait pu me servir avant de descendre au rez-de-chaussée.

Il n’était encore que neuf-heures du matin, ce qui me laissait un gros délai avant de devoir rejoindre Théodore devant l’école.

Ainsi, je pris mon petit déjeuner sans me presser, l’esprit ailleurs, à tel point que je ne remarquai même pas Arnold pour une fois. Je tentai de planifier un peu ce que nous allions faire mais, comme je n’étais pas une grande habituée des fêtes foraines, je ne réussis qu’à tourner en rond et abandonner, pensant improviser sur place.


https://www.youtube.com/watch?v=Wp0xitgAc4A


Lorsque dix-heures sonnèrent, je sortis de la maison et enfourchai mon vélo pour prendre la direction de l’école.

La ville était toujours assez calme mais le dimanche, personne ne semblait réveillé avant midi si bien que toutes les rues étaient désertes, à l’exception de quelques promeneurs matinaux. Ainsi, n’ayant pas à me soucier des autres voitures, je pus prendre tout mon temps pour arriver, profitant de la température idéale et de la brise légère qui soufflait en cette belle journée de printemps.

J’arrivai en ville une demi-heure plus tard et je profitai une fois de plus de mon avance pour faire un petit détour et me promener tant qu’il n’y avait aucune voiture. Je passai ainsi devant de nombreux parcs et bâtiments historiques comme Buckingham palace ou Big Ben, lieux que je n’avais pas l’occasion de voir en semaine.

Vers one heure et demi, j’arrivai enfin devant l’école après m’être perdue à force de déambuler et, sans surprise, Théodore était arrivé lui aussi et était adossé à la grille de l’école avec son éternel air peu avenant. Cela me faisait bizarre de le voir sans son uniforme et avec des vêtements tout à fait classiques, à savoir un sweat rouge et un simple jean.

Je m’arrêtai juste devant lui et, lorsqu’il leva la tête vers moi, il rougit aussitôt et détourna le regard.


https://www.youtube.com/watch?v=Ov1U1JLi8SU


-Et bien, on dirait qu’aucun d’entre nous n’est capable de respecter l’heure dite ! Lançai-je en guise de salutation.

-A…Apparemment, oui ; bégaya-t-il.

-Et sinon, quel est le programme de la journée ?

-Tu voulais aller à la fête foraine non ? Allons déjeuner là-bas et on avisera ensuite ; me répondit-il en commençant à s’éloigner.

-Comme tu voudras, je te suis ! M’exclamai-je avec entrain.

Sans ajouter un mot, nous prîmes le même chemin que quelques mois plus tôt. Comme je m’y attendais, Théodore ne parla que peu et ce fut à moi de faire la conversation, une fois de plus. Cependant, je vis que quelque chose avait changé dans son attitude ce jour-là. En effet, pour la première fois depuis que je le connaissais, il semblait m’écouter et être intéressé par ce que je racontais. Pire encore, il me posa quelques questions pour réagir à mes propos.

Lorsque nous arrivâmes à l’entrée de la fête foraine sur les rives de la tamise, je lâchai un cri d’étonnement et mes yeux se remplirent d’étoiles. Devant nous et sous le London Eye, des dizaines d’attractions avaient été montées allant du simple carrousel au grand huit de plus de dix mètres de haut en passant par les stands comme les trains fantômes ou encore les trampolines.

A partir de là, mon sang ne fit qu’un tour et, pressée d’essayer toutes ces manèges je pris la tête, fonçant acheter des tickets en tirant Théodore par la manche.

-Alors, par quoi tu veux commencer ? Lui demandai-je en regardant avec excitation de tous les côtés une fois que nous fûmes à l’intérieur.

-Je t’ai dit que je ne monterai pas dans…

-Que dis-tu de celle-là pour commencer ? Le coupai en lui montrant un bras géant qui tournait sur lui-même à plus de cinquante kilomètres heure.

Théodore écarquilla les yeux et serra les dents, se retenant visiblement de grimacer et je pouffai devant sa réaction.

-Allons, ne me dis pas que tu as peur ? Le taquinai-je.

-Je…Je n’ai pas peur ! Rétorqua-t-il en maitrisant les tremblements de ses mains. Juste qu’on n’a même pas encore déjeuner et que je commence à avoir faim !

Au moment où dit cela, mon ventre gargouilla et je me rendis compte que moi aussi, je commençai à avoir un petit creux. Reportant donc à plus tard le bras géant, nous cherchâmes un endroit où déjeuner et nous trouvâmes assez rapidement un snack un peu à l’écart, juste à côté des trampolines et de la pêche à la ligne.

Nous nous installâmes à une table et, après avoir pris nos commandes, je tentai de relancer la conversation qui était en train de mourir.

-Tu m’as l’air bien familier avec les lieux, Théo, tu es déjà venu ici ? Lui demandai-je avec un regard malicieux.

-Non, jamais. Et ne m’appelle pas comme ça, j’ai horreur de ce diminutif.

-Jamais ? Tu es déjà allé à la fête foraine, rassure-moi !

-Non plus.

-Tu es vraiment un cas désespéré ; soupirai-je. Tu as l’occasion d’y aller quand tu veux et tu n’y vas pas…

-Y aller tout seul n’a aucun intérêt ; me répondit-il en buvant une gorgée d’eau.

-Comment ça « tout seul » ? Répétai-je, sceptique. Tu ne vas quand même pas me dire que tu n’as jamais eu aucun ami !


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-Si…mais plus maintenant que j’ai déménagé…Murmura-t-il en regardant son verre d’eau d’un air nostalgique.

-Tu as déménagé ? Je l’ignorai…

-C’était il y a deux ans. Je vivais en Amérique mais mes parents ont dû se rendre en Angleterre pour leur travail mais ce n’est pas une histoire intéressante.

-Au contraire, je suis étonnée que tu te comportes ainsi en classe si tu as eu des amis par le passé. Tu n’as donc pas envie de t’en faire de nouveau ?

-Tu peux parler toi. Tu traines avec l’asocial de la classe je te rappelle ; rétorqua Théodore en haussant les épaules.

-Oui, mais moi je me suis mise John à dos dès mon arrivée. J’imagine que ça a scellé ma réputation ; ris-je légèrement.

-Et bien tu as ta réponse pour mon cas aussi ; dit mon ami en baissant les yeux.

-Tu…T’es battu avec John ? M’étranglai-je. Toi, monsieur deux de tension ?!

-Je n’ai pas deux de tension, je n’aime pas l’agitation, c’est tout ; grogna Théodore. Et non, je ne me suis pas battu, je me suis fait écraser, c’est différent.

Je ne sus pas quoi répondre à cela. Je ne voulais pas avoir l’air de le prendre en pitié alors que j’avais battu cet idiot de John les mains dans les poches mais je ne pouvais pas non plus rire de sa situation ou même faire comme si ce n’était pas grave…

Je sentis alors un malaise grandir entre nous tandis que nous ne dîmes rien pendant plusieurs secondes et ce fut finalement Théodore qui reprit la parole.

-Enfin, c’est du passé maintenant. Ce qui est arrivé est arrivé, on n’y peut rien, c’est comme ça. J’ai juste changé mes habitudes à la suite de cet incident.

-Et bien il est temps de les changer à nouveau, tu ne penses pas ? Finis-je par lui répondre avec un large sourire.

-Tu veux que j’aille défier à nouveau John pour me faire battre lamentable une seconde fois ? Railla-t-il.

-C’est une possibilité oui…mais non. Laisse-moi m’occuper de ça !

-Ne te préoccupe pas de moi. Ce n’est pas la peine d’aller défier John pour cette histoire…

-Mais je n’ai pas dit que j’allais faire ça ; rétorquai-je. Mais, depuis qu’on se connait, tu n’as plus peur de parler aux autres malgré John, n’est-ce pas ? Du moins, tu me parles à moi !

Un léger sourire se dessina sur le visage de Théodore et il haussa à nouveau les épaules.

-J’imagine que j’ai plus peur de toi que de lui dans ce cas.

Je ne pus m’empêcher d’éclater de rire en entendant cela. Je ne savais pas s’il était ironique ou sérieux mais dans les deux cas, sa remarque était ridicule. Je mis deux bonnes minutes avant de retrouver mon souffle et j’eus mal au ventre à force de rire.

-Dans ce cas, si tu as si peur de moi, je t’ordonne de venir dans le bras qui tourne après le déjeuner ! Lançai-je en pointant du doigt le manège.

-Après le déjeuner…Tu n’as pas pire comme horaire ?

-Si mais pas dans l’immédiat !

Théodore soupira et nos assiettes arrivèrent peu après. Cependant, nous ne restâmes pas bien longtemps après à table car, après avoir appris cette histoire avec John, je n’avais plus qu’une seule idée en tête : rendre à Théodore ce qu’il avait perdu à cause de cette brute épaisse !


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Immédiatement après, je fonçai en direction du bras géant mais quelque chose d’autre attira mon attention sur le chemin : les auto-tamponneuses. Sans réfléchir une seconde de plus, je nous pris deux billets et un instant plus tard, je me retrouvai à poursuivre mon ami qui tentait tant bien que mal d’échapper aux collisions, sans succès.

Nous enchainâmes ensuite les attractions : Stand de Tir, chamboule tout, grand huit, stand de barba papa et même le train fantôme dans lequel Théodore cria beaucoup, particulièrement quand un homme déguisé en squelette se mit à nous poursuivre et je le taquinai tout le reste de la journée avec ça.

Finalement, nous ne montâmes dans le grand bras que vers dix-sept heure et, une fois en haut, je regrettai soudain d’avoir eu une idée pareille…

Je me trouvai à plus de vingt mètres au-dessus du sol, attachée uniquement par une petite ceinture de sécurité et une barre de fer tandis que sous mes pieds s’étendait le vide…

Je me tournai vers Théodore mais il s’était transformé en statue et ne bougeait plus d’un pouce, regardant droit devant lui.

Je m’apprêtai à lui lancer une pique mais le manège redémarra subitement et je fus propulsée à toute vitesse vers le sol avant de repartir vers l’arrière en criant et riant en même temps.

Je m’amusai vraiment dans ces attractions et j’étais persuadée que Darksky se serait vraiment plu lui aussi. Il allait vraiment falloir que je l’emmène dans un manège de la sorte à mon retour. Je souriais bêtement rien qu’en pensant à la tête qu’il ferait…

Lorsque nous descendîmes enfin du manège infernal, mes jambes tremblaient un peu mais ce n’était rien comparé à Théodore qui ne savait visiblement plus mettre un peu devant l’autre et était entièrement vert.


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Ainsi, nous allâmes simplement nous asseoir sur un banc dans le parc, un peu à l’écart de la fête foraine pour avoir de la tranquillité et nous restâmes là le temps de récupérer de nos émotions.

Le parc en lui-même était assez beau. Nous nous trouvions dans une large allée poussiéreuse et bordée d’arbres bourgeonnants. Derrière nous, les bruits atténués de la fête nous parvenaient et, de l’autre côté, à quelques dizaines de mètres à peine coulait la tamise, surmontée par cette immense grande roue qu’était le London Eye.

Le soleil commençait à décliner à l’horizon et projetai ses rayons rougeoyants sur l’eau calme et limpide du fleuve traversant la grande ville.

Cette ambiance m’apaisa rapidement et me rappela vaguement les journées que je passais avec Darksky dans le parc, après nos duels. Nous restions souvent assis de la sorte sur un banc, parlant de tout et de rien, regardant simplement le paysage et les autres duels se déroulant sous nos yeux.

Je me tournai alors vers Théodore qui semblait peu à peu reprendre ses esprits et je décidai de briser le silence.

-Dis, Théo, tu as encore de l’énergie pour une dernière attraction ? Lui demandai-je calmement.

-Je t’ai déjà dit de ne pas m’appeler comme ça ; grogna-t-il. Et non, ne compte pas sur moi pour remonter dans un truc pareil…

-Je pensais à quelque chose de plus calme…comme la grande rouge…

Mon ami tourna son regard embrumé vers le London Eye et il sembla tout à coup retrouver ses esprits puis acquiesça.

Ainsi nous nous dirigeâmes vers l’attraction phare de la fête ainsi qu’un des emblèmes de la ville. Une fois au pied de la grande roue, je fus une nouvelle fois impressionnée par sa taille titanesque. Je voyais les petites cabines s’élever lentement et devenir de minuscules points dans le ciel.

Nous prîmes nos places et, lorsque nous montâmes à notre tour dans notre cabine et que la porte se referma, un silence de mort s’installa alors et nous commençâmes notre lente ascension vers le sommet de la roue.

Nous nous trouvions l’un en face de l’autre mais Théodore était accoudé à la vitre et regardait par la fenêtre sans dire un mot.

Nous n’étions même pas à mi-hauteur que je pouvais déjà voire presque toute la ville et je fus une fois de plus émerveillée par sa beauté. Je me serais vraiment crue dans un de ces films reproduisant les villes du XIVème siècle. Il fallait ajouter à ce décor déjà unique les couleurs du couchant, oscillant entre l’orangé et le rouge qui donnaient à ce tableau un côté mystérieux et majestueux, comme si toute la ville et même le fleuve étaient en feu.

Je plongeai mon regard un peu plus loin et je réussis à distinguer Viridian, petit coin de verdure perdu au beau milieu de la campagne qui me semblait vraiment minuscule en comparaison avec Londres.

La cabine s’arrêta alors au sommet de la grande roue et mon ami prit la parole à ce moment précis.

-Laura…Dit soudain Théodore sans me regarder, focalisant son regard vers l’extérieur.

-Un problème ?

-Non…Je me disais juste que…Je n’aurais pas imaginé venir ici un jour avec toi quand on s’est rencontrés…

-Et moi donc ; lui répondis-je en riant légèrement. Surtout que tu disais toi-même que tu n’en voyais pas l’intérêt…

-Justement…Je dois t’avouer que je ne t’ai pas vraiment appréciée au début…J’avais plus l’impression d’être de corvée, moi qui ne désirais qu’être seul…

-ça, je l’ai remarqué oui…Marmonnai-je.

-En fait, je voulais te remercier en t’invitant aujourd’hui…Continua-t-il tandis que son visage s’empourprait à nouveau.

-Me…remercier ? répétai-je sans comprendre où il voulait en venir.

-Oui. Quand tu as défié John, j’ai d’abord cru que tu étais folle, comme moi…Mais quand j’ai vu que tu l’avais mis au tapis, tu m’as redonné espoir…

-Et bien, j’en suis ravie ; lançai-je avec entrain. Je suis contente de voir que même ici, je peux être utile à quelqu’un !

-Tu es la première personne depuis mon arrivée en Angleterre que je peux appeler « une amie » et tu seras surement la seule, vu comme les choses sont arrangées.

-J’imagine que c’est la même chose pour moi, j’imagine qu’il est trop tard pour tenter de redorer mon blason auprès des autres maintenant. Nous sommes dans la même galère on dirait ! M’amusai-je.

-Mais c’est aussi pourquoi, je dois te dire quelque chose Laura.

Théodore se tourna enfin vers moi et je pus remarquer que son visage, d’habitude si inexpressif, venait de prendre un sérieux que je ne lui connaissais pas tandis que la lumière orangée s’infiltrant par la fenêtre de la cabine dessinait des ombres mystérieuses derrière lui.

-Je crois…Non, j’en suis sûr. Je t’aime, Laura Garden. Bien plus qu’une simple amie, alors, s’il te plait, réponds-moi, est-ce que toi aussi, tu…

J’interrompis le garçon dans sa phrase d’un signe de la main et son visage se crispa. Même si ses mots me touchaient autant qu’ils me surprenaient, je n’hésitai pas une seule seconde en lui donnant ma réponse.

Prudemment, je secouai la tête en fermant les yeux puis je tentai de lui sourire gentiment tout en prenant la voix la plus douce que je pus.

-Désolée…Théodore…Je t’apprécie énormément et je te suis infiniment reconnaissante pour aujourd’hui et pour tout ce que tu as fait depuis mon arrivée…mais ce n’est pas ce que je désire…

-Je…Je vois…Bégaya-t-il, le regard tout à coup remplie d’une infinie tristesse. J’imagine que j’ai été idiot une fois de plus…

Un coup de vent souffla et fit tanguer la nacelle quelques instants tandis que la roue se remit en mouvement.

Je me sentais vraiment mal à ce moment-là. Je voulais vraiment lui dire quelque chose pour le conforter, le rassurer ou même le consoler mais les mots ne vinrent pas. Je n’osais même plus le regarder en face…Je ne savais tout simplement pas comment réagir face à cette situation et je ne pus rien faire d’autre que de laisser un profond malaise s’installer jusqu’à ce que notre cabine soit de retour sur le sol.

Lorsque nous descendîmes, je me mis à me dandiner d’une jambe sur l’autre, cherchant quelque chose à dire pour briser la glace entre nous mais Théodore avait désormais la tête baissée et le regard vide, exactement comme le jour où nous nous étions rencontrés.

Désespérée, je tentai le tout pour le tout et je cherchai dans mon sac à dos si par hasard je n’aurais pas eu quelque chose à lui donner mais, alors que toutes mes affaires étaient sorties, le poème de Darksky s’envola et atterrit juste aux pieds de Théodore qui le ramassa sans conviction.

Mon cœur s’arrêta lorsque je vis cela et je devins blanche comme un linge au moment où il déplia le papier.

-Je…Je…

-Je vois…Déclara-t-il d’une voix monocorde. C’était donc ça…Je n’ai jamais eu aucune chance…

En fermant les yeux, il me redonna simplement le poème et mit les mains dans ses poches avant de me tourner le dos et de shooter dans un caillou pour l’envoyer dans le fleuve.

-Je suis désolée, Théodore…J’aurais du te le dire plus tôt…Mais…

-Non, c’est moi qui suis stupide ; me coupa-t-il. Et j’imagine que même sans cette personne, tu m’aurais dit non de toute façon…

-Honnêtement…Je ne sais pas…Lui répondis-je en serrant le poing et détournant le regard à mon tour.

-Je vois ; se contenta-t-il de répondre.

Sur ces mots, Théodore commença à s’éloigner de moi sans rien ajouter et, dans un ultime espoir de le retenir, je m’écriai :

-On…On se voit demain, hein !

Le garçon ne me répondit rien et disparut dans l’obscurité, me laissant seule au pied de cette grande roue, serrant le poème contre mon cœur et sentant quelques larmes couler le long de mes joues en réalisant que je venais de perdre quelque chose de bien plus précieux que je ne le pensais…


https://www.youtube.com/watch?v=qSvpN72u9F8


Une fine pluie se mit à tomber et l’obscurité se fit de plus en plus présente en même temps que les lampadaires de la ville s’allumaient et diffusaient une faible lumière jaunâtre à moitié étouffée par les gouttelettes d’eau rebondissant sur le métal. La température avait chuté brutalement et mon souffle formait à présent une légère fumée qui se dissipait rapidement.

Je restai là, debout au milieu d’une foule d’inconnue, immobile, trempée jusqu’aux os, frigorifiée et pleurant pendant plusieurs minutes, à la fois détruite et tiraillée entre le désir de retrouver Théodore et celui de tenir ma promesse à Darksky. Pour la première fois, une pensée affreuse me traversa la tête et ma main trembla contre mon cœur tandis que je me mis à regretter d’avoir participé à ce tournoi, des années plus tôt.

-Et si…Et si je n’avais jamais Darksky…Si je n’avais jamais commencé le duel de monstre…Si j’avais su apprécier ma vie comme elle était…Aurais-je été heureuse ? Murmurai-je en levant les yeux au ciel.

Aucune étoile ne brillait au-dessus de ma tête. Seuls d’énormes nuages noirs d’orages déversaient une pluie torrentielle et froide tandis que le tonnerre grondait au loin et que quelques éclairs déchiraient ce ciel sombre pendant que la foule se dissipait peu à peu jusqu’à ce que je fusse totalement seule au milieu de cette place qui, quelques instants plus tôt, grouillait encore de vie et de joie.

Soudain, je ne sentis plus les gouttes de pluie tomber sur ma peau et le bruit caractéristique de l’eau tombant sur un tissu tendu juste au-dessus de moi monta descendis jusqu’à mes oreilles.

Je me retournai lentement et je distinguai dans la pénombre du soir le visage souriant de mon frère tenant un parapluie pour le protéger.

Je n’étais même pas étonnée de le voir ici et je ne lui demandai même pas. Je n’étais plus d’humeur à plaisanter avec lui ou me prendre la tête. Je voulais simplement me réveiller de ce mauvais rêve que j’étais en train de vivre…

-Il est temps de rentrer, tu ne crois pas, Laura ? Me dit-il d’une voix douce en me prenant par l’épaule.

Je ne répondis rien et continuai à fixer droit devant moi le chemin que Théodore avait pris pour rentrer, l’esprit vide de toute pensée.

Nous restâmes encore là sous la pluie, tous les deux, sans bouger, pendant plusieurs minutes, ne me rendant même pas compte que mon frère n’était pas protégé de la pluie battante, lui. Puis, après un long silence, Arthur reprit la parole.

-Il reviendra ; déclara-t-il d’un air confiant.

-Je ne sais pas quoi penser…Avouai-je en secouant la tête.

-Lui non plus j’imagine ; me répondit mon frère en haussant les épaules. Laisse-lui simplement un peu de temps. Il n’y a rien d’autre que tu puisses faire désormais.

Je serrai à nouveau le poing et me mordis la lèvre, maudissant ma propre bêtise. Encore une fois, j’avais parlé sans réfléchir et par ma faute, parce que je lui avais donné un espoir vide de sens, tout comme j’avais détruit Darksky en refusant de lui dire la vérité plus tôt, je venais de blesser mon seul et unique ami dans cette ville…

Sans dire un mot de plus, nous rentrâmes à la maison, mon frère et moi, sous cette pluie battante et froide, laissant derrière nous l’animation et les rires de la ville pour nous enfoncer dans la campagne silencieuse qu’était notre petite ville à l’écart du monde.


https://www.youtube.com/watch?v=rIwl2cDwStw


Les jours qui suivirent, Théodore ne vint pas en cours et je me retrouvai totalement seule dans la classe, avec pour uniques voisins une chaise et un bureau vides. Je tentai bien de le contacter par l’intermédiaire des professeurs mais aucun n’eut de réponse, comme s’il s’était volatilisé dans la nature. Même au centre de duel, personne n’avait de ses nouvelles.

Ainsi commença une longue période d’errance pendant laquelle je ne vivais plus que pour tenir ma promesse à Darksky. Ces mots que nous avions prononcés sur la falaise ce jour-là étaient la dernière chose qui me poussai à avancer malgré tout, mon dernier espoir, la dernière chose que je ne pouvais pas abandonner, peu importe les obstacles à présent qu’à cause d’elle, j’avais tout perdu…

Après une semaine passée ainsi, je pouvais le dire sans hésitation : je détestais cette ville. Elle était pleine de souvenirs que j’aurais préféré oublier. Ma vie se résumait à me lever le matin, aller à l’école, manger seule dans mon coin, écouter les cours et rentrer chez moi avec comme unique but celui d’un jour retourner à cet endroit que j’aimais tant. Ce cycle se répétant encore et encore…N’y avait-il aucun moyen pour m’en échapper ?…

La maison était peut-être le seul endroit où je me trouvai à ma place, entourée de ma famille. Là, je n’avais pas besoin de penser à toutes ces choses désagréables qui me hantait et je pouvais tout simplement vivre, oubliant mes soucis et mes tracas qui revenaient aussitôt la maison quittée.

Théodore revint finalement en classe après une semaine d’absence mais continua à se tenir loin de moi, m’ignorant totalement malgré mes tentatives désespérées pour renouer contact avec lui. Même les remarques de Doom ne lui faisaient plus rien. C’était comme s’il m’avait effacé de sa vie, comme si pour lui, je n’existais plus. Ainsi, ma motivation finit par s’essouffler elle aussi et, après un mois, nous étions redevenus deux inconnus l’un pour l’autre.

Les jours passèrent, puis les mois, et même un an sans que je m’en aperçoive, perdue dans le monde que je m’étais créé, rejetant la vraie vie. J’étais comme un fantôme dans cette école, et, paradoxalement, John était le seul de la classe qui me rappelait que j’étais bien présente et visible aux yeux de tous lorsqu’il me jouait de mauvais tours comme me prendre mon gouter ou déchirer mes devoirs. Cependant, je l’ignorai la plupart du temps, et donnai une bonne raclée à ses acolytes lorsque j’étais de mauvaise humeur.

Pendant les vacances d’été, mon père nous ramena dans cette ville où j’avais grandi et pour la première fois depuis longtemps, mon cœur se remit à battre la chamade. J’étais persuadée que j’allais retrouver Darksky après tout ce temps et que tout allait s’arranger…Cependant, j’eus beau faire le tour de la ville, je ne le trouvai ni au parc, ni à la falaise et encore moins chez lui…

Durant notre dernier jour de vacances, je crus distinguer quelqu’un lui ressemblant de dos de l’autre côté de la rue alors que je m’apprêtai à rentrer à l’hôtel mais, au moment où je voulus le rejoindre, le feu passa au vert et un défilé de voiture m’empêcha de traverser, laissant le temps à ce garçon de disparaitre à l’angle de la rue, détruisant ainsi mes derniers espoirs de revoir Darksky…

La routine reprit, de même que l’ennui et la solitude. Plus l’année avançait et plus mes espoirs d’être en mesure de tenir ma promesse s’amenuisaient. Je n’avais qu’une envie : mettre fin à tout ça. Je rêvai de partir à l’aventure, découvrir de nouvelles choses, voir de nouveaux horizons, fuir cette routine qui m’accablait et me détruisait lentement…

J’envisageai vraiment cette possibilité à un moment. J’avais même préparé une lettre d’au revoir à ma famille mais je me résignai au dernier moment. C’était au-dessus de mes forces et stupide…Je n’aurais pas été capable de survivre plus de deux jours dans la nature sans mes parents…

Ainsi, la routine se poursuivit, encore et toujours, jusqu’au jour où John débarqua un soir dans la classe, accompagné de ses quatre abrutis d’acolytes. J’avais l’habitude de rester seule après les cours, le regard perdu à travers la fenêtre et ces idiots avaient dû le remarquer. Cependant, je n’eus aucune réaction lorsqu’ils s’approchèrent de moi, l’air menaçants. Même lorsque le leader frappa ma table de son poing, je restai impassible, ne détachant pas mon attention de lu paysage à l’extérieur.


https://www.youtube.com/watch?v=8zj0eWxRYU4


-Et bien, et bien, Laura, où sont passées tes fanfaronnades du premier jour ? Railla-t-il en me dévisageant d’un air sévère. Ce n’est pas trop dure d’être tout le temps seule maintenant que ton « ami » t’a abandonnée ? Tu sais, si tu nous avais rejoints, tu n’aurais pas eu à subir tout cela…

-Peut-être…Mais j’aurais perdu mon intelligence en échange donc j’imagine que je n’ai pas fait le mauvais choix ; lui répondis-je sans conviction.

-Tu as la langue bien pendue, cela ne m’étonne pas que tu n’aies aucun ami…Grimaça la brute.

-Je préfère être seule qu’entourée de gens comme toi ; rétorquai-je sèchement.

Cette phrase fut visiblement celle de trop et John s’empara alors de mon sac. Je me levai pour le lui reprendre de force mais ses gorilles me retinrent par les manches. Je n’eus aucune difficulté à me débarrasser d’eux mais cet instant pendant lequel je les envoyai valser me fut fatal. John avait trouvé le poème de Darksky dans mon sac et le tenait dans ses mains.

Je m’arrêtai net et mon poing se serra tandis que je sentais la colère monter en moi.

-R…Rends-moi ça. Lui ordonnai-je en me contenant.

-C’est un bien joli poème que tu as là ma chère ; railla-t-il.

-Je te préviens…Si tu touches à ça, tu vas le regretter amèrement ; le menaçai-je d’une voix glaciale.

-Et qui va m’en empêcher ? Toi ? Si tu fais ne serait-ce qu’un pas de plus, tu peux dire adieu à ce ridicule bout de papier.

Je crus que j’allais exploser mais un bruit de pas dans le couloir détourna notre attention et nous nous retournâmes tous les deux pour voir Théodore rentrer dans la classe. J’eus à ce moment un infime espoir qu’il vint à mon secours mais ce dernier se contenta de rentrer, passer devant nous sans même faire attention à John ou à moi puis repartit sans dire un mot après avoir pris une feuille dans son casier.

La brute de la classe éclata de rire en voyant cela.

-Sérieusement, je ne sais pas ce que tu lui as fait mais tu dois être encore pire que moi pour qu’il t’ignore de la sorte ! S’exclama John entre deux éclats de rire.

-Je ne t’ai pas demandé ton avis ; grimaçai-je. Alors maintenant, rends-moi ce poème !

Je me précipitai sur lui pour lui arracher la feuille des mains mais le garçon poussa une table entre nous pour me stopper dans ma course puis, m’adressant un large sourire carnassier, il déchira en deux le dernier présent que Darksky m’avait fait…

Alors que je voyais les deux bouts de papier s’éloigner l’un de l’autre, je sentis mes souvenirs avec Darksky se briser en même temps pour disparaitre peu à peu. Mais aucune larme ne me vint cette fois-ci. Je ne ressentais de la haine à l’état pur envers lui et Théodore qui avait refusé de m’aider. Une haine telle que je ne pouvais plus la contenir plus longtemps et je la laissai exploser.

-Très bien, tu l’auras voulu John, je vais te le donner ton combat si c’est ce que tu veux ! Hurlai-je tandis que tout mon corps était envahi d’une énergie nouvelle.

-Voilà ce que je voulais entendre ! Que dirais-tu de demain ? Comme ça, toute l’école va pouvoir assister à ton humiliation !

-Pourquoi attendre demain ? Réglons ça tout de suite !

Je me mis en position de combat, prête à en découdre mais John celui mit les mains dans les poches et sortit de la salle en riant, accompagné de ses acolytes.

-Rejoins-moi devant big Ben si tu veux te battre. Nous aurons plus de place.

Hors de moi et rouge de colère, je ramassai en vitesse les deux bouts de papier trainant sur le sol et les remis soigneusement dans mon carnet avant de me lancer à la poursuite de John.

Comme promis, je le retrouvai devant la grande tour de l’horloge, sur une grande place dégagée, à quelques mètres de la tamise et, comme je l’avais imaginé, il n’était pas seul mais entouré de plusieurs hommes ressemblant à des mafieux. Mais ma rage était telle que je passai outre ce détail et je m’avançai sans trembler vers John qui me regardait avec amusement.

Je m’arrêtai à quelques mètres de lui et nous nous dévisageâmes en mode western. Le regard que je lui lançai à ce moment-là fut suffisant pour dérouter ses amis mais les brutes qui se tenaient à côté de lui sourirent tout en jetant leurs cigares par terre.

-Et bien, tu es vraiment stupide ma pauvre Laura. Tu vois que tu n’as aucune chance et pourtant, tu te jettes tête la première dans mon piège ? J’ai attendu ce jour depuis si longtemps…Je vais te faire payer pour l’humiliation du premier jour !

-Tu parles trop, et en plus tu me l’as déjà dit !

-Tu vas voir, bientôt tu vas me supplier d’arrêter tes souffrances !


https://www.youtube.com/watch?v=SaeXN-MByjU


Pour toute réponse, je mis mes mains dans les poches et je lançai un regard assassin aux hommes de main de John. J’ignorai comment il avait réussi à engager ces types mais ils ne me faisaient pas peur. Je n’avais qu’une seule idée en tête : me venger de John, même si pour cela je devais affronter une mafia entière du haut de mes douze ans.

Les hommes firent craquer leurs doigts, sans doute pour tenter de m’impressionner mais cela ne me fit aucun effet.

Je sentis alors un afflux d’énergie au plus profond de moi, comme si ma colère nourrissait tous mes muscles et accroissait mes capacités. Mes cheveux se mirent à crépiter et je crus même qu’un vent se formait autour de moi.

En poussant un cri de guerre, l’un des hommes de main de John se jeta sur moi, le poing en avant mais, comme si mon corps bougeait de lui-même, j’esquivai aisément l’attaque en faisant un simple pas sur le côté. John écarquilla les yeux devant ma réactivité hors norme mais mon adversaire ne se laissa pas démonter et repassa à l’assaut.

Une fois de plus, j’esquivai aisément sans même sortir les mains des poches avant de me décider à contre attaquer. Alors que l’homme me tournait le dos, je sautai au-dessus de lui et, rassemblant toutes mes forces, je lui assénai un violent coup de pied dans le torse.

Cependant, je n’avais pas prévu une chose : mon attaque fut bien plus puissante que je ne le pensais et l’homme vola quatre mètres plus loin avant d’être stoppé par un muret.

Je vis John s’étrangler de là où il était et les autres mafieux grimacèrent.

-Eh gamin, tu ne nous avais pas dit que nous allions devoir affronter une super Saiyen ; déclara l’un d’eux.

-Ce…Ce n’est qu’un coup de chance ! Rétorqua-t-il, furieux. Vous n’allez quand même pas vous faire battre par une fillette de douze ans !

-Comme si cela pouvait arriver.

Sur ces mots, tous les hommes de main de John m’attaquèrent en même temps, sortant battes, matraques et même couteaux. Mais une fois de plus, je ne fus nullement impressionnée et je me contentai d’esquiver, comme lisant parfaitement leurs mouvements.

Ainsi, je déviai un coup de matraque simplement avec ma main, faisant glisser l’arme le long de mon bras avant d’asséner un violent coup de coude à mon adversaire qui s’écroula au sol, inconscient.

Un autre tenta alors de me donner un coup de couteau dans le dos mais, le sentant arriver j’attrapai son bras sans même me retourner et le forçai à lâcher son arme.

Au même moment, un troisième fonça sur moi avec sa batte de baseball mais, rapide comme l’éclair, je ramassai la matraque qui trainait au sol et la lui envoyai en plein figure et il s’étala par terre de tout son long.

Le visage du chef du gang se décomposa et ce dernier sortit de sa poche un pistolet luisant tout en tentant de sourire malgré la peur que je lui inspirai désormais.

Dans mon inconscience, ma seule réaction fut de me tourner vers lui, lâchant l’homme que je tenais et de faire face au chef avec un calme tel qu’il me terrifia moi-même tandis qu’il pointa son arme vers moi.

-A…Attendez, je ne vous ai pas dit de la tuer espèces d’abrutis ! Hurla John, effrayé.

-Je ne sais pas qui tu es gamine…Mais personne ne tient tête à mon gang et encore moins une enfant ; grogna le chef d’une voix peu assurée.

-Ecartez-vous ; lançai-je alors d’une voix bien plus grave qu’a l’ordinaire, comme si ce n’étais pas moi qui parlait.

-Tu vas regretter de t’être opposée à nous, adieu !

L’homme appuya sur la détente de son arme mais je ne tressaillis pas. Je me contentai de me pencher légèrement sur le côté et je sentis la balle me frôler avant d’aller se planter dans un arbre derrière moi.

Un passant hurla de peur et ce fut rapidement la panique générale autour de nous mais ni moi, ni l’homme ne nous laissâmes déstabiliser et je continuai à lui faire face, impassiblement.

Lentement, je me mis alors à me rapprocher de lui, évitant tous ses tirs de la même façon. C’était comme si le temps était ralenti et que je pouvais clairement deviner la trajectoire des balles pour mieux les éviter.

C’était étrange…Tout mon corps était en ébullition et je vis qu’une sorte d’aura bleutée s’était formée tout autour de moi. L’air s’était également subitement refroidi et je vis quelques cristaux de glace sous mes pieds avant de réaliser que j’en étais l’origine.

Alors que je n’étais plus qu’à quelques mètres de l’homme, un sourire mauvais passa et sa figure et il se jeta sur moi, l’arme en avant.

-C’est terminé !

Je vis le pistolet à quelques centimètres de mon front puis j’entendis le bruit d’un coup de feu et à ce moment-là, une épaisse brume grisâtre recouvrit entièrement la place.

Lorsqu’elle se dissipa, le visage de l’homme s’était décomposé. Non seulement, j’étais indemne alors qu’il avait tiré à bout portant mais en plus le canon de son arme avait gelé et les pieds de l’hommes était également collés au sol par une épaisse couche de glace autour de ses chaussures.

Sans aucune émotion, je passai à côté de lui et je me plaçai à moins d’un mètre de John dont le visage était désormais livide. Le garçon tremblait de tous ses membres et de grosses gouttes de sueur perlaient de son front.

Lorsque je fronçai les sourcils, celui-ci tomba à la renverse avec un cri de terreur et rampa jusqu’à être acculé, dos à la grande tour.

-Je…Je rigolai, Laura ! S’il te plait, ne me fais pas de mal ! Couina-t-il en se protégeant la tête avec les bras.

Sans même l’écouter, et laissant toute ma rage s’extérioriser, je lui assénai un coup de poing dans le entre si violent que John en perdit connaissance et s’effondra sur le sol.

Au même moment, toute l’énergie qui affluait en moi se dissipa et je retrouvai mes esprits, me rendant soudain compte de la situation dans laquelle j’étais et ma colère se transforma en peur.

Je reculai prudemment, tremblante en regardant la scène déplorable qui se tenait à mes pieds, les yeux exorbités.

Je me mis à avoir peur de moi-même, comme si, au fond de moi, se cachait une part bien plus sombre de ma personnalité dont j’ignorais tout, une part aimant se battre et trouvant de la satisfaction dans la victoire et l’écrasement de mes adversaires…

Je voulus partir le plus loin possible de cet endroit en réalisant cela, traverser la mer et rejoindre Darksky, lui seul m’aurait comprise, mais je savais bien que ce n’était pas possible. J’étais seule pour affronter ce que je vivais en ce moment…

Les sirènes de police ne tardèrent pas à se faire entendre mais, alors que j’allais m’enfuir, je vis une haute colonne de fumée au loin et je compris qu’il ne s’agissait pas de la police mais des pompiers…

Je restai un instant pour analyser l’origine du feu et mon sang se glaça dans mes veines.

-Non…C’est impossible…Murmurai-je, terrifiée.

L’origine de ce feu…Il correspondait exactement à l’emplacement de notre maison…

Sans perdre une seconde plus, je laissai John et les mafieux sur place et je fonçai vers Viridian, espérant me tromper en sachant pertinemment que j’avais raison…

-Papa…Maman…Arthur…Pitié…Soyez sains et saufs…






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le bon temps…

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[fic]: L'Avènement des Dieux posté le [27/11/2017] à 23:51

Laura : Exil


Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=w3UR7nsTLlQ

J’enfourchai mon vélo et pédalai aussi vite que mes forces me le permettaient. Cependant, j’étais redevenue cette petite fillette de douze ans incapable de soulever seule un meuble et je me trainai péniblement derrière les voitures.

Focalisée uniquement sur la fumée noirâtre qui s’élevait haut dans le ciel, j’ignorai tous les feux rouges et toutes les priorités, manquant plusieurs fois de créer un accident mais je ne m’arrêtai même pas pour faire face aux insultes des conducteurs et des passants.

Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine, mes mains tremblaient et la sueur perlait sur mon visage tandis que j’imaginais déjà le pire mais ce que je découvris fut bien plus affreux que tout ce que j’aurais pu imaginer.

Lorsque j’arrivai devant le portail, celui-ci avait été forcé et tous les barreaux de fer étaient tordus et à moitié carbonisés. Mais je ne m’arrêtai pas devant ce détail et, jetant mon vélo sur le côté, je franchis la grille en courant avant de m’arrêter net au milieu du jardin, le souffle coupé et les yeux exorbités en voyant ce qui se tenait devant moi.

Le manoir était en proie aux flammes et s’effondrait rapidement sur lui-même et, devant la porte d’entrée, entouré d’une dizaine d’homme portant des capes rouges cachant leur visage, se tenait une personne que je reconnus aussitôt et je reculai d’un pas, tétanisée.

-V…Vous…Murmurai-je, la voix étouffée par la peur.

L’homme se tourna vers moi et je pus voir dans son œil un amusement malsain alors qu’il regardait ma maison brûler et que sa main était entourée d’une inquiétante aura rougeâtre.

-Laura…Garden, nous nous retrouvons, cela faisait longtemps ; déclara-t-il d’une voix lente et terrifiante.

-Mais…Vous…Vous étiez sur le bateau…Bégayai-je en continuant à reculer lentement.

-Effectivement, mais je ne me suis pas présenté correctement à l’époque : mon nom est Sayer, je suis le leader du mouvement Arcadia.

-Qu…Qu’avez-vous fait à mes parents ? Lui demandai-je d’une petite voix.

-Je n’ai fait que régler une petite affaire mais les négociations ne sont pas passées comme prévu alors j’ai forcé les choses ; me répondit Sayer en haussant les épaules.

J’ouvris la bouche mais aucun son n’en sortit. Je ne savais plus quoi faire et, alors que je reculai, je trébuchai sur un caillou et tombai à la renverse, me retrouvant à la merci de l’homme et ses sbires.

-Cependant, j’ai une mission : je dois ramener l’émissaire de Gariatron à mon maitre. N’y vois en aucun cas une vengeance personnelle.

Le dénommé Sayer s’approcha de moi et je voulus fuir mais mes membres ne me répondaient plus. J’étais paralysée par la peur, incapable de faire le moindre mouvement.

Dans un geste désespéré, je lançai sur l’homme ma paire de clés tout en visant ses yeux mais je tremblai tellement que mon geste n’eut pas plus d’effet que si je lui avais lancé une simple feuille de papier et je sentis les larmes me monter aux yeux.

Non, tout cela ne pouvait pas être vrai…Ce n’était qu’un mauvais rêve et j’allais me réveiller…D’abord le poème de Darksky…et maintenant ça…Ce n’était pas possible, tout n’était qu’illusion et tromperie ! Je refusai d’y croire !

Fermant les yeux et me recroquevillant sur moi-même pour échapper à la réalité, je ressentis alors le même afflux d’énergie que précédemment et, à nouveau, la température chuta brutalement.

L’homme s’arrêta net, surpris tandis que, tout autour de moi, l’herbe se mit à geler, comme si mon corps était si froid qu’il absorbait toute la chaleur de la terre. Rapidement, le froid s’intensifia et une véritable couche de glace se répandit sur la pelouse, faisant reculer mes agresseurs.

-Dégagez…Dégagez…Dégagez ! Hurlai-je.

Un vent violent et glacial se leva alors, m’entourant totalement comme un bouclier, et un tourbillon de neige se forma entre moi et ces hommes, les obligeant à reculer toujours davantage. Je vis Sayer grimacer mais il ne se laissa pas déstabiliser et, d’un geste de la main, projeta deux boules de feu dans ma direction qui firent fondre instantanément ma protection, me laissant sans défense et totalement apeurée.

-Et bien, il semblerait que tu aies déjà développé tes pouvoirs mais cela ne changera rien, tu ne peux rien contre moi et…

Mon ennemi ne put terminer sa phrase car, sortis de nulle part, deux couteaux fusèrent dans sa direction et il eut tout juste le temps de faire un bond en arrière pour les éviter.

Abasourdie, je tournai la tête dans la direction d’où provenait l’attaque et je vis Arnold, blessé, les habits déchirés et l’air à bout de forces mais bien vivant.

-A…Arnold ! M’écriai-je, heureuse pour la première fois de le voir.

-Fuyez Mademoiselle Laura ! M’ordonna-t-il en lançant une nouvelle attaque sur Sayer qui l’esquiva aisément.

-Mais…Je…

-Ne discutez pas ! Partez d’ici, tout de suite ! Je m’occupe du reste !

Une aura sombre entoura soudain Sayer et je vis son œil virer au rouge tandis que les flammes consumant le manoir s’intensifièrent. Comme porté par une force invisible, l’homme s’éleva quelques mètres au-dessus du sol et un arbre se déracina tout seul à côté de mon majordome avant de s’abattre sur lui.

Ce dernier sauta sur l’une des branches et à partir de là, d’autres arbres se mirent à léviter et furent projetés sur lui.

Tremblante, je me remis debout, constatant au passage les dégâts causés par la glace et je tentai d’attaquer à nouveau Sayer en lui lançant un caillou mais mon projectile se figea dans les airs à quelques centimètres de la tête de mon ennemi qui me lança un regard noir.

-Petite Peste, je vais m’occuper de toi, tu vas voir.

Il fit un geste ample avec son bras et fit surgir du sol un énorme rocher avec un sourire malsain sur son visage.

-Va rejoindre ta famille, fille de glace ! Psycho…

Sayer fut à nouveau interrompu par Arnold qui s’était jeté sur lui pendant qu’il avait le dos tourné et qui le coula au sol.

-Vivez ! M’ordonna-t-il d’une voix désespérée.

Serrant le poing et, n’écoutant plus que mon instinct de survie, je m’enfuis dans la forêt, laissant derrière moi Arnold, ma famille et ma maison aux griffes de cet homme assoiffé de sang…

Un flash de lumière illumina le ciel sombre du soir et un cri de douleur retentit mais je ne me retournai pas et continuai à courir en ligne droite, la vision à moitié obscurcit par les larmes, ne sachant même pas pourquoi je fuyais et où je me dirigeais…

Je courus ainsi, toujours plus loin, toujours plus vite, fonçant à travers la forêt obscure jusqu’à trébucher sur une racine et m’étaler sur le sol dur et sec et je restai là, face contre terre, continuant à pleurer autant de peur que de désespoir.


https://www.youtube.com/watch?v=PcvtqN8BbeM


De l’aide…Je voulais simplement de l’aide…Je voulais que quelqu’un vienne à mon secours, que quelqu’un retourne éteindre cet incendie…Que quelqu’un sauve ma famille…

Comme prise de folie, je me mis à appeler au secours toutes les personnes que je connaissais : Darksky, Théodore, Le capitaine, Dan et même John avant de me rendre à l’évidence : j’étais seule et livrée à moi-même…

Papa…Maman…Arthur…Arnold…Je ne savais même pas s’ils étaient encore en vie et je n’osai pas faire demi-tour, de peur de rencontrer cet homme au regard et aux pouvoirs terrifiants…

Que me voulait-il ? Pourquoi nous avait-il attaqués ? Qui était-il ? Qu’allais-je faire à présent ? Tant de questions se bousculaient dans ma tête mais je n’étais obnubilée que par un seul but : celui de rester en vie.

Peu importe les sacrifices, les maux et les obstacles, je devais vivre à tout prix. J’avais promis…J’avais promis à Darksky de revenir le voir. J’avais déjà perdu mon bonheur, mon meilleur ami et ma réputation dans l’unique but de réaliser son vœu et de nous retrouver sur cette falaise qu’était la nôtre un jour, je ne pouvais pas abandonner maintenant…Et puis, mes parents ne m’auraient jamais pardonnée si j’étais allée au suicide en revenant en arrière pour faire face à cet homme…


https://www.youtube.com/watch?v=dj4VoPO-2pE


Un picotement me parcouru l’échine et je sentis mon cœur ralentir. Rassemblant mes forces, j’agrippai la terre sous mes ongles et je me remis debout tant bien que mal.

Un rictus déforma ma figure lorsque je m’appuyai sur ma cheville tordue mais je ne fléchis pas et gardai la tête haute tout en essuyant les larmes qui coulaient de mes yeux d’un revers de la manche puis je me mis à regarder droit derrière moi en direction de mon manoir.

Ma famille allait bien…Je devais le croire…Je devais faire confiance à Arnold…Je devais aller de l’avant…Car je ne pouvais plus faire marche arrière désormais. Je devais uniquement fuir cet homme sinistre, comme me l’avait ordonné notre majordome, allez toujours plus loin et ne jamais me retourner, pas avant d’avoir réalisé mon objectif…

Une dernière larme coula le long de mes joues avant de cristalliser en une magnifique perle de glace se brisant en mille éclats en touchant le sol.


Je marchai jusqu’à la tombée de la nuit avant de m’arrêter, à bout de forces, dans une petite clairière et je décidai de faire le point. Je sortis donc mon sac et regardai ce qu’il y avait à l’intérieur.

Evidemment, je transportai tous mes livres de cours et le poème recollé, mais j’avais également sur moi un peu d’argent, environ cinquante livres, de quoi tenir presque un mois si je me débrouillai bien et sans compter les frais d’hébergement que j’allais certainement avoir.

Je fouillai encore un peu et je trouvai au fond, sous un tas d’emballages de bonbons et de gâteau, mon deck et j’écarquillai les yeux. J’avais complètement oublié que je le prenais avec moi depuis que Théodore ne me parlait plus et, même si en temps normal je trouvai pénible de le regarder, j’étais bien heureuse de l’avoir sur moi-même si, sans disque de duel, il risquait d’être plutôt inutile…

Je continuai mes recherches et je retournai entièrement mon sac mais tout ce qui tombait à présent étaient des miettes des bouts de papiers inutiles.

Je soupirai. Tout cela était ridicule. Comment moi, Laura, une fille d’à peine douze ans, comptait survivre plus de trois jours de la sorte ? Je n’avais même pas de pansement ou de médicaments et encore moins de laine chaude pour passer les nuits froides. A ce rythme, je me donnais deux nuits avant d’attraper une bonne bronchite…

Je secouai la tête pour me sortir ces idées néfastes. Tant pis, j’allais devoir faire avec, je n’avais pas le choix de toute façon.

Désormais, il ne me restait plus qu’une chose à faire : trouver un endroit précis à atteindre. Parce que je ne pouvais pas simplement marcher au hasard et où le vent m’aurait emmené. Cela aurait été stupide et m’aurait mené inévitablement à ma mort. Il était aussi hors de question que je tente de repasser à Londres pour demander de l’aide.

J’aurais bien pu tenter de rentrer en France et de me réfugier chez Darksky mais cela aurait impliqué de prendre le bateau et de m’exposer à devenir passagère clandestine et par extension, m’exposer à être débarquée et renvoyée chez moi, dans les griffes de cet homme…

Une idée me traversa la tête alors que je pensai au bateau. Le capitaine…il nous avait invités à passer chez lui quelques semaines plus tôt et nous avait même donné son adresse ! J’étais persuadée qu’il m’accueillerait les bras ouverts.

Oui, je devais faire ça : me rendre chez le capitaine même si la ville dans laquelle il habitait était à plus de cinquante kilomètres de Londres, il était mon seul espoir et aurait même pu me ramener en France.

Tout en créant un lit de fortune avec des brindilles et des feuilles entre deux rochers, je me mis à repenser pour la première fois de la journée à mon combat contre la mafia de John. Je n’avais toujours pas compris ce qu’il s’était passé à ce moment-là. C’était comme si quelqu’un d’autre se battait à ma place…Et cette glace qui s’échappait de mon corps sans que ne la maitrise…d’où venait-elle ? J’avais l’impression que les pouvoirs de mes monstres déteignaient en quelque sorte sur moi…

Je souris légèrement malgré l’inquiétude qui me rongeait. La solitude me faisait penser des choses décidément bien irréalistes…

Néanmoins, ce pouvoir que je possédais, lui, était bien réel. Ainsi, je tentai de reproduire mon exploit en me concentrant mais rien ne se produisit, à mon grand désarroi.

Je m’endormis assez rapidement sur mon lit de fortune, le ventre vide, les membres endoloris et le cœur meurtri par cette journée…

Le lendemain, je fus réveillée par les premiers rayons du jour qui caressaient doucement ma peau, traversant le mince feuillage des arbres.

Je m’étirai longuement. Tous mes membres étaient engourdis au possible et je me sentais toujours aussi épuisée que la veille.

Lorsque j’ouvris les yeux, je vis que le bois n’avait pas du tout le même aspect vu de nuit et à l’aube. Il était assez clair contrairement à ce que je pensais. Les chemins entre les arbres étaient dégagés et il n’y avait pas une seule branche ou brindille par terre, à croire que je me trouvais sur un sentier aménagé.

Derrière moi, la fumée de mon manoir s’était dissipée et tout était calme à présent. Seul le chant des oiseaux brisait le silence oppressant et me rassurait un peu. Cela montrait que Sayer et ses hommes ne m’avaient pas encore retrouvée mais je ne pouvais pas prendre le risque de revenir en arrière malgré la possibilité qu’il fût parti.

La rosée du matin donnait à la forêt une senteur unique que j’humai longuement et le soleil levant réchauffait mes muscles endormis, ce qui me permit de me remettre rapidement en route.

Je repliai le peu d’affaires que je possédai puis je me mis en marche, cherchant premièrement à sortir de cet endroit, tentant de rejoindre la route.

Je finis par déboucher sur un champ qui s’étendait à perte de vue, de quoi décourager ceux qui voudraient le traverser. Mais je ne pouvais pas faire demi-tour et je m’enfonçai à travers les épis de blé, ignorant le danger que représentaient les tiques et autres insectes qui pouvaient se cacher là.

J’atteignis enfin l’autre côté au bout de deux ou trois heures, et à cause de mon entorse de la veille, mes jambes me faisaient souffrir.

Je repris mon souffle en m’appuyant sur un petit muret en ruine qui se trouvait là puis je levai les yeux vers le ciel. Heureusement, le soleil était encore bas à l’horizon, je pouvais donc continuer à avancer normalement sans être accablée par la chaleur quelques heures encore.

Je me remis debout malgré la douleur et je regardai encore les environs. Maintenant que j’étais de l’autre côté, le paysage avait un peu changé. J’avais retrouvé la route et j’attendis là plusieurs minutes en stop, dans l’espoir que quelqu’un me prenne mais elle reste inexorablement vide de tout véhicule…. Je décidais de longer la forêt qui bordait la petite route, ne comptant pas rester là toute la journée et je finis par tomber sur un panneau annonçant : « Mington : 7 kilomètres »

-Enfin une ville ; me réjouis-je, il était temps.

J’avais subitement retrouvé mon énergie. Je devais pouvoir atteindre cette ville avant la nuit si je me dépêchais, ce que je fis.

La ville était légèrement plus animée que Viridian, avec un bar, quelques magasins encore ouverts, un restaurant, un hôtel et des habitations. J’en profitai pour refaire mes provisions en prenant beaucoup de bouteilles d’eau et asséchant presque la fontaine de la ville, n’ayant rien bu depuis la veille, et j’achetai surtout des paquets de biscuits pour pouvoir tenir la route, le pain n’était pas du tout suffisant, ainsi que plusieurs bandages et pansements.

Je regardai l’hôtel et je sortis mes maigres économies. Je n’allais pas tenir longtemps avec simplement cinquante livres, mais il ne semblait pas très luxueux, je pouvais peut-être me permettre d’y passer une nuit, au moins pour me débarbouiller.

Je fis un pas avant de changer d’avis. Qu’allaient dire les responsables de la réception en voyant débarquer une gamine de douze ans, seule avec un sac d’école, des habits déchirés et un air patibulaire ?

Je renonçais finalement à l’idée de dormir dans un lit chaud pour repartir sur les routes. Cette nuit-là, je la passais dans un champ, au milieu de grandes fleurs qui me cachait des lumières de la ville et surtout du vent. Cependant je ne réussis pas à trouver le sommeil.

Au-dessus de moi, les étoiles scintillaient d’une faible lueur et un faible croissant de lune brillait dans un ciel noir et effrayant.

Je me demandais comment allait ma famille. Je ne doutais pas qu’elle s’en soit sortie, je faisais confiance à Arnold et il n’y avait aucune raison pour qu’ils aient été au manoir à une heure pareille puisque j’étais toujours la première à rentrer. Sayer avait simplement dû mettre le feu à la maison car personne ne lui répondait…oui…Il ne pouvait pas y avoir d’autre explication. Ils allaient tous bien et se cachaient comme je le faisais en ce moment…

Mais dans tous les cas, je ne pouvais pas les rejoindre. Ce Sayer avait l’air de me poursuivre moi en particulier et je refusais de mêler davantage le reste de ma famille à cette histoire. Ma seule alternative était l’exil et la fuite.

Et Darksky…Comment allait-il ? Etait-il heureux de son côté ? Avait-il réussi à tourner la page pour ne pas finir comme moi, seule au milieu d’un champ ? Et qu’aurait-il dit en me voyant ainsi, moi qui lui répétais toujours de voir les choses du bon côté, même quand tout allait au plus mal ?

Je soupirai tout en me tournant sur le côté, me roulant en boule dans mon lit de paille pour échapper au froid de la nuit qui s’infiltrait à travers les trous dans mes vêtements avant de m’endormir d’un sommeil lourd et sans rêve.


https://www.youtube.com/watch?v=scUyXaWMyAk


Les jours et les semaines qui suivirent furent assez similaires. Je marchai sans m’arrêter et sans me retourner, à travers les champs, les bois, les villes et les villages. De temps en temps, des âmes charitables acceptaient de m’héberger mais je ne m’éternisai jamais plus de quelques jours, de peur que Sayer ne me retrouve…

Je survivais sinon en cueillant des fruits sauvages et des baies comme je n’avais plus d’argent pour m’acheter de la nourriture, je vivais au rythme de la nature en quelque sorte.

Le paysage ne cessait de changer autour de moi. Je passais de champs de fleurs à hauts plateaux arides et de plateaux à montagnes imposantes. Mais je sentais bien au fond de moi que je ne pourrais pas continuer ainsi très longtemps. Je devais avoir d’énormes cernes à force de me lever à l’aurore, mes pieds étaient pleins d’ampoules qui me faisaient souffrir à chaque pas, l’une de mes blessures s’était infectée et j’avais l’impression que mon sac pesait de plus en plus lourd alors qu’il se vidait progressivement au fur et à mesure que j’abandonnai mes cahiers sur la route. Mais je ne pouvais pas m’arrêter, il fallait que j’atteigne mon but.

Evidemment, les rares fois ou je m’aventurai près de la route, aucune voiture ne daigna me prendre et je me rendis compte d’un aspect de ce monde que j’avais ignoré jusqu’à présent : l’égoïsme. Mais malgré cela, je ne perdais pas espoir et continuai inlassablement à attendre l’âme charitable qui m’amènerait directement à destination…en vain.


https://www.youtube.com/watch?v=uo_0wwnS9ww


Enfin, au bout d’un mois de marche continue, en sortant d’une forêt dans laquelle j’avais passé plus de trois jours à tourner, j’arrivai dans un endroit qui me paraissait assez à l’écart du monde pour pouvoir m’installer quelques temps et me reposer.

Je n’avais plus aucune notion de distance. Etais-je encore loin de mon but ? Etais-je toute proche ? Je l’ignorais. Tout ce que je savais, c’était que j’étais sur la bonne route et que je devais avancer toujours plus loin.

C’était une grande prairie couverte d’herbe verte et de fleurs multicolores de toutes sortes. Le vent léger qui soufflait inclinait légèrement leur tige et les berçait doucement, faisant parvenir vers moi une multitude de parfums que je ne connaissais pas. La prairie était délimitée par les arbres de la forêt, elle semblait vraiment coupée du reste du monde.

Un peu plus loin, il y avait un enclos dans lequel se trouvait un magnifique cheval blanc avec un museau noir. Sa robe était impeccable, pas une seule trace de poussière, d’un blanc immaculé et sa crinière volait au vent quand il courait. Il était si rapide que l’on pouvait penser que ses sabots ne touchaient même pas le sol.

Au fond se dressait une maison solitaire d’où sortait un peu de fumée. Des gens devaient habiter ici. Juste après avoir pensé cela, je vis quelqu’un arriver vers la magnifique bête. C’était une femme qui n’était plus toute jeune, mais qui avait réussi à conserver sa beauté. Ses cheveux blonds étaient tirés vers l’arrière avec une longue queue de cheval, son visage, du moins ce que j’en distinguais, avait des traits doux et son regard exprimait de la bonté envers l’animal. Elle me rappelait un peu ma mère, cette attention toute particulière qu’elle avait pour les autres et cette pensée me fendit le cœur.

Je m’apprêtai à aller vers cette femme pour lui demander l’hospitalité pour la nuit mais au moment de faire un pas, je vis le monde basculer autour de moi. Je dus m’appuyer à un arbre pour pouvoir rester debout.

Ma vision se brouillait, le paradis se transformait en tache floues de couleurs, mes jambes ne supportaient plus le poids de mon corps et j’eus le tournis. J’avais surestimé mes capacités de résistance, j’étais bien plus fatiguée que je ne le pensais…

Soudain, toutes mes forces me quittèrent d’un seul coup et je m’écroulai sur le sol. Juste avant de perdre connaissance, je crus voir un homme corpulent courir vers moi, mais tout était si confus dans mon esprit que je n’en étais pas sûre.

-Laura, mon enfant ! Cria-t-il d’un ton apeuré.

Etait-ce mon imagination qui me jouait des tours ou bien avait-il vraiment prononcé mon nom ? Cependant, je n’eus pas de réponse car je sombrai peu après dans les ténèbres de l’inconscience…


Les jours qui suivirent cet accident furent comme un nuage de brume, épais et impénétrable. J’étais entre le rêve et la réalité, tantôt consciente, tantôt inconsciente, mes rêves étant hantés d’une forme noire et inquiétante planant au-dessus de moi, mes heures de lucidité de brouillard.

Je ne voyais que des formes floues et des taches sombres lorsque j’ouvrais les yeux. Parfois, je distinguais une ombre bouger et s’approcher de moi, mais j’étais incapable de dire de qui il s’agissait et encore moins de la décrire. Je dus passer au moins une ou deux semaines ainsi au lit avant de retrouver mes forces et la vue.

Je fus réveillée un matin par une douce brise soufflant sur ma joue. Je tournai la tête pour voir d’où cela provenait. Une fenêtre était entrouverte et les rideaux blancs brodés de fleurs ondulaient lentement au gré du vent qui passait à travers l’ouverture. Les rayons du soleil caressaient doucement mon visage et me réchauffaient à travers la couverture couvrant mon corps affaibli, une sensation que je n’avais pas ressentie depuis bien longtemps à présent…

Je me trouvais sur un lit confortable et spacieux dans une maison assez modeste, quelques chaises, une table en bois, une vielle lampe. Ce qui me frappa fut la façon dont elle était décorée : des peintures et des tableaux de marins et de bateaux étaient accrochés sur chaque mur.

Je me crus un instant chez moi avec une chambre remise à neuf, mais le paysage sauvage que je voyais par la fenêtre me rappela où je me trouvais et tout ce qui s’était passé avant de me retrouver là.

Mes yeux étaient encore à moitiés clos lorsqu’une femme arriva vers moi, un plateau à la main. Il s’agissait de la personne que j’avais vu nourrir le cheval dans la prairie. Elle avait dû me voir étalée par terre dans son parc sans connaissance et me prendre en pitié.

Elle avait autour de cinquante ans, mais j’aurais pu croire de loin qu’elle n’en avait que trente tellement elle prenait soin d’elle. Lorsqu’elle me vit éveillée, son regard s’illumina d’une grande joie.

-Tu es enfin réveillé Laura, quel soulagement, cela fait deux semaines entières que tu dors ainsi !

J’avais passé deux semaines inconsciente ?! Même si le temps n’avait aucune importance désormais, rester aussi longtemps dans le coma prouvait que ce voyage ne me faisait pas un grand bien…Mais une minute…comment cette femme connaissait-elle mon nom ? Je n’avais pourtant aucun papier d’identité sur moi et je ne l’avais jamais vue auparavant.

En voyant mon air intrigué, elle reprit la parole avec un sourire rayonnant.

-Nous t’avons trouvée inconsciente dans le jardin, tu n’étais vraiment pas en forme lorsque mon mari t’a recueillie, mais je vois que tu t’es complètement remise ; dit-elle un grand sourire aux lèvres.

Pourquoi cette femme était-elle si gentille avec moi ? Elle ne me connaissait même pas, à moins qu’elle ne s’inquiète pour moi comme le ferait n’importe quelle personne ayant un minimum de bonté.

-Je m’appelle Silène…

Silène ? Ce nom m’évoquait quelque chose…Je me souvins alors que j’avais déjà entendu ce nom de la bouche du capitaine. Je ne savais pas pourquoi, mais je me mis à l’observer attentivement tout en me remémorant ses paroles : « Je me souviens encore de son visage, doux comme un ange, toujours joyeuse et son regard…bleu comme la mer la plus calme… » Je ne l’aurais pas mieux décrite. Sa description correspondait parfaitement aux traits de la Silène qui se trouvait en face de moi. Mais il était fort peu probable qu’il s’agisse de la même personne, surtout qu’il l’avait quitté plus de trente ans plus tôt, elle avait dû changer depuis le temps.

Mais alors que je me trouvais stupide d’assimiler de simple nom, un vieil homme barbu portant une casquette de marin et une pipe à la main entra dans la pièce et écarquilla les yeux en me voyant presque debout.

-Laura ! Tu es vivante mon enfant, dieu soit loué ! S’exclama-t-il en se précipitant vers moi.

-Capitaine ? m’étranglai-je, que faites-vous là ?

-C’est plutôt à moi de te poser la question ma chère ; dit-il en riant de bon cœur. Comment as-tu bien pu te retrouver dans cette partie reculée de l’Angleterre, toi qui vis à Londres ?

-C’est assez compliqué ; marmonnais-je peu sûre de vouloir lui dire la vérité.

Je ne pouvais quand même pas lui dire pour le manoir et mes parents, il se serait sûrement inquiété et aurait fait tout un plat de cette histoire en voulant me ramener alors qu’au contraire, je voulais m’éloigner de ma famille le plus possible pour les protéger.

Cela n’eut pas l’air de déranger le capitaine que je ne lui dise rien, il devait savoir ce que c’était d’avoir quelque chose d’impossible à révéler sur cœur. Il eut juste un moment d’hésitation, mais il reprit son air joyeux quelques secondes plus tard en regardant Silène.

-On a tous nos petits secrets ; dit-il d’un air malicieux. Au fait Laura, je ne t’ai pas encore présenté Silène, tu sais, je t’avais parlé d’elle la dernière fois que nous nous sommes vus.

-Enchantée.

-Et si ce n’est pas indiscret Laura…Si tu réponds à mon invitation, pourquoi tes parents ne sont pas avec toi ? Me demanda ensuite le capitaine.

-En…En fait, c’est compliqué…Mais j’aurais une faveur à vous demander, capitaine : je suis venue jusqu’ici parce que j’aurais besoin de votre hospitalité…

Celui-ci pencha légèrement la tête sur le côté, surpris mais, en bon vivant qu’il était, ne posa aucune question et m’accepta, moi, la fille qu’il connaissait à peine et qui avait visiblement fugué de chez elle…

Je me sentis immédiatement bien dans cette maison avec le capitaine et la menace de Sayer me parut soudain un lointain souvenir s’évaporant dans la brume.

Jamais il n’allait me retrouver ici, cet endroit était bien trop reculé du reste du monde…du moins, je l’espérais…


https://www.youtube.com/watch?v=rIwl2cDwStw


Les semaines passèrent, et chaque jour je reprenais peu à peu mes forces. Au début, je ne pouvais pas tenir debout plus de quelques secondes sans avoir besoin de m’appuyer sur un mur pour ne pas tomber, mais au fur et à mesure je finis par retrouver un équilibre parfait.

Silène était très attentionnée envers moi, c’est elle qui m’aidait à faire toutes les choses du quotidien sans trop de difficulté. Elle était exactement telle que je me l’imaginais avant : la douceur incarnée. J’aspirais vraiment à lui ressembler le plus possible. Son calme naturel finit par déteindre sur moi, si bien je me sentis pour la première fois depuis longtemps complètement apaisée.

Quand je fus parfaitement remise, je décidai d’aider le capitaine- je l’appelai toujours comme ça tout simplement parce que je n’arrivais pas à fixer son nom et en plus cela avait l’air de lui faire plaisir que je lui donne son titre – aux champs pour récolter et semer des graines, nourrir les animaux, et de temps en temps je l’accompagnais en ville pour vendre ses produits. J’avais fini par m’habituer à son humour et il me faisait presque rire maintenant, bien que je le trouvais toujours aussi mauvais…

Depuis que j’habitai chez eux, c’est-à-dire depuis près de trois mois, tous mes problèmes s’étaient comme envolés, je ne pensais plus à rien d’autre que la vie à la ferme. J’avais commencé une nouvelle vie ici, avec le capitaine et Silène comme ma nouvelle famille, loin de tous mes soucis et mes tracas.

La seule chose qui me rattachait encore à mon passé était le souvenir de Darksky, un souvenir bien trop douloureux pour être balayé par le temps, planté comme une épine dans ma chair…Mais contrairement à mes autres maux, je ne voulais- je ne devais- pas l’oublier. C’était ce même souvenir qui m’avait permis d’avancer durant mon périple, c’était lui qui m’avait donné le courage de surmonter le départ de mon frère, et c’était aussi lui qui m’avait donné la force de rester en vie. L’oublier aurait été faire une croix sur tout ce que j’avais vécu jusqu’ici, faire une croix sur les raisons qui me poussaient encore à lutter contre Sayer. Sans lui j’aurais sombré dans la folie depuis longtemps déjà.

Trois années s’écoulèrent ainsi comme un rêve. Mais un jour, alors que je récoltais la salade pour le diner du soir avec le capitaine et Silène comme je le faisais souvent, je ne sais pas ce qui me passa par la tête, mais je me décidai enfin à tout leur dire.


https://www.youtube.com/watch?v=4TTzGc6rCa0


-Capitaine, Silène, j’aurai quelque chose à vous révéler ; leur dis-je solennellement.

Ils levèrent la tête tous les deux, surpris par tant de sérieux dans ma voix.

-Il y a quelque chose qui ne va pas mon enfant ? Me demanda le capitaine inquiet.

-Non, tout va bien capitaine, c’est juste que…

Je n’arrivai pas à terminer ma phrase. Je n’étais plus si sûre d’avoir le courage de révéler une telle vérité. Je craignais leur réaction…Et s’ils ne voulaient plus de moi chez eux après avoir entendu ce que j’avais à leur dire ? S’ils prenaient peur et me jetaient dehors ?

-Allons Laura, tu peux tout nous dire tu sais, je vois bien que tu n’as pas l’air d’aller fort ; repris Silène compatissante.

-Non, en effet, vous avez raison, ça ne va pas fort…

Devant leur air inquiet, je me repris tout de suite.

-Non, non, ce n’est pas de votre faute ; les rassurai-je. Ça remonte à bien avant mon arrivée ici, depuis mon départ de France…

Les mots me vinrent ensuite tous seuls, je leur racontai comment j’avais connu Darksky, comment nous avions été obligés de nous séparer. En me remémorant notre scène d’adieu, je ne pus retenir mes larmes. Tout semblait si proche et si lointain en même temps. Je leur montrai son cadeau d’adieu, le poème que je gardais constamment avec moi.

La suite, le capitaine semblait revivre son dernier voyage en mer avec moi, quand je lui évoquais la phrase qu’il avait dite lorsque nous nous étions rencontrés, un large sourire illumina sa figure, comme s’il s’amusait encore de la « farce » que je lui avais faite en me cachant dans sa cabine. Vint ensuite le duel sur le bateau qui s’était achevé par ma victoire écrasante. Plus j’avançais dans mon récit, et plus l’heure de la révélation approchait. Enfin, j’arrivai au moment que je redoutais le plus : l’évocation des motivations de mon périple…

-Lorsque je suis revenue…Tout était en proie au feu et des hommes ont tenté de me tuer…

Je dus m’arrêter quelques instants pour essuyer quelques larmes qui me coulaient le long du visage.

-Puis je me suis enfuie…Laissant derrière moi toute ma famille et mon ancienne vie, ne pensant qu’à sauver ma peau…

Mon cœur s’accéléra quand je prononçai ces mots. Je m’attendais à voir l’horreur sur leur visage mais ils semblaient plus compatissants que fâchés. Je terminai donc mon récit avec mon long périple et enfin mon arrivée chez eux…

Après avoir fini, un long silence résonna à travers le parc. J’attendais leur réaction face à mon histoire. Je craignais qu’ils ne décident de me rejeter pour ce que j’avais fait et j’acceptai déjà l’idée de faire mes valises, mais au lieu de ça ils me prirent tous les deux dans leurs bras à ma grande surprise.

-Que d’aventures Laura…soupira le capitaine en relâchant son étreinte. Je ne prétends pas savoir ce que tu as vécu, mais sache une chose ; dit-il en me regardant dans les yeux, il faut en avoir du courage pour surmonter autant d’épreuves sans flancher.

-Vous pensez vraiment ce que vous dîtes capitaine ? Pourtant, je ne me trouve pas si courageuse que ça, je n’ai fait que m’apitoyer sur mon sort depuis tout ce temps…

-Bien sûr qu’il le pense et il a raison tu sais ; me dit Silène de sa voix d’ange, seul le courage et une volonté de fer ont pu te conduire jusqu’ici. Tu peux me croire, si j’avais eu la force d’esprit que tu as, jamais je ne l’aurai quitté pour si peu…

Elle regarda son mari d’un regard si triste que j’eu de la peine pour elle. Elle avait été séparée de lui pendant plus de trente ans, alors que moi, cela faisait à peine trois ans que j’avais quitté Darksky et ma famille. Quoi qu’elle dise, elle avait vraiment du courage.

Mais si Silène disait vrai ? Si je m’apitoyai beaucoup trop sur mon sort ? Je ne m’étais jamais considérée comme très combattante, excepté durant mes duels, mais le reste du temps, j’avais l’impression d’être dépassée par les événements de la vie.

-Tu vois Laura ; dit le capitaine en me tirant de mes pensées, bien que la vie ne soit pas toujours facile, si tu as le courage de surmonter les épreuves qui t’attendent, rien ne pourra t’arrêter, et c’est ce que tu as fait en entreprenant ce voyage. Tes parents seraient fiers de toi à l’heure qu’il est s’ils savaient ce que tu as fait.

-Fiers ? Je ne suis pas convaincue que ce soit le mot qui convienne le mieux vu comment j’ai fui comme une lâche…

-Ce que je voulais dire, c’est que tu ne dois pas renier ce que tu as fait, tu as tenté de protéger ta famille et je peux t’assurer qu’il n’y a rien de plus noble comme geste ; déclara le Capitaine en me donnant une grande tape dans le dos qui expulsa tout l’air de mes poumons d’un seul coup.

-Vous…Vous avez raison, une fois de plus, merci beaucoup…Toussotai-je tout en lui souriant.

Au loin, le soleil couchant lançait de magnifiques rayons orangés à l’horizon et l’air se rafraichit à la tombée de la nuit qui approchait. Nous récoltâmes en vitesse les dernières pousses pour préparer le diner. Pour la première fois depuis une éternité, je me sentais entièrement libéré d’un fardeau qui pesait sur moi depuis bien trop longtemps.

Néanmoins, quelques jours plus tard, les choses changèrent à nouveau lorsque, au marché avec le capitaine, je distinguai dans la foule la cape de l’un des hommes de Sayer et mon sang se glaça. Ce que je redoutai le plus au monde venait d’arriver : ils m’avaient retrouvée…

En un instant, tout mon monde s’écroula en pensant au périple qui allait reprendre…Mais je n’avais pas le choix. Je refusais d’impliquer davantage le capitaine et Silène dans ces histoires…

Ainsi, à contrecœur, je dus mentir au couple en leur disant que je retournais à Londres pour ne pas qu’ils s’inquiètent, et surtout pour qu’ils acceptent de me laisser partir sans se faire de soucis. Et, comme je m’y attendais, ils ne s’opposèrent pas à ma demande, même si une lueur de tristesse passa dans leurs yeux.


https://www.youtube.com/watch?v=XzDzY3Du5No


Quelques jours plus tard, je rassemblai mes affaires dans mon sac à dos. Silène me donna de nouveaux habits de rechange, ainsi que de la nourriture pour tenir, des médicaments et plein d’autres choses pour mon voyage.

J’étais prête sur le pas de la porte avec elle. Il faisait beau, le ciel était dégagé et le vent annonçait la saison des feuilles nouvelles.

-Tu es sûre de vouloir repartir Laura ? Me demanda Silène tristement. Tu peux rester avec nous aussi longtemps que tu le souhaites tu sais…

-Je ne voudrais surtout pas être un poids pour vous, vous en avez déjà tellement fait pour moi.

-Alors promets-moi d’être prudente sur les routes, souviens toi de l’état dans lequel nous t’avons retrouvé…

-Cela n’arrivera plus, je ne suis plus la petite fille que j’étais grâce à vous. J’ai quinze ans à présent !

Je la regardai dans les yeux, je voyais bien qu’elle était triste de mon départ, mais je ne pouvais pas rester ici…

Elle m’embrassa comme l’aurait fait ma mère, avec toute la tendresse qu’une mère pourrait avoir pour son enfant et mon cœur se serra dans ma poitrine. Je ne voulais pas les quitter, eux qui avaient été si bons pour moi…Mais je n’avais pas le choix…

-Bien, il est temps de nous dire au revoir je pense. Passez le bonjour au capitaine de ma part…

Alors que je parlais de lui, celui-ci arriva tout essoufflé comme s’il avait couru un marathon. Il avait dans la main un portefeuille qui m’avait l’air flambant neuf.

-Attends Laura ! Il marqua une pause pour reprendre son souffle. Avant que tu ne partes, je désirerai t’offrir ceci ; dit-il en me présentant l’objet qu’il avait en main. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est un cadeau de Silène et moi-même pour être restée avec nous pendant ces trois dernières années.

-Vous n’auriez pas du…Je ne le mérite pas…

-Bien sûr que si, tu auras été pour nous l’enfant que nous n’avons jamais eu ; me dit Silène, c’est une raison suffisante.

Face à un tel argument, je ne pus qu’accepter leur offre, surtout que je les considérais moi aussi comme mes parents…

-Merci beaucoup…Dis-je trop émue pour développer. Je reviendrai vous voir bientôt, et cette fois-ci, avec toute ma famille !

Le capitaine me serra à son tour dans ses bras et en profita pour me glisser quelques mots à l’oreille :

-Laura, je t’avais dit il y a trois ans de croire en tes rêves et je te le redis aujourd’hui, n’abandonne pas ta quête pour retrouver ton ami et crois en l’espoir. Tu accompliras de grandes choses.

-Je vous fais confiance, capitaine ; lui répondis-je en tentant de lui donner une tape dans le dos comme il en avait l’habitude.

Je mis mon sac sur mon dos, rangeai son cadeau dans ma poche et, me retournant une dernière fois pour leur adresser un signe d’adieu, je repartis sur les route, confiante et bien décidée à mettre un terme une bonne fois pour toute à cette histoire.

Je n’étais plus une fillette de douze ans. J’avais l’âge d’une lycéenne à présent et j’étais capable de me défendre. Si j’avais pu battre une mafia au collège, il n’y avait aucune raison pour que ce Sayer me résiste à présent.

Tout en voyant la maison du capitaine et Silène disparaitre derrière l’horizon, je me fis une promesse : celle de faire payer à Sayer tout ce qu’il m’avait fait, d’une façon où d’une autre.






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le bon temps…

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[fic]: L'Avènement des Dieux posté le [29/11/2017] à 21:37

Laura : La fin d’un périple…


Spoiler :



Le vent sifflait entre les branches des arbres et faisait tourbillonner les feuilles mortes au sol. Il s’était levé si brusquement que je dus chercher un abri de fortune au plus vite.

Je me réfugiai sous un rocher creux en attendant que l’orage passe. Le tonnerre grondait au loin et suffisait à faire trembler les troncs des arbres. La pluie tombait violement et inondait la forêt, la transformant en véritable marécage en quelques secondes. Des torrents de boue s’écoulaient devant moi, emportant tout sur son passage.

Je regrattai soudain de ne pas être restée chez le capitaine et Silène encore quelques temps. L’automne approchait, et cela se faisait ressentir dans le temps pluvieux de ces derniers jours. Je n’avais vraiment pas choisi le bon moment pour partir…

Cela faisait maintenant deux mois que j’avais repris mon voyage. Grace au cadeau du capitaine, j’avais pu les tenir sans difficulté. Mais mes ressources s’amenuisaient petit à petit. Bientôt, je n’aurais plus rien et je me retrouverais dans la même situation qu’avant.

Cependant, je ne pouvais pas rentrer, pas encore. Je savais que ces hommes étaient toujours à ma poursuite même si je ne les avais pas recroisés. Il fallait que je parte le plus loin possible, soit pour leur faire perdre ma trace, soit pour les affronter loin de toute civilisation.

N’ayant rien à faire, je sortis de mon sac un carnet que j’avais acheté au début de mon périple. Jusque-là, il était vierge, excepté la page de présentation, je n’avais jamais trouvé le courage de le remplir depuis.

Je me dis que c’était le moment idéal pour passer le temps. Je résumai donc brièvement les premiers jours de marche, les moments difficiles que j’avais rencontrés et je m’attardais longuement sur mon séjour chez mes sauveurs, expliquant comment ils m’avaient soignée et comment j’avais grandi à leur contact.

Un éclair illumina le ciel et fut suivi très vite d’un nouveau coup de tonnerre fracassant. Je n’aurais su dire pourquoi, mais cela me fit repenser à ma rencontre avec Darksky…Cela me rappelait vaguement quelque chose, mais quoi ?


https://www.youtube.com/watch?v=ZKCCs9DNEJs


Je me rappelai tout d’un coup d’où venait ce souvenir, il remontait à bien avant mon périple, avant même ma rencontre avec celui que j’aimais…

Les images de ce jour me revinrent toutes en mémoire comme une lance me transperçant le cœur. J’avais tenté de l’enfouir au plus profond de mon être, et de l’oublier à tout jamais…Mais même les trésors les mieux cachés finissent par remonter à la surface…

Je n’avais alors que sept ans, j’étais encore inconsciente de tous les dangers de ce monde, j’étais simplement heureuse de vivre.

Je rentrais de l’école comme chaque jour. Le temps était menaçant, d’énormes nuages noirs recouvraient toute la ville, la plongeant dans une semi-obscurité.

J’avais décidé de faire un détour par le nouveau terrain de duel qui venait d’ouvrir avant de rentrer et, après y être passé, je me rendis soudain compte que je ne savais pas du tout comment retourner chez moi.

Le vent s’était levé, la pluie tombait fort, et le tonnerre grondait au loin. Il n’y avait plus personne dans le parc, tous les autres enfants étaient rentrés chez eux pour éviter l’averse. Je me retrouvai donc seule, au milieu du parc, trempée, frigorifiée et terrorisée.

C’est alors qu’un nouvel éclair déchira le ciel, et le tonnerre lui répondit avec la même violence. J’appelai à l’aide, en vain. Les rues étaient désertes, et la ville semblait s’être transformée en ville fantôme.

C’était à ce moment-là qu’il est apparu. Il semblait tout droit sorti des ténèbres qui planait autour de moi. Ses yeux rouge sang luisaient comme des braises dans l’obscurité, ses dents étaient longues et acérées comme des couteaux. Son corps était long, couvert d’écailles noires comme la nuit, des signes étranges de la même couleur que ses yeux se dessinaient dessus et il se terminait par une longue queue à la manière des serpents. Deux ailes immenses m’entouraient, me protégeant de la pluie et du froid.

Je pouvais sentir le souffle chaud de la créature sur ma tête mais j’étais trop effrayée pour bouger. Ce monstre devait au moins mesurer cinq mètres, il aurait pu m’écraser d’un seul coup de griffe, mais au lieu de cela, il me regardait et semblait m’étudier.

Enfin, au bout de quelques secondes, il se décida à faire un mouvement. Je me figeai en le voyant ouvrir ses ailes et pousser un cri. Je pensais vraiment que ma dernière heure était arrivée.

Cependant, alors que je m’attendais à être brulée vive, j’entendis une voix dans ma tête, grave, impressionnante et puissante : « Laura Garden, descendante du chevalier Frédéric Garden, gardienne du secret des démons originels… »

J’avais retenu mon souffle en entendant cela…cette chose avait l’air de connaitre plus d’éléments sur moi que je n’en connaissais sur ma propre famille.

« Serais-tu prête à porter sur tes épaule la charge que nous t’avons confiée à toi et à tes ancêtres ? » J’étais bien trop sous le choc pour refuser, et j’avais accepté naïvement, sans même savoir ce à quoi j’avais dit oui. Lorsqu’il me vit accepter sans broncher, j’avais cru lire de l’étonnement dans son regard de braise.

« Tu es très courageuse, bien plus que ton père ne l’a été avant toi. Mais prends garde à la lance du destin plantée dans ta chair… »

La créature avait poussé un autre cri dans la nuit, puis s’était envolée, emportant avec lui toute l’obscurité qui s’abattait sur la ville, faisant briller le soleil à nouveau.

Lorsque j’avais raconté cela à mes parents et à Arthur, ils m’avaient répondu que j’avais dû faire un mauvais rêve, mais j’avais eu l’impression que mon père s’était crispé en entendant ce que la créature avait dit. Depuis, j’avais toujours considéré cet épisode comme un rêve…

Je repensai alors à mes pouvoirs. Ils ne s’étaient pas manifestés depuis que j’étais chez le capitaine et je n’en avais pas eu l’utilité. Mais, à présent que j’étais à nouveau livrée à moi-même, je me dis qu’il était peut-être temps de retenter l’expérience…Toujours sans succès…

Avais-je rêvé à ces moments-là ? Non, c’était impossible. J’avais défait la mafia de John et échappé aux griffes de Sayer grâce à cette glace qui s’était formée autour de moi…Mais il m’était impossible de reproduire cet exploit à volonté apparemment…

Je soupirai et, rangeant mon carnet en voyant que la pluie s’était arrêtée, je repris la route, me promettant de continuer à écrire et à essayer de faire revenir ces pouvoirs sommeillant au fond de moi.


https://www.youtube.com/watch?v=Ov1U1JLi8SU


Quelques jours après, j’arrivai enfin à une nouvelle ville. Elle semblait assez animée, avec de quoi refaire mes provisions et dormir au chaud. Je repérai donc un hôtel bon marché et je me dirigeai vers le bar du coin, histoire de faire une pause.

Là, je pris une table un peu à l’écart et commandai à boire et un repas chaud, le premier depuis bien longtemps.

Je restai ainsi une longue heure assise à savourer mon assiette qui, même si elle n’avait rien d’exceptionnel, restait un délice pour moi qui ne me nourrissais que de sandwich depuis des jours.


https://www.youtube.com/watch?v=e_C2DqC4kR8


Au moment où j’allais me lever pour partir, je vis deux hommes entrer dans le bar, accompagné d’un troisième que je ne connaissais que trop bien et mon visage se crispa lorsque je reconnus la mèche ridicule de Sayer…

Je voulus m’enfuir, refusant de devoir leur faire face dans un endroit laissant aussi peu de possibilités pour bouger mais il n’y avait qu’une seule sortie, et malheureusement, les trois hommes la bouchaient…

Je n’avais pas le choix, j’allais devoir créer une diversion, comme créer un mouvement de foule qui me permettrait de prendre la fuite dans l’agitation…

Sans réfléchir une seconde de plus, je me dirigeai vers les toilettes et tirai l’alarme incendie. Aussitôt, j’entendis des cris provenant de la salle de restauration et rapidement, des dizaines de chaises tombèrent au sol, suivies de pas de course.

Je passai le nez par la porte des toilettes et je pus voir que Sayer et ses hommes furent repoussés à l’extérieur par la foule effrayée et, ne perdant pas une seconde, je me mêlai à la masse de personne, réussissant ainsi à sortir de la même façon.

Une fois dehors, je ne me fis pas prier et je pris mes jambes à mon cou. Je slalomai à travers la ville entre les passants interloqués ou mécontents, me retournant de temps en temps pour voir où en était mon agresseur, mais il semblait ne pas m’avoir suivi, mais dans le doute, je continuai d’avancer.

La sortie de la ville fut rapidement en vue. Je pensais avoir réussi à éviter l’affrontement, lorsqu’il apparut devant moi, comme sorti de nulle part.

Je m’arrêtai net, soulevant un épais nuage de poussière entre nous qui m’aveugla un instant.


https://www.youtube.com/watch?v=_pv9kOEWIXY


-Pouvons-nous reprendre là où nous en étions arrêtés la dernière fois ? Je n’aime pas quand les souris s’échappent de leur trou ; commença Sayer avec un sourire carnassier.

Je serrai les dents. L’affrontement semblait inévitable…Les images d’Arnold affrontant cet homme me revinrent en mémoire et une goutte de sueur perla de mon front mais je me ressaisi aussitôt. Je n’étais plus cette fille apeurée désormais. Je ne pouvais pas fuir éternellement.

Rassemblant mon courage et laissant ma raison dans les tréfonds de mon esprit, je sortis un couteau suisse de ma poche que j’avais acheté spécialement pour l’occasion et je me mis en position de combat, exactement comme lors de mon affrontement avec John.

Nous nous trouvions sur un terrain vague. Il n’y avait pas une seule cachette à l’horizon ni aucun rocher. Sayer se trouvait juste devant moi, sans arme et sa garde était grande ouverte. Il me suffisait donc de l’attaquer de front…Une attaque rapide et simple aurait dû suffire, oui…

-Je vais vous faire regretter de vous en être pris à ma famille…Lui lançai-je, le regard assassin.

-Tiens donc, tu te décides enfin à m’affronter ? S’étonna Sayer, une pointe d’ironie dans la voix.

En guise de réponse, je me jetai sur lui en poussant un cri de guerre, le couteau brandi vers l’avant. Sayer ne bougea pas d’un pouce et me regarda simplement m’approcher de lui, en souriant. Je sentais bien qu’il y avait un piège quelque part mais, si je n’agissais pas en première, c’en était fini de moi…

Alors que je n’étais plus qu’à deux mètres de lui et que je pensais l’atteindre, son œil s’illumina d’une lueur rouge et tout son corps fut alors entouré d’une inquiétante aura violette. Mais je ne me laissai pas déstabiliser et je continuai ma course.

Je n’étais plus qu’à quelques centimètres de lui lorsqu’une force mystérieuse m’obligea à m’arrêter et je me retrouvai figée, incapable de faire le moindre mouvement.

-Qu…

Je n’eus même pas le temps de prononcer un mot que je me sentis comme tirée dans les airs et, un instant plus tard, je me retrouvai à flotter cinq mètres au-dessus du sol, interdite tandis que Sayer éclatait de rire devant mon air apeuré.

-Ma pauvre enfant, tu ne sais vraiment pas à qui tu as à faire ; ricana-t-il.

Mon ennemi fit un geste ample avec son bras et je me fis projeter violemment contre le sol et je poussai un cri de douleur tout en lâchant ma seule arme. Puis il fit un autre geste, vers la droite cette fois-ci et ce fut comme si j’avais reçu un coup de poing dans les côtes.

Je roulai dans la poussière sur plusieurs mètres avant de me faire arrêter dans ma course par une barrière. Mais les attaques de Sayer ne s’arrêtèrent pas là et il continua à me malmener, me projetant contre tout ce qu’il trouvait, comme un vulgaire ballon de foot…

Finalement, il me repoussa de toutes ses forces psychiques contre une cabane en bois et l’impact fut si violent que je traversai le mur, sentant des milliers d’échardes me rentrer dans le corps.

J’atterris contre une voiture rouillée et je crachai du sang. Même si je sentais que la pression que Sayer exerçait sur moi s’était relâchée, je n’avais plus la force de me mettre debout et je restai là, affalée sur le sol, baignant dans mon propre sang.

Une boule de feu se forma dans sa main et il se rapprocha lentement de moi, toujours en arborant ce sourire malsain et effrayant.

C’était la fin…Quelle idée avais-je eu en voulant affronter un homme possédant des pouvoirs, moi qui n’arrivai même pas à comprendre d’où provenaient les miens…J’aurais dû me contenter de fuir, encore et toujours au lieu de me jeter dans la gueule du loup…Mais je voulais simplement en finir avec tout ça…

J’étais vraiment stupide et maintenant, j’en payais les conséquences. Tout mon corps était en sang, mes vêtements en lambeaux et j’allais très certainement mourir lamentablement sans même savoir pourquoi…

« Mourir ? Résonna une voix dans ma tête. Est-ce vraiment ce que tu veux ?

-Ai-je vraiment le choix…Pensai-je.

-Veux-tu mourir ? Veux-tu avoir fui pour rien ? Veux-tu laisser Darksky attendre ton retour en vain ? Continua la voix dans ma tête.

-N…Non…Evidemment que non !

-Dans ce cas, tu as le choix de vivre. »


https://www.youtube.com/watch?v=SaeXN-MByjU


Tandis que Sayer se rapprochait toujours plus de moi et que je pouvais sentir la chaleur de ses flammes me bruler le visage, mon cœur ralentit et je sentis mon sang se refroidir subitement dans mes veines. Un afflux d’énergie m’envahit et mes bras se mirent à bouger d’eux-mêmes, agrippant fermement le sol.

-Ce…Ce n’est pas…fini…Murmurai-je.

-Allons, tu te fais du mal, Laura ; me dit Sayer d’un ton faussement compatissant. Je pense que je vais devoir abréger tes souffrances. Péris dans les flammes d’Hinotama !

Mon ennemi projeta ses boules de feu droit sur ma figure mais je ne ressentis rien car, au lieu de me brûler le visage, son attaque se heurta à un solide mur de glace sorti de nulle part et une épaisse brume envahit la cabane.

-C…Comment ! Rugit Sayer en reculant vivement.

Lentement, je me remis debout, ignorant la douleur et à présent entourée d’une aura bleutée. Je me sentais totalement revigorée. Mieux, tout mon corps débordait d’énergie, exactement comme lors de mon combat contre John et je vis Sayer grimacer.

Comme ce jour-là, toutes mes émotions semblaient s’être envolée pour ne laisser place qu’à la colère et mon instinct de combat.

A mes pieds, le bois se mit à geler et un puissant blizzard se créa autour de moi, recouvrant de glace toute la cabane et changeant le sol en patinoire.

-Impossible…C’est impossible ! Hurla Sayer.

Celui-ci forma deux nouvelles boules de feu, bien plus imposantes et les projeta sur moi. Pour toute réponse, je levai le bras et formai deux énormes cristaux de glace que je lançai de la même façon. Lorsque les deux attaques se touchèrent, une nouvelle vague de vapeur envahit l’endroit mais la glace fondue fut suffisante pour éteindre les flammes et mes deux cristaux se transformèrent en deux pics tranchants que Sayer esquiva de justesse.

-Tu veux donc me tenir tête ? Très bien ! Admire la puissance du plus puissant des duellistes télékinésistes !

Deux sphères d’énergies apparurent dans les mains de Sayer et ce dernier commença à s’élever dans les airs tandis que sa mèche crépitait et que des éclairs s’échappant de son corps frappaient le sol avec violence.

Cependant, je ne me laissai pas déstabiliser et j’intensifiai le blizzard me protégeant jusqu’à créer une véritable tempête de neige qui nous isola totalement du reste du monde. Il n’y avait plus que Sayer et moi.

Les yeux de mon ennemi virèrent au doré et je me sentis à nouveau soulevée par une force invisible mais cette fois-ci, je ne me laissai pas faire. Ripostant immédiatement, je fis surgir du sol un énorme cristal de glace entre nous et aussitôt le contact visuel perdu, l’attaque de Sayer se dissipa, me laissant libre de mes mouvements.

Je ne perdis pas une seconde de plus et, à partir de la vapeur d’eau, je fis apparaitre des dizaines d’aiguilles de glaces que je projetai toutes d’un seul coup vers Sayer.

L’homme riposta d’un simple geste de la main qui arrêta mes aiguilles avant de les retourner contre moi.

Je fermai alors les yeux et, sachant exactement où elles se trouvaient, j’esquivai chacune, simplement guidée par mon instinct.

-Tu te débrouilles bien, je dois l’avouer ; railla Sayer. Mais, même si tu peux me tenir tête, tu ne peux rien faire face à un monstre ! Apparais, Archdémon du monde mental !

Un tremblement de terre secoua le sol qui se commença à se fissurer. Des flammes bleutées brisèrent alors la couche de glace que j’avais créée et, de cet enfer surgit un monstre de duel, une sorte de démon ailé projetant des éclairs tout autour de lui, exactement comme Sayer…

La bête rugit et, d’un simple battement d’ailes, dissipa le blizzard que j’avais mis en place. Je ne me laissai néanmoins pas déstabiliser devant les trois mètres du monstre et, je fermai à nouveau les yeux, ralentissant davantage les battements de mon cœur et refroidissant toujours plus mon sang.

J’entendis Sayer éclater de rire en voyant cela, pensant certainement que je me rendais, mais c’était tout le contraire.

Je me retirai au plus profond de moi-même, cherchant la source de mon pouvoir et je finis par la trouver. Au fond de moi, je discernai une ombre, une sorte de cristal sombre et un nom me vint en mémoire tandis que l’aura autour de moi s’intensifia.

-C’est terminé, Laura ! Archdémon du monde mental, Ultimate Psychique Shockwave !

Le démon poussa un cri de rage et, au même moment, alors que l’attaque électrique se dirigeait dangereusement vers moi, je levai le bras et je l’arrêtai d’une seule main, la renvoyant sur le monstre qui vola aussitôt en éclat sous le regard interdit de son propriétaire.


https://www.youtube.com/watch?v=lX-iQi5qudU


Mais ce qui le choquait le plus n’était pas ma réaction mais peut-être la carte que je tenais dans ma main et, à sa vue, Sayer grimaça.

-Cette carte…

-Non…Ce n’est pas Trishula…Murmurai-je. Trishula n’est plus…Tout comme cette fille stupide que j’étais…Il n’y a plus…Qu’Ouroboros !

En prononçant ces mots, le blizzard repartit de plus belle et, dans la pénombre, trois yeux apparurent, appartenant à trois têtes différentes, toutes surmontées d’un masque. Le dragon de glace obscure poussa un hurlement si puissant que la concentration de Sayer fut brisée et il retomba au sol, sans défense.

-Je vais…vivre ! M’écriai-je, intensifiant encore plus la tempête qui se mit à emporter avec elle des tuiles et de gros rochers. Pour Darksky, Pour ma famille, pour le capitaine, je refuse de mourir maintenant, et surtout pas de la main de quelqu’un comme vous ! Ouroboros, Subzero Ice Beam !

Les trois têtes du dragon soufflèrent en même temps des rayons glacés et sombres qui percutèrent Sayer avec une telle force que je vis le sol se creuser sous l’impact.

Mais je n’attendis pas de savoir si mon ennemi avait été vaincu et j’ordonnai à Ouroboros de repasser aussitôt à l’attaque, bien décidée à en finir une bonne fois pour toute avec Sayer. Mais, au moment de l’impact, les rayons furent déviés et allèrent détruire la route un peu plus loin heureusement déserte.

-Qui… !

Lorsque la fumée de l’impact se dissipa, je discernai que Sayer n’était plus seul. Un homme se tenait juste devant lui, le bras levé. Il était habillé assez bizarrement, une cape rouge, une armure dorée, une couronne pleine de pierre précieuses, je me serais cru dans l’antiquité…

Il me regarda avec un regard froid et en même temps il y avait dedans une flamme de volonté de se battre si intense que je croyais qu’il allait me brûler sur place.

Il prit Sayer par le bras, puis disparut aussi vite qu’il était apparu sans dire un mot, me laissant seule au milieu du champ de ruines que j’avais moi-même causé.

Encore une fois, et comme toujours lorsque j’activai mes pouvoirs, tout disparut d’un seul coup, me laissant à genoux, essoufflée et blessée de toutes parts, au milieu d’un champ de glace…

Mais, malgré tout, j’avais le sourire car, en plus d’avoir été capable de me défendre, je pensais avoir compris l’origine de mes pouvoirs, des pouvoirs reposant sur ma colère et mon désir de vivre…

J’en étais persuadée : je n’avais plus à craindre Sayer et ses hommes maintenant et je comptais bien les exterminer tous jusqu’au dernier pour m’avoir volé ma vie et ma famille.


https://www.youtube.com/watch?v=gIi-crTFllI


Le vent soufflait sur la falaise et les vagues se fracassaient avec violence en contrebas. Je fis un pas en arrière et j’entendis quelques pierres dégringoler avant de finir leur course dans la mer en furie. Je n’avais nulle part où aller…Ces idiots avaient bien calculé leur coup en me prenant par surprise et j’étais maintenant dos au mur.

Depuis que j’avais vaincu leur patron, ils me poursuivaient sans relâche. Je n’avais pas un seul moment de repos, ils me traquaient comme une bête sauvage le jour et la nuit. Au début, je leur avais tenu tête facilement mais plus les jours avançaient et plus je sentais la fatigue me rattraper, si bien que j’avais décidé de recommencer à fuir, sentant que je n’allais pas pouvoir tenir éternellement.

Alors que les hommes de Sayer s’avançaient vers moi, accompagnés de plusieurs monstres de duel, je fis le vide dans mon esprit et ralentis les battements de mon cœur le plus possible. J’avais désormais compris plus ou moins comment fonctionnaient mes pouvoirs désormais et je ne me privais pas pour les utiliser.

-Bien messieurs, je suis désolée, mais ce petit jeu n’a que trop duré, et il est temps d’y mettre un terme ; lançai-je en fermant les yeux.

Pour toute réponse, ils m’envoyèrent leurs monstres. Je ne m’étais pas attendue à ce qu’ils me répondent de toute façon…

Sans dire un mot de plus, j’invoquai Ouroboros qui, en plus de détruire toutes les créatures psychiques, créa un pont de glace derrière moi sur lequel je m’empressai de filer sans demander mon reste.

Je courus sans m’arrêter pendant une bonne heure, après quoi la fatigue me rattrapa à nouveau. Je m’appuyai sur une pierre qui se trouvait là pour reprendre mon souffle.

Tout allait de travers en ce moment. Je pensais qu’après avoir vaincu Sayer, tout rentrerait dans l’ordre, mais tout était allé de mal en pis. Je n’avais plus d’argent, j’étais condamnée à me nourrir avec les rares fruits et baies que je trouvais et qui me semblaient comestibles.

Ces journées à jouer au chat et à la souris m’avaient complètement vidée de mes forces, et pire que tout, l’image de l’homme étant venu sauver Sayer me hantait. Son regard avait vraiment quelque chose d’inhumain et il semblait dégager une aura particulière, ressemblant à celle de Sayer mais en plus sombre et plus menaçante aussi…


https://www.youtube.com/watch?v=J5cgX1Pxx-U


Un bruit de pas me parvint aux oreilles. Ils s’étaient donc remis à ma poursuite. Poussant un long soupire, je repris ma route, m’enfonçant toujours plus dans la forêt qui se dressait devant moi dans l’espoir que la végétation dense leur ferait perdre ma trace.

Cependant, après cinq minutes à l’intérieur, je fus complètement désorientée. Les arbres et les plantes était bien plus épais que ce que je pensais. Pas un seul brin de lumière ne passait à travers l’épais taillis des arbres. Tout se ressemblait, j’avais l’impression de toujours retourner à mon point de départ, et à chaque fois que je pensais avoir trouvé une sortie, cela ne me ramenait qu’à une autre série d’arbres tous identiques.

Mais le pire dans tout cela, c’était que j’avais beau continuer d’avancer et de me perdre, j’entendais toujours les pas de mes poursuivants derrière moi, à croire qu’ils avaient mis un mouchard pour me repérer…

J’accélérai le pas progressivement et je retrouvai à courir. Je sentais mon cœur battre à l’intérieur de moi, j’avais l’impression qu’il allait exploser, mais je ne pouvais pas me reposer maintenant, sans quoi je risquais de passer un sale quart d’heure.

Mais…pourquoi fuyais-je ? J’avais déjà vaincu ces hommes, et je voulais simplement en finir. Fuir en attendant de me reposer un peu n’était visiblement pas la bonne solution et ne faisait que m’épuiser encore plus…Non, je ne pouvais pas continuer ainsi. Je devais me battre avant de finir vaincue par la fatigue.

Je m’arrêtai net. Même si je n’étais pas au meilleur de ma forme, il fallait qu’ils paient pour ce qu’ils avaient fait à ma famille !

Je les vis arriver, ils étaient encore plus nombreux, à croire qu’en vaincre un en amenait deux…Ils m’encerclèrent, je n’avais nulle part où fuir, mais ce n’était pas mon intention. Je n’avais que trop fui durant ce périple. Darksky n’aurait sûrement pas apprécié ce que j’allais dire, mais malheureusement c’est ce que je pensais désormais…

-Jamais vous ne pourrez me battre, vous aurez beau vous y mettre à cent, à mille, mais quel que soit votre nombre, je vous anéantirai un par un comme vous avez anéanti ma vie !

Ils n’eurent aucune réaction face à ma provocation, cette fois-ci, j’aurais quand même espéré les énerver un peu, mais ils semblaient ne posséder aucun sentiment.

Tant pis, après tout, vaincre des ennemis sans aucune émotion, qu’il s’agisse de peur ou de haine, est toujours plus simple.

-Gèle tout, Ouroboros !

Le dragon à trois têtes surgit dans un éclair de lumière noire qui illumina la forêt toute entière. Il dominait largement mes adversaires, et dépassait même la cime des arbres.

Ils reculèrent tous d’un pas pour ne pas se faire écraser comme des insectes mais c’était inutile. Mon monstre prit une grande inspiration et relâcha son attaque dans toutes les directions. Son souffle glacé puissant déracina les arbres dans un rayon de deux cents mètres et balaya les feuilles au sol dans un tourbillon glace, ne laissant une fois de plus qu’un immense cratère autour de moi.

Ils avaient tous disparus, mais je savais qu’ils reviendraient bientôt, toujours plus nombreux.

Une fois mon dragon rappelé, les ténèbres recouvrirent à nouveau la forêt. Cependant je vis devant moi un faible rayon de lumière filtrant à travers les arbres encore fumant. L’explosion avait réussi à percer un passage à travers la broussaille qui devait me permettre de sortir. Sans réfléchir et ne voyant qu’une échappatoire, Je me précipitai alors vers la source de lumière.

J’étais enfin sortie de cette sombre forêt, et je dois dire que ce que je trouvais à l’extérieur n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais…


https://www.youtube.com/watch?v=hajo5RORXRE


Une prairie infinie s’étendait là, à mes pied, si grande que je n’en voyais pas la fin. L’herbe, verte comme l’émeraude le plus pur, ressemblait à un immense tapis recouvrant le sol. Le ciel s’était subitement dégagé, les rayons du soleil brillaient fort, mais pas assez pour être désagréable, la température était idéale. Dans cet océan de vert, un unique arbre se dressait fièrement, juste à côté d’un petit cours d’eau traversant la plaine.

Emerveillée par ce spectacle féérique, je me mis à dévaler lentement la pente qui me séparait du ruisseau. Un vent léger me caressait le visage et faisait voler mes cheveux. Tout semblait si paisible, comme si l’homme n’avait jamais posé le pied sur cette terre magique.

J’entendais des chants d’oiseau, magnifique, ressemblant à des sons de clochettes. Toute la colère qui s’était accumulée en moi durant ces derniers jours se dissipa d’un seul coup tandis que seul une quiétude infinie m’envahit.

Lorsque je trempai ma main dans l’eau transparente, je sentis mes forces revenir d’un seul coup. Elle était si pure, si sauvage, telle que devrait l’être toute les rivières sur cette terre sans l’intervention de l’homme. Je pouvais même voir à travers quelques poissons étranges intrigués par ma présence.

Je me rendis alors compte que la forêt s’étendait à perte de vue autour de la prairie, pas étonnant que personne ne soit jamais parvenu à trouver cet endroit, n’importe qui serait devenu fou à force de tourner en rond.

Je m’approchai de l’arbre. Son feuillage, aussi vert que l’herbe, se confondait avec celle-ci. Seul son tronc se démarquait du paysage et ses feuilles se balançaient légèrement au rythme de la brise. J’aurais bien été incapable de dire de quelle espèce il s’agissait mais j’étais certaine de n’en avoir jamais vu, pas même dans les livres.

-Bel endroit, n’est-ce pas Laura ? Dit soudain une voix dans mon dos.

Je me retournais brusquement, le cœur battant à tout rompre, m’attendant à voir Sayer surgir. Cependant, lorsque je vis son visage, je fus frappé de reconnaitre ses traits.

-P…Papa ? M’étranglai-je, interdite de le voir en vie.

Sans réfléchir et sans même me poser de question, je me jeter dans mes bras et il me rendit mon étreinte.

-Laura ; dit-il en me prenant dans ses bras, je suis si heureux de te revoir enfin après toutes ces années.

Il portait un long manteau noir, ses cheveux étaient en batailles et long, son apparence était très différente de la dernière fois que je l’avais vu, mais son visage lui était le même.

Je me mis à pleurer toutes les larmes de mon corps sans pouvoir me retenir, mais pour la première fois depuis longtemps, ce n’était pas de tristesse, mais d’immense joie et de soulagement intense.

Notre étreinte se prolongea plusieurs minutes, refusant de m’éloigner de lui. J’avais peur de le voir disparaitre à nouveau si je le relâchais ne serait-ce qu’une seconde. Je me sentais retombée en enfance, lorsqu’il me serrait ainsi pour me consoler. Je ne m’étais pas rendue compte à quel point être séparée ainsi de ma famille m’avait marqué…

Lorsqu’il me regarda dans les yeux, je pus voir un bonheur infini dedans, l’amour d’un père pour son enfant perdu enfin retrouvé.

-J’ai toujours su que tu t’en sortirai, ma fille…murmura-t-il.

-Je…Je n’ai fait que suivre ce qu’Arnold m’a ordonné de faire…Bégayai-je, déconcertée. Mais…où sommes-nous ? Et comment cela se fait-il que tu sois ici ?

-Nous nous trouvons dans le monde des esprits, un monde parallèle au notre dans lequel les monstres de duel évoluent librement, un monde libre.

-Le…monde des esprits ? Répétai-je sans comprendre.

Au même moment, au-dessus de moi, un immense dragon noir descendit du ciel et vint se placer aux côtés de mon père, nous entourant de ses ailes dans un geste protecteur.

Je compris aussitôt. J’avais lu beaucoup de contes sur ce monde dans mon enfance mais je ne pensais pas qu’il était réel…

-Je suis désolé de ne pas t’avoir convoquée ici plus tôt, Laura, mais il s’est passé beaucoup de choses en ton absence…

-Beaucoup de choses ? Et Où sont Maman et Arthur ? Sont-ils là eux aussi ? Demandai-je pleine d’espoir.


https://www.youtube.com/watch?v=z9_RD-iRQW0


Son regard se voila lorsque je lui demandai cela et je fus saisie de panique. Mon cœur se serra dans ma poitrine et je me mis à trembler, connaissant déjà la réponse mais refusant de l’accepter tant que je ne l’avais pas entendue.

-Ta mère…n’est plus de ce monde, tout comme ton frère…

Ces mots eurent l’effet d’un coup de poignard en plein cœur. Je ne pouvais accepter ce que je venais d’entendre. Ma mère et Arthur, mort alors que je venais de retrouver mon père ? Comment cela avait-il pu arriver ? C’était impossible…J’avais toujours espéré qu’ils allaient bien…Je m’étais battue pour les revoir…Etait-ce une cause vaine ?

-Lorsque Sayer a attaqué, je n’étais pas présent…Commença-t-il d’une voix chargée de regrets. Seuls ta mère et ton frère étaient à la maison et, lorsque je suis rentré…Il était déjà bien trop tard.

Mon père serra le poing et son visage se crispa tandis que je voyais qu’il retenait ses larmes pendant que mon visage se décomposait au fur et à mesure que j’apprenais la sombre vérité et que mes yeux se remplissaient de perles de glace.

-J’ai été incapable de protéger ceux qui comptaient pour moi…Je savais que nous étions en danger et pourtant…Pourtant, j’ai refusé de fuir en pensant que vous souffririez plus dans l’exil et j’ai continué à vivre comme si de rien n’était, vous exposant tous à cette menace !

-Une…Une menace ? Murmurai-je, tremblante. Tu…Tu le savais ?

-Oui…Je le savais…Et je l’ai ignorée…Je ne voulais pas vous mêler à ça…Vous laisser dans l’ignorance pour mieux vous protéger…Tu as vu où ça m’a mené…

-Pourquoi…Pourquoi est-ce que tout cela nous est tombé dessus…Sanglotai-je.

-A cause de Gariatron.

-Ga…Riatron ? Repris-je.

-Oui. Une entité issue du fond des âges sommeillant à l’intérieur de l’âme du maitre de Sayer : Hélios.

-Et quel est le rapport…avec nous ? Demandai-je d’une petite voix.

-Nous possédons une partie de son pouvoir…Nous sommes la clé nécessaire à son réveil…et Sayer voulait empêcher cela en nous décimant pour rester le bras droit d’Hélios.

-La clé…

En pensant à cela, j’activai involontairement mes pouvoirs et un cristal de glace se forma dans ma main, sous les yeux ébahis de mon père.

-Laura…Ces pouvoirs…

Mais je n’écoutais plus ce que me disait mon père. Au fond de moi, une haine ardente brûlait et me consumait. Sayer…Et même Hélios…Ils allaient payer pour ce qu’il nous avait fait…Je ne me battais plus simplement pour moi désormais. J’avais une vengeance à accomplir.

-Ainsi, ta colère prend enfin le dessus, Laura ; dit une voix dans ma tête.

Soudain, ma vision se brouilla et le décor féérique disparut pour faire place à une grotte lugubre et ce que j’y vis chassa toute la chaleur de mon corps pour n’y laisser qu’un vide glacial et une haine destructrice.

Devant moi…Se trouvait Darksky…Et une fille blonde…Portant les capes de ces hommes m’ayant attaquée et ayant détruit ma vie…


https://www.youtube.com/watch?v=8zj0eWxRYU4


Lorsque la vision se dissipa, je ne pus m’empêcher d’éclater de rire tandis que la rage grandissait en moi et qu’un puissant blizzard se levait, gelant instantanément le lac et brisant le tronc de l’arbre en deux. Bientôt, il ne resta de ce paysage féérique qu’un blanc manteau de neige avec, au milieu, mon père dont les mains brûlaient d’une flamme sombre et dont les yeux luisaient dans l’obscurité.

C’était terminé. Ma dernière attaque à mon passé venait de sauter et, avec elle, la petite fille joyeuse et stupide que j’étais mourut pour ne laisser place qu’à un froid intense et dénué de vie et d’émotion hormis la haine et le désir de vengeance.

Mon cœur s’arrêta de battre, mon sang se figea dans mes veines et

-Laura ; déclara-t-il d’une voix dans laquelle tout sentiment semblait s’être envolé, si je t’ai amené ici aujourd’hui, c’est pour te demander une chose : veux-tu te venger avec moi de ce monde qui nous a tout pris pour en reconstruire un nouveau ?

-Fais comme tu voudras ; lui répondis-je d’une voix glaciale. Tant que tu m’aides à accomplir ma vengeance.

Un léger sourire illumina sa figure et la flamme noire dans sa main redoubla d’intensité, jusqu’à devenir un brasier ardent et sombre, aspirant les derniers restes de vie ayant résisté à ma glace meurtrière.

-Tu as fait le bon choix Laura. Que tous les peuples se préparent car le règne de Shadow…va bientôt commencer…



Laura : Epilogue


Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=J6O3MnMPGIk


J’observai les flammes des esprits de la terre immortels se dissiper lentement sous la résistance de Darksky et de ses amis du haut d’une colline non loin de là. Ces idiots se débrouillaient mieux que je ne l’avais pensé mais, peu importe à quel point ils résistaient, ils allaient inévitablement finir engloutis par le froid ou les ténèbres de mon père.

Darksky…Il n’avait décidément pas changé depuis toutes ces années et était toujours aussi naïf et stupide que je ne l’étais à onze ans. Il n’avait même pas compris que ma jalousie n’était là que pour camoufler ma véritable haine qu’il ait accepté de s’allier avec cet Hélios, lui, la seule personne en qui j’avais fait confiance jusqu’à la fin.

Mais c’était fini. Je m’étais réveillé de ce rêve illusoire et rempli d’espoirs vains. Le temps n’était plus à l’amusement. Je devais venger ma famille pour accomplir le dernier vœu de mon père et pour pouvoir tout recommencer à zéro.

Fermant les yeux et détournant le regard de ce combat ridicule, je fis appel à Ouroboros et m’envolai jusqu’à la citadelle de Gariatron.

Là, je retrouvai mon père, ainsi que le démon mais je passai devant eux sans même les regarder et pénétrai à l’intérieur de la forteresse, laissant un long sillage de glace derrière moi jusqu’à atteindre une pièce particulière, séparé en son milieu par un abime sans fond et dans laquelle se trouvait un trône de glace.

Je m’assis dedans et je m’accoudai, attendant avec impatience que Darksky triomphe des esprits de la terre pour pouvoir l’écraser de mes propres mains.

-Dépêche-toi, mon vieil ami. Je suis impatiente de pouvoir t’affronter à nouveau après toutes ces années, et Ouroboros rêve de te connaitre lui aussi…

Tandis que je prononçai ces mots, je ressentis le souffle glacial du dragon à trois têtes dans mon dos. Nous étions prêts. Il était hors de question de perdre maintenant. Je ne pouvais que gagner et, une fois Darksky vaincu, plus rien ne serait en mesure de m’arrêter.

Ce monde dont nous rêvions, mon père et moi, était sur le point de voir le jour.





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le bon temps…

heart earth
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[fic]: L'Avènement des Dieux posté le [03/12/2017] à 11:47



Chapitre 15 : La citadelle des dieux


Spoiler :



Je fus réveillé par une sensation agréable en-dessous de moi, comme si j’étais allongé sur un matelas moelleux et chaud alors que, lorsque je m’étais endormi, mon dos reposait sur une pierre dure et froide.

Intrigué, j’entrouvris un œil dans mon demi-sommeil et ce que je vis acheva de me réveiller totalement. Le sol, auparavant vide et dénué de vie s’était transformé en l’espace d’une seule nuit en une vaste plaine verdoyante parsemée d’herbe et de fleurs émanant des parfums délicieux.

Je me frottai les yeux et me pinçai pour m’assurer que tout était réel mais rien ne changea et je restai bouche bée devant ce spectacle pendant plusieurs secondes.

Mais, alors que Marie et Drago étaient toujours en train de dormir paisiblement, je remarquai qu’Angéla manquait à l’appel.

Il ne me fallut pas plus de deux minutes pour trouver la jeune fille, assise un peu plus loin derrière nous, au bord du ravin, regardant fixement au loin la montagne de brume couronnée d’un soleil levant rougeoyant et rassurant.

-Et bien, c’est rare de te voir debout de si bonne heure ; lui lançai-je.

Angéla sursauta en m’attendant et manqua de tomber dans le ravin puis me lança un regard totalement perdu.

-Hein…Quoi ? Je ne dormais pas, je montais la garde ! Se défendit-elle.

-Parce que tu penses que beaucoup d’ennemis vont surgir de ce précipice ? Raillai-je en m’installant à côté d’elle pour admirer le lever du soleil.

-On ne sait jamais, l’ennemi peut surgir de n’importe où ; rétorqua Angéla avec un sourire malicieux.

-Peut-être…mais à moins que notre ennemi soit un aigle, il y a peu de chance pour qu’il puisse escalader une pente en angle droit…

-Tu manques sérieusement d’imagination mon pauvre Darksky. Il pourrait très bien s’agir d’un griffon ou d’un dragon, on ne sait jamais !

Je soupirai, encore à moitié endormi et je ne relevai pas davantage. Mes blessures de la veille me faisaient encore souffrir même si je me sentais un peu mieux grâce aux soins de fortune que m’avait procuré Marie.

Nous avions peut-être réussi à échapper aux esprits de la terre immortels mais à présent, nous étions perdus au milieu de nulle part avec un démon du nom de Gariatron en liberté. Pourquoi Laura était-elle alliée à une telle créature ? Bien qu’elle m’ait raconté son histoire, je n’arrivais toujours pas à saisir ses véritables motivations. Car je doutais fort que Saya seule ait suffi à la rendre folle au point de vouloir détruire l’humanité…

Tandis que j’étais perdu dans mes pensées, mon ventre gargouilla et me rappela que je n’avais rien mangé depuis plus de vingt-quatre heures. En entendant cela, Angéla mit la main dans sa poche et sortit une barre de chocolat qu’elle me tendit d’un air amusé.

-Alors, on a faim à ce que je vois ? Me lança-t-elle.

-Parce que toi tu n’es pas affamée ? Répliquai-je en rougissant. Et puis d’abord, d’où tu sors ça ?

-Je fais toujours des provisions quand je pars en exploration. Depuis que je me suis perdue en forêt avec Maya, je prévois toujours le pire : me répondit-elle en haussant les épaules.

Un léger frisson me parcourut l’échine lorsqu’Angéla prononça ce nom. Même si je ne connaissais pas cette fille, je pouvais facilement deviner qu’il s’agissait de l’une des personnes qu’Hélios avait arrachée à la jeune fille et pour qui elle se battait…Mon cœur se serra en entendant cela et je me tournai vers la blonde qui avait entamé elle aussi sa barre de chocolat.

Elle semblait si décontractée en permanence…J’avais du mal à croire qu’elle se battait réellement pour quelqu’un tout en continuant à prendre les choses à la légère. Nous étions bien différents sur ce point, moi qui mettais toujours toute mon énergie, autant pour Laura que pour Marie…

-Dis…Angéla…Commençai-je prudemment. Tu te bats pour sauver tes amies…n’est-ce pas ?

-On va dire ça, oui ; me répondit-elle en avant son morceau de chocolat. Pourquoi ?

-Je me demandais juste…comment tu faisais pour ne pas y penser en permanence ?

-Ah mais j’y pense souvent, ne t’y trompe pas ! Juste que je n’aime pas me pourrir la vie stupidement ; me dit-elle avec un large sourire.

-Te pourrir la vie ? Répétai-je, surpris. Mais est-ce que tu sais au moins comment tu vas t’y prendre pour les sauver ?

-Pas vraiment, non.

Je m’étranglai en entendant cela et Angéla éclata de rire en voyant ma tête, à tel point qu’elle finit par s’étrangler elle aussi, mais avec sa barre de chocolat.

Lorsqu’elle eut fini de tousser et de reprendre son souffle, la jeune fille reprit la parole, toujours sur un ton amusé.

-Tu sais, se torturer l’esprit comme tu le fais ne fera pas avancer les choses. Je pensais aussi que m’apitoyer sur mon sort me permettrait de surmonter ces épreuves mais une amie m’a appris que, même dans les moments difficiles, il faut continuer à vivre. Après tout, tu ne comptes quand même pas retrouver ta copine en étant l’ombre de celui que tu étais, n’est-ce pas ?

Je rougis et détournai le regard, gêné.

-N…Non, bien sûr que non ! Rétorquai-je.

-Dans ce cas, détends-toi et profite un peu de la vie sinon tu vas finir par le regretter ! S’exclama Angéla en me donnant une grande tape dans le dos qui expulsa tout l’air de mes poumons.

Cependant, peut-être Angéla avait-elle raison…Peut-être me prenais-je trop la tête…En y repensant, j’avais été comme elle avec Saya. Grâce à ma seule amie dans l’armée d’Hélios, j’avais pu oublier l’espace de quelques missions mes problèmes et vivre pleinement ma vie en étant heureux tout en gardant en tête mes objectifs…

Marie et Drago se levèrent peu de temps après et nous mîmes notre conversation en suspend pour aller les rejoindre.

Après qu’Angéla leur eut donné à eux aussi un maigre petit déjeuner, nous fîmes un rapide point sur la situation. Il n’y avait toujours pas de réseau malgré le changement de décor mais nous ne pouvions pas rester là éternellement. Ainsi, comme lorsque nous étions dans la forêt, Angéla prit la tête du groupe et se dirigea droit vers la montagne de brume, sans même savoir si ce qu’elle entreprenait était réalisable. Cependant, personne d’autre n’ayant de plan, nous décidâmes de la suivre.

Nous marchâmes longtemps, et, au bout de deux heures, chaque pas devenait un supplice. En temps normal, je n’aurais eu aucun mal à tenir la cadence, mais ma blessure m’affaiblissait et les montées escarpées n’arrangeaient rien. J’avais l’impression qu’à chacun de nos pas, la montagne s’éloignait un peu plus.

« -Jamais nous n’y arriveront… » Soupirai-je désespéré et épuisé.

Pourquoi le dragon cramoisi nous avait-il transporté dans un endroit pareil, si loin de toute civilisation ? Ils nous avaient peut-être sauvés des esprits de la terre, mais désormais c’était la montagne qui risquait de nous tuer à chaque faux pas.

Voyant mon état, Drago, qui dirigeait le groupe à présent d’Angéla trainait les pieds à l’arrière, nous fit signe de nous faire halte quelques instants. Je n’attendais que ça et je pus enfin m’allonger dans l’herbe pour reprendre mon souffle, et tous les autres firent de même, y compris Drago, à croire que je n’étais pas le seul à ne pas aimer marcher.

L’herbe fraiche faisait office de matelas et les fleurs violettes qui m’entouraient exaltaient leur parfum divin. Je serais bien resté ici toute la journée si je ne savais pas que nous devions tenter d’arriver à la montagne avant la nuit.

Enfin, après quelques instants de repos bien mérité, Angéla décida de briser le silence qui s’était installé.

-Dis-moi Darksky ; commença-t-elle prudente, quand tu étais sous les ordres d’Hélios…

Voyant mon air un peu gêné, elle se rattrapa.

-Je voulais dire, quand tu pensais qu’Hélios était du bon côté, est-ce que par hasard tu l’aurais déjà entendu parler de ce Gariatron ?

-Non, absolument jamais ; répondis-je. Parfois je l’ai entendu parler tout seul, mais cela ne m’avait pas marqué plus que ça…Et toi Marie ?

-Ah…Qui sait ; dit-elle en haussant les épaules.

Tous nos regards se tournèrent en même temps vers elle.

-Tu étais au courant et tu ne nous as rien dit quand il est venu chez Sherry ? M’étranglai-je. Mais pourquoi ?

-Je ne sais pas si tu es au courant, mais lire dans l’âme de quelqu’un n’est pas si simple que ça, il y a les souvenirs évidents, en surface, et ceux qui valent mieux d’être oubliés, cachés au plus profond de chacun…Je ne voulais pas vous alerter pour une chose dont je n’étais même pas sûre de l’existence.

Les souvenirs enfouis au fond de nous…Hélios semblait en avoir pas mal, mais pourquoi voulait-il cacher ses souvenirs ? Il ne semblait pourtant pas se sentir si coupable lorsqu’il allait attaquer des innocents…

Aurait-il été bon autrefois comme le disait Luna et aurait donc agi depuis toujours sous les ordres de Gariatron ? Ou bien s’était-il allié volontairement avec lui ? Je ne savais plus quoi penser. Si Gariatron était réellement derrière ses agissement, Hélios était donc innocent…cependant, je n’arrivais pas à m’en convaincre ni à le pardonner, pas après tous ses mensonges.

-Nous ne devrions pas trainer ; dit soudainement Drago en regardant le ciel. Essayons d’atteindre au plus vite cet endroit, j’ai un mauvais pressentiment.

Il n’était pas le seul. Le ciel commençait à virer du bleu au gris. D’énormes nuages noirs chargés de pluie se rapprochaient lentement de nous, obscurcissant la montagne et projetant des ombres inquiétantes sur les flancs de celle-ci. Au loin, le tonnerre grondait. Un orage approchait visiblement.

Le chemin avait désormais perdu toute sa féérie. La douce brise s’était transformée en véritable bourrasque, arrachant les fleurs et faisant rouler des pierres jusqu’à nous. Je tenais Marie par la main, de peur qu’elle ne nous perde de vue, ou pire, qu’elle ne se fasse emporter par un éboulement. Elle ne semblait pas plus rassurée que moi, et devant, Angéla et Drago avançaient lentement pour être surs de ne pas marcher dans un trou qui aurait été caché par la pénombre.

Le chemin que l’on empruntait se rétrécissait de plus en plus jusqu’à ne plus être qu’une longue bande de roche fine sur laquelle l’on avait peine à avancer tant il était étroit. Pour couronner le tout, la pluie s’était mise à tomber, réduisant encore notre visibilité. Dire que nous étions sous une averse aurait été atténuer la réalité. En réalité, nous étions sous un véritable déluge, trempés jusqu’aux os et transis de froid.

Une pierre tomba juste devant Drago qui s’arrêta juste à temps pour ne pas se faire écraser et nous barra le passage. Nous fûmes obligés de nous arrêter.

-Et maintenant ? Criai-je assez fort pour que tout le monde m’entende malgré le vent qui sifflait à nos oreilles.

-Je ne sais pas…répondit Drago en grimaçant. Nous ne pouvons plus avancer, et tenter de passer par un autre chemin prendrait trop de temps. Je ne vois que l’option de faire demi-tour.

-Très bonne idée ; ironisa Angéla. Nous ferons demi-tour pour ensuite contourner le rocher ? Parce que j’imagine qu’il n’y a pas trente-six chemins pour nous rendre sur la montagne…

La tension était en train de monter dans le groupe, et ce n’était vraiment pas le moment de nous chamailler, notre situation était déjà assez délicate comme ça…Un autre éclair déchira le ciel, à croire que le sort s’acharnait contre nous. Mais ce que nous n’avions pas prévu, c’est qu’il irait s’abattre en plein sur le chemin sur lequel nous nous trouvions, le faisant s’effondrer, juste derrière Marie qui frôla la crise cardiaque. Désormais, plus question de faire marche arrière, nous ne pouvions plus. Nous étions pris au piège.

Mais alors que nous étions en train de désespérer, le rocher éclata en mille morceaux devant nos yeux ébahis.

-Mais qu’est-ce que…Bafouilla Marie. C’est toi qui as fait ça Drago ?

-Non, je n’ai rien fait…Bizarre tout ça, d’autant plus que je suis sûr d’avoir vu un flash de lumière avant l’explosion ; marmonna-t-il.

Oui, moi aussi j’avais cru en voir un, ou plutôt un rayon de lumière. Je levais la tête, et c’est alors que je vis une forme noire, ailée, sur le sommet de la falaise sur laquelle nous étions. La créature ressemblait comme deux gouttes d’eau à Trishula mais semblait bien plus sombre et seuls trois petits yeux rouges brillaient dans la pénombre.

-Ouroboros…Murmurai-je aussi surpris qu’effrayé.

Pouvait-il vraiment s’agir du dragon de Laura qui nous avait sauvés la vie en nous menant ici ? Je voulus en avoir le cœur net mais, à peine avais-je cligné des yeux qu’il avait disparu, sans laisser de trace et je serrai les dents. Je savais bien que, si mon amie nous avait aidés, ce n’était pas pour que nous battions Gariatron mais pour qu’elle puisse ne vaincre elle-même…

La route étant libre, nous continuâmes notre chemin sans poser plus de questions, simplement rassurés de ne pas rester coincés ici, et enfin, vers dix heures du soir, nous arrivâmes au pied de la montagne de brume.

Vue sous cet angle, elle semblait encore plus menaçante qu’avant. La roche sombre se fondait parfaitement dans l’obscurité de la nuit. Aucune végétation ne poussait autour, à l’exception de quelques petits arbustes en mauvais état. La pente était abrupte, un peu trop même pour être escaladée sans équipement et son sommet se perdait dans la nuit.

-Et maintenant ? Demanda Marie à Angéla, que faisons-nous ? Je te rappelle que c’est toi qui a insisté pour venir ici.

-Et bien, c’est une question à laquelle je vais m’empresser de répondre…

Sans ajouter un mot, la blonde alla se cacher derrière Drago qui poussa un long soupir en se prenant la tête dans les bras. Tout le monde semblait désespéré, et il y avait de quoi. Nous avions peut-être atteint la montagne mais il n’y avait toujours aucune trace de civilisation et la faim et la fatigue commençaient vraiment à se faire ressentir.

Néanmoins, si Laura avait agi, cela signifiait que nous étions sur le bon chemin. Il ne restait plus qu’à découvrir comment accéder à l’endroit où elle se cachait…

Nous vîmes soudain la lumière d’une lampe s’allumer dans la nuit, à quelques pas de nous, derrière un mur de rochers.

-De qui cela peut-il s’agir ? Chuchota Angéla de peur d’être entendue.

-Aucune idée, mais nous le saurons bientôt ; dit Marie.

Elle s’approcha sur la pointe des pieds de là où émanait la lumière, et nous fîmes de même. Elle était devant nous et observait la scène. Une fois arrivés à sa hauteur, elle nous fit signe de nous taire. Je ne compris pas tout de suite, jusqu’à ce que j’entende une voix de l’autre côté.

-Tu es sûr que c’est ici ? Parce que je ne vois absolument rien… »

Celle qui avait prononcé cette phrase était une jeune fille qui devait avoir à peu près l’âge d’Angéla, blonde et elle portait un léger gilet par-dessus un polo bleu marine. Derrière elle se trouvaient une tante ainsi qu’une table sur laquelle étaient éparpillés en désordre feuilles, stylo et instruments de géométrie.

-Absolument ; répondit un autre à travers un téléphone, j’ai vérifié plusieurs fois mes calculs, et je peux t’assurer que la porte de la citadelle se trouve là où tu es.

-Justement, c’est toi qui as fait les calculs, j’aurai préféré que tu laisses Seto les faire… »

Angéla se leva soudainement d’un seul bond sans prévenir personne et nous fit tous sursauter.

« -June ! S’exclama-t-elle.

La jeune fille tourna la tête dans notre direction et, sans aucune surprise, un large sourire fendit sa figure. Angéla sauta par-dessus le mur pour aller à sa rencontre.

-Je te laisse Papa, j’ai de la visite.

Elle se dirigea elle aussi vers Angéla d’un pas un peu plus posé et, après une longue accolade, elle prit enfin la parole.

-Tiens, tiens, tiens, je vois que vous êtes finalement arrivés, j’ai failli attendre ; lança l’inconnue d’un ton sarcastique.

-Qu’est-ce que tu veux dire ? S’étonna notre amie. Et comment se fait-il que tu sois toi aussi au milieu de nulle part ?

-Ah, mais c’est très simple, c’est mon père qui a demandé à Akisa de vous envoyer ici lorsqu’on l’a croisé à Néo Domino City…Mais au fait, tu ne m’as pas présenté tes amis, à qui ai-je l’honneur ?

-Bien vu. Tout le monde, je vous présente June, une de mes meilleures amies et celle qui a permis notre rencontre. June, voici Drago, Darksky et Marie.

-Enchantée ; dit la jeune fille d’une voix chaleureuse.

Son regard se posa un instant sur Drago et elle fronça les sourcils.

-Désolée d’être aussi directe, reprit June, mais où en es-tu avec Hélios Angéla ?

-Avec Hélios ? Si tu savais…Je n’y pensais même plus à celui-là, nous avons d’autres ennemis à vaincre en priorité ; soupira notre amie.

Devant l’air intrigué de June, Angéla raconta alors ce qu’il s’était passé depuis la coupe du monde de duel, comment Shadow avait réveillé les esprits de la terre et comment nous avions bien failli mourir plusieurs fois depuis. Bien sûr, elle ne passa pas sous le silence l’éveil de Gariatron. Quand elle eut fini son récit, June regarda dans le vague un moment avant de soupirer.

-Je déteste quand mon père a raison…on va encore l’entendre pendant des semaines…

-Comment ? Reprit Angéla étonnée. Raison sur quoi ?

-Sur tout malheureusement.

Devant nos mines d’incompréhension, elle marqua une pause pour nous expliquer tout ce qu’elle savait.

-Gariatron est l’être que l’on appelle le démon originel…Du moins, c’est ainsi qu’il se désigne lui-même. On ne sait pas grand-chose de lui mais, d’après les recherches de mon père, il aurait livré une bataille contre l’humanité il y a plus de dix-mille ans avant de disparaitre mystérieusement.

-Mais…Pourquoi n’en a-t-on aucune trace dans ce cas ? Demanda Marie, confuse.

-On parle des débuts de notre civilisation, ses premiers pas, d’une époque où même le monde des esprits était inconnu aux hommes. J’imagine que Gariatron a été incorporé dans une mythologie quelconque sous le signe des ténèbres.

-Le voile de ténèbres ; murmura Drago. Je commence enfin à comprendre ce que cela signifie. Ce n’est pas Hélios, mais ce Gariatron !

-Bravo génie, tu comprends vite ; railla Angéla.

-Mais au fait, savez-vous où vous vous trouvez en ce moment ? Reprit June.

-Non, nous n’en avons pas la moindre idée justement ; dis-je. On a simplement suivi Angéla qui a foncé droit devant elle.

-Ca ne m’étonne pas d’elle ; s’amusa son amie.

-Comment ça ? A t’entendre, on dirait que je suis stupide ! Protesta la blonde.

-Mais je n’ai pas dit ça ma chère. Simplement que cela te ressemble bien ; insista la nouvelle venue sans perdre son ironie.

Angéla gonfla les joues et tourna le dos à son amie en faisant semblant de bouder.

-Et…donc, où sommes-nous ? Demanda Drago dans l’espoir de faire revenir le sérieux de la conversation.

-Eh bien, selon mon père, quelque part dans cette montagne se trouve la porte menant à la citadelle des dieux, la source même de leur puissance. Cependant, je n’arrive pas à la localiser précisément, malgré les calculs de mon père.

La citadelle des dieux…Ce nom me faisait penser à ce dont parlait Saya avant de partir. Etait-ce cet endroit qu’elle cherchait ? Et si oui, se pouvait-il qu’elle ait été ici en ce moment-même ? Mon cœur s’accéléra à cette pensée mais je me calmai très vite. L’heure n’était pas aux retrouvailles. Il fallait arrêter ce Gariatron et Laura avant tout.

-Et qu’est-ce qu’elle a de si particulier cette citadelle ? Demanda alors ma sœur.

-J’étais sûre que vous alliez me le demander ; répondit June…Selon les rumeurs, c’est ici que seraient nés les pouvoir les plus obscurs de l’histoire…y compris l’orichalque.

Les yeux d’Angéla s’agrandirent lorsque June parla de l’orichalque et, perdant d’un seul coup son insouciance, elle se retourna et fixa longuement son amie d’un regard rempli d’espoir.

-Alors cela veut dire…

-Oui, c’est ici que nous pourrons les sauver…

-Tu…tu es sûre de ce que tu avances June ? Bégaya la blonde, tremblante.

-Certaine. Mais il faudrait que je te parle seule à seule quelques instants…

June prit Angela par le bras et s’éloigna de quelques mètres puis commença à lui parler, trop bas pour que nous puissions les entendre, mais je voyais dans les réactions d’Angela que ce qu’elle était en train de lui dire ne lui plaisait pas.

Je me tournai à nouveau face à la roche sombre de la montagne. Si June disait vrai, la citadelle des dieux se trouvait…à l’intérieur. Cependant, il n’y avait aucune entrée, la roche était régulière et ne laissait paraitre aucune fissure, aucun creux qui aurait pu abriter la porte pour y accéder. Je continuai de longer la paroi du regard dans l’espoir d’y trouver un indice qui nous aiderait mais la montagne semblait être faite d’un seul et unique bloc et mon regard s’arrêta soudain sur un détail qui m’avait échappé jusque-là.

Juste devant moi, à peine visibles à cause de l’obscurité et à moitié effacées par le temps, étaient gravés des inscriptions en langue antique. Elle se composait de symboles sans aucun sens pour moi, alignés les uns à la suite des autres. Je m’en rapprochai pour les voir plus distinctement.

-Tu as vu quelque chose Drago ? Me demanda Marie en s’approchant de moi.

-Oui, regardez un peu ça ; leur dis-je en montrant ma découverte.

Angéla et June cessèrent leur discussion pour me rejoindre elles aussi.

-Bien tout cela ; murmura June. Bravo, je crois que nous avons ici notre fameuse clé, ou du moins l’indication de l’endroit où elle se trouve.

-Tu arrives à lire cette langue ? S’exclama Drago pour qui ces signes devaient ressembler à de simples gribouillis.

-En effet, mon père est un « spécialiste » comme il le dit lui-même, de tout ce qui touche de près ou de loin à l’origine des duels de monstres, et donc des langues antiques.

-Et donc, que nous dit ce texte ? S’impatienta Angéla.

-Patience, j’allais venir. Donc, je ne vais pas m’amuser à vous le traduire en vers comme c’est écrit, mais si je résume, ce texte nous confirme que cette montagne abrite bien la citadelle des dieux et que pour y parvenir, il faut présenter ses preuves.

-Des preuves ? Mais quel genre de preuve ? L’interrogea Marie.

-Je n’en ai pas la moindre idée…

Ce texte ne nous avançait pas du tout en fin de compte. Et moi qui pensais avoir fait une découverte majeure, nous étions de retour à notre point de départ. Ces preuves pouvaient être beaucoup de chose, surtout que nous ne savions même pas quelle forme elles avaient. Mais il fallait que nous rentrions à tout prix à l’intérieur, il fallait que je voie Laura.

Je me mis alors à tourner en rond machinalement pour tenter de les visualiser.

-C’est inutile de faire ça Darksky ; soupira Marie, ce n’est pas faire les quatre cent pas qui t’aidera à trouver une réponse, regarde plutôt du côté de ton deck…

Je m’arrêtai brutalement, si bien que je faillis tomber. Pourquoi n’y avais-je pas pensé plus tôt ! Je sortis mes cartes, et comme je m’y attendais, l’une d’entre elle se démarquait des autres. Geb était devenue lumineuse, elle semblait m’appeler. Je m’empressai de le montrer à mes amis et, sans perdre une seconde, Drago invoqua également sa carte divine.

Son dragon descendit des cieux en les illuminant comme en plein jour, perçant à travers les nuages. Quand la lumière de son corps se fut dissipée, sa couleur bleue se confondait dans les ténèbres de la nuit et seuls ses yeux jaunes perçaient à travers l’obscurité. On ne pouvait que distinguer les contours de son corps, imposant, immense et terrifiant. Ses ailes presque noires se découpaient dans le décor, baignées par les rayons lunaires.

Geb était lui aussi très impressionnant. Son arrivée avait créé un mini tremblement de terre, et des crevasses s’étaient formées au sol. Le gris de son corps était rendu métallique et brillant par la lumière étrange qui l’éclairait. Ses griffes, longues comme un homme, scintillaient sous le faible éclairage des étoiles.

Les deux créatures se tenaient devant nous, impassibles, prêtes à exécuter le moindre de nos ordres. Je me rendis alors compte à quel point le pouvoir que nous possédions était grand. Si nous l’avions voulu, nous aurions pu anéantir cette montagne d’un seul mot…

Hélios…non, Gariatron avait perçu la puissance des dieux, et avait même réussi à se faire reconnaitre par le dieu du chaos, Apopis.

Les battements de mon cœur s’accélérèrent quand je pensai à lui. Bientôt, nous devrons lui faire face et le combattre, mais il n’était pas seul, les esprits de la terre immortels et Drakon étaient dans le même camp, de même que Shadow et Laura… Nos chances de victoire étaient quasiment nulles…

-Darksky ! Me cria Marie, ce qui me fit sursauter. Qu’est-ce que tu attends bon sang !

Ma sœur me désigna les dieux. Non, il ne me désignait pas les dieux, il me montrait les inscriptions sur la paroi. Elles semblaient réagir à leur présence et s’illuminaient d’une couleur arc en ciel. Le sol trembla, je crus que la montagne toute entière allait s’effondrer sur nous.

-Voilà ! Les preuves sont là ! Dit June avec excitation. La porte de la citadelle des dieux ne devrait pas tarder à s’ouvrir !

Je guettai le moindre mouvement sur la paroi. La lumière redoubla d’intensité, jusqu’à en devenir éblouissante. Je dus mettre mes bras devant mes yeux pour ne pas être aveuglé, puis elle se dissipa d’un seul coup, rendant les ténèbres à la nuit.

Quand je fus enfin remis de mes émotions, je regardai à nouveau les inscriptions. Je ne fus même pas surpris de ne plus les voir, mais de trouver à la place une ouverture béante menant vraisemblablement au cœur même de la citadelle.

-Allons-y, il n’y a plus une minute à perdre ; dit Angéla en prenant la tête d’un air plus déterminé que jamais.

Après nous être regardés droit dans les yeux pour nous donner du courage, nous nous engageâmes vers l’inconnu.

Le tunnel était si étroit que l’on devait se déplacer les uns derrière les autres, et si sombre qu’il fallait y aller à tâtons pour ne pas nous cogner sans cesse contre les murs. Heureusement pour nous, il semblait presque droit et sans bifurcation qui aurait pu être gênante. Seul le bruit de nos pas résonnait à l’intérieur, ainsi que le son des gouttes tombant du plafond.

Personne ne disait un mot, et un silence oppressant régnait. J’entendais mon sang battre dans mes tempes, la tension était palpable dans le groupe. Et pour cause, nul ne savait ce qui nous attendait à l’autre bout. A quoi pouvait bien ressembler cette citadelle des dieux ? Etait-elle, comme décrite dans l’odyssée, un paradis ? Ou bien un champ de ruines balayées par le temps ?

Nous marchâmes presque dix minutes dans l’obscurité la plus totale, lorsqu’Angéla s’arrêta brutalement sans prévenir, si bien que tout le monde lui rentra dedans.

-On peut savoir pourquoi tu t’arrêtes comme ça Angéla ? Grogna June.

-J’ai cru sentir un courant d’air…la sortie ne doit plus être loin.

Elle s’élança devant nous, ce qui nous obligea à courir si nous ne voulions pas être séparés. Elle avait néanmoins raison, au fur et à mesure que nous avancions, le courant d’air devenait de plus en plus fort et nous apportait des odeurs de fleurs et d’herbe.

Un mince filet de lumière se découpa alors dans les ténèbres. Je redoublai d’allure, impatient de voir enfin ce que tout le monde aurait rêvé de voir. Je la voyais enfin, la sortie, éblouissante de clarté.

-Mais qu’est-ce que… ! M’écriai-je abasourdi par le spectacle qui se tenait à mes pieds.

Devant moi s’étendait, non pas une prairie parsemée de fleurs, mais un immense espace de désolation, une vallée stérile sur laquelle rien ne pouvait vivre. Pas une âme, pas un seul arbre, je me serais cru de retour dans le désert de pierre à mon arrivée…Il n’y avait que de la pierre noire et froide recouverte de glace bleuté et mortelle. Le vent quant à lui était totalement inexistant. Le temps semblait réellement figé à cet endroit. Au loin, un pic entouré de lumières étranges s’élevant vers le ciel, comme des aurores boréales, et cerné de rochers dont la forme évoquait d’immenses griffes, se dressait fièrement.

Cependant, entre notre promontoire et le pic, sur la vallée, les ruines d’anciens bâtiments gisaient là : des colonnes romaines, d’anciens temples, ainsi que le lit d’une rivière gelée.

Angéla, qui était arrivée avant moi, contemplait, elle aussi ce spectacle tragique, la peur dans les yeux et June lui mit la main sur l’épaule pour la rassurer.

Les autres arrivèrent ensuite, et furent eux aussi frappé de trouver cette vallée et non le paysage de vie auquel nous nous attendions.

-Alors, c’est cela…la fameuse citadelle des Dieux, le berceau de la civilisation ? S’étonna Marie. Je l’aurais crue un peu plus…verte.

-Non, il s’est passé quelque chose ici…Grimaça l’amie d’Angéla. Cet endroit est comme une passerelle entre notre monde et celui des esprits et, en temps normal, il combine les caractéristiques des deux mondes…

-Et en français, qu’est-ce que cela signifie ? Lui demanda la blonde.

-Que pendant que nous sommes ici, loin de toute civilisation, notre monde se porte bien mal…

-En effet, vous avez bien deviné ; résonna soudain une voix grave.

Mon cœur s’accéléra lorsque je reconnus la voix de Shadow. Nous nous tournâmes de tous les côtés pour déterminer l’origine mais il n’y avait personne d’autre que nous sur cette plaine.

-Pendant que vous vous amusiez avec mes esprits de la terre, j’en ai profité pour mettre mes plans à exécution, de même que Gariatron.

-Montrez-vous, Shadow ! M’écriai-je. Venez nous affronter !

-Patience mon cher Darksky ; ricana notre ennemi. Laura est elle aussi impatiente de t’affronter.

Lorsque l’homme prononça le nom de mon amie, mon sang bouillonna dans mes veines. Penser qu’il manipulait Laura de la sorte me rendait fou de rage. Cependant, avant que je n’aie eu le temps de rétorquer quelque chose, Drago prit la parole.

-Dans ce cas, vous ne voyez pas d’inconvénient à ce que nous venions à vous ?

-Absolument aucun…Mais avant cela, essayez simplement de traverser cette vallée qui vous sépare de nous…

La voix de Shadow disparut lentement dans les ténèbres et, avant que le silence en soit revenu, la terre se mit soudainement à trembler et une vive lueur nous aveugla. Je sentis mon corps se figer d’un seul coup et, sans comprendre ce qu’il m’arrivait, je me sentis comme aspiré avant de perdre connaissance.





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[fic]: L'Avènement des Dieux posté le [05/12/2017] à 21:29

Chapitre 16 : Une vie normale


Spoiler :



Un courant d’air frais me tira de mon sommeil. Lentement, j’entrouvris un œil et je vis que je me trouvais dans une salle vide. A en juger par le plafond, je devais être au dernier étage, juste sous les toits. La décoration de la pièce était assez singulière : un grand écran plat accroché au mur d’en face, un large bureau en bois de chêne, une bibliothèque, plusieurs instruments d’astronomie et même…une douche ?

Sans vraiment comprendre où je me trouvai, je me relevai et m’étirai. Les lumières étaient éteintes mais les faibles rayons du soleil couchant passaient encore à travers la grande baie vitrée par laquelle j’avais une vue imprenable sur toute la ville. Je pouvais même distinguer le laboratoire de mon père au loin, intact…

Je sursautai en réalisant cela et je me souvins tout à coup de ce flash de lumière aveuglant et du discours de Shadow. Comment était-ce possible ? Je ne me trompai pas…ce laboratoire était bien celui de mon père, ce qui signifiait que j’étais de retour dans mon monde…

Non…Je devais faire erreur. Ça ne pouvait pas être le même laboratoire, le sien avait explosé…Je tentai alors d’appeler Théa pour lui demander de l’aide mais aucune réponse ne me parvint et je serrai les dents.

Je n’avais pas de temps à perdre. Il fallait que je retourne à la citadelle des dieux le plus vite possible pour arrêter Gariatron !

Sans perdre une seconde, je sautai de ma chaise et me précipitai vers la porte de sortie mais, au moment où j’allai sortir, quelqu’un entra dans la pièce et m’envoya la porte dans la figure, me faisant tomber à la renverse.

Je me frottai le nez avant de lever la tête, prêt à me battre s’il s’agissait d’un sbire de Gariatron mais, lorsque je vis la personne devant moi, un frisson me parcourut l’échine. Il s’agissait d’une jeune fille de mon âge, portant l’uniforme de mon ancien lycée dans mon monde. Son visage était assez fin et ses longs cheveux presque bleus tombaient devant ses yeux vairons, bleu et vert.

J’avais l’impression de connaitre cette personne mais, malgré tous mes efforts, je n’arrivais pas à lui donner un nom ni à me souvenir de qui elle était. Mais une chose était sûre : mon cœur battait la chamade rien qu’en me trouvant près d’elle.

La jeune fille me regarda pendant un instant, l’air surprise avant de me prendre une main chaleureuse pour m’aider à me relever.

-Et bien alors, Drago, cela ne te ressemble pas de courir comme ça ; déclara-t-elle d’une voix amusée.

-je…Je…Bafouillai-je sans réussir à articuler un seul mot.

Je secouai la tête. Non, je n’avais pas le temps de discuter avec cette personne ni d’essayer de me rappeler où je l’avais vue. Je devais me dépêcher de retrouver Angéla et les autres pour arrêter Gariatron, le sort de ce monde en dépendant…

Sans ajouter un mot, je me relevai et tentai de contourner la jeune fille mais celle-ci me barra le passage et croisa les bras sur sa poitrine en gonflant les joues.

-Tu pourrais me répondre quand je te parle, Drago ; grogna-t-elle. Et je peux savoir où tu vas comme ça ?

-Je ne sais pas qui tu es, mais je dois me dépêcher de retrouver Gariatron ! Rétorquai-je en tentant de forcer le passage.

La jeune fille m’attrapa fermement par le bras et fronça les sourcils d’un air inquiet.

-Gariatron tu dis ? Tu ne m’as jamais parlé de cette personne, c’est un ami à toi ?

-Je n’ai pas le temps de discuter, Angéla et Darksky comptent sur moi !

-Angéla ? Darksky ? Mais de qui parles-tu ? Tu es bizarre aujourd’hui…Est-ce qu’il s’est passé quelque chose hier soir après qu’on s’est séparés ?

Je m’arrêtai un instant et je fixai la lycéenne, les yeux ronds de surprise.

-Comment ça…hier soir ? Répétai-je, interdit. Hier soir…j’étais perdu au beau milieu de nulle part dans les montagnes…

-Oula, je sens que tu as pris un sérieux coup sur la tête quand j’ai ouvert cette porte ! S’exclama-t-elle en riant. Je te rappelle qu’on a observé les étoiles toute la nuit espèce de tête en l’air.

-Les…Etoiles ?

Ma main se mit à trembler et je commençai à reculer prudemment tandis que la jeune fille continuait à me regarder comme si j’étais devenu fou.

-Sérieusement, dormir dans la salle de club n’a pas l’air de te faire le plus grand bien…Soupira-t-elle en posant son sac sur la table.

-J’ai…Dormi dans la salle de club ? Repris-je, toujours abasourdi.

-Et bien on t’a laissé ici et tu n’es pas venu en cours aujourd’hui. J’en conclus donc que oui, tu as dormi dans la salle de club.

Perdu, je me pris la tête dans les bras et je m’assis sur une chaise, commençant à transpirer à grosse goutte à mesure que mes sens se troublaient.

-Mais…Et l’explosion du laboratoire ? Et Gariatron ? Et la fin du monde ? Et les esprits de la terre ? Murmurai-je en regardant le sol.

-Oh, on dirait que tu as fait un mauvais rêve, je me trompe ?

-Un…mauvais rêve tu dis ?

-Bah…Oui, aux dernières nouvelles, le laboratoire n’a pas explosé ; me répondit-elle en haussant les épaules.

Un mauvais rêve…Etait-ce possible que ces dernières semaines n’aient été qu’un rêve ? Une illusion créée de toute pièce ? Visiblement, c’était la vérité. Ma famille devait être toujours vivante, je n’avais pas quitté le lycée ni rencontré Angéla et les autres…

D’un côté, cela me rassurait de savoir que ma famille allait bien et d’un autre, je ressentais un immense vide au fond de moi en comprenant qu’aucun des liens que j’avais tissé n’était réel et que la seule réalité était cette vie monotone et ennuyeuse dans mon monde.

Résigné, je relevai la tête et me tournai vers la jeune fille et un nom me traversa l’esprit, comme un fragment de mémoire qui me revenait.

-Tu…Tu dois avoir raison, Hoshino…

-Hoshino ? S’étonna-t-elle, amusée. C’est bien la première fois que tu m’appelles par mon nom de famille.

Sans ajouter un mot de plus, la dénommée Hoshino fouilla dans son sac et me lança un sandwich que j’attrapai au vol puis j’allais m’installer machinalement à la grande table qui trônait au milieu de la pièce.

Nous mangeâmes en silence mais cela ne sembla pas déranger mon « amie ». J’aurais bien dit quelque chose mais mon esprit était encore totalement embrouillé et j’avais du mal à accepter que tout n’ait été qu’un rêve…

Finalement, le silence fut brisé lorsque la porte de la salle s’ouvrit brutalement et qu’une fille aux cheveux blancs entra avec fracas, suivie d’un garçon à l’air très peu sympathique.

-Et voilà, enfin fini avec la paperasse ! S’exclama la nouvelle venue. Avec ça, on devrait être tranquille pour quelques temps, pas vrai Ichigo ?

-Si tu le dis, Kagari ; grogna le garçon en s’asseyant à côté de moi.

Je regardai attentivement les deux nouveaux élèves. Etrangement, contrairement à Hoshino, je pouvais les nommer précisément : Mina Kagari et Hajime Ichigo, les deux délégués de la classe. Dans mes souvenirs, nous nous parlions de temps en temps mais sans plus…

-Donc maintenant que nous sommes libres, on va pouvoir se concentrer sur notre planétarium ! Enchaina la fille aux cheveux blancs avec entrain.

-Un…Planétarium ? Repris-je, étonné.

-Ne me dis pas que tu as déjà oublié que pour la fin de l’année, on doit en construire un et le présenter aux autres ! Me gronda Hoshino. C’était même ton idée !

-Ah…Oui, je m’en souviens…Mentis-je.

-Quelle idée stupide ; grogna Ichigo sans même nous regarder.

La conversation se prolongea pendant une bonne heure et, même si j’essayais de parler le moins possible pour ne pas attirer les soupçons, personne ne s’en étonna, comme si j’étais dans mon état normal.

Mais, plus les minutes avançaient et plus j’avais l’impression de retrouver quelque chose que j’avais perdu, comme si les souvenirs oubliés dans ce monde…non, dans ce rêve étaient en train de revenir peu à peu…

Finalement, la cloche sonna et nous retournâmes en cours. La encore, je retrouvai des sensations connues, me confirmant que j’étais bien dans la réalité et non dans un rêve.

La journée avança, je prenais des notes dans mon cahier comme si je l’avais toujours fait et, peu à peu, je me mis à oublier Gariatron, exactement comme un rêve se dissipant lentement après le réveil.

Lorsqu’enfin les cours se terminèrent, je repris ce long chemin que je connaissais si bien pour rentrer chez moi. J’avais l’impression que cela faisait une éternité que mes pieds n’avaient pas foulé cette route alors que, si tout ce que j’avais vécu avait été un rêve, cela ne faisait pas plus d’une journée…

Alors que j’étais presque arrivé chez moi, je décidai de faire un détour par le laboratoire pour m’assurer que tout allait bien et que mon père ne courait aucun risque.

Lorsque j’arrivai devant le grand bâtiment, mon cœur s’accéléra. Tout était intact. Sur le parking, des dizaines de voitures étaient garées et le vigile à l’entrée semblait dormir à moitié comme toujours. Ainsi, je me faufilai à l’intérieur et, sans perdre une seconde, je me dirigeai vers le bureau de mon père mais ce dernier était fermé à clé. Il avait déjà dû rentrer à la maison.

-Tiens, mais si ça ne serait pas Drago, ça faisait longtemps ; dit une voix derrière moi.

Je me retournai et je me retrouvai nez à nez avec l’assistant de mon père, un homme d’une quarantaine d’années répondant au nom de Fuji Makoto. J’avais presque oublié son existence…

-Ah…Bonjour…Lui répondis-je peu enthousiaste. Je ne faisais que passer…

-Si tu cherches ton père, il est déjà rentré.

-D…D’accord…

Soudain, en repensant à l’explosion du laboratoire, une question me traversa l’esprit et, sans réfléchir, j’interrogeai l’homme que j’avais sous la main.

-Dites, je voulais vous demander, mais, sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

L’homme prit un air légèrement surpris lorsqu’il entendit cela mais me répondit.

-Et bien, ton père ne t’en a pas parlé ?

-N…Non ; mentis-je.

-Je ne le croyais pas si secret mais bon, puisque tu es son fils, je peux bien te le dire : nous tentons des expériences sur des noyaux de krypton.

-Des…Des noyaux de Krypton ? Bégayai-je en reculant d’un pas.

Mon cœur rata un battement et mes mains se mirent à trembler tandis qu’une goutte de sueur perla de mon front et, même si je fis tout pour cacher mes réactions, Fuji Makoto remarqua mon attitude étrange et me lança un sourire rassurant.

-Oh, ne t’inquiète pas, il n’y a aucun risque, tout est sous contrôle. Après tout, ton père n’en est pas à sa première tentative dans le domaine !

-Je…je veux bien vous croire…et si vous m’excusez, je dois rentrer avant qu’il ne s’inquiète pour moi justement.

Le saluant en coup de vent, je me dépêchai de quitter le laboratoire et, alors que je courais sur la route, une affreuse sensation de déjà-vu m’envahit et je m’arrêtai net.

Les gens qui marchaient là, ce chien aboyant sur un enfant apeuré, ce ciel rouge et cette fumée provenant du laboratoire et montant haut dans le ciel…j’avais déjà vu ce tableau…Quand ? J’aurais été incapable de le dater précisément mais c’était une certitude…

Se pouvait-il que cette lumière aveuglante m’ait en réalité renvoyé dans le passé, avant l’accident ? Je n’avais même pas pensé à regarder la date ! Il fallait que j’en ai le cœur net et, s’il s’avérait que j’avais raison, je me devais de trouver un moyen de retourner à mon époque !

J’accélérai le pas pour rentrer chez moi mais, alors que je n’étais plus qu’à quelques mètres de la maison, je vis Hoshino adossée à notre portail, attendant quelque chose en regardant fixement le sol. Lorsqu’elle me vit, cette dernière m’adressa un grand sourire.

-Et bien, tu t’es perdu en rentrant ? Railla-t-elle.

-J’ai juste fait un détour : répondis-je évasivement tout en ouvrant le portail.

Une fois de plus, Hoshino me retint par le bras et me tendit une petite enveloppe scellée. A ce moment-là, mon sentiment de déjà-vu s’amplifia, jusqu’à se transformer presque en véritable souvenir. Je revoyais clairement cette fille me donner une enveloppe similaire à la sortie des cours et, même si nous n’étions pas devant chez moi mais encore en classe, la situation était presque identique…

La jeune fille rougit et commença à se dandiner d’un pied sur l’autre

-Dis…Je me disais…j’organise une fête ce soir…et tu pourrais peut-être…tu sais…

-Hoshino ; la coupai-je alors d’une voix sérieuse qui la surprit.

-A…arrête de m’appeler comme ça, c’est étrange…

-dis-moi, quel jour sommes-nous aujourd’hui ?

-Et bien…

Le son de la voix de la jeune fille fut soudain étouffé par celui d’une puissante explosion et un vent violent balaya la ville, nous envoyant poussières et particules fines dans les yeux. Lorsque l’onde de choc fut passée, ce que je redoutais s’était produit : le laboratoire avait explosé…

Par réflexe, je me précipitai à l’intérieur de la maison, laissant Hoshino en plan mais il n’y avait personne à l’intérieur…

Désespéré, je tombai à genoux sur le sol et je ne pus retenir mes larmes. Encore une fois…Encore une fois, je venais de perdre ma famille et, illusion ou non, le revivre était bien plus douloureux que je ne le pensais…

J’entendis des bruits de pas derrière moi et je sentis la main chaude d’Hoshino se poser sur mon épaule. Mais je ne me retournai pas. Si tout cela était la réalité, ce n’était plus qu’une question de temps avant que je ne rejoigne Darksky et les autres…Enfin…je l’espérais…

-Drago…Murmura mon amie.

-Désolé…Hoshino…Je ne suis pas celui que tu crois…

-C…Comment ? Mais…Tu es Drago, mon ami d’enfance, n’est-ce pas ? Reprit-elle d’une voix tremblante.

-Peut-être…Peut-être pas…Je ne le sais pas moi-même. Mais je suis sûr d’une chose…Ma place n’est pas ici.

-Que…Que veux-tu dire ?

-J’ai rencontré des gens formidables il y a quelques temps…Des gens qui m’ont aidé, des gens avec qui j’ai vécu des aventures que j’aurais crues impossibles en temps normale, des gens qui ont besoin de moi en ce moment-même…

-Des…Gens qui t’ont aidé ? Je ne comprends pas…Moi aussi je t’ai aidé ! J’en suis la preuve vivante ! S’exclama-t-elle d’un air désespéré.

Je me tournai vers elle et je vis son œil vert se mettre à briller et je ne pus m’empêcher de sourire.

-Dans ce cas, je te remercie, Hoshino ; déclarai-je en lui souriant malgré moi.

-Tu…Tu me remercies ? C’est tout ce que tu as à me dire ? S’écria-t-elle en reculant.

La jeune fille fut soudain entourée d’une aura sombre tandis que la lueur dans ses yeux s’intensifia et je grimaçai. Le monde autour de moi se mit à trembler, le vent se leva, le ciel se couvrit de nuage noirs menaçant et des éclairs illuminèrent cet espace sombre qu’était devenu ma ville…

Mais, devant ce spectacle, je n’eus aucune réaction, comprenant alors ce qu’il se passait et je gardai mon sang froid.

-Tu n’es qu’un ingrat, Drago ! J’ai consacré toute ma vie à te rendre le sourire et toi, tu m’oublies en l’espace d’une nuit !

-Je n’ai pas à me souvenir d’une illusion ; répondis-je sans aucune émotion.

-Une…Illusion ?! S’écria Hoshino folle de rage. Alors c’est tout ce que j’ai été pour toi ? Tu étais tellement égocentrique que je n’existais même pas pour toi ?!

-Non…Ce monde entier est une illusion. Rien n’est réel. Je ne sais pas qui tu es mais je suis certain d’une chose : même si tu es réelle, ici, tu n’es rien d’autre qu’un produit de mon imagination.

Dans un cri de rage, Hoshino se jeta sur moi et tenta de me donner un coup de poing dans le ventre mais j’esquivai facilement son attaque en faisant un pas sur le côté. Devant ma réactivité, la jeune fille eut un moment d’hésitation mais repassa aussitôt à l’attaque.

Cette fois-ci, je ne bougeai pas et j’attrapa son poing dans le creux de ma main, parant totalement son offensive tout en l’empêchant de s’enfuir.

-Hoshino…Je suis désolé…

Rassemblant toutes mes forces, et oubliant totalement qui j’avais en face de moi, j’assénai à la jeune fille un violent coup de poing dans le ventre qui l’envoya valser à deux mètres. Mais contre toute attente, elle se releva sans aucune égratignure et se mit à rire tandis que je me remis sur mes gardes, prêt à parer une autre attaque.

-Toi…Vraiment…Jusqu’au bout, tu auras été une véritable ordure avec celle qui t’a sauvé, il y a dix ans…Ricana-t-elle.

-Je ne crois pas la parole d’une illusion ; rétorquai-je froidement.

-Et pourtant…Ce n’est que la stricte vérité, mon cher Drago.

Je fronçai les sourcils alors que le doute m’envahissait. Tout ce qui m’entourait, y compris cette fille, ne devaient être que des mirages créés par Gariatron pour nous tenir éloignés de lui mais, je n’aurais su dire pourquoi, cette fille me semblait familière bien que je n’en aie aucun souvenir…

-Tu as raison, je ne suis qu’une illusion, tout comme ce qui t’entoure ; déclara calmement Hoshino. Cependant…Toute illusion prend sa source quelque part…

-Que veux-tu dire ? Lui demandai-je, sur mes gardes.

-C’est simple, je ne suis que la matérialisation de tes souvenirs, Drago.

-C’est impossible. Je ne connais pas cette Hoshino.

-Vraiment ? Donc tu m’as bel et bien oubliée ? Je suis déçue, moi qui pensais que je comptais un minimum pour toi ; lança l’illusion d’une voix remplie de sarcasmes.

Je fronçai les sourcils à nouveau. Au fond de moi, je le savais…Je savais que cette illusion disait la vérité et que quelqu’un portant le nom d’Hoshino avait joué un rôle dans ma vie autrefois…Même si je n’en avais aucun souvenir…

-Enfin, je ne suis pas étonnée. Après tout, tu ne m’accordais aucune importance et tu me fuyais volontairement même. Je suis bien bête d’avoir tenu un jour à toi.

-Ne parle pas à la place de la personne que tu copies ; rétorquai-je.

-Mais je ne parle pas à sa place. Je ne fais que répéter ta pensée quand tu imaginais ses pensées.

-Arrête d’inventer de choses. Tu pourrais me dire que j’étais amoureux d’elle, comme je n’ai aucun souvenir, je ne pourrais pas le démentir.

-Libre à toi de ne pas le croire.

-Tu crois vraiment que je vais gober une seule miette de ce que tu me dis, serviteur de Gariatron ? M’exclamai-je alors. Je n’ai qu’un seul objectif : reprendre le flambeau de ma sœur et rendre à Angéla et Darksky ce qu’ils m’ont donné !

-Je vois…Puisque la discussion semble inutile, laissons parler nos poings…mais sache qu’un jour, ton passé te rattrapera et te submergera…

-C’est ce que nous verrons…

Sans ajouter un mot de plus, je passai à l’attaque et la copie d’Hoshino fit de même. J’esquivai de justesse son poing en me baissant puis je visais une nouvelle fois son ventre mais la jeune fille me para avec son bras avant de me donner un coup de pied dans les jambes qui me déstabilisa et m’obligea à reculer.

Cependant, je n’eus pas le temps de retrouver mon équilibre qu’Hoshino m’asséna un violent coup d’épaule qui me fit tomber à la renverse, me laissant à sa merci.

Néanmoins, je ne m’avouai pas vaincu. Rassemblant mes forces, je roulai sur le côté pour éviter son pied qui allait m’écraser et je me remis debout d’un bond, quelques mètres plus loin.

J’étais déjà essoufflé. Je n’avais jamais été bon en exercice physique et encore moins pour me battre. Cependant, je n’avais pas le choix. En face de moi se trouvait un agent de Gariatron et, illusion ou non, je ne pouvais pas prendre le risque de me faire tuer pour connaitre les conséquences…

La pluie se mit à tomber, diminuant encore ma visibilité et seule la lueur des yeux vairons d’Hoshino me permettait de la repérer dans le noir.

Soudain, alors que je m’attendais à une nouvelle attaque au corps à corps, un rayon de lumière verte traversa le terrain et j’eus tout juste le temps de me jeter sur le côté pour l’esquiver avant qu’il ne réduise une voiture en fumée.

Je relevai la tête, abasourdi et ce que je vis me glaça le sang. Les habits d’Hoshino avaient changé subitement et son uniforme de lycéenne s’était transformé en véritable armure noire parcourue de lignes émeraudes luisant dans l’obscurité tandis qu’à sa main brillait une immense épée noire et rouge et que, dans son dos, flottait une cape pourpre.

Avec un cri de rage, elle se jeta sur moi et abattit son épée de toutes ses forces. Encore une fois, je me jetai sur le côté, évitant ainsi de me faire trancher en deux comme le bitume…

Des grosses gouttes de sueur commencèrent à se mêler à la pluie dégoulinant sur mon visage. Je ne pouvais pas faire face à ça…J’étais totalement sans défense et même mon deck avait disparu.

Gariatron avait vraiment bien joué son coup. Si les choses continuaient ainsi, je ne donnais pas cher de ma peau plus de cinq minutes dans un combat aussi déséquilibré.

Ma première réaction fut de tenter de prendre la fuite pour trouver une arme ou un quelconque objet qui aurait pu m’aider mais, je n’avais pas fait trois pas que quelqu’un s’interposa devant moi, me bloquant le passage. Il s’agissait d’Ichigo et son regard me disait qu’il m’en voulait autant qu’Hoshino…

-Décidemment…tu n’es qu’un fauteur de troubles. Tu aimes tant que ça rendre les gens tristes ? Déclara-t-il d’une voix sans émotion.

Je ne pris pas le temps de lui répondre et je voulus m’enfuir dans l’autre direction mais là encore, la route me fut coupée, cette fois-ci par Kagari qui me lançait un regard rempli de tristesse.

-Dis…Pourquoi as-tu disparu, Drago ? Tu ne nous aimais pas, c’est ça ? Pleura-t-elle.

Je serrai les dents. J’étais cerné de toute part. Il n’y avait aucune échappatoire ni aucun moyen de gagner ce combat…Etais-je fini ? Allais-je échouer si près du but ?

-Sérieusement…On dirait que tu ne peux pas gagner sans moi ; résonna une voix dans ma tête.

-L…Ladd ? Bégayai-je, voyant une lueur d’espoir.

-Je le fais bien parce que je suis obligé…

Lorsque l’esprit de duel prononça ces mots, je fus entouré d’une vive lumière blanche et aussitôt Hoshino repassa à l’attaque avec son épée. Instinctivement, je me protégeai la tête avec mon bras tout en sachant que c’était inutile mais, alors que son arme aurait dû me trancher en deux, seul un bruit de métal résonna dans la nuit tandis que les yeux de la jeune fille s’arrondir.

Sans que je ne sache comment, dans ma main s’était matérialisé une épée noire et or, me protégeant de son attaque.

Je ne réfléchis pas une seconde de plus et, voyant mon arme, je repoussai Hoshino de toutes mes forces et me relevai, confiant. Kagari et Ichigo reculèrent prudemment mais le regard de la jeune fille s’enflamma et elle me tint tête.

Le tonnerre gronda et seul le bruit de la pluie rebondissant sur le macadam se faisait entendre tandis que nous nous faisions face, nos deux épées luisant dans la pénombre.

Même si j’avais une arme désormais, je n’étais pas plus avancé. Je ne savais absolument pas manier une épée et encore moins me battre avec. A ce stade, elle m’encombrait plus qu’elle ne m’aidait…

Il fallait que je trouve un moyen de m’échapper de cette illusion, et vite si je ne voulais pas finir en deux parties.

Soudain, une idée stupide me traversa l’esprit. C’était tordu mais c’était la seule option que j’avais pour le moment et je devais tout miser dessus.

Je me mis en position, saisissant mon épée à deux mains avant de feindre d’attaquer. Evidemment, Hoshino tenta une parade défense et, à ce moment, j’utilisai l’élan de mon épée pour rebondir et la contourner puis je fonçai à l’intérieur de ma maison.

Sans me retourner, je me précipitai au premier étage, dans la chambre de ma sœur et je me mis à fouiller son bureau dans l’espoir de retrouver la carte qui m’avait amené dans ce monde la première fois mais il n’y avait que des papiers sans intérêt…

Un nouveau rayon de lumière frôla mon oreille et fit exploser le bureau en un millier d’éclat de bois tandis que, derrière moi se tenait Hoshino, le regard fou.

-Tu ne t’enfuiras pas une deuxième fois, Drago ; cracha-t-elle.

Je reculai, à court d’option mais je sentis très rapidement le mur derrière mon dos. J’étais pris au piège, mon idée s’était révélée stupide et la jeune fille s’avançait lentement vers moi, le regard luisant et l’épée à la main, prête à me découper.

Mon cœur s’accéléra devant cette mort imminente qu’était la mienne. C’était fini…J’avais échoué…Finalement, je n’avais rien d’un héros, je n’étais qu’un garçon ordinaire sans aucun talent de combattant et en train de se faire rattraper par un passé important qu’il avait lui-même oublié…

-Je suis désolé…Hoshino…Murmurai-je.

La jeune fille s’arrêta un instant et fronça les sourcils.

-C’est un peu tard pour t’excuser de ce que tu as fait, Drago ; siffla-t-elle en me lançant un regard empli de mépris.

-Non…Je ne m’excuse pas pour ce que j’ai pu faire…mais pour avoir oublié ce que j’ai pu te faire…

Elle ne me répondit rien et se contenta de rester devant moi en me fixant puis, finalement, après une longue minute de silence, la jeune fille leva son épée au-dessus de sa tête et je baissai le regard.

La lame siffla tandis qu’elle se rapprochait de moi mais, alors que je m’étais résigné à accepter la défaite, une ombre plana devant mes yeux et s’interposa entre moi et l’épée mortelle, ombre qui repoussa sans aucune difficulté Hoshino hors de la chambre de Théa.

Timidement, je relevai la tête et je restai bouchée bée en reconnaissant le dragon qui m’avait déjà sauvé lors de mon combat contres les esprits de la terre, Ladd…

-Sérieusement…Je me demande pourquoi je protège un incapable comme toi…Cracha-t-il.

Sans ajouter un mot de plus, il envoya sur Hoshino qui était encore à terre un puissant rayon de lumière sombre qui traversa le mur comme du papier mâché.

Encore une fois, je fus subjugué par la puissance que ce monstre détenait mais ce n’était pas le moment de s’extasier, je devais toujours trouver un moyen de m’en sortir…

-Partons d’ici, Drago, il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas affronter ; grogna le dragon en se mettant à rayonner.

Au loin, j’entendis Hoshino se relever avec un cri de rage alors que mon corps commençait déjà à disparaitre lentement dans une trainée de lumière blanche. Je jetai un dernier coup d’œil à cette réplique de ma maison, me sentant soudain triste de quitter à nouveau cet endroit mais ce sentiment disparut rapidement à l’idée de retrouver Angéla et les autres.

La dernière chose que je vis de ce monde fut Hoshino qui était remontée à l’étage et qui me lançait un regard à la fois suppliant et rempli de haine.

-Encore une fois…Désolé…Lui lançai-je à voix basse. Peut-être qu’un jour…Je me souviendrai de ce que je t’ai fait, et je me ferai pardonner…

Puis ce monde créé de toute pièces disparut dans un flash de lumière.

Lorsque je rouvris les yeux, je me trouvai à nouveau près de la citadelle, allongé sur le sol froid, mais Darksky, Marie, Angéla et June avaient disparu, de même que Ladd et Shadow.

J’appelai ma sœur pour m’assurer que tout allait bien et je poussai un soupir de soulagement lorsqu’elle apparut à mes côtés.

-Drago, tu m’as fait une de ces peurs, pendant presque une journée entière, je n’ai pas réussi à te contacter !

-Une…Journée ? Répétai-je.

Ainsi, Shadow avait eu ce qu’il voulait. Il avait gagné du temps en me plongeant dans cette illusion créée à partir de mes souvenirs…

C’était étrange…Moi qui n’avais jamais voulu participer à cette guerre, ce simulacre de vie ordinaire ne m’avait pas convenu, et pas simplement parce que je pensais que quelque chose n’allait pas. Il me manquait réellement quelque chose : je m’ennuyais.

J’avais presque oublié en arrivant dans ce monde que ma vie d’avant était totalement dénuée de sens et de joie de vivre, et ce n’était pas ce club d’astronomie dont j’avais quelques vagues souvenirs qui me faisait passer le temps.

Cependant…Cette Hoshino me troublait. Je n’en avais aucun souvenir et pourtant, elle disait être issue de ma mémoire…Etait-ce une autre manipulation de Gariatron ? Avais-je réellement oublié quelque chose d’important ? J’étais bien incapable de le dire…

-Eh, Drago, tu m’écoutes ! Me sermonna ma sœur. Nous devons retrouver les autres avant que Gariatron…

-Dis-moi, Théa ; la coupai-je. Est-ce qu’on connaissait une « Hoshino » ?

-Ho…Hoshino ? répéta-t-elle, les yeux ronds. Pourquoi cette question ?

-C’est…un nom qui m’en revenu en tête, rien de plus…

-Je…Je vois ; bégaya-t-elle en détournant le regard. Eh bien, il s’agissait simplement de nos voisins…

-Et c’est tout ?

-Que veux-tu que je te dise de plus sur eux, je ne les connaissais pas si bien que ça moi !

Je voyais clairement que Théa n’avait pas envie de parler de quelque chose mais au même moment, la terre trembla et me rappela ma mission.

Ainsi, je mis de côté ces souvenirs flous pour me concentrer sur mon objectif : vaincre ce démon et rendre à Angéla et Darksky leurs vies d’antan.




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le bon temps…

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[fic]: L'Avènement des Dieux posté le [07/12/2017] à 22:52

Chapitre 17 : Futur de l’ombre


Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=8zj0eWxRYU4


Lorsque je rouvris les yeux, la citadelle de glace avait disparu, de même que le décor de fin du monde qui l’accompagnait.

Je me retrouvai dans une grande cour d’école entourée de cinq bâtiments distincts, mais celle-ci ne m’était pas inconnue, je la connaissais même très bien et j’aurais espéré ne jamais y remettre les pieds.

Je me relevai, encore déroutée par le transport peu conventionnel avec lequel j’étais arrivée là. Tout ce dont je me souvenais, c’était ce flash de lumière blanche et cette sensation d’avoir été arrachée à mon corps avant de me réveiller ici sans autre explication.

Je regardai autour de moi. J’étais seule. Derrière moi, dans le hall d’entrée, le cratère de notre dernière bataille était encore là. Visiblement, personne n’avait tenté de le dissimuler depuis le temps.

Je ne pus m’empêcher de me sentir coupable devant cela. C’était ici que Maya et Ambre avaient disparues par ma faute, j’avais été trop prétentieuse, et cela aurait dû me mener à ma perte.

-Pourquoi ? Murmurai-je dans le vide.

Je tournai la tête, incapable de contempler ce triste spectacle plus longtemps. Je fus soudain frappée d’un détail qui m’avait échappé jusque-là : l’école semblait totalement déserte. Plutôt étrange alors que nous étions en pleine période scolaire. En temps normal, même en l’absence de notre bien aimé directeur, les cours devraient avoir lieux, on travaillait même les jours fériés après tout…

Je me mis à déambuler sur le goudron, explorant ou redécouvrant des endroits que j’avais oubliés comme une entrée du sous-sol réservée au directeur que nous avions découverte un jour en nous promenant.

Je poussai la porte qui s’ouvrit en grinçant. La poussière accumulée à l’intérieur me fit tousser lorsque je soulevai un vieux livre. Il n’y avait rien de passionnant en réalité, je ne savais pas pourquoi cet endroit m’avait tant attiré par le passé. Un simple post de radio rouillé, une table et une chaise se tenaient là, ainsi qu’une vielle étagère vide. Je sortis donc, déçue, de l’antre du directeur.

Je ne pus me l’expliquer, mais mes pas m’emmenèrent directement dans mon ancienne salle de classe. Les lumières étaient éteintes, les chaises remontées sur les tables, le tableau propre et fermé. Il y avait même un vieux bout de papier que j’avais jeté durant un cours d’allemand qui trainait encore là, à croire que la vie n’était pas revenue ici depuis mon départ.

Je le ramassai, et je le dépliai. Je reconnus immédiatement l’écriture de Maya. C’était notre dernier jeu ensemble avant que Chapy ne vienne tout gâcher.

Mon cœur se serra. Tout cela appartenait au passé désormais. Je ne savais même pas s’il était réellement possible de sauver mes amies. Je me fiais simplement aux histoires du passé mais rien ne me disait qu’elles étaient vraies et encore moins que la situation était la même.

-Angéla ? Est-ce que c’est toi ?

June me fit sursauter, je ne l’avais même pas entendue arriver à force de me lamenter. J’essuyai rapidement les quelques larmes encore suspendues à mes cils. Je ne voulais pas l’inquiéter encore plus qu’elle ne le paraissait déjà.

Mais…que faisait-elle ici ? J’avais tellement l’habitude de la voir dans cette salle que sa présence ne m’avait même pas étonnée…

-June ! Mais, comment es-tu arrivée là ?

-De la même façon que toi je pense…

Bien sûre, à question stupide, réponse stupide…Il n’y avait aucune raison qu’elle sache ce que nous arrivait plus que moi.

-Tout ce dont je me souviens, reprit-elle, c’est d’avoir été aveuglée puis je me suis réveillée dans un des placards…Mais au moins, ça me rassure de savoir que je ne suis pas seule ici ; me dit-elle en me rejoignant.

-Seule ou non, nous n’avons rien à faire ici ; rétorquai-je. Il faut que nous retournions à la citadelle !

-A mon avis, nous n’avons pas bougé. Cet endroit n’est sûrement qu’une illusion créée de toute pièce, une illusion créée à partir de nos souvenirs communs. Dans quel but ? Je l’ignore, mais comme toutes les illusions, il suffit de la briser.

Je ne sus quoi répondre à cela. June était vraiment brillante quand elle s’y mettait. Jamais je n’aurais pensé à une telle chose. Elle devait sûrement tenir de son père.

Ainsi donc, nous étions dans un rêve ? Cela aurait expliqué cette ambiance sinistre puisque c’était ainsi que je revoyais sans cesse mon école, un endroit lugubre, sans vie et effrayant.

-Une illusion vous dites ? Si seulement c’était le cas ; dit soudain une voix derrière nous.


https://www.youtube.com/watch?v=Gpa6R_hF9uc


Nous nous retournâmes toutes les deux en sursautant, prêtes à nous battre s’il le fallait mais, alors que je pensais voir surgir un sbire de Gariatron, ce fut une jeune fille qui se présenta à nous.

Elle devait avoir à peu près notre âge, était assez grande, aux longs cheveux noirs et aux yeux bleu marine. Son visage était fin et élégant mais ses joues creuses et ses cernes trahissaient sa faiblesse. Elle portait une simple veste en jean déchirée par-dessus un t-shirt rayé noir et blanc ainsi qu’un pantalon assorti à la veste. Cependant, je fus surprise de voir qu’à sa ceinture se trouvaient de nombreuses armes comme des couteaux, un pistolet et même une grenade.

Etrangement, elle me rappelait Darksky. Elle possédait les mêmes mèches et la même frange que lui mais cela ne devait être qu’une coïncidence…

-Je suis étonnée de voir qu’il reste des survivants hors de la base ; continua la jeune fille. Des survivants ayant l’air en pleine forme qui plus est.

-Des…Survivants ? Répéta June en fronçant les sourcils. Qu’est-ce que cela signifie ?

-Vous me semblez un peu perdues toutes les deux ; s’amusa-t-elle. D’où sortez-vous encore ? Vous avez été élevées sous terre toutes ces années ou quoi ?

-Je crois que j’ai raté un épisode…Marmonnai-je en me tournant vers mon amie.

-Toutes ces années…Murmura June, pensive. Quelle est la date d’aujourd’hui ?

-Et bien, cela fait bien longtemps qu’on ne compte plus les jours mais je dirais quelque chose comme l’hiver 2041.

Mon cœur rata un battement en entendant cela et June fronça les sourcils, tressaillant légèrement mais gardant son calme légendaire. Devant nos réactions, la jeune fille pencha la tête sur le côté et prit un air ennuyé.

-Vous m’avez vraiment l’air totalement perdues vous…Et puis, c’est quoi ces vêtements ? On dirait ces vieux trucs d’avant la guerre.


https://www.youtube.com/watch?v=e_C2DqC4kR8


Je vis mon amie serrer les dents en entendant ces mots et une goutte de sueur perla de son front. Quant à moi, je reculai lentement, réalisant peu à peu ce qui était en train de nous arriver et je n’aimais vraiment pas ça…

Cependant, quelque chose clochait. Tout était exactement tel que nous l’avions laissé et dehors, tout était bien trop calme, même dans la cour je n’avais entendu aucun bruit de moteur venant de l’extérieur alors que nous étions juste à côté d’un grand boulevard. Comment pouvions nous être dans le futur alors que le temps semblait avoir été figé, comme si…

Je réprimai un hoquet de surprise et je me tournai à nouveau vers June, tremblante, venant de réaliser dans quoi nous étions embarquées mais, même si nous avions toutes les preuves devant nous, il me fallait confirmation. Je refusais de croire à une telle chose…

-Est-ce que…Gariatron aurait…

Lorsque je prononçai le nom du démon, la jeune fille sursauta et ses yeux s’arrondir avant de s’emplir de peur et elle regarda de tous les côtés, comme si le simple fait d’évoquer la créature allait nous attirer des ennuis mais cette simple réaction confirma mes pensées…

-June…Murmurai-je.

-Je sais…Ce n’est pas bon du tout…Marmonna-t-elle en serrant les dents. Eh, toi là !

-O…Oui ? Bégaya la mystérieuse fille, surprise.

-Est-ce que tu peux nous expliquer ce qu’il se passe ?

-Sérieusement…Vous sortez vraiment d’une grotte ? S’étonna-t-elle.

-Quelque chose comme ça, oui ; lui répondis-je en voulant éviter les longues explications.

Elle nous regarda bizarrement pendant un instant mais dans ses yeux, il n’y avait aucune méfiance ni aucune crainte, simplement de l’étonnement d’avoir rencontré deux personnes aussi étranges que nous.

-Et bien…Pour faire simple, nous sommes en guerre contre le démon…

-Et quelle est la situation ? Continua June.

-Je ne peux pas vous expliquer tout ça en deux phrases ! Se plaignit la jeune fille. Je ne sais même pas ce que vous savez déjà et…

-Tant pis, pas besoin d’explication après tout. Je sais très bien ce que cela implique si nous sommes toujours en guerre contre le démon trente ans plus tard !

Sans dire un mot de plus, June sortit de la pièce en trombe en poussant la jeune fille, bien décidée à en finir une bonne fois pour toute. J’étais légèrement étonnée de la voir agir de la sorte, elle qui préférait la réflexion à l’action mais je savais qu’il ne fallait même pas tenter de l’arrêter, cela aurait été inutile. Elle pouvait se montrer aussi têtue que moi quand elle avait une idée dans la tête.

Je me retrouvai donc seule en compagnie de la mystérieuse fille qui semblait à présent tout aussi perdue que moi. Ne voulant pas créer davantage de problème, je tentai de détendre un peu l’atmosphère.

-Et la voilà partie…on ne la changera pas ; dis-je en riant légèrement.

-Vous…Ton amie compte sérieusement affronter le démon ? Me demanda-t-elle, abasourdie.

-Je ne sais pas ; lui répondis-je en haussant les épaules. Mais bon, j’imagine qu’elle doit être toujours frustrée que j’ai affronté Hélios à sa place…

-Tu as…Affronté Hélios ? Mais…

La jeune fille recula, les yeux ronds et les mains tremblantes et je compris que je venais de dire quelque chose de stupide. Si Gariatron était toujours présent, cela signifiait qu’Hélios avait disparu depuis plus de trente ans, et mon visage trahissait mon âge…

Devant le malaise que je venais de créer, j’en vins à la conclusion que cacher la vérité plus longtemps était inutile et n’allait pas faire avancer les choses.

-Je ne sais pas comment l’expliquer…mais nous venons du passé ; lâchai-je.

-Du…Passé ? Répéta-t-elle.

Ses yeux s’arrondirent et un léger sourire illumina sa figure tandis qu’une lueur d’espoir passa dans son regard.

-Alors mon père disait vrai…D’autres ont survécu…

-Ton père ? Répétai-je.

-Quelle impolie je fais, je ne me suis même pas présentée : Mon nom est Yuiko Iori, générale de l’armée de libération de l’humanité.

-Et bien…ça c’est un titre…Sifflai-je, impressionnée.

-Et…est-ce que je pourrais connaitre ton nom ? Continua la dénommée Iori.

-Angéla, Angéla Hopper. Dans le passé, j’étais sur le point de combattre Gariatron mais j’ai été happée par une lumière qui m’a transportée ici…

-Angéla…S’il te plait, j’ai une faveur à te demander : accompagne-moi au QG et je t’expliquerai tout une fois là-bas !

-Après avoir récupéré June, pourquoi pas. De toute façon, je ne pense pas avoir beaucoup d’autre option…


https://www.youtube.com/watch?v=XzDzY3Du5No


La figure de Iori s’illumina et, sur ces belles paroles, nous sortîmes de la salle de classe. Lorsque nous descendîmes les escaliers, j’en profitai au passage pour faire un état des lieux. Ils étaient encore plus poussiéreux que d’habitude et chacun de mes pas soulevait un tel nuage que je dus avancer les mains sur le visage pour ne pas être asphyxiée.

Les lumières de garde ne fonctionnaient plus, les fenêtres étaient fêlées de toutes parts et une atmosphère pesante régnait sur ces lieux. La vie semblait avoir quitté l’école depuis longtemps déjà.

Mon regard fut attiré par un petit objet rond et orange posé par terre dans une des aires. Une vielle balle de ping-pong, abandonnée ici. Les toiles d’araignée l’avaient déjà envahie. Le bruit de mes pas résonna longuement dans le couloir vide de présence humaine autre que la mienne et cette Iori. Tout était si calme. Il n’y avait que de vielles tables rouillées, des sacs encore remplis de cahiers de classe et même un stylo qui n’avait pas été rebouché, à croire que cet endroit avait été abandonné précipitamment. Etait-ce vraiment cela le futur ? Un monde où le silence régnait ? Un monde où l’ombre était maitre ?

Iori se rapprocha de moi et jeta également un regard triste à cette scène de désolation.

-Dis-moi, Angéla, tu as connu cette école, n’est-ce pas ? Me demanda-t-elle d’une petite voix.

-Oui mais je n’ai jamais aimé y être. Je m’y suis toujours sentie mal à l’aise…

-Pourtant, cela semblait être un bel endroit.

-Tu parles…Je n’ai jamais passé une seule journée sans me faire crier dessus par un prof en colère ; ris-je en repensant au passé.

-C’est toujours mieux que de passer une journée sous les coups de feu ; me répondit Iori en ramassant une autre balle.

En entendant cela, je serrai la balle dans ma paume jusqu’à entendre son craquement. Je n’aimais peut-être pas l’école mais cette simple phrase suffit à me mettre hors de moi. Il était hors de question que je laisse une telle chose arriver ! Si c’était le futur, rien n’était encore écrit, nous avions toujours le pouvoir de le changer !

Avec cette résolution en tête, je tournai le dos à ce couloir vide et nous traversâmes la cour à grande enjambées. Je passai tout aussi rapidement devant le cratère créé par Hélios dans le hall pour enfin me retrouver dehors, dans la ville elle-même, et je ne pus croire ce que j’avais devant mes yeux.

Paris, la ville lumière était totalement en ruines. Les immeubles, autrefois si beaux et si élégants se résumaient désormais à de simples murs troués de toutes parts par des impacts. Les rues elles-mêmes n’étaient plus praticables, comme si un séisme avait complètement changé ce paysage et que personne n’était venu depuis.

Les voitures s’entassaient au milieu de la chaussée, elles-aussi abandonnées de leur propriétaire et en miettes. Le boulevard, de mon temps si bruyant, ne produisait plus aucun son, excepté celui d’une lutte violente et d’explosion. Il devait sûrement s’agir de June.


https://www.youtube.com/watch?v=gIi-crTFllI


Je ne réfléchis pas une seconde de plus et j’allai la rejoindre, suivie de près par Iori qui avait dégainé son arme, à l’affut du moindre mouvement suspect.

Comme je le pensais, mon amie était en train de se battre en duel, et ça n’allait pas fort pour elle. Ses ennemis devaient au moins être dix contre elle et ne semblaient pas lui faire de cadeau. Je ne pus m’empêcher de frissonner en constant que ses adversaires n’étaient autre que toujours plus de singes…Je commençais vraiment à faire une indigestion de ces créatures…

-Allez-vous en stupide macaques ! Cria-t-elle.

Ses yeux s’illuminèrent d’un vert inquiétant tandis qu’un halo rouge se formait au-dessus d’elle, ce qui ne sembla pas impressionner ses ennemis qui redoublèrent leurs assauts.

-Apparais, messager du ciel, créateur des tempêtes : Simorgh, oiseau de divinité !

Le grand oiseau vert déploya ses ailes puis poussa un cri perçant et si aigu qu’il déstabilisa tous ses adversaires et que Iori fut obligée de se boucher les oreilles.

-Il est temps d’en finir Simorgh, vent divin !

L’oiseau créa une tornade qui emporta tous les singes avec elle. Je dus m’accrocher à un lampadaire qui tenait encore à peine debout pour ne pas être emportée par la puissance du vent.

Lorsqu’elle se dissipa, la tornade laissa tomber à terre tous les adversaires de June. Pas un seul ne semblait encore en état de se battre après une telle attaque. Mais mon amie aussi avait l’air épuisée, elle avait sans doute utilisé beaucoup de ressources pour faire appel à un tel monstre.

Je me précipitai pour aller la rejoindre.

-Angéla ; dit-elle avec un regard terrifié, fait attention, il pourrait en arriver d’autres !

-D’autres ? Tu veux dire que ce ne sont pas les premiers ?

-Non, c’était la troisième vague, et je suis sûre qu’ils ne vont pas s’arrêter là…Nous devons trouver un abri et vite sinon…

Elle tenta de faire un pas mais chancela aussitôt. Iori la rattrapa juste avant que sa tête ne cogne le sol et son expression se durcit immédiatement.

-Livrer un duel dans ce monde…Ton amie doit être bien courageuse ou totalement inconsciente…

-June ! Dis-je affolée. Qu’est-ce qui ne va pas ?

Sa respiration était saccadée. Je remarquai avec effroi son teint blême. Elle devait être épuisée après tous ces combats. Ses points de vie n’étaient pas au plus haut point non plus, il lui en restait à peine 500. Elle n’aurait pas pu tenir une quatrième vague.

Mon regard se porta sur l’école. Là-bas, nous ne devrions pas être embêtées. Mais encore fallait-il y arriver, et dans son état, je doutai que June puisse marcher…

Comme prévu, un nouveau bataillon arriva, et ils étaient bien plus nombreux cette fois-ci. Ils nous encerclèrent rapidement, si bien qu’il nous était impossible de nous enfuir, plus d’autres choix que de nous battre.

Cependant, alors que je sortais mon disque de duel, Iori posa délicatement June à terre pour faire face à nos ennemis. Ils n’étaient que vingt.


https://www.youtube.com/watch?v=SgBqSEyCZBE


-Angéla…Reste derrière s’il te plait pour protéger ton amie et, quoiqu’il arrive, n’interviens pas ; m’ordonna la jeune fille.

Je n’eus aucune objection à cela, n’ayant moi-même aucune envie de me confronter une nouvelle fois à a ces macaques et je pris mes distances, portant June dans mes bras.

Mais, alors que je pensais que Iori allait se servir de ses armes, cette dernière fut entourée soudainement d’un halo d’énergie doré tandis que l’air se mit à tourbillonner autour d’elle, faisant reculer les singes. Ses cheveux se mirent à crépiter et je pus voir comme des petits éclairs s’en échapper.

Après un instant d’hésitation, les monstres passèrent à l’attaque, se jetant tous en même temps sur la jeune fille mais cette dernière, d’un geste ample du bras, projeta une lame d’énergie qui transperça les macaques comme de vulgaires bouts de papiers.

Néanmoins, même si cette vague d’ennemis avait été vaincue, une autre prit immédiatement sa place et repassa à l’attaque. Elle fut décimée exactement de la même façon.

J’étais impressionnée par les pouvoirs de la jeune fille. Tout comme Hélios le faisait par le passé, elle semblait capable d’utiliser la puissance de ses propres monstres comme la sienne…

Mais, alors que Iori était occupée avec les vagues constantes d’ennemis arrivant d’un côté, elle ne vit par surgir derrière nous d’autres singes, armés jusqu’aux dents.

Oubliant ses instructions, je me levai d’un bond et activai mon disque de duel, prête à en découdre.

-Viens à moi, Kris…

-Ouroboros : Absolute Zero ! S’écria une voix surgit de nulle part qui m’interrompit dans mon action.

Un rayon de glace sombre atteignit de plein fouet les ennemis pour ne laisser ensuite qu’un cratère glacé, fumant et vide. L’attaque ne s’arrêta pas là et, visant la rue par laquelle tous les adversaires de Iori arrivaient, le monstre créa un épais mur, arrêtant ainsi les assauts.

Je regardai presque effrayée la créature qui avaient créé un tel désastre. Elle planait au-dessus de nos têtes majestueusement et je la reconnus aussitôt pour l’avoir vue en action plusieurs fois dans le jeu de Darksky, à la différence qu’elle était noire comme le jais…

Voyant la grimace de Iori à l’arrivée de ce dragon, j’eu peur pendant un instant qu’elle ne me prenne pour cible également, mais elle ne bougea pas, attendant certainement un ordre de leur maître.

Je le vis, ou plutôt je la vis comme il s’agissait d’une femme, sur le toit d’un des immeubles en face de nous. Elle en sauta et retomba sur ses jambes, ignorant les vingt mètres qui la séparaient du sol et nous fixa d’un regard noir.

Elle était grande, assez maigre et devait avoir autour de quarante ans. De longs cheveux bruns volaient gracieusement derrière elle de même qu’une longue cape de la même couleur. Elle portait des vêtements sombres et sobres, un tee-shirt et une jupe, noirs tandis que ses yeux vert émeraude brillaient de colère et de soulagement.

-Iori, es-tu complètement folle pour sortir à une heure pareille alors que tous les gardes sont en patrouille ? ! S’écria-t-elle, furieuse.

La jeune fille grimaça et tenta de se cacher derrière moi et c’est ainsi que le regard de la femme se posa sur June et moi.

Elle se stoppa net et me regarda attentivement, consternée, comme si elle avait vu un fantôme. Lorsqu’elle me dévisagea, j’en profitai pour l’examiner attentivement et ses yeux et son regard me rappelèrent quelque chose.

-An…Angéla ? J…June ? Balbutia-t-elle.

La mémoire me revint d’un seul coup : ce dragon, ce regard si vert, ces cheveux couleurs bois, et cette voix ! Cette personne ne pouvait tout de même pas être…

-Laura ! M’exclamai-je presque soulagée de la voir.

-Mais…vous avez disparu depuis plus de vingt ans ! S’écria-t-elle.

-C’est assez compliqué ; tentai-je d’expliquer malgré mon angoisse pour June. Mais pour l’heure, le plus important est de trouver un refuge pour June.

Laura fronça les sourcils et son regard repassa sur Iori qui, d’un hochement de tête, lui confirma qu’il n’y avait aucun risque.

-Bien, si Iori vous fait confiance, moi aussi. Mais vous avez intérêt à vous expliquer une fois au QG ; dit Laura après un moment de réflexion à observer mon amie.


https://www.youtube.com/watch?v=x0n5yObwyDE


La femme nous emmena de l’autre côté du boulevard, puis, après avoir vérifié des deux côtés que la voie était libre, elle s’engagea dans la rue qui se trouvait dans le prolongement. June se trouvait sur le dos d’Ouroboros, ce qui m’évitait au moins de la porter et Iori assurait nos arrières.

Nous franchîmes ainsi plusieurs ruelles désertes en évitant les grandes artères, dans un silence de mort. Même les battements d’ailes d’ouroboros se confondaient avec une simple brise.

Partout où nous passions, les immeubles tenaient à peine debout. Certaines portes étaient fracassées, tandis que d’autres n’existaient tout simplement plus.

J’eus l’impression d’avoir traversé tout Paris lorsque nous nous arrêtâmes enfin, et j’avais raison. Je n’avais quasiment pas fait attention aux rues que nous traversions tant j’étais angoissée à l’idée de retomber sur ces singes si bien que j’eus un moment d’arrêt en voyant là où nous étions.

-Je…je peux savoir ce que nous faisons à la tour Eiffel ? Demandai-je entre deux respirations.

-Vous allez bientôt comprendre ; me répondit Iori avec enthousiasme.

Laura nous entraîna sous la tour, exactement au milieu des quatre arcs qui la soutenait. Je trouvai étrange que ce monument ait échappé à la destruction en voyant l’état des autres bâtiments. La tour était presque intacte, mis à part quelques traces de rouille sur la structure métallique.

Laura inséra ses deux cartes dans un boitier en face d’elle puis je sentis le sol se dérober sous mes pieds. Non, ce n’était pas ça. Nous étions sur une plate-forme qui s’enfonçait sous terre.


https://www.youtube.com/watch?v=Gpa6R_hF9uc


Les portes s’ouvrirent une minute plus tard après une longue descente dans un tunnel sombre sur un grand espace recouvert de blanc et bruyant dans lequel des centaines de personnes allaient et venaient sans cesse. Il y avait dans cet endroit toutes sortes de choses surprenantes, un champ de blé miniature, un élevage de chèvres, une rivière souterraine et même des immeubles de trois ou quatre étages. Mais le plus surprenant n’était pas la structure, mais les personnes qui s’y trouvaient. Il n’y avait pas que des humains ici, des esprits de monstres de duel se baladaient librement et aidaient les hommes dans leurs taches.

A peine arrivées, Iori s’éclipsa et me laissa seule avec Laura et June qui était toujours inconsciente.

-Elle en fait beaucoup pour son père depuis la mort de sa mère ; soupira la grande brune en enlevant sa cape.

-Tu peux me dire où nous sommes ? Demandai-je déconcertée.

-Ceci est le quartier général de la résistance en France…ainsi que le seul…

-Tu veux dire…

-Tout s’est passé si vite ; me dit-elle avec un voile de tristesse dans le regard. Lorsque vous avez disparu, Darksky et Drago se sont battus contre Gariatron mais n’ont pas été capable de l’arrêter…

-Attends, tu veux dire que…

La femme secoua la tête d’un air triste et je sentis un grand vide au fond de moi. Même si je savais que ce monde n’était pas le mien et que rien de tout cela n’était encore arrivé, savoir que cette possibilité existait me faisait froid dans le dos.

-Drago a été vaincu mais Darksky a été capable de s’enfuir et c’est ainsi qu’est née la résistance.

-Et où est-il en ce moment ? M’exclamai-je.

-Cela fait bien longtemps qu’on ne l’a pas vu ; se contenta de répondre Laura évasivement. Seule Marie réussit à avoir des nouvelles de temps en temps, de même que Iori…

Je voulus la questionner davantage mais la fatigue me rattrapa et je me sentis chancelante. Voyant cela, l’ancienne amie de Darksky m’emmena June et moi à l’hôpital le plus proche, et ce n’était pas ce qui manquait dans cette ville souterraine.

Mon amie fut expédiée en urgence dans une chambre tandis que moi, je me laissai tomber sur la première chaise que je vis et Laura s’assit à côté de moi, l’air pensive.

Nous restâmes de longues minutes assises sur ces chaises sans rien nous dire, regardant simplement droit devant nous.

Je profitai de ce moment de repos pour faire le point. J’avais toujours du mal à réaliser que nous nous trouvions dans le futur, un futur chaotique de plus, dans lequel Drago était mort et Darksky avait sombré…A croire que les choses n’auraient pas pu être pires…Je me demandais bien pourquoi Shadow nous avaient transportées ici…

Soudain, je me rendis compte de quelque chose et je me tournai vers Laura.


https://www.youtube.com/watch?v=4TTzGc6rCa0


-Mais attends une minute…Tu n’étais pas l’alliée de Gariatron ? M’étranglai-je. Pourquoi as-tu retourné ta veste comme ça ?

-Disons que ce monde n’était pas celui que je désirais…et mon père non plus…Me répondit-elle en souriant légèrement.

-Ton…Père ? Répétai-je sans comprendre.

La femme soupira et regarda fixement le sol en croisant les mains.

-J’ai fait de nombreuses erreurs par le passé ; dit-elle dans un murmure, mais il n’a cessé de croire en moi, même lorsque tout espoir semblait alors que moi, je n’étais aveuglée que par la colère et la jalousie…J’étais bien stupide à l’époque…

Laura n’ajouta rien et se perdit dans ses pensées. Cependant, j’avais eu la réponse que j’attendais. Il fallait que je le dise à Darksky une fois rentrée dans mon époque…d’une manière ou d’une autre.


https://www.youtube.com/watch?v=_pv9kOEWIXY


Soudain, une explosion se fit entendre au loin et une alarme retentit dans le hall de l’hôpital tandis que toutes les lumières virèrent au rouge. Les passants s’affolèrent et Laura se leva d’un bond, les yeux remplis de peur avant de se précipiter à l’extérieur.

Devinant facilement le pourquoi de cette alarme, je ne me fis pas prier et je rejoignis la femme dehors.

Un épais nuage de poussière s’étendait dans la ville souterraine et tous les passants avaient disparu pour ne laisser qu’un silence de mort assourdissant et pesant.

Après plusieurs instants pendant lesquels la tension était palpable, la porte par laquelle nous étions entrées dans la cité vola en éclat dans un vacarme assourdissant.

Laura fit un bond en arrière pour éviter les débris et Ouroboros réapparut à ses côtés, grognant et s’agitant dans tous les sens.

Lorsque la poussière se dissipa, je pus apercevoir la créature responsable de ce chaos, celle qui m’avait pris mes amies et celle qui avait tué Drago : Gariatron, accompagné de centaines d’esprits de duel soldats.

-Et bien, je vois que Shadow a bien fait son travail ; siffla la créature avec un sourire carnassier sur les lèvres.

-Gariatron…Grognai-je en serrant les dents, me retenant de l’attaquer de front.

-Viens, Angéla, toi qui n’est pas de cette époque, je te défie de changer le destin de ce monde ! S’exclama le démon en projetant une lame d’ombre vers nous.

Je m’apprêtai à riposter mais Laura fut plus rapide que moi et arrêta net l’attaque avec un mur de glace créé par son dragon.

Le démon eut l’air légèrement surpris de trouver de la résistance mais ne se laissa pas déstabiliser.

-Oh ? Laura, tu t’opposes encore à moi malgré toutes tes défaites passées ?

-Et je n’arrêterai pas, Gariatron ; répondit sèchement la brune.

-Vraiment ? Et qui te dit que cette fois-ci, tu seras en mesure de remporter la victoire ? S’amusa le démon.

-Tout simplement parce que dix-sept années ont passé ; lança Laura avec un petit sourire espiègle sur son visage.


https://www.youtube.com/watch?v=pjLekG0YJZM


Gariatron pencha la tête sur le côté et, au même moment, une voix puissante résonna dans la rue :

-Eternal Light !

Un rayon de lumière surgit de nulle part derrière nous et alla frapper Gariatron droit dans le ventre. Ce dernier fut repoussé si violemment qu’il traversa un mur qui s’écroula sur lui. Un instant plus tard, Iori apparut à nos côtés, à nouveau entouré de cette aura dorée tandis que dans ses mains, deux sphères d’énergie crépitaient.

-D…Désolé pour le retard ; bégaya-t-elle.

-Mais tu es juste à l’heure, Iori ; lui répondit Laura, amusée.

Gariatron émergea des débris, écumant de rage, un halo d’énergie noir l’entourant et ses yeux virèrent au rouge sang.

-Luminion…Encore et toujours à me mettre des bâtons dans les roues celui-là ! Hurla-t-il.

Sans autre sommation, Iori envoya un autre rayon de lumière vers Gariatron mais le démon l’esquiva cette fois-ci et se jeta sur la jeune fille. Laura tenta de s’interposer avec Ouroboros mais les murs de glaces furent inefficaces pour l’arrêter.

Gariatron asséna un puissant coup de poing à la jeune fille qui glissa sur plusieurs mètres mais ne tomba pas, tenant incroyablement bien une attaque qui aurait certainement dû lui briser les os…

Je voulus lui prêter main forte mais je fus séparée de Laura et Iori par un esprit de duel me barrant la route et m’obligeant à reculer.

Mais je ne comptais pas me laisser impressionner pour si peu. J’avais toujours une dent contre Gariatron et il était grand temps de me venger de lui, surtout si je n’avais pas pu le faire dans le passé !

-Viens nous rejoindre, Athéna !

A mes côtés s’éleva une grande guerrière aux cheveux d’argents et armée d’une lance et d’un bouclier. Tout en l’invoquant, je matérialisai également les mêmes armes que la déesse dans mes mains et je souris. Moi qui avais toujours voulu me battre un jour comme les héros de mythologie, j’en avais enfin l’occasion…

Avec un cri de guerre, et en synchro avec Athéna, nous nous jetâmes sur le monstre. Celui-ci tenta de nous asséna un coup de griffe mais la guerrière para facilement l’attaque pendant que je plantai mon arme dans le torse de la créature.

Aussitôt, elle s’évapora dans un millier d’étoiles dorées et fut rapidement remplacée par d’autres. Je ne me laissai pas démonter et je continuai mes assauts.

Ainsi, oubliant totalement le danger, je me jetai à bras ouverts dans la bataille. Je chargeai tête baissée avec ma lance et Athéna assurait mes arrières puis nous échangions les rôles, terrassant de la sorte des dizaines et des dizaines d’ennemis.

Je sautai, courai, esquivai, parai et attaquai sans un seul instant de répit, décimant sans compter l’armée de Gariatron. Au loin, je voyais que la bataille entre le démon et mes deux alliées faisait rage mais il m’était toujours impossible de les rejoindre à cause de la masse d’ennemis…

Soudain, alors que je m’apprêtai à terrasser un autre ennemi, un deuxième arriva par le sol et Athéna fut incapable de me protéger de cette attaque. Je fus donc me jeter maladroitement sur le côté mais je ratai mon atterrissage, trébuchant sur un débris de mur.

Athéna tenta de me rejoindre mais, baissant sa garde, l’un des monstres en profitant pour cracher une rafale de flammes qui nous sépara et me laissa totalement à la merci de la seconde créature…

Je serrai les dents. Je n’avais pas peur. J’étais simplement furieuse contre moi-même d’avoir commis une erreur aussi stupide et qui allait me coûter cher à présent…

Le monstre se jeta sur moi et, dans un dernier effort, je levai le frêle bouclier devant moi pour me protéger mais je n’eus pas l’occasion de m’en servir. En effet, le monstre fut arrêté dans sa course par une force invisible avant d’être projeté à l’autre bout de la salle, sous mes yeux ébahis…

-Et bien, je ne peux pas te laisser seule une seconde on dirait ; ricana une voix à quelques mètres de moi.

-J…June ? M’écriai-je aussi surprise qu’heureuse de l’entendre.

Je me mis à regarder de tous les côtés mais je ne pus repérer mon amie alors que sa voix était toute proche…

L’air à ma gauche se mit alors à tourbillonner et, comme un fantôme, June apparut, chevauchant un petit dragon rouge. Mon amie sauta à terre et j’écarquillai les yeux, interdite.

-Mais…Comment ? Tu étais…

-La médecine du futur est formidable ; s’amusa-t-elle en s’étirant. Mais je crois que nous n’avons pas vraiment le temps de parler de ça, Iori et Laura semblent avoir des problèmes…

Je jetai un coup d’œil aux deux combattantes et, effectivement, elles ne semblaient pas en excellente posture…Gariatron répétai les assauts incessants et ne laissait pas une seule seconde aux deux filles pour reprendre leur souffle.

Soudain, le démon projeta une boule d’énergie droit sur Iori qui fut incapable de l’esquiver et qui fut projetée en arrière, traversant plusieurs maisons avant de se faire ensevelir par des débris…

-Allez, Angéla, il est temps de jouer aux héroïnes ; me dit June en me tenant une main pour me relever.

-C’est ma phrase ça ! Protestai-je en attrapant sa main.

Nous nous regardâmes pendant un instant, mi amusées, mi sérieuses. Nous n’avions pas besoin de nous parler, nous savions ce qu’il nous restait à faire à présent.

D’un accord tacite, June disparut à nouveau avec son dragon et m’ouvrit la voie, attaquant furtivement les monstres pour me dégager un passage dans lequel je m’engouffrai, accompagnée d’Athéna qui repoussait les attaques à distance.

Grace à June, je franchis aisément la distance qui me séparait de Gariatron et, sans réfléchir, j’ordonnai à Athéna de s’interposer au moment où le démon attaquait une nouvelle fois Laura tandis que mon amie alla aider Iori à se dégager.

Le visage du démon se crispa et je crus lire un léger soulagement dans les yeux de Laura à mon intervention.

Mais, alors que je pensais que ma venue allait le déstabiliser et nous donner un instant de répit, Gariatron devint comme fou, je crus même qu’il allait exploser, au sens propre, tant il faisait trembler les murs.

-Assez ! Hurla-t-il. Angéla, je comptai me servir de toi pour perturber le destin mais puisque tu en sembles incapable, je vais me contenter de tous vous exterminer une bonne fois pour toute !

-Non ! Cela n’arrivera pas ; s’exclama Laura en s’avançant d’un pas vers lui, une détermination sans faille brulant dans son regard.

-Tu imagines toujours que vous, simples humains, vous pouvez résister à un démon tel que moi ! Quelle ineptie, je m’en vais vous montrer mon véritable pouvoir !

Une énergie noire tourbillonna alors autour de lui, et nous prit au piège. Je vis une forme sombre s’élever au-dessus de lui, une sorte d’immense serpent ailé et sombre et mon cœur s’accéléra.

Quand enfin le serpent se fut détaché totalement de son ancien corps, je vis celui d’Hélios tomber mollement à terre, exactement tel que nous l’avions vu disparaitre.

L’essence de Gariatron s’était finalement totalement régénérée, il ne devait plus avoir besoin du corps d’Hélios pour rester dans ce monde.

Le démon nous faisait face du haut de ses dix mètres, majestueux et terrifiant à la fois…Il poussa un rugissement qui fit cesser immédiatement tous les combats en place et toutes les têtes, alliées et ennemies, se tournèrent vers le roi des démons puis un silence de mort tomba sur le quartier général, tous attendant ce que Gariatron avait à dire.

-Cette guerre…n’a que trop duré, et il est temps d’y mettre un terme ! Moi, Gariatron, roi des six démons originels, je fais le serment ici et maintenant de détruire tout ce qui vit sur cette terre ! Il n’y a plus d’échappatoire !

Il planta ses griffes démoniaques dans le sol, et une onde de choc se propagea tout autour de nous, faisant trembler ciel et terre.


https://www.youtube.com/watch?v=EgWDYeXDCS4


-Je ne laisserai pas cela arriver ; rétorqua Laura en serrant le pendentif qu’elle avait autour du cou. Il a donné tout ce qu’il avait pour un monde meilleur, un monde où je pourrais enfin vivre heureuse.

Des larmes coulèrent de sa figure lorsqu’elle dit cela et cristallisèrent aussitôt en perles glacées.

-Je ne peux pas, je ne dois pas échouer ! Toutes les personnes ici ne veulent qu’une seule chose, pouvoir vivre tout simplement, et je compte bien réaliser leur souhait, même si je dois y laisser ma propre vie !

-Tu penses vraiment que les pouvoirs que j’ai conférés à ta famille seront suffisants pour me vaincre ? Voilà ce que je déteste le plus dans l’humanité, ce sentiment de se sentir toujours supérieur, vous me faites penser à Luminion…

-Tu as tout faux, je n’ai jamais prétendu pouvoir te vaincre et m’en sortir indemne. Je suis, nous sommes tous animés par le sentiment de l’espoir, mais tu ne peux sûrement pas comprendre…

-L’espoir ? Dit-il, étonné de sa réponse. Ridicule, c’est un sentiment pour les faibles ! La volonté, le courage, l’espoir, tout cela est réservé aux faibles comme Luminion ! Je vais vous prouver que seule la force compte dans un combat !

-Unis comme un seul esprit, la puissance des ténèbres s’alliera à celle de la lumière, la galaxie, les cieux, la terre et les gardiens se dresseront contre l’oppresseur…Récita Laura dans un murmure.

Elle jeta un regard dans ma direction. Il ne nous en fallait pas plus pour nous faire comprendre. Je pris sa main et je sentis une énergie indescriptible m’envahir.

-Reçois le, notre espoir à tous !

Une vague d’énergie blanche et éblouissante fusa à toute vitesse vers Gariatron, qui ne se laissa pas déstabiliser par cette manifestation de puissance et riposta en soufflant un feu noir.

Les deux rayons se percutèrent et libérèrent une telle énergie qu’elle balaya tous les soldats autour de nous. Aucun des deux ne semblait vouloir renoncer ni céder un millimètre de terrain l’ennemi. Les deux puissances étaient de puissances égales, la lumière égalait les ténèbres à un niveau encore jamais atteint auparavant.

-Je dois bien avouer que tu m’impressionnes Laura, développer ton pouvoir de cette façon n’est pas donné à tout le monde, même pas à ton père, mais il ne représente qu’une infime partie du mien, une goutte d’eau dans un océan que je vais noyer !

-Oui, tu as peut-être raison, mais ce sont ces mêmes gouttes d’eau qui ensemble forment ton océan si précieux.

-Les beaux mots ne te sauveront pas Laura, seuls les actes comptent ! Rugit le démon.

L’énergie de Laura semblait faiblir alors que celle de Gariatron allait en augmentant. Nous perdions peu à peu du terrain, et ne nous pouvions rien faire pour l’en empêcher…

Soudain, deux nouveaux rayons se mêlèrent au nôtre, amplifiant notre puissante et nous faisant regagner lentement du terrain sur le souffle de feu noir de Gariatron.

-Gariatron…Je sauverai mon père des ténèbres dans lesquelles il est plongé par ta faute ! S’écria Iori derrière nous.

-Je n’ai pas de grand discours à faire…Mais, même si mes raisons ne sont pas personnelles, je refuse de voir souffrir autant de monde par la faute d’un seul être ! Ajouta June en prenant place à mes côtés.

-Iori…June…Laura…Murmurai-je, impressionnée par leur courage.

-Je ne renoncerai pas Gariatron ! Enchaina Laura, soudain entourée d’une aura aussi sombre que celle de Gariatron. Ren n’est perdu tant que l’on n’est pas à terre ! Subzero Darkness !

Le rayon de lumière de Laura gagna en intensité et surtout en puissance, virant au bleu glacé si bien que le sol et le plafond commencèrent à se fissurer rien qu’avec l’énergie dégagée par le choc entre les deux attaques.

Leurs puissances étaient égales. Il était totalement impossible de dire qui l’emportait sur l’autre mais je ne laissai pas impressionner, tout comme June et Iori, je mêlai toute la puissance d’Athéna dans cet ultime explosion d’énergie.

-Je suis un démon ! Je ne crois pas aux miracles, je les crée ! Et voilà le miracle que je vais vous montrer : votre disparition définitive de cette pla…

Il laissa sa phrase en suspens, tandis que je vis ses yeux s’agrandir de surprise, si bien qu’il cessa immédiatement son attaque. Laura saisit ce moment de distraction pour lui porter le coup de grâce. La lumière qu’elle irradiait fusa en direction de notre ennemi qui n’eut le temps de de pousser un rugissement de surprise avant de se faire baigner par l’aura pure de Laura.

Une nouvelle explosion de lumière illumina la pièce et nous aveugla totalement pendant plusieurs secondes. Mon cœur battait à tout rompre et je sentais le sang frapper contre mes veines à l’intérieur de moi tandis que j’haletai, à bout de souffle après une telle attaque.

-Est-ce que c’est terminé ? Demanda June avec une pointe de doute dans sa voix.

-Je crois que o…

Cependant, lorsque la lumière du rayon se dissipa, nous le vîmes, affaibli, mais en vie. Gariatron se retourna, furieux.

Hélios s’était relevé. Il avait un air patibulaire, mais un sourire cruel illuminait son visage.

-T…Toi ! Bégaya Gariatron comme à bout de souffle.

Il fit trois pas chancelant vers le seigneur soleil avant de s’écrouler. Lorsque son corps heurta le sol de la pièce, je crus qu’elle allait s’effondrer mais elle tint bond.

Tous les regards étaient figés sur le démon et sur Hélios qui se faisaient face. Les combats avaient cessé et tous attendaient l’issue finale.

Gariatron ne faisait plus un seul mouvement, une épée d’or était plantée profondément dans son dos et du sang noir en dégoulinait, mais nous pouvions toujours entendre son souffle rauque dans le silence de la salle.


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-C’est terminé Gariatron ; dit enfin Hélios, plus jamais tu ne sèmeras la terreur sur terre.

-J…J’ai…perdu ? Je…Je n’imaginais pas les choses ainsi ; murmura Gariatron d’une voix déformée par la douleur. Ainsi, je suis trahi par celui qui autrefois a fait en sorte que je vive…encore une fois…

Il y avait dans ses paroles comme du regret, une sorte de nostalgie d’un autre temps désormais révolu. Mais pouvait-il ressentir un tel sentiment ? Je n’avais jamais imaginé le démon qui se tenait devant moi ressentir la moindre émotion positive. Mais tous les êtres vivants ne sont-ils pas régis par les mêmes lois ? Mais Gariatron était-il un simple être vivant, ou bien une créature fantastique telle qu’elles sont décrites dans les livres ? Je ne savais plus quoi penser, toutes ces histoires d’origine m’avaient totalement embrouillé l’esprit.

-Non Gariatron, c’est toi qui t’es éloigné de la vérité.

-C…Comment ? Répondit ce dernier dans un souffle à peine audible.

-Ta haine contre l’humanité t’a conduit à faire des choses que jamais tu n’aurais fait en temps normal, des choses que toi-même, si tu prenais le temps de revenir sur ton passé, tu condamnerais. As-tu oublié ton véritable but, celui pour quoi j’ai accepté de t’héberger ?

-Les humains…Murmura-t-il, le regard plongé dans le vide.

Le démon ne répondit rien de plus et se contenta de fermer les yeux. Le silence pesant qui régnait ne se dissipa que lorsqu’il les rouvrit, une esquisse de sourire sur son visage de serpent, mais cette fois ci, non pas un sourire assassin, mais de tranquillité.

-Je déteste…vraiment les humains…Soupira-t-il.

Il tourna son long cou dans notre direction et nous adressa la parole :

-Iori…Laura…Je n’aurais jamais cru dire cela un jour mais…vous m’avez surpassé…Vous, de simple humaines insignifiantes…

-Je…Je ne sais pas si je dois le prendre comme un compliment…bégaya la jeune fille, gênée.

Laura répondit d’un signe de la tête, encore trop bouleversée par ce qu’elle voyait pour dire autre chose.

-Si Luminion vous voyait, je suis sûr qu’il serait fier de vous.

Le démon puisa alors dans ses dernières ressources pour nous faire face une dernière fois. La bataille avait totalement détruit le plafond de la salle, et le ciel était désormais visible, même dix mètres sous terre.

Le soleil pointait timidement ses rayons parmi les fissures des murs, un ciel bleu azur s’étendait au-dessus de nos têtes. C’était apparemment la première fois depuis longtemps qu’il brillait ainsi pour Laura et les autres à en juger par leur regard.

-Je n’aurai jamais cru pouvoir revoir un jour le soleil ; l’amie de Darksky, émerveillée par ce phénomène si normal qu’est un lever de soleil le matin.

Le corps de Gariatron, baigné par cette lumière, scintillait de mille feux…Non, c’était son propre corps qui émanait cette lumière.

-Angéla, June ; dit-il soudainement ; ce que j’ai tenté de faire en vous transportant ici…était stupide…Je compte sur vous pour me faire réaliser cela dans le passé…

-Euh…oui, bien entendu, répondis-je déconcertée par sa question si soudaine.

Son corps se décomposa alors en une trainée d’étoiles et de faisceaux de lumières se propageant rapidement au dehors par l’ouverture du toit et lentement, je le vis se fondre dans la clarté du matin.

-Adieu Hélios, je…suis désolé, rien ne pourra pardonner ce que j’ai fait, je le sais bien…dit-il dans un dernier murmure.

-Je ne sais pas si je pourrais t’en vouloir, je suis aussi fautif que toi ; lança le roi en haussant les épaules.

Gariatron sourit et poussa alors un dernier rugissement avant de disparaitre totalement pour ne laisser qu’un éclat de lumière se dissipant peu à peu.

C’est alors qu’une plume d’un blanc immaculé vint se poser délicatement juste devant moi. Etait-ce…un cadeau d’adieu de Gariatron ? Dans le doute, je mis l’objet dans ma poche et je le conservais précieusement.

Je me tournai vers June, lui lançant un sourire satisfait et elle me le rendit. Nous frappâmes nos bras en signe de victoire tandis que timidement, des têtes émergeaient des habitations. Rapidement, les rues furent bondées d’humains et d’esprits, tantôt abasourdis, tantôt pleurant de joie.

-C…C’est la première fois que je vois le soleil…S’émerveilla Iori, des étoiles dans les yeux. Il est si…chaud et réconfortant…

-Tu vas pouvoir profiter des bains de soleil à la plage maintenant ! Lui dis-je en riant.

-Avant de penser à retourner à la plage, il va falloir tout reconstruire…ça ne va pas être une mince affaire…Soupira Laura.

-Vraiment ? Pourtant cela devrait être un jeu d’enfant pour celle qui a vaincu le démon ! S’exclama Hélios.

-Je vous rappelle que c’est tout de même à cause de vous si nous en sommes là maintenant ! Lui dit Laura, menaçante, alors vous allez mettre la main à la pâte et plus vite que ça !

-Oui…c’est vrai, vous n’avez pas tort…mais…

-Il n’y a pas de mais qui tienne Hélios ! Vous reconstruirez comme tout le monde ! Vous serez même le premier !

-Eh ! Il faut se calmer mon enfant ; dit-il sur la défensive, détendez-vous, le mal est parti, nous avons tout notre temps, rien ne presse.

-Me détendre ?! S’exclama Laura. Vous plaisantez j’espère, ce n’est pas le moment de bayer aux corneilles, il nous faut encore rassembler les derniers partisans de Gariatron, prévenir tout le réseau de notre victoire, balayer les décombres, réhabiliter la surface…

Pendant que Laura exposait son cahier de charge, Hélios levait les yeux au ciel et haussait les épaules. Iori tenta de les calmer, en vain et elle se fit expulser de la conversation, jugée comme trop jeune pour comprendre et la jeune fille vint bouder à côté de nous.

-Et voilà, dès que la guerre est finie, je passe de générale à gamine ! Se plaignit-elle en gonflant les joues.

-En les voyant tous les deux, je trouve que tu es la plus adulte du lot, lui répondit June, amusée.

-En même temps, tu es en train de supposer qu’Hélios est un adulte…ce qui me parait assez faux…rétorquai-je en me souvenant de sa course de Dragons.

Nous éclatâmes de rire toutes les trois pendant que Laura et Hélios continuaient à sa chamailler comme deux gamins.

Mais, en un sens, cela me faisait chaud au cœur de voir que les problèmes du quotidien refaisant rapidement surface.

Soudain, June et moi fûmes entourées de la même lumière que celle ayant enveloppé Gariatron un peu plus tôt et nos corps commencèrent à devenir translucides. Je compris alors que, à présent que le démon avait disparu, nous ne pouvions pas rester plus longtemps dans ce monde qui n’était pas le nôtre.

Iori sursauta et Hélios et Laura cessèrent leurs querelles pour se retourner vers nous, mais ils n’avaient pas l’air surpris.

-Vous nous quittez déjà ? Demanda Hélios de la façon la plus naturelle qui soit.

-Oui, il semblerait que notre rôle se termine ici ; lui répondit June.

-Merci à vous deux, nous dit Laura, les larmes aux yeux. Nous n’oublierons jamais ce que vous avez fait pour nous. Votre mémoire perdurera longtemps après votre départ, comme celle de nos amis disparus.

-Je passerai peut-être vous voir un jour qui sait ! S’exclama Iori avec un large sourire.

-Si vous inventez la machine à voyager dans le temps, pourquoi pas ; m’amusai-je.

Le monde commença à devenir flou tandis que la lumière émanant de nos corps s’intensifiait. La dernière image que nous vîmes d’eux alors qu’ils disparaissaient peu à peu fut l’ombre blanche de Gariatron, tel un mirage se fondant dans le paysage, flottant derrière Hélios, Iori et Laura, et les entourant d’un geste protecteur, comme veillant sur ce monde nouveau.





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le bon temps…

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