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[Fic]L\'Avènement des Dieux, Rebirth
heart earth
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[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [18/09/2019] à 00:07

Chapitre 36 : Ether. Ce pour quoi nous avons lutté



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=Y8sQu1N406c


« Kitshono, Blue Flame ! »

Mon spiritual cracha une spirale de flamme aux pieds du Sphinx pour le ralentir mais cela n’eut aucun effet, de même que toutes nos tentatives depuis maintenant une demi-heure. Cette créature était-elle invincible ?

Il n’y avait rien à faire. Masamune volait tout autour de la grande créature, larguant sans relâche tout son stock de TNT mais cela n’avait aucun effet. De plus, les armes conventionnelles comme le sniper d’Akame, les missiles de l’hélicoptère de Laure ou les balles tirées par l’armure de Ryoko étaient impuissantes. Je ne savais même pas si nous avions réussi à lui infliger le moindre dégât.

Elwood et le reste de la fédération s’occupaient de Darkness et Apophis, ainsi que des hommes d’Hélios qui avaient surgi de nulle part. Heureusement pour eux, les deux créatures divines et les simples sbires semblaient bien moins résistantes que ce Sphinx à la tête aussi dure que de la pierre. Je ne pouvais pas dire qu’ils menaient le combat mais au moins, ils n’étaient pas écrasés sans pouvoir riposter.

« Violet, je suis presque à cours de munitions ! Me dit alors Masamune dans mon oreillette. Il va nous falloir un plan rapidement ou alors ce truc va anéantir la ville !

— Je le sais… Je le sais… Grimaçai-je. »

Il nous fallait un plan. Et vite. Les niveaux de puissance étaient bien trop déséquilibrés pour nous permettre de simplement frapper au hasard. Les yeux du colosse étaient peut-être la seule partie de son corps non protégée… mais s’approcher relevait de l’exploit. En effet, un épais mur de flammes sombres entourait le corps de la créature des ténèbres, la protégeant de toute attaque directe.

« Qu’aurais-tu fait à ma place, Soichiro ? Murmurai-je. »

Mon ex— mari, en plus d’être un scientifique de génie, était également un grand combattant d’Izrath. Même si nous nous battions autrefois à armes égales, seule la puissance de mon Spiritual me permettait de lutter contre la coordination parfaite qu’il possédait avec Zephyra et Azéthys. Les mouvements qu’il effectuait en leur présence… semblaient si harmonieux et si parfaitement calculés… C’était comme si… Il combattait comme une seule entité.

« Une seule entité… Peut-être que… »

Une idée folle me traversa la tête. Cela allait à l’encontre de la raison et même de la logique… Mais ce sphinx lui-même défiait les lois de la nature. Nous ne pouvions pas le battre avec des méthodes conventionnelles. Pour remporter combat, j’allais avoir besoin… de dépasser les limites imposées par la physique de notre monde…et me reposer sur les théories d’Izrath.

Alors que j’étais à terre, à l’orée de la ville, là où le désert laissait place à la civilisation, je me relevai de toute ma hauteur pour faire face au monstre.

Je ne pouvais pas perdre ce combat. Cette chose était celle qui m’avait tout pris vingt-cinq ans plus tôt, lors du Purple Requiem. Mon travail, l’homme que j’aimais, mes amis, mon avenir, ma ville, mes espoirs… Je n’avais pas le droit d’échouer maintenant. Cette bataille était ce pour quoi j’avais… nous avions lutté, la fédération et moi, pendant toutes ces années. L’échec n’était pas une option.


https://www.youtube.com/watch?v=9ensGipNnSU


Lentement, j’enlevai l’anneau que je portais au doigt, tout comme je l’avais fait, vingt-cinq ans plus tôt, dans ce confessionnal où j’avais dit adieu à Soichiro. Quelle ironie du sort… Il fallait croire que ma main n’était pas faite pour porter une bague.

Avec un sourire, je fixai une dernière fois cet artefact que m’avait remis Elwood pour me protéger et je sortis la Shungite de ma poche, la première de nos inventions d’une longue série qui n’aurait jamais dû s’arrêter de la sorte. Puis je plongeai mon regard dans les yeux bleus glacés de mon Spiritual et mon cœur se serra. Il avait toujours été là pour moi. Aussi loin que mes souvenirs remontaient, ce renard était mon seul et unique compagnon de jeu. Lors des longues soirées d’hiver, j’aimais m’endormir dans son long pelage blanc et enflammé au milieu de la neige. Lorsque le printemps arrivait, je me promenai à ses côtés au milieu des cerisiers en fleur de notre résidence. En été, ses flammes bleues se confondaient avec le bleu de la mer et dansaient au gré des vents secs. La pluie de l’automne devenait si agréable à regarder à ses côtés, dans cette immense château vide que nous habitions, lui et moi… Oui, tout cela… étaient des souvenirs que je chérissais.

« Merci… Merci pour toutes ces années… Kitshono… Mon irremplaçable partenaire. »

Le grand renard blanc tourna légèrement sa tête vers moi et je crus distinguer une sorte de sourire se dessiner sur ses babines, sourire que je lui rendis, non sans verser quelques larmes.

« Merci…et adieu… »


https://www.youtube.com/watch?v=iSHX2oPsYTk


D’une main tremblante, je brisai dans mon poing l’anneau en même temps que la Shungite. Immédiatement, un éclair blanc illumina le ciel et s’abattit sur moi. Le renard poussa un long hurlement tout en disparaissant dans l’obscurité. Mais au lieu de s’évaporer dans le néant, les particules lumineuses se dirigèrent vers moi, m’enveloppèrent dans une douce chaleur réconfortante et apaisante.

Le sphinx, pour la première fois, s’arrêta devant la boule d’énergie pure que j’étais devenue. Tout mon corps s’était métamorphosé en une véritable torche humaine. Je baignai dans la lumière blanche des flammes laissées par Kitshono.

« Résonne au milieu du requiem du désespoir, sainte mélodie ! Perfect Summon : Violet… Symphony ! »

D’un mouvement de la main, je dissipai le feu protecteur qui m’entourait pour faire face à mon ennemi. Immédiatement, tous les combats cessèrent et les regards, alliés et ennemis, se tournèrent vers moi. Mon apparence avait changé. Tout mon corps irradiait une lumière aveuglante. Ma robe semblait faite d’un feu ardent, bleuté, de même que mes longs cheveux d’or qui, en plus d’avoir viré au blanc, crépitaient, débordant d’une énergie infinie. Dans ma main s’était matérialisée une longue épée de Saphir tandis qu’à mon doigt brillait un nouvel anneau, le même que celui que j’avais laissé à Soichiro, vingt-cinq ans plus tôt.

« Ma… man ? Bégaya Alice, interdite.

— Ne t’inquiète pas, ma fille. Je vous protégerai tous. Tel est le serment que j’ai fait ce jour-là. »

Avec une vitesse surhumaine, je me jetai vers le Sphinx, ma lame pointée vers l’avant. Le colosse tenta de riposter d’une rafale de feu noir mais je déviai aisément les flammes de la pointe de mon épée. Lorsque le monstre leva sa patte sombre pour m’écraser, j’esquivai en l’air et, d’un coup sec, je la tailladai. Cette fois-ci, son armure ne résista pas et mon arme s’enfonça profondément dans sa chair.

Un liquide doré gicla sur le sol et le titan chancela mais je ne m’arrêtai pas. Armée de cette nouvelle puissance, je fis un bond de plusieurs mètres jusqu’à me retrouver à la hauteur de son visage. Je concentrai mon énergie le long de la lame de saphir… avant de la relâcher d’un seul coup. Une vague bleutée s’échappa et frappa le monstre sans qu’il ne pût riposter.

Le Sphinx lâcha un hurlement de douleur alors qu’une large entaille s’était formée en travers de son visage et je réattéris sur le sol sans difficulté.

Aussitôt, les flammes qui le protégeaient jusque-là des attaques s’éteignirent, laissant sa peau à découvert.

« Maintenant ! Ordonnai-je à mes camarades. »

Ceux-ci ne se firent pas prier. Masamune largua une nouvelle dose de TNT sur le dos de la créature mythologique. Cette fois-ci, l’explosion déchira les tissus de la grande créature, laissant sa chair à vif. Akame, au loin, tira une nouvelle fois au Sniper, droit dans la patte arrière.

Dans un vacarme assourdissant, le monstre s’écrasa au sol tout en faisant trembler la terre sous son poids. Laure, devant cette occasion, bombarda Gizeh de missiles depuis l’hélicoptère de combat tandis que Ryoko, d’un coup de poing dont la force était décuplée par son exosquelette, enterra profondément cette abomination sous le sable.

Evidemment, cela ne fut pas suffisant et, folle de rage, l’immense créature ressurgit, plus ténébreuse que jamais. Mais j’étais prête. Alice vint se positionner à côté de moi, elle aussi, enveloppée par les pouvoirs de la Shungite, maitrisant à la perfection l’énergie sombre qui avait ravagé Tokyo.

« Finissons-le ensemble, maman, et ensuite, nous pourrons retrouver papa, me lança-t-elle avec un sourire rempli d’espoir. »

J’hochai la tête en lui rendant son sourire et lui pris sa main dans la mienne. Nos deux corps se mirent à rayonner de plus belle, le mien de cette lumière blanche d’espoir, le sien de cette lueur sombre qui avait pris la vie de tant de gens par le passé.

Une rafale d’énergie obscure fusa vers nous, détruisant tout sur son passage, comme un rayon laser de film de science-fiction mais nous ne nous laissâmes pas impressionner. De nos mains jointes, une Sphère dorée s’échappa et attira vers elle le déluge de flammes sombres.

Comme absorbant cette énergie, la sphère se mit à grossir, encore, et encore, devenant de plus en plus grande et de plus en plus lumineuse. Bientôt, elle irradia une lumière telle qu’elle fit de l’ombre au soleil et atteignit la taille du Sphinx des ténèbres.

Apophis et Darkness reculèrent, de même que tous les hommes d’Hélios, devant la puissance phénoménale que nous dégagions. C’était comme si une étoile naine prenait naissance sous nos yeux.

Puis, lentement, notre riposte commença à remonter le flux d’énergie, continuant à se nourrir de lui. « Plus jamais… Plus jamais je ne laisserai une telle catastrophe se reproduire ! Hurlai-je, ma voix couvrant le fracas du vent. Le Purple requiem est dans le passé. La seule mélodie qui retentira dans nos cœurs… Sera celle que nous aurons créée ! Symfonie Z nového světa ! »

Tout en prononçant ces mots, au loin, un sifflement se fit entendre. Un coup de tonnerre. Des cris d’espoir. Des encouragements. Une explosion de lumière blanche. Une bourrasque qui balaya tout sur son passage. Une tempête de sable. Puis plus rien. Le silence. Les ténèbres. Un corps immense gisant au sol, inerte et décapité. Et ma fille et moi, seules, debout au milieu du désastres.

Cependant, j’étais à bout de forces. J’avais dépassé les limites de mon corps… et celui-ci me le rappela enfin. Mes pouvoirs disparurent d’un seul coup et je m’effondrai sur le sol, vidée de mes forces.


https://www.youtube.com/watch?v=_pv9kOEWIXY


Alice se précipita vers moi mais je l’arrêtai d’un signe de la main.

« Ne… Ne relâche pas ta garde… Alice… Haletai-je, de grosses gouttes de sueur perlant de mon front. Le combat… est loin d’être terminé… »

En effet, Gizeh avait peut-être été vaincu… Mais Apophis et Darkness, ainsi que l’armée d’Hélios, étaient encore debout, prêts à se battre. Ils étaient peut-être désorientés par la défaite du plus puissant d’entre eux… mais nos troupes le seraient tout autant si elles me voyaient à terre.

Mais, alors que je pensais avoir un répit temporaire grâce à la stupéfaction générale, le soleil s’obscurcit et laissa place à une lune noire.

Non… Ce n’était pas une lune… Aucune éclipse solaire n’était prévue aujourd’hui… C’était… autre chose, de beaucoup plus sombre, de beaucoup plus terrifiant, de beaucoup plus malsain…

Apophis poussa un rugissement au loin et je vis, à ma stupeur, qu’il était en train de grandir tandis que la carcasse du Sphinx disparaissait. Oui… Tout comme je l’avais fait avec mon Spiritual, ce monstre était en train d’absorber la puissance de son congénère, baigné par les rayons de cette lune noire.

Mes soldats reculèrent, prudents et mon cœur se serra. Le serpent géant faisait à présent la taille du la tour Ether… Un seul de ses mouvements aurait suffi à créer un séisme capable de raser une vile toute entière.

Mais ce qu’il fit me glaça encore plus le sang. Le reptile divin leva la tête vers le ciel… et cracha une salve de venin enflammé vers la mer de nuages. Tel une pluie de météorite, le venin retomba sur Terre, annihilant tout ce qui entrait en contact avec lui, y compris ses propres alliés. Masamune, Akame et Laure eurent le temps de se réfugier à l’intérieur de leurs véhicules, Elwood et les invocateurs d’Ether érigèrent un bouclier protecteur en catastrophe, mais Alice et moi étions hors de leur portée, exposée à cet acide mortel.

C’est alors que je la vis. Cette goutte de venin, grosse comme une voiture, plonger vers nous, prête à nous tuer sur le coup. Je tentai de me relever mais il n’y avait rien à faire. Mon corps ne m’obéissait plus. Heureusement, Alice était encore en pleine possession de ses moyens. Elle pouvait fuir. C’était tout ce qui m’importait.

Cependant, au lieu de cela, avant même que je n’eus le temps de le réaliser, ma fille se mit devant moi, écarta les bras… et fut touchée de plein fouet par ce jet mortel.

« A… Lice ? … »

Je levai le bras, tremblante, alors qu’un liquide pourpre et poisseux m’éclaboussa le visage tandis que je pouvais voir le ciel… à travers le trou béant ouvrant en deux le ventre de ma fille.

« ALICE ! »



Chapitre 37 : Ether, l’ultime bataille



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=Gpa6R_hF9uc


Alors que j’allais me précipiter pour prendre ma fille dans mes bras avant que sa tête ne heurte le sable, mon corps refusa de m’obéir. Cependant, ce n’était pas la fatigue musculaire qui se faisait ressentir. J’étais littéralement figée, comme si tous mes membres étaient pris dans la glace, entièrement paralysés. Mais il ne s’agissait pas que de moi. Partout où mes yeux pouvaient se poser – qui étrangement, eux, étaient totalement libre de se mouvoir – le temps semblait s’être arrêté. Alice s’était arrêtée dans sa chute. Les gouttelettes de venin restaient suspendues dans les airs. Le vent ne soufflait plus. Les éclairs restaient accrochés aux nuages. Les sons, même les plus infimes, s’étaient tus. Et un infini silence régnait sur cette photographie réelle.

Tout à coup, un flash lumineux illumina ce paysage pétrifié. Et dans cet éclair apparut la silhouette d’une femme. Je ne pouvais distinguer son visage, caché derrière un masque sombre mais sa longue chevelure corbeau et sa frange irrégulière tombant sur son front me rappelèrent vaguement quelqu’un. Elle portait une longue robe sombre, ouverte sur le devant de ses jambes, parcourue de lignes pourpres qui s’illuminaient au rythme de sa respiration. Les coutures sur son ventre évoquaient un style médiéval, amplifié par une sorte d’armure de fer noir recouvrant ses épaules et ses avant-bras.

Après avoir balayé le plateau du regard, la femme masquée s’approcha lentement d’Alice et moi. Lorsqu’elle ne fut plus qu’à quelques mètres de nous, elle s’arrêta devant le corps de ma fille et posa son regard sur elle. Là, je pus voir à travers le trou béant la lueur qui brillait dans l’œil de cette personne qui défiait les lois du temps… et s’il avait pu, mon cœur se serait arrêté. Dans ses iris, d’un rouge écarlate intense, était dessiné un symbole, comme des aiguilles courbées d’une horloge et entourant parfaitement le bas de ses pupilles.

« Ton heure n’est pas encore venue, Alice Leblanc… Pas dans cette ligne d’univers, déclara la femme d’une voix étonnamment aigue, comme celle d’une adolescente. »

Je ne comprenais pas. Cette simple phrase avait engendré dans mon cerveau des centaines de questions qui se bousculaient et me donnaient mal à la tête. Mais je les écartai tout aussi vite qu’elles étaient arrivées.

L’étrange voyageuse temporelle posa la main sur le corps mutilé de ma fille et un éclat de lumière pourpre m’aveugla.

Lorsque je recouvrai la vue, Alice s’écrasa sur moi de tout son poids tandis que les explosions liées aux combats reprirent de plus belle, de même que les coups de tonnerre et les grondements sourds d’Apophis.

« Ah… Ma tête bon sang… grogna ma fille, toujours sur moi.

— Alice ! Tu… Tu es vivante ?! M’étranglai-je. »

Je posai mon regard sur ma fille mais toute trace de blessure avait disparu purement et simplement. Je ne pus me retenir plus longtemps et, au milieu du chaos, je la serrai dans mes bras en pleurant toutes les larmes de mon corps.

« Plus… Plus pour très longtemps si tu continues à m’étouffer… Articula Alice alors que son visage virait au bleu. »

Je me contrôlai finalement et relâchai mon étreinte. Je n’en croyais pas mes yeux. C’était comme si tout cela n’avait été qu’un rêve… Mais je savais pertinemment au fond de moi que c’était arrivé. Alice avait reçu l’attaque de plein fouet en me protégeant.

« Est-ce que tu l’as vu toi aussi ? Murmura soudain ma fille.

— Vue ? Tu parles de cette femme ? »

Alice secoua la tête et son expression, jusque-là déboussolée, devint presque terrifiée.

« Il y avait cet homme de lumière… et ce futur de l’ombre, entièrement dévasté… et cette fille qui tentait de s’échapper… Et Hélios… qui combattait pour sauver l’humanité et… »

Je fronçai les sourcils et l’arrêtai d’un signe de la main. J’ignorais ce qu’elle avait vu mais dans tous les cas, ce n’était pas le moment d’en discuter. Nous étions en plein milieu d’un champ de bataille, combattant pour l’avenir de ce monde et pour sa protection. Même si j’étais euphorique en constatant que, par un tour de force du destin, Alice était saine et sauve, je ne devais pas relâcher mon attention sur notre objectif premier.

« Ma fille, une fois que tout sera rentré dans l’ordre, je veux que tu me décrives précisément ce que tu as vu. J’ignore ce qu’il s’est passé exactement mais ne t’inquiète pas, je compte bien le découvrir. »

Alice hocha la tête et m’aida à me relever pour faire face à l’immonde serpent divin et son acolyte, le Dragon de Shungite.

« Nous gagnerons ce combat…

— Co… Comment est-ce que tu peux affirmer une telle chose, Alice ? M’étonnai-je.

— Je le sais… Parce que c’est le futur qu’Elle a créé pour nous.

— Elle ? »

Ma fille ne me répondit pas et se contenta d’activer à nouveau ses pouvoirs. Nâga réapparut à nos côtés et partagea une partie de son énergie avec moi, ce qui me permis de me remettre d’aplomb, au moins pour diriger les opérations.

Je demandai à Laure de revenir nous chercher en Hélicoptère et de nous éloigner temporairement du champ de bataille. J’avais besoin de prendre du recul et sur le terrain, je n’étais plus qu’un poids mort. L’énergie que m’avait transféré Nâga était loin d’être suffisante pour me permettre de réactiver mes pouvoirs.

Une fois dans la machine volante, je m’approchai de mon amie de l’académie et pris place en tant que co-pilote, laissant Alice à l’arrière de l’appareil pour nous défendre des assauts ennemis.

« Eh bah, c’était autre chose de la TNT de Masamune ce que tu nous as fait là Alice, déclara immédiatement la femme aux cheveux d’ébène. Tu nous avais cachés ça à Rikoukei.

— Malheureusement, j’ai épuisé toutes mes ressources dans cette attaque donc il va falloir un plan solide pour vaincre les deux affreux ainsi que les hommes d’Hélios.

— Justement, si on omet qu’Akame désire utiliser l’arme Nucléaire sur le plateau de Gizeh, ce qui pour une fois ne serait pas si stupide si la ville n’était aussi proche, Ryoko suggérait de téléporter ces Spirituals à nouveau dans leur monde, comme il l’a fait avec Drago et les autres.

— Mais il y a un bémol sinon il l’aurait déjà fait j’imagine ? Hasardai-je, connaissant le professeur.

— Le cube de téléportation n’était pas parfaitement au point, il n’a plus assez d’énergie pour transporter une créature aussi grosse qu’Apophis, ou même Darkness sauf…

— Sauf si ? Continuai-je, redoutant déjà la réponse.

— Sauf si le cube touche sa cible… et il emporterait avec lui la personne l’ayant activé. »

Je grimaçai et serrai les dents. Evidemment, cela aurait été trop simple sinon.

« Nous ne pouvons rien faire contre l’armée d’Hélios avec cette solution d’ailleurs… Y a-t-il un autre plan ? Marmonnai-je tout en y réfléchissant.


https://www.youtube.com/watch?v=4FqoqxD-DHA


— Il n’y en a aucun, ma chère Violet, déclara soudain la voix du professeur dans mon oreillette. Mais cela n’est pas un problème pour moi. Si vous m’ouvrez la voie, je devrais être capable de vous soulager d’au moins un de ces fardeaux.

— Comment !? M’étouffai-je. Vous n’êtes quand même pas sérieux j’espère ? Vous comptez réellement emporter avec vous un Spiritual dans Izrath ?! C’est de la folie !

— Ma chère élève, reprit le vieil homme d’une voix plus lente et sérieuse, n’oublie ce que je t’ai dit. Il faut que je me rende sur Izrath… si je veux pouvoir remonter le temps.

— Mais professeur…

— Tu sais, Violet, me coupa-t-il nostalgique, depuis ce jour, je ne suis plus l’homme que tu as connu. J’ai consacré ces vingt-cinq dernières années à créer un moyen de défier les lois physiques de notre monde. Et maintenant que j’ai enfin trouvé comment y parvenir… J’aimerais utiliser mes recherches… afin de me rendre utile dans ce combat qu’est le tien.

— Je…

— Ne t’inquiète pas, Violet, nous nous reverrons. Je t’en fais la promesse. Et ce jour-là, Éric Sawyer aura eu le châtiment qu’il mérite. »

Je serrai le poing mais je baissai néanmoins le regard, vaincue.

« Très bien professeur… déclarai-je d’une voix à demi éteinte. Nous allons… vous ouvrir la voie… Alors ne ratez pas votre chance…

— Violet… Murmura Laure, comprenant ma douleur.

— Je te remercie, Violet Leblanc. Je te souhaite bonne chance dans ta quête pour retrouver Soichiro. Vous deux… Vous formiez un duo hors pair… De loin le meilleur que j’ai pu former au cours de ma courte carrière. Je sais que tu atteindras ton but, ma très chère élève. »

Je ne répondis rien. Mon cœur était bien trop serré par l’émotion. Cette bataille… je m’étais préparée à subir des pertes en me lançant dans cette quête insensée qu’était de combattre le Purple Requiem… Mais jamais je n’aurais pensé une seconde… Que le prix à payer pour éviter une seconde catastrophe serait aussi élevé. Mais je devais le faire. J’étais Violet Leblanc, présidente de la fédération Ether et symbole de la paix dans le monde. Je me devais… de préserver cet équilibre fragile que j’avais instauré.

« Laure… A mon signal, je veux que tu ordonnes à toutes les unités de charger Darkness et Apophis, lançai-je d’une voix dénuée d’émotion.

— Mais… et l’armée d’Hélios ?

— Alice, est-ce que tu peux t’occuper de ces bouffons ?

— Compte sur Nâga et moi Maman ! S’exclama ma fille, heureuse que je lui confie enfin une mission. »

Je serrai la main sur ma robe au niveau de mon cœur et je le sentis battre à tout rompre.

« Adieu… Professeur Ryoko, murmurai-je alors qu’une larme unique s’écrasa sur ma main. »

Puis je lançai le signal. Aussitôt, toutes les unités concentrèrent leur attention sur les deux Spirituals et les bombardèrent sans relâche, les obligeant à reculer. Les hommes d’Hélios tentèrent évidemment d’arrêter ces assauts mais Alice, soutenue par Akame et Masamune, les repoussèrent sans aucune difficulté.

Là, au milieu du chaos, je vis une forme blanche et luisante filer à vive allure, un objet brillant devant elle. Le professeur, aux capacités décuplées par l’exosquelette, fonçait vers Darkness, slalomant entre les jets d’acide et les flammes des ténèbres.

Cette charge désespérée d’un homme courant vers la mort, l’accueillant à bras ouverts même… Je ne la comprenais pas, mais je l’acceptais. Qui étais-je pour dicter les choix de Ryoko à sa place, lui qui avait perdu bien plus que n’importe qui cette nuit-là ? Akame, Masamune, Laure et moi étions ressortis plus forts de cette épreuve, le professeur, lui, avait été brisé. Alors, si pour lui son seul espoir résidait dans cette quête folle de défier les lois physiques de notre monde, je ne pouvais que m’incliner et faire tout mon possible pour réaliser son rêve.

« Le monde est cruel, lançai dans un murmure. Laisser un homme détruit poursuivre une chimère inatteignable qui ne le mènera qu’à la mort… Mais peut-être est-ce cela… L’espoir qui anime chacun d’entre nous.

— Violet…

— Aidons-le, Laure. Aidons l’homme qui nous a permis de passer tant de moments heureux à Rikoukei… Laissons-le… retrouver l’espoir. Active les missiles anti-Kvantiki. »


https://www.youtube.com/watch?v=Obmd6Z0K3mg


Mon amie, après un temps d’arrêt, acquiesça. Elle appuya sur le bouton larguant l’arme secrète d’Ether, deux missiles, prévus spécialement pour combattre les Spirituals et couper la source d’énergie qui les reliait à Izrath. Evidemment, il ne s’agissait que de prototypes et n’étaient pas assez puissants face à des créatures divines comme Apophis ou Darkness… Mais ils étaient plus que suffisant pour laisser à mon mentor l’occasion de s’approcher suffisamment près de l’un de ces monstres.

Les deux roquettes fusèrent à travers le champ de bataille, ignorant les attaques des créatures divines et finalement, atteignirent leurs cibles dans une explosion assourdissante. Apophis siffla de fureur et Darkness poussa un rugissement déchirant les cieux mais il était trop tard pour eux. Le serpent divin baissa la tête et sa queue tomba mollement au sol tandis que le dragon de Shungite s’écroula dans le sable.

La terre trembla, les deux colosses s’effondrèrent l’un sur l’autre, vidés de leurs forces et le professeur, activant le cube de téléportation, sauta sur eux.

Une explosion de lumière similaire à celle ayant fait disparaitre Drago et les autres illumina les cieux. Dans un tourbillon de sable et de poussière, l’homme qui m’avait formée autrefois disparu de mon champ de vision… et du monde entier, emportant avec lui deux des plus grandes menaces de l’humanité. Il ne nous restait à présent qu’à vaincre les hommes d’Hélios. Le reste était à la nouvelle génération.

« Violet, est-ce que ça…

— A toutes les unités ! M’exclamai-je en coupant Laure. Apophis et Darkness ne sont plus ! Concentrez vos efforts sur les hommes d’Hélios ! Ils sont la dernière barrière entre nous et un monde libéré de la menace du Purple Requiem ! »

Mais, au lieu d’être acclamée par des cris de joie, seul un silence pesant me répondit.

« Ma… Maman… Regarde ! Là-haut, dans le ciel ! Balbutia Alice, les yeux remplis de peur. »

Je levai la tête vers le ciel et ce que je vis me glaça le sang. Je dus mettre mes mains devant ma bouche pour m’empêcher de crier de peur. A côté de moi, Laure avait complètement lâché les commandes de l’appareil et tremblait de tous ses membres, le teint livide.

Je n’en croyais pas mes yeux. Si le Sphinx défiait les lois de la physique… ce qui se trouvait là défiait les lois même de la logique. Oui. Dans le ciel, se fondant dans les nuages noir d’orage, une citadelle sombre, colossale et sinistre avait fait son apparition. Elle ne semblait pas réelle, comme un mirage et pourtant, elle était là, rayonnant du même éclat qu’Apophis devant le soleil noir.

« Qu… Qu’est-ce que c’est que cette abomination ? Bégayai-je d’une petite voix.

— La citadelle originelle…

— Co… Comment Alice ? Tu connais cette chose ?!

— C’était dans mon dernier rapport… Je devais te l’envoyer aujourd’hui… Mais nous ne devons pas rester ici ! Dis à tous nos hommes d’évacuer immédiatement ! »


https://youtu.be/CSMslKt0D4A?t=108


Sans même me laisser agir, Alice se précipita sur les commandes de l’hélicoptères et vira à 180 degrés tout en mettant les bouchées double. Nous nous éloignâmes aussi vite que les moteurs de l’engin nous le permettaient, suivis de Masamune, Elwood et Akame qui ne comprenaient pas nos actions mais le regard de ma fille était tellement teinté par la peur que je n’osai pas intervenir.

Lorsque nous fûmes à plus de dix kilomètres du plateau de Gizeh, hors de portée de toute attaque ennemie, la forteresse rayonna d’une lueur sombre et je compris.

Un rayon mauve fendit l’espace et s’abattit sur le champ de bataille, devant mon regard interdit… et impuissant.

A côté de moi, Laure vomit lorsqu’elle constata l’étendue des dégâts. Quant à moi, je crus que j’allais m’évanouir. Tout avait disparu, alliés et ennemis, balayé par ce rayon de la mort, ne laissant qu’une plaine de lave brûlante.

Le Purple Requiem… Malgré tous nos efforts, j’avais été incapable d’empêcher le second mouvement… Et cette fois-ci, j’étais la seule et unique responsable des désastres à venir.





http://forum.duelingnetwork.com/index.php?/topic/157103-the-wrap-up-red-lust-circuit-series-miami-edition/#entry2134192
le bon temps…

heart earth
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[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [19/09/2019] à 01:47

Chapitre 38 : combat entre amies…



Spoiler :



« Je vous sauverai, coûte que coûte, même si pour cela je dois y laisser la vie. Je me relèverai autant de fois qu’il le faudra, j’affronterai les pires monstres, je vaincrai les pires adversaires, mais je vous retrouverai et je réparerai mes erreurs. Je refuse que d’autres paient pour ma stupidité et mon aveuglement. »

Oui, ceci était la promesse que je m’étais faite depuis maintenant presque un mois lorsque Maya et Ambre avaient disparu dans cette lumière verte et il était grand temps de la tenir à présent.

La citadelle nous faisait face, imposante, menaçante, dénuée de vie. Un vent fort et glacial soufflait sur la plaine mais je n’essayai même pas de m’en protéger et continuai à fixer l’immense pic de glace qui se dressait à quelques dizaines de mètres de nous.

A côté de moi, June me lançait un regard confiant. Elle aussi savait que nous n’avions pas le droit à l’erreur. Elle aussi se sentait coupable de la disparition de Maya et Ambre. Elle aussi refusait que ce futur de l’ombre ne se réalise. A ce moment-là, moi, Angéla, la dernière de la classe et la bouffonne du groupe et June, l’intelligence froide et inaccessible, étions animées par la même volonté et le même espoir.

Je tournai la tête de l’autre côté et je vis Darksky, Drago et Marie. Je ne pus m’empêcher de sourire légèrement devant le groupe que nous formions. Après tout, quelque chose avait changé en moi depuis que je les connaissais. Voir d’autres personnes bien plus touchées que moi par le malheur m’avait permis de relativiser et de continuer à avancer avec le sourire car j’étais la seule à en être capable. Drago n’avait plus de famille ni de repère et Darksky avait tout perdu, je ne pouvais quand même pas me lamenter et accentuer encore plus leur chagrin respectif.

Paradoxalement, faire semblant d’ignorer les problèmes et continuer à vivre ma vie comme avant m’avait aidé moi-même. June avait bel et bien raison, cela ne servait à rien de rester focalisée sur un seul événement passé.

Mais à présent que ma quête touchait à sa fin, l’heure n’était plus aux sourires et à la rigolade. J’allais sauver Maya et Ambre, vaincre Gariatron et faire en sorte que toute rentre dans l’ordre.

Le pic de glace grandissait au fur et à mesure que nous nous en approchions. Et plus il grandissait, plus il nous paraissait imposant et terrifiant. Les aurores boréales au-dessus scintillaient toujours dans le ciel noir et sans étoile. L’air était glacial et le vent d’une violence inouïe. Malgré cela, aucun d’entre nous ne ralentissait le pas. Le temps était compté.

Enfin, après une marche longue et pénible dans l’immense désert de pierres, nous arrivâmes au pied de la citadelle, entre les sculptures qui semblaient nous prendre au piège dans leurs griffes acérées. A partir de là, un long chemin rectiligne et bordé de ces crocs de glace nous montrait l’entrée.

Nous nous arrêtâmes, soudain anxieux face à ce qui nous attendait derrière cette façade. Il n’y avait pas de porte, simplement une ouverture dans la glace. Le silence régnait. Tout était calme, beaucoup trop calme, comme si Gariatron nous conduisait directement à lui.

« Cet endroit… est à glacer le sang… Grelotta Marie. Sans mauvais jeu de mot.

— C’est étrange… Il n’y a personne pour garder l’entrée alors que Gariatron a tout fait pour nous éloigner… Grommela Darksky.

— Entrons, nous verrons bien ce qui nous attend à l’intérieur, dit Drago tout aussi méfiant. »

Nous franchîmes ainsi l’imposant portail de glace. Lorsque nous fûmes à l’intérieur, je crus que j’allais devenir totalement aveugle tant la lumière était forte. Celle-ci se reflétait sur toutes les parois de la salle dans laquelle nous nous trouvions, et était amplifiée à chaque réflexion. Mais le résultat était tout simplement éblouissant.

Cette lumière faisait scintiller la glace autour de nous en un millier d’étoiles brillantes. Jamais je n’avais vu un pareil spectacle, pas même lors de mes vacances à la montagne. L’irrégularité des parois créait une multitude de petites étincelles, plus vives que la plus belle des guirlandes de noël. Au plafond pendaient quelques stalactites qui tombaient parfois jusqu’au sol et la glace semblait totalement pure et sans tâche.

« Laura… murmura Darksky en serrant le poing.

— Tout cela ne me dit rien de bon, déclara June en croisant les bras sur sa poitrine.

— Oui, je sens le piège à plein nez, complétai-je en fronçant les sourcils. »

Devant nous, le chemin se séparait en trois couloirs de glace, tous s’enfonçant dans les entrailles de la citadelle sans que nous ne puissions en voir le bout. Au-dessus de chaque entrée, un symbole était gravé, excepté l’une d’où s’échappait une épaisse brume sombre. June la notifia également car elle se posta juste devant l’entrée, l’air concentrée.

« Je crois que nous sommes attendues, Angéla, déclara-t-elle d’une voix trahissant son anxiété.

— On dirait bien oui… »

Je vins me placer à côté d’elle et un frisson me parcourut l’échine en pensant à ce qui se trouvait à l’autre bout de ce couloir.

Darksky et Marie se placèrent à leur tour devant l’entrée d’un couloir. Drago prit le dernier puis nous nous regardâmes et d’un accord tacite, nous nous séparâmes.

Nous savions tous ce que nous avions à faire et les objectifs de chacun étaient sur le point de se réaliser. A présent, nous nous battions pour nous-même, pour accomplir notre ultime quête.

« Allons— y, June. »

Mon amie hocha la tête et nous nous enfonçâmes dans le long corridor qui allait nous mener à elles.

Plus nous avancions sur ce chemin, plus mon cœur battait rapidement dans ma poitrine. Nous devions certainement nous rapprocher du lieu que m’avait décrit June, l’endroit même où le monde dans lequel Ambre et Maya étaient enfermées trouvait un point d’ancrage entre les dimensions. Le passage semblait continuer indéfiniment, nous n’en voyions pas le bout, simplement de la glace à perte de vue, plongée dans ce brouillard obscur, mais au moins, nous étions tranquilles.


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Nous marchâmes encore pendant une bonne dizaine de minutes dans ce long couloir sans nous dire un mot, avec comme seul compagnon le bruit de nos pas sur la glace avant de débarquer dans une autre salle circulaire. Des torches étaient accrochées sur tous les contours de la pièce et l’éclairaient faiblement et d’une lueur inquiétante, leur flamme dansant au gré du vent. Au milieu se trouvait une grande cavité sur laquelle était dressé un petit autel ainsi qu’un portail d’où s’échappait la fumée des ténèbres.

Nous nous approchâmes prudemment avant de nous arrêter à quelques mètres. Nous ne pouvions pas voir l’autre côté mais des sons nous parvenaient, comme des cris, des lamentations, des plaintes, des gémissements

« Le monde du désespoir… Alors mon père ne s’était pas trompé. Il existe réellement, murmura mon amie en fronçant les sourcils.

— Est-ce que tu pourrais m’expliquer plus en détail ? Tu m’as parlé de ce monde tout à l’heure… Mais quel est-il exactement ?

— Lithemba. Un monde créé par un homme du nom de Zetsubo il y a bien longtemps, grâce aux pouvoirs de Noun, le Spiritual originel. On dit que c’est là-bas que finissent les âmes ayant perdu leur raison de vivre, qu’elles s’y réfugient pour fuir le monde réel. Cependant, peu en sont revenus suffisamment sains d’esprit pour en parler et la science a fini par considérer qu’il ne s’agissait que d’une illusion créée par les personnes dépressives pour se protéger.

— Zetsubo ? Quel est le rapport avec Gariatron ?

— Va savoir, me répondit June en haussant les épaules. Les faits sont là. Gariatron a acquis, d’une façon ou d’une autre, ce pouvoir. »

Je me mis à regarder de tous les côtés, guettant la présence éventuelle d’ennemis mais rien. Nous étions seules dans la pièce.


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Soudain, la brume sombre qui s’échappait du portail s’agita de façon anormale. Nous reculâmes, prudentes et sur nos gardes tandis que le gaz prenait une forme… la forme de deux personnes.

Une goutte de sueur perla le long de ma tempe. A ce moment-là, j’étais partagée entre l’euphorie… et la peur incontrôlable lorsqu’Ambre et Maya apparurent au milieu du brouillard. Toutes deux étaient vivantes, habillées de tuniques noires, une longue robe laissant ses épaules découvertes et ses jambes apparentes pour la seconde de la classe, et un habit bien plus classique composé d’un t-shirt et d’un pantalon serré mais surmonté d’une longue cape mauve pour l’effrontée du groupe. Leurs yeux, quant à eux, étaient animés d’une lueur écarlate qui me faisait froid dans le dos alors qu’elles nous dévisageaient avec haine.

« Eh bien, eh bien, ne serait-ce pas Angéla qui vient jouer les sauveuses ? Railla Maya.

— Je croyais pourtant qu’on avait été claire : continue à vivre ta vie mais visiblement, tu n’en fais qu’à ta tête, une fois de plus : cracha Ambre. »

Tous mes membres tremblaient mais je tentais néanmoins de me ressaisir. June m’avait prévenue mais, même comme ça, j’avais du mal à encaisser le coup…

« Maya, Ambre, ne me dites pas que vous ne vouliez pas que nous venions, rétorqua June dans le plus grand des calmes.

— Notre volonté n’a aucune importance lorsqu’il s’agit d’Angéla, lança Maya en haussant les épaules. Que nous l’ayons voulu ou non, cela n’aurait rien changé.

— Tu es bien consciente que si tu étais morte en voulant te venger, notre sacrifice n’aurait servi à rien… N’est-ce pas ? Me demanda Ambre d’une voix chargée de mépris.

— Oui, j’en étais consciente, répondis-je sans hésiter. »

Cette dernière éclata de rire en entendant cela et fut rapidement rejointe par Maya mais je ne me laissai pas démonter. Je savais qu’elles n’étaient pas elles-mêmes et que ces mots n’étaient pas les leurs.

« Donc cela ne t’aurait pas dérangé que notre disparition ait été vaine… Cela ne m’étonne pas de toi, Angéla, continua Ambre d’une voix plus grave. Après tout, ce qui compte pour toi, c’est que tu sois innocente et sans remords… Tu as toujours été comme ça…

— Peut-être, oui mais j’agis simplement selon ce qui me semble juste, répliquai-je sans sourciller. Ambre, Maya, vous n’avez rien à voir avec cette guerre alors moi, je ne peux pas y échapper. Je suis impliquée dedans, que je le veuille ou non.

— Donc tu prends les décisions à notre place, une fois de plus ? Siffla Maya. Et si nous voulons être impliquées ? Si nous voulons nous sacrifier, nous n’avons donc pas le droit parce que tu n’es pas d’accord ? Et pourquoi June aurait le droit de risquer sa vie, elle ? Dis-le-nous, Angie.

— Oui, c’est vrai, je ne veux pas que vous soyez impliquées pour des raisons purement égoïstes, parce que je tiens à vous, parce que vous valez bien mieux que vous sacrifier pour quelqu’un comme moi, parce que vous n’êtes pas des guerrières mais des lycéennes, tout comme moi…

— Angél… Commença June avant que je ne l’interrompe.

— Ambre, Maya, je ne nierai pas mes défauts. Vous avez raisons et je ne peux rien faire pour les corriger dans l’état actuel des choses mais il y a une chose dont je suis sûre : aussi imparfaite que je suis, vous m’avez accordé votre confiance toutes ces années et il est temps que je vous rende ne serait-ce que le millième de ce que vous m’avez apporté en tant qu’amies…

— Angéla ! Tu t’es toujours cru la meilleure d’entre nous et tu nous le montres encore aujourd’hui en prétendant avoir la force de nous sauver, mais nous allons te prouver le contraire ici et maintenant ! S’écria Maya en faisant vibrer l’air autour d’elle d’un simple geste de son bras.

— Il en va de même pour toi, June ! Reprit Ambre, tout aussi furieuse. Tu nous avais promis de veiller sur elle et tu n’as rien trouvé de mieux à faire que de l’entraîner à nouveau dans les problèmes alors que tu aurais pu la tenir éloignée !

— Je n’ai pas à me justifier, répondit-elle calmement. Mais, de mon point de vue, j’ai respecté votre volonté : j’ai préservé Angéla en lui donnant l’espoir de vous revoir au lieu de la laisser se morfondre dans le désespoir.


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— Très bien, mademoiselle première de classe, il est temps de nous prouver qu’une fois de plus tu me surpasses dans tes calculs ! Clama Ambre. Montre-moi jusqu’où vous pourrez avancer avec vos espoirs ! J’en appelle à la puissance sommeillant depuis la nuit des temps, la seule puissance capable d’absorber la lumière de l’âme humaine : Les neufs piliers du désespoir ! Apparais, cercle de Lithemba ! »

A peine Ambre eut-elle prononcé ces mots qu’une sphère d’énergie noire apparut tout autour de nous, nous enfermant dans un dôme immense délimité par neuf colonnes de marbre noir. L’électricité parcourait la structure, crépitait et des éclairs mauves étaient visibles à l’œil nu. Je regardai mes deux amies. Le symbole du désespoir s’était inscrit dans leur yeux et j’eus malgré moi un mouvement de recul avant de me ressaisir. Je ne pouvais pas faiblir, pas aussi proche du but.

La brune ouvrit la paume de sa main face à moi. Immédiatement, les éclairs fusèrent vers moi comme des serpents électriques se jetant sur leur proie. Dans l’urgence, j’érigeai une barrière de lumière et encaissai l’attaque. Cependant, il ne s’agissait pas d’une frappe ponctuelle mais bien d’une décharge en continu. Je grimaçai tandis que je faisais de mon mieux pour maintenir la protection mais son assaut était si puissant que je reculai malgré moi.

Profitant de ma garde concentrée sur Ambre, Maya dégaina Durandal et se jeta sur moi, prête à me découper en rondelles. Heureusement, June intercepta son arme grâce à son dragon qui plongea sur la jeune fille et l’obligea à changer de trajectoire.

« Angéla, je me charge de Maya, concentre tes efforts sur Ambre !

— Comme si tu pouvais te charger de moi ! Tu vas regretter de m’avoir offert cette épée ! Rugit l’intéressé, toujours aux prises avec le Spiritual. »

Je me contentai d’acquiescer, bien trop concentrée sur ma défense pour protester. Au même moment, j’entendis un craquement sourd et, par reflexe, je fis un bond en arrière, juste à temps. L’écran de lumière vola en éclats et une rivière d’électricité inonda le terrain.

Je retombai maladroitement sur le sol, ne perdant pas des yeux une seule seconde ma première amie. Je savais que la discussion était inutile en l’état. Elle était aveuglée par le pouvoir de Gariatron. Je ne devais pas me laisser porter par mes sentiments. Le seul moyen de les délivrer était de la vaincre, et pour cela, j’étais prête à utiliser tous les moyens en ma possession.

Ainsi, je sortis une Shungite de ma poche et la claquai au sol. Immédiatement, je fus enveloppée par cette douce énergie dorée qui se répandit rapidement dans tout mon corps. Ambre tenta de réitérer son attaque mais cette fois-ci, le torrent électrique fut bloqué par un bouclier d’argent tenu par une grande guerrière apparue devant moi.

Mon ennemie du jour serra les dents, ne s’attendant visiblement pas à cela.

« Ambre, je te l’ai dit. Tout ce temps, je me suis entraînée afin de vous sauver toutes les deux. Et je te présente le fruit de mon entraînement, Athéna !

— Félicitations Angéla, tu as réussi à faire ce que la plupart des Summoners font, railla-t-elle, peu rassurée. Si tu crois que ce simple tour de passe-passe suffira à me vaincre, tu es encore plus imbue de toi-même que je ne le pensais ! »

L’électricité statique parcourut à nouveau les piliers et convergea cette fois-ci vers mon amie. Ses cheveux se dressèrent derrière elle, ses yeux virèrent au bleu et tout son corps baignait dans une mer de foudre. Sans me laisser un instant de répit, une décharge fusa vers moi mais Athéna s’interposa. La guerrière antique, contrairement à moi, para aisément cette attaque d’une seule main.

Une grimace passa sur le visage d’Ambre mais elle ne se laissa pas démonter pour si peu. Frappant le sol de son poing, la pierre dure et froide se fissura tandis que l’électricité se répandit sur tout le terrain. J’ordonnai à Athéna de riposter aussitôt. La déesse planta son sceptre dans le sol, créant ainsi une bulle de lumière protectrice autour de nous qui dévia l’attaque.

Cependant, au lieu de s’arrêter face à mon bouclier, la brune continua son attaque et visa June qui se trouvait aux prises avec Maya. Mon ancienne amie sauta en l’air juste à temps pour esquiver mais mon alliée n’eut pas ce réflexe et reçut la décharge de plein fouet.

June poussa un hurlement de douleur et s’effondra au sol, le corps fumant et la respiration saccadée tandis que son adversaire réatterrit sans difficulté devant elle, le regard brillant d’un amusement sadique.

« On dirait que tu as misé sur le mauvais cheval ma pauvre June, ricana-t-elle tout en pointant son épée juste au-dessus de la nuque de mon amie. Angéla s’est protégée mais t’as complètement oubliée dans le processus. C’est dommage, n’est-ce pas ? »

Je voulus accourir auprès de mon amie blessée mais une barrière d’énergie érigée par Ambre se dressa entre-elle et moi.


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Au même moment, quelque chose tomba de la poche de ma partenaire… une enveloppe, visiblement ancienne, jaunie par le temps mais toujours scellée. Lorsque le regard de la blonde se posa dessus, elle esquissa un sourire avant de la ramasser et de se relever, maladroitement, alors que la lame de Maya était toujours prête à trancher sa chair.

« Tu sais… Maya… Être égoïste… Ne signifie pas ne pas penser aux autres, déclara-t-elle d’une voix lente. S’il y avait quelqu’un à blâmer dans cette salle, il s’agirait de moi sans aucun doute… »

Mon amie avança d’un pas et son adversaire recula malgré elle, serrant les dents.

« Moi aussi, j’ai quelqu’un à retrouver. Quelqu’un à qui je n’ai pas pu exprimer ma gratitude. Quelqu’un qui a changé ma vie mais à qui je n’ai rien pu apporter. Quelqu’un qui m’attends là où nul ne peut se rendre. Quelqu’un à qui je dois délivrer l’épilogue du livre qu’a été sa vie. »

June fit un autre pas et la pointe de l’épée de Maya s’enfonça dans son ventre, laissant une goutte de sang pourpre perler le long de sa chemise d’un blanc immaculé, telle une larme de rubis.

« Mais pour l’heure, j’ai fait une promesse. Je n’ignorerai plus les appels à l’aide de ceux à qui je tiens. Et il en va de même pour vous, Ambre, Maya. Je vous le rendrai… l’espoir que vous avez perdu.

— F… Foutaises ! Hurla soudain son adversaire. »

Maya tenta d’enfoncer plus profondément sa lame dans la chair de June mais celle-ci, d’un claquement de doigt, disparut de notre champ de vision pour réapparaitre un instant plus tard à mes côtés.

« Angéla ! Ne reste pas plantée là ! Me cria-t-elle.

O… Oui ! Bégayai-je, encore déconcertée. Athéna, il est temps de déchainer toute ta puissance : Athéna Parthénos ! »

Le sceptre de la déesse rayonna de plus belle. L’armure de la guerrière scintilla également et vira du gris argenté au jaune or. Une sphère lumineuse s’échappa de son arme pour fuser vers Ambre. La jeune fille tenta désespérément de contrer cette attaque mais il n’y avait rien à faire. L’électricité n’avait aucun effet sur le soleil jaune.

Dans sa course, alors qu’il était au centre du cercle de Lithemba, le globe luminescent se scinda en neuf rayons dorés qui transpercèrent les piliers du désespoir. Lorsque les structures de pierre sombre s’effondrèrent, l’énergie qui entourait Ambre se dissipa et la brune mit un genou à terre, la respiration saccadée.

« Pas… Encore… Ce n’est pas… fini… Haleta-t-elle à bout de souffle. »

D’un geste de la main, elle arracha la broche qui retenait ses cheveux et son épée, Kusanagi qu’elle brandit devant elle, un sourire mauvais fendant son visage d’ordinaire si jovial. D’un bon, Maya vint la rejoindre la fille aux cheveux d’ébène émit un rire qui me glaça le sang.

« Finissons-en, Maya… Murmura la fille aux yeux d’émeraude.

— Et comment, je n’attendais que ton signal ma chère, ricana son acolyte. »

Mes deux amies, comme une seule entité, croisèrent leurs deux lames au-dessus de leurs têtes et une lueur noire envahit l’espace. Le portail vers le monde du désespoir s’agita, la brume se fit de plus en plus dense tandis que de milliers de lumières bleutés s’en échappèrent pour converger vers le point de contact des deux armes légendaires.


https://www.youtube.com/watch?v=H5MuriyVJ-4


Un flash lumineux envahit tout l’espace et Athéna fut obligée d’élever une puissante barrière de protection pour nous empêcher de nous envoler comme des brindilles. Tout autour de nous, les pierres et la glace volaient dans tous les sens alors qu’une ombre sinistre prenait forme au milieu du chaos.

« June, avant de confier de tels artéfacts à d’autres, assure-toi qu’ils ne renferment pas de créatures du chaos ! S’exclama Ambre à travers le fracas des pierres. Apparais, ultime créature du désespoir : Yamata-no-Orochi ! »

Mon amie eut un mouvement de recul à l’évocation de ce nom. Un instant plus tard, je compris pourquoi. Lorsque l’éclat aveuglant se dissipa, une immense créature se tenait devant nous. J’aurais dû être vaccinée des colosses à force d’en affronter… mais encore une fois, je fus subjuguée par la chose qui nous faisait face.

Un serpent… immense… blanc comme la neige… possédant huit têtes toutes plus horribles les unes que les autres, entièrement recouvert d’une armure d’écailles luisantes, si immense que la majeure partie de son corps se trouvait encore dans le monde du désespoir alors qu’il emplissait déjà tout l’espace de la salle gigantesque… Sur son ventre coulaient des rivières de sang entre ses chairs fumantes et incandescentes. Si Apophis était déjà imposant, il n’était qu’un nain face à l’abomination blanche que Ambre et Maya avait convoquée.



Chapitre 39 : Amies ou ennemies



Spoiler :



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Yamata-no-Orochi… Quelle horrible créature nous avions en face de nous. Ses huit gueules dégoulinaient d’un liquide visqueux et verdâtre qui dissolvait toute matière qui entrait en contact avec lui. Chacun de ses seize yeux devait faire la taille d’une petite maison tandis que ses crocs étaient tous aussi longs et aiguisés que Durandal.

La créature du désespoir jeta l’une de ses têtes à l’assaut de la barrière d’Athéna et planta ses incisives envenimées dans le bouclier de lumière. Mais, au lieu d’être repoussées violemment, celles-ci s’enfoncèrent profondément à l’intérieur. June m’attrapa le bras juste à temps pour me dématérialiser et m’éviter de me faire dissoudre par l’acide qui suintait de la bouche du reptile.

Notre bouclier vola en éclats alors qu’une seconde tête avait foncé vers lui et elle percuta violemment la déesse qui s’encastra dans le mur de pierre sous la violence du coup. Une quatrième tenta de gober le dragon de June mais celui-ci se dématérialisa juste à temps pour échapper à la morsure fatale.

Cependant, alors que je nous pensais intouchables, la cinquième paire d’yeux s’abattit sur le sol et créa une longue fissure qui se propagea jusqu’à nous. June tituba et me lâcha dans le processus. Immédiatement, la sixième mâchoire projeta un puissant jet d’acide sur moi et j’eus tout juste le temps d’ériger un bouclier de fortune pour ne pas me faire annihiler. Cependant, certaines gouttes passèrent au travers et me brûlèrent la peau, provoquant en moi une douleur infiniment plus intense que tout ce que j’avais pu ressentir jusqu’ici.

Je hurlai à la mort alors et tombai à genoux alors que l’un de mes mollets saignait abondamment. Ma partenaire tenta de venir à ma rescousse mais la septième abomination lui barra le chemin et l’empêcha de me porter de l’aide.

La dernière tête d’Orochi ouvrit grand la bouche et commença à aspirer l’air tout autour d’elle alors qu’une sphère des ténèbres prenait forme dans son gosier. Je regardai tout autour de moi, cherchant désespérément une échappatoire mais seul le désespoir me fit face. Athéna n’était plus en état de se battre, le dragon de June était aux prises avec l’une des gueules du serpent géant et June ne pouvait pas me rejoindre.

C’était frustrant… Horriblement frustrant. J’étais si proche du but et en même temps si impuissante… Peut-être était-ce mon châtiment pour avoir laissé tomber mes amies ce jour-là après tout. Je ne récoltais que ce que j’avais semé.

« Angéla ! Me cria ma partenaire d’une voix forte. Si tu abandonnes maintenant, jamais je ne te pardonnerai ! Tu n’as pas le droit de renoncer aux portes de la victoire, est-ce que tu m’entends ?!

— Mais June…

— Si tu es incapable de franchir cette porte seule, alors nous la franchirons ensemble. Je vais te l’ouvrir pour toi et il ne te restera plus qu’à sauter dedans !

— Je… Je ne comprends pas… Sois plus claire ! Me plaignis-je, désespérée. »

Pour toute réponse, June sortit une nouvelle pierre de sa poche. Mais celle-ci ne ressemblait pas aux shungites classiques. Elle était mauve, lisse comme un miroir, ressemblant presque à un cristal d’améthyste. Et surtout, elle émanait une énergie étrange que je n’avais ressenti qu’une seule fois auparavant… Lors de mon combat contre Hélios.

Lorsqu’elle la claqua au sol, un éclair mauve fendit les cieux et s’abattit sur le champ de bataille, enveloppant mon amie entièrement. Lorsque la lumière se dissipa, la blonde baignait dans un feu noir et sinistre, semblable à celui qui entourait le sphinx de Gizeh. Ambre et Maya, devant cette transformation imprévue, grimacèrent.

« Il y a vingt-cinq ans, lorsque le Purple Requiem a ravagé Tokyo, de l’énergie sombre s’est infiltrée dans les Shungite de l’ile de Rikoukei… Déclara June d’une voix lente qui résonna dans tout l’espace. Mon père a été chargé de récolter et d’analyser cette énergie. Et à présent, je vais vous vaincre avec ce même pouvoir qui vous anime. »

Les sept têtes libres d’Orochi tentèrent de dévorer la jeune fille mais Ghostryu, baignant également dans l’énergie sombre, s’interposa et réussit à se défaire de toutes d’un seul battement d’aile.

« Angéla ! A toi ! »

Ma partenaire me jeta un second cristal qui atterrit devant moi alors que j’étais toujours à terre. La main tremblante, je m’emparai de cette relique du désastre et mon cœur se mit à battre la chamade. La tête principale d’Orochi continuait à charger son rayon destructeur tandis que les sept autres étaient occupées par le Dragon de June.

Je n’avais pas le droit à l’erreur. Une fois détruite, il n’y aurait plus de retour en arrière possible. Mais je n’étais plus la combattant irréfléchie et impulsive qui avait obligé ses amies à se sacrifier pour elle. Combattre aux côtés de Darksky et parler avec Drago m’avait fait prendre conscience de mes faiblesses et appris à évaluer la situation. De plus, la vision du futur en ruine, la dévastation de Paris et le désespoir de tous ces gens avaient été comme un réveil pour moi. Plus jamais le monde ne devrait connaitre une telle tragédie, et c’est ce qui allait se passer si nous perdions ce combat, et ça, je ne pouvais l’accepter ! Gariatron m’avait confié la mission de le faire revenir à la raison, et je comptais bien tenir ma promesse !

Avec toute la force qu’il me restait, à mon tour, je claquai au sol le cristal violet. Je fus soudain envahie d’une énergie nouvelle. Mon corps fut entouré d’une vive lumière, non pas sombre, mais blanche, qui illumina le terrain comme une étoile. Derrière moi, une ombre scintillante apparut, ombre qui prit rapidement l’apparence d’une créature bien connue : Gariatron. Mais pas le monstre sanguinaire que nous avions dans le présent. Il s’agissait là de l’ombre du démon que nous avions vaincu dans le futur…


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« Angéla, déclara le démon d’une voix lente résonnant dans la salle. Il y a longtemps, j’ai passé une alliance avec le démon du désespoir…mais j’ai aussi confié à un ami le soin de s’opposer à moi. »

Le démon écarta ses ailes et une petite sphère de lumière descendit jusqu’à moi avant de s’introduire dans mon bracelet puis la silhouette de Gariatron commença à s’estomper lentement dans une trainée d’étoiles scintillantes.

« Vivez, Angéla, June, Ambre, Maya, sortez-moi de cette folie qui me ronge et savourez la vie comme Iori et Laura le font dans le futur… »

Aussitôt, Athéna fut couverte de cette même énergie et se releva, plus rayonnante que jamais. Son armure se reforma sur elle, ses blessures guérirent, son sceptre s’allongea et dans son dos, une paire d’aile immaculée et chatoyante se dessina.

« Spiritual Fusion ! Guidez ce monde vers la sagesse, Athéna, déesse de la guerre et Socrate, père de la sagesse !

— Tu ne nous impressionnes pas ! Rugit Maya. Orochi, réduis-le à néant ! Tentez de survivre à la puissante attaque du désespoir : Amandla Nil ! »

D’un seul coup, l’horrible créature relâcha toute la puissance qu’elle avait accumulée ces dernières minutes en un seul et unique rayon ténébreux. La puissance qui s’en dégageait était phénoménale. Je pouvais le ressentir dans mes veines. Si cette attaque nous touchait, elle allait non seulement réduire à néant nos corps, mais également cette citadelle toute entière et peut-être même plus… Si l’astéroïde qui avait provoqué l’extinction des dinosaures tombait sur nous, j’aurais été plus sereine qu’en face de ce cette énergie faramineuse.

Mais je ne devais pas me laisser impressionner. Tout reposait sur mes épaules désormais, et sur celles d’Athéna.


https://www.youtube.com/watch?v=8WXYajeP9TE&t=


« Je suis désolée… Ambre… Maya… Murmurai-je, la gorge nouée par l’émotion. Athéna… Celestial Judgement ! »

Le sceptre de la déesse flamboya d’un feu doré tandis qu’elle le retourna afin de le saisir comme une épée. D’un bond magistral, mon Spiritual s’envola à la rencontre du rayon mortel, son arme divine pointée vers l’avant. Lorsque les deux puissances entrèrent en collision, la terre trembla et les murs de la citadelle se fissurèrent sous l’onde de choc. Mais au lieu d’être repoussée, la guerrière de lumière remonta le flux d’énergie, protégée par un bouclier invisible qu’était le dragon de June.

Alors qu’elle n’était plus qu’à quelques mètres des crocs acérés du reptile, Athéna scintilla de plus belle et pénétra à l’intérieur de la gueule de la créature… Puis ressortit à l’arrière de son crâne.

Un silence de mort s’installa dans l’immense salle et le temps fut comme figé pendant quelques instants où seuls les battements de nos cœurs résonnaient dans nos oreilles. Puis le monstre à huit têtes, dans une explosion de lumière et d’étoiles scintillantes, disparut définitivement. Mais, alors que la lumière me brûlait la rétine, je crus voir comme du réconfort dans les yeux de mes amies, comme si elles étaient heureuses que tout se soit enfin terminé ainsi.


https://www.youtube.com/watch?v=USCmVflxOfY


Lorsque je recouvris la vue, la pièce avait disparue, de même que le portail vers Lithemba et nos Spirituals pour ne laisser que June, Ambre, Maya et moi dans un espace entièrement blanc dont la monotonie n’était brisée que par la présence d’un magnifique cerisier en fleurs lentement bercé par un vent printanier frais et doux.

Cependant, mes deux amies étaient différentes. La marque du sceau d’orichalque avait disparu de leur front et leurs regards étaient redevenus normaux : innocent et doux pour Ambre et Moqueur pour Maya.

« Décidemment, Angie… Tu ne peux pas t’empêcher de faire le contraire de ce qu’on te dit… Ricana celle qui aimait me taquiner. Mais bon, j’imagine que c’est pour ça que je t’aime bien…

— Oui, c’est bien parce que tu es aussi irresponsable et stupide qu’on est amie ! Enchaina Ambre avec un large sourire.

— Eh… Vous deux… Franchement… Vous pourriez au moins dire quelque chose de sympa après tout ça… Leur répondis-je en riant légèrement.

— Sympa ? Je ne me rappelle pas avoir déjà dit… »

Ambre coupa Maya dans sa réflexion désagréable avec un coup de coude dans les côtes et cette dernière soupira.

« Bon, ok, je dois l’avouer, j’étais un peu jalouse de toi… Mais en même temps, c’est bien pour ça que je te suis depuis tout ce temps non ? N’oublie pas que tu me dois une revanche pour cette fois où tu m’as fait perdre ma réputation ! S’exclama Maya avec un air de défi. Et je te préviens, tant que je ne l’aurai pas eue, je continuerai à te pourrir la vie comme aujourd’hui !

— Quand tu veux, Maya, lui répondis-je en penchant la tête légèrement sur le côté en repensant au jour où nous nous étions rencontrées.

— Il est trop tard pour revenir sur nos paroles de tout à l’heure… Mais n’y prête pas attention s’il te plait, me demanda Ambre en baissant les yeux. C’est bien parce que tu possèdes tous ces défauts que tu es meilleure que nous, alors, ne change pas…

— Arrête, je vais rougir… Bredouillai-je en détournant moi aussi les yeux. »

Le vent s’intensifia et quelques pétales roses passèrent entre elles et nous tandis que, un peu plus loin, une lumière se mit à briller d’un éclat intense.

« June, on ne te le redira jamais assez mais… Prends soin de mon Angie, lança Maya. S’il lui arrive quoique ce soit, je viendrai te faire une tête au carré, c’est moi qui te le dis !

— Et assure-toi qu’elle ne fasse pas trop d’imprudences sinon elle va encore nous le reprocher, compléta Ambre.

— Je vais essayer, mais je ne peux rien vous promettre… Vous la connaissez, leur répondit-elle ironiquement.

— Eh, je ne suis plus une enfant, je peux prendre soin de moi-même ! Protestai-je en gonflant les joues.

A mes mots, mes trois amies éclatèrent de rire ensemble et, malgré mon chagrin, je me joignis à elles de bon cœur. »

Finalement, après une minute de fou rire incontrôlable, je pris une grande respiration tandis que Maya leva le pouce en l’air d’un air confiant et Ambre me lança un large sourire puis, avec June, nous passâmes à côté de nos deux amies pour rejoindre la lumière sans nous dire un mot de plus.

Alors que nous les avions dépassées, j’entendis la voir de Maya dans mon dos mais je ne me retournai pas, de peur de ne plus vouloir quitter cet endroit si je le faisais.

— Tu sais, Angie, je me suis toujours dit un truc mais… on devrait s’organiser une grande sortie un de ces quatre.

— On se fait ça à la rentrée alors ? Lui répondis-je d’une voix calme.

-moi ça me va.

Sur ces mots, la lumière s’intensifia et, lorsque je rouvris les yeux, j’étais de retour dans la citadelle de pierre sombre. Devant nous, gisaient les corps inconscients de Maya et Ambre tandis que le sceau d’orichalque avait disparu. Cependant, leur visage était serein, comme si elles dormaient toutes les deux profondément.

« June…

— Allez, Angéla, fais ce que tu as à faire, je m’occupe du reste, m’interrompit mon amie d’une voix douce. »

Avec un regard déterminé, j’acquiesçai et je laissai mes trois partenaires de toujours derrière moi, m’enfonçant dans le long couloir sombre, plus résolue que jamais à vaincre Gariatron et à tout faire rentrer dans l’ordre.





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[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [20/09/2019] à 14:40

Chapitre 40 : Promesses et Trahison…


https://www.youtube.com/watch?v=aR1N2fzi89s


« Bien, à la revoyure Darksky, je te souhaite sincèrement de retrouver ta sœur. »

Les mots de Saya résonnaient encore dans ma tête tandis que j’avançais dans ce long couloir de glace. Marie était saine et sauve mais je ne pouvais pas encore reprendre ma vie d’antan. Avant cela, je devais encore régler deux dernières choses : me venger de Gariatron et faire revenir Laura à la raison.

Plus j’avançais et plus l’air se refroidissait mais je ne ralentis pas le pas. Je savais qu’au bout de ce long couloir se trouvait celle pour qui j’avais voué ma vie, celle qui l’avait changé, qui l’avait égayée et qui l’avait détruite en partant.

La Laura que j’avais retrouvée n’était pas celle que je connaissais, c’était un fait, et même si j’ignorai la véritable raison de son changement, je savais au fond de moi que mon amie d’enfance se cachait encore quelque part au fond d’elle et c’était pour la retrouver que je me battais à présent.

Mais, avais-je le courage de lui faire face ? Etais-je capable de m’opposer à celle que je considérai comme mon modèle par le passé ? Pouvais-je faire revenir à la raison celle qui m’avait tiré de ma solitude ? Possédai-je même la force de pouvoir prétendre la sauver, elle qui m’avait tout enseigné ? Toutes ces questions me hantaient tandis que je continuai mon chemin en compagnie de ma sœur.

Soudain, celle-ci s’arrêta au milieu du chemin et je fis de même, intrigué en la voyant froncer les sourcils en me regardant.

« Michael, dis-moi une chose, commença-t-elle avec un sérieux qui ne me disait rien de bon.

— Qu’y a-t-il Marie ?

— Tu es sûr de vouloir faire ça ?

— Evidemment, il faut que je fasse revenir Laura à la raison. De toute façon, je ne peux pas la laisser dans cet état, elle est beaucoup trop dangereuse et…

— Ce n’est pas ce dont je parle, me coupa ma sœur. »

Je penchai la tête sur le côté, ne comprenant pas où elle voulait en venir. Marie soupira.

« Je te connais, Michael, tu vas essayer de la sauver à tout prix mais peut-être ne veut-elle pas être sauvée.

— Qu’est-ce que tu racontes encore ? Je sais bien qu’elle ne veut pas être sauvée puisqu’elle ne se pense pas dans l’erreur mais…

— Tu es vraiment aveugle mon pauvre, c’est affligeant, grogna-t-elle en commençant à s’impatienter.

— Dans ce cas, explique-moi, rétorquai-je, agacé.

— Tu dis que Laura se bat pour se venger de toi mais pourquoi ne pourrait-elle pas se battre pour autre chose… Comme un désir de sauver quelqu’un par exemple, hasarda ma sœur.

— Je n’exclus pas cette possibilité mais si c’est le cas, je me dois de l’aider.

— En plus d’être aveugle, tu es buté, j’imagine que je ne peux rien faire pour toi, lança Marie en haussant les épaules, vaincue. »

Elle reprit sa route en passant devant moi sans ajouter un mot et je fis de même, trop focalisé sur mon désir de retrouver mon ancienne amie pour repenser aux paroles de ma sœur.

Finalement, après une marche interminable dans le froid et l’obscurité, le chemin déboucha sur une immense pièce circulaire et lumineuse.


https://www.youtube.com/watch?v=5d0iAU2H-eY&


Les murs, le sol et le plafond étaient entièrement tapis de glace blanche et scintillante tandis que devant moi, un couloir de stalagmites menait droit à un trône de glace. Juste au-dessus, je reconnus, gravé dans la pierre, le symbole d’Ouranos, la version corrompue de Trichiona. De chaque côté du trône, deux immenses fenêtres laissaient une vision dégagée sur l’extérieur.

Sur le siège, quelqu’un était assis, une jeune fille aux longs cheveux châtain parfaitement coiffés à l’exception d’une mèche tombant entre ses deux yeux verts comme l’émeraude. Elle portait une longue cape noire au-dessus d’une veste et un pantalon tout aussi sombres.

Sur son visage se dessinait un sourire malsain alors qu’elle était accoudée et me regardait avec deux yeux remplis de haine et de mépris.

Sans tressaillir, je m’avançai dans ce long couloir, suivi de Marie puis je m’arrêtai à quelques mètres du trône pour faire face à la jeune fille que j’avais cherchée pendant si longtemps.

« Je suis ravie de voir que tu as pu sortir du piège de Shadow sain et sauf, Michael, me lança-t-elle d’une voix où se mêlaient ironie et colère.

— C’est un bien bel endroit que cette citadelle, lui répondis-je calmement en mettant mes mains dans mes poches. Est-ce que c’est toi qui as fait la décoration ?

— En partie oui, tu aimes ? Railla-t-elle.

— Un peu trop chaud au mon goût mais ça peut aller. Je reconnais bien ton style, toujours aussi soigné.

— Oh, mais on peut remédier à ce problème si tu veux. »

Laura se leva d’un bond et un vent glacial se mit à souffler, m’obligeant à me protéger le visage avec mes bras. Rapidement, un blizzard se leva et nous entoura totalement, mon amie et moi, nous séparant de Marie par un épais mur de glace infranchissable.

« Dis-moi, Michael, puisque tu es là, que dirais-tu d’un petit combat amical comme au bon vieux temps à chaque fois que nous nous retrouvions dans le parc ?

— Cela fait bientôt cinq ans que nous n’avons pas combattu, lui répondis-je en souriant et en fermant les yeux. Comment pourrais-je refuser ? »

Un sourire mauvais illumina la figure de Laura tandis que, à partir de glace, un pendentif apparut autour du cou de mon amie et ses yeux se mirent à briller d’une lueur verte intense dans le blizzard.

« Tu as vu, j’ai tenu ma promesse, Darksky, je suis revenue et tout se passe toujours comme avant, n’est-ce pas merveilleux ?

— Laura, déclarai-je froidement. Dis-moi la vérité, tu n’es pas conduite uniquement par ta jalousie, je me trompe ?

— Qui sait quelles sont mes motivations, me répondit-elle d’un ton dédaigneux. As-tu vraiment le droit de savoir cela, toi qui as contribué à faire de moi celle que je suis aujourd’hui ?

— Je t’ai déjà dit que je n’ai pas oublié notre promesse, Laura.

— Tu n’as donc même pas la moindre idée de ce que tu m’as fait réellement ? Tu es tellement innocent et stupide à la fois que c’en est presque affligeant mon pauvre ! Ricana mon amie. »

Voyant que la conversation était inutile, j’activai mes pouvoirs à contrecœur et je me mis en position, bien décidé à remporter ce combat et mettre Laura hors d’état de nuire.

« J’ai attendu ce jour avec tant d’impatience, Darksky, le jour où je pourrais te retrouver pour mettre un terme à toutes ces bêtises !

— Et moi j’ai attendu avec impatience le jour où je pourrais te retrouver pour recommencer ces bêtises que nous faisions par le passé, rétorquai-je en gardant mon sang froid. »

Sans ajouter un seul mot, j’activai les pouvoirs d’Ethon et me mis en position. Le visage de Laura fut illuminé d’un sourire sinistre tandis qu’une aura sombre apparut tout autour d’elle. Un vent glacial souffla entre nous deux, me pétrifiant jusqu’aux os. Seuls les battements de mon corps et le souffle de nos respirations résonnaient à l’intérieur de cet immense dôme de glace où allait se jouer la conclusion d’une histoire commencée cinq ans auparavant, le jour où Laura s’en était allée.

Puis, toujours dans le silence le plus total, à la vitesse du son, je me jetai vers mon ancienne amie et elle se jeta vers moi. Nos deux poings s’entrechoquèrent et l’onde de choc qui en résulta fut suffisante pour fissurer la glace à nos pieds et créer une large crevasse entre nous.

Le contrecoup me repoussa violemment vers l’arrière mais je ne me laissai pas déstabiliser. D’un salto, je me remis sur mes jambes et repassai à l’attaque. Comme mon image dans un miroir, un rictus carnassier illuminant son visage, celle qui fut autrefois ma meilleure amie fit de même. Lorsque je me lançai à nouveau dans la bataille, nos deux avant-bras s’entrechoquèrent, puis nos genoux et à nouveaux nos poings.

Voyant que cela ne me mènerait nulle part, j’utilisai la force de recul afin de m’éloigner de mon adversaire.

Ce bref échange de coups était d’un niveau bien supérieur à tout ce que j’avais affronté en combat un contre un jusqu’ici. Je ne combattais que depuis quelques secondes et j’étais déjà à bout de souffle alors que Laura, elle, semblait en pleine forme alors qu’elle me fixait toujours avec son sourire méprisant et moqueur, se tenant droite comme un piquet, sa longue cape volant derrière elle.

Toutefois, le combat ne faisait que commencer. Je refusais de montrer déjà le moindre signe de faiblesse à ce stade.

D’un geste confiant, je passai la main sur ma joue pour essuyer la neige qui y était restée accrochée et je me forçai à sourire à mon tour.

« Je vois que tu n’as pas perdu de ta superbe pendant toutes ces années, Laura, lançai-je d’une voix assurée.

— Et moi, je vois que tu utilises toujours les techniques que je t’ai apprises à l’époque, rétorqua-t-elle d’un ton tranchant. Tu sais pertinemment qu’elles ne fonctionneront pas contre moi, alors pourquoi t’obstines-tu à combattre de façon aussi puérile ?

— Tu n’as pas encore compris ? Ricanai-je. Pendant quelques secondes, tu t’es sentie obligée de reprendre ces techniques que tu as abandonnées, toi qui prétends que la petite fille que j’ai connue est morte. »

Le sourire figé de mon amie disparut de sa figure pour ne laisser place qu’à une grimace de dégout.

« Je pourrais te poser une autre question, Michael. Pourquoi ne les as-tu pas abandonnées, toi ? Par sentimentalisme ? Par nostalgie ? Par remords ? Ou bien simplement… Par faiblesse ? Tu le sais aussi bien que moi, ces techniques sont bonnes pour remettre à leur place les petites frappes mais en combat réel, elles ne valent rien. Et pourtant, alors que tu sais que je pourrais te tuer d’un claquement de doigt, tu as tout de même essayé.

— Tu connais très bien la réponse, Laura. Je suis bien conscient que trois pauvres techniques ne sont rien face à ce que nous avons vécu. C’est pourquoi… je vais devoir user de ce pouvoir qui m’a été confié par ceux qui croient aujourd’hui en moi. »


https://www.youtube.com/watch?v=SN-q5QHd6_A


Je mis ma main dans ma poche et en sortis une pierre noire et irrégulière, un Shungite. Saya avait réussi à en voler une à Hélios et me l’avait confiée juste avant son départ. J’aurais préféré ne pas avoir besoin de m’en servir mais je savais que, même à pleine puissance, je ne faisais pas le poids face à mon amie. Je ne l’avais jamais fait après tout.

Je claquai d’un coup sec le rocher sombre sur le sol et une vive énergie bleutée s’en échappa. Cependant, contrairement à lorsqu’Angéla ou Drago l’utilisaient, les filaments de lumière ne convergèrent par vers moi mais s’étalèrent tout autour de nous, emplissant le dôme de glace tout entier.

Le décor changea brutalement autour de nous. Le ciel s’éclaircit, la glace froide sous nos pieds se transforma en pierre chaude, baignée du soleil couchant et avec pour seul bruit de fond, le fracassement des vagues en contrebas. Au loin, une mer calme et rougeoyante bordait une petite ville de campagne sur le point de s’endormir.

Tout était exactement comme avant. Je voyais Laura, éblouissante sur cette falaise où nous venions si souvent cinq ans plus tôt.

Elle regarda stupéfaite ce qui venait de se dresser autour de nous. Je crus lire dans son regard comme du regret pour un temps révolu, et même un certain bonheur de retrouver ce qu’elle chérissait tant. Mais ces sentiments furent éphémères, et son visage se durcit à nouveau, ne laissant paraitre aucune émotion.

Elle se contenta de fermer les yeux et un sourire cruel se dessina à nouveau sur sa bouche.

« Pendant un instant, j’ai failli tomber dans ton piège Darksky… Mais ce n’est pas avec quelques souvenirs heureux que tu éviteras les souffrances qui t’attendent !

— Je ne cherche pas à fuir, je veux simplement que tu te souviennes… tu étais heureuse à cette époque, toujours joyeuse et de bonne humeur. C’est toi qui m’as permis de continuer lorsque j’étais au plus mal… Alors pourquoi fais-tu cela désormais ? Que t’est-il arrivé ?

— Ce que j’ai vécu… personne ne peut le comprendre, dit-elle tristement.

— Comprendre quoi ? La douleur que nous procure la séparation ? Le sentiment d’impuissance face à un destin qui nous semble trop cruel ? Je l’ai vécu moi aussi, je peux comprendre ce que tu ressens…

— Non, tu ne peux pas ! Dit-elle les larmes aux yeux. Tu n’as pas à porter sur tes épaules le fardeau d’un héritage trop lourd ! Tu n’as pas non plus à défendre une cause qui te semble perdue ! Et plus que tout, ton père ne veut pas se venger du monde entier… »




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[Fic]L'Avènement des Dieux, Rebirth posté le [22/09/2019] à 16:32

Laura, à la recherche de l’espoir


Prologue



Spoiler :



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Qu’est-ce que l’espoir ? Un sentiment permettant d’avancer et de se surpasser ? Une illusion s’éteignant au fur et à mesure que notre rêve prend fin ? Une malédiction ne laissant que ruine et désolation derrière elle une fois que l’espoir a disparu ? Moi-même je n’ai jamais eu la réponse. Et pourtant, je l’ai cherchée. Longtemps, je me suis accrochée à ce que j’appelais un espoir, mince, éphémère, pouvant se briser à tout instant.

Je savais que je poursuivais une chimère, que mon rêve ne pouvait pas se réaliser, que tout ce en quoi je croyais n’était rien d’autre qu’une création de mon propre esprit. Et pourtant, j’ai désiré aller jusqu’au bout de ce rêve pour une seule et unique raison : je savais qu’une fois réveillée, jamais plus rien ne serait comme avant et que, tout ce qu’il resterait de ces années de bonheur illusoire ne serait que le vide. Je refusais de voir la réalité en quelque sorte.

Cependant, peut-être m’étais-je toujours mal posé la question. Peut-être cherchais-je une réponse à une question qui n’avait pas lieu d’être. Peut-être passais-je à côté de ce qui était le plus important pour moi.

La question que j’aurais dû me poser à ce moment-là n’était pas de savoir ce que je recherchais, mais pourquoi je courais après une chose que je ne connaissais même pas. Pourquoi avais-je besoin de rattacher à cet espoir que je ne pouvais même pas définir à tout prix ?

Néanmoins, il y a une chose dont j’étais sûre : ce jour-là, lors de ce tournoi, alors que j’avais affronté ce garçon qui semblait perdu et désorienté, pour la première fois, j’avais eu la sensation d’avoir trouvé ce qu’il me manquait. C’est en voyant ce dont il avait besoin que j’avais pu comprendre à quel point nous étions similaires tous les deux et j’avais pris exemple sur lui, recherchant ainsi désormais l’espoir, sans même savoir pourquoi, simplement parce qu’il avait l’air heureux en croyant en ce sentiment dont j’ignorais tout…


Tout en pensant à toutes ces choses, je contemplai ce coucher de soleil que j’avais si souvent vu ces dernières années pour la dernière fois. Comme toujours, il était magnifique. Voir l’astre rougeoyant plonger dans une mer de feu et disparaitre lentement pour faire place à la lune m’apaisait et ce jour-là encore, je comptais bien en profiter jusqu’au bout.

Tout était calme, comme toujours sur la falaise. Ce petit coin de terre était mon endroit, ma base secrète, le seul endroit où je savais que je n’allais jamais être dérangée.

Dan était hors d’état de nuire, je savais que la relève allait être assurée même après mon départ et je ne m’inquiétais pas de ce détail. J’avais envoyé des lettres à mes amies pour les prévenir et nos valises étaient faites, prêtes à être embarquées. Il ne me restait désormais plus qu’une chose à faire, chose que j’avais désespérément repoussée jusqu’au dernier moment…

Je souris légèrement lorsque j’entendis des pas sur les cailloux derrière moi et la respiration saccadée de mon ami mais je ne me retournai pas tout de suite, serrant contre mon cœur ce qui allait être mon ultime cadeau.

Je ne voulais pas partir… Je voulais rester avec lui, que nous continuions à nous amuser tous les deux, à remettre Dan à sa place, à rire à l’école pour toujours, et pourtant, après avoir détourné le sujet pendant longtemps, je fus obligée de prononcer ces quelques mots qui scellèrent mon destin :

« Prends soin de toi Darksky… Et adieu… »

Puis je disparus de sa vie et lui de la mienne. Du moins, je le croyais…




Laura : Un nouveau départ



Spoiler :



https://www.youtube.com/watch?v=Wp0xitgAc4A

La sirène du bateau siffla bruyamment, signe de notre départ imminent. Les hautes cheminées commencèrent à cracher une épaisse fumée noire qui se rependit tout autour de nous à cause d’un vent fort soufflant dans notre direction.

J’étais sur le pont supérieur et je regardai au loin, retenant mes cheveux avec mes mains. Derrière ces montagnes imposantes devait se tenir Darksky. Je m’en voulais vraiment de lui avoir annoncé la nouvelle aussi brutalement, mais je n’avais pas eu le courage de lui dire avant.

J’aurais préféré que ce jour n’arrive jamais, que nos soirées sur la falaise durent toute l’éternité ou au moins lui avoir donné un espoir… Mais tout ce que j’avais pu lui laisser comme souvenir était une simple carte ainsi qu’une promesse que je ne pourrais même pas tenir, et en échange, je lui avais brisé le cœur…

Le bateau se mis en mouvement et je vis la côte s’éloigner peu à peu. Et plus je m’en éloignais, plus Darksky s’éloignait lui aussi. La falaise ne devint bientôt plus qu’un minuscule point à l’horizon et la ville que j’appréciais tant commençait à disparaitre également.

Je détournai le regard, incapable de contempler ce paysage qui m’était si familier plus longtemps en sachant que je ne le reverrai jamais. Laissant le reste de ma famille sur le pont, je rentrai donc à l’intérieur du bateau afin de me changer les idées.

Je me trouvais au sixième étage, étage du restaurant et de la salle de spectacle pour le soir. Mon ventre gargouilla alors et je me rendis compte que je n’avais pas mangé depuis le matin et était bientôt seize heures. Je décidai donc d’aller acheter quelque chose au bar.

La salle était assez spacieuse, avec des banquettes à l’air confortables, des chaises et des tables pour se reposer après un bon repas, ce que certaines personnes faisaient d’ailleurs et une grande piste de danse au milieu, fermée pour le moment.

Il y avait peu de monde, si bien qu’un silence de mort y régnait mais cela m’arrangeait. Je n’avais pas la tête à être dans le bruit et l’agitation à ce moment-là.

Je m’assis à une table dans un coin et, à peine après avoir pris la carte des boissons dans mes mains qu’un serveur à l’aspect particulier vint se coller devant moi. Il était grand, au visage fin et aux cheveux bruns et longs qui lui tombaient sur l’œil, comme s’il avait essayé de se faire une coupe banane mais que son gel n’avait pas tenu la journée.

Ce dernier me regarda avec insistance de son œil vert et cela me mit si mal à l’aise que je commandai la première boisson que je réparai sur la carte.

Le serveur resta encore quelques instants devant moi, comme si l’information avait du mal à parvenir jusqu’au cerveau avant de partir et de revenir quelques instants plus tard avec un simple verre d’eau dans lequel trempait une tranche de citron.

Tout en sirotant cette eau citronnée, je me mis à regarder par le hublot du restaurant la vue que l’on avait. Elle avait assez peu changé depuis notre départ, à l’exception que la ville avait disparu et que la côte ressemblait désormais à un vulgaire tas de rochers. Là, je me perdis dans mes souvenirs, aussi bien récents qu’anciens. Cette petite ville insignifiante perdue en pleine campagne était tout ce que j’avais toujours connu. Je me demandais bien de quoi l’avenir serait fait à présent, sans Darksky…

Lorsque je me rendis compte du temps qui passait alors que je repensais au passé avec nostalgie et regret, je me levai d’un bond. Il fallait vraiment que je me change les idées. Je finis donc en vitesse cette eau citronnée et j’allai explorer les autres étages du navire.

Au pont cinq se trouvait un autre restaurant, au pont quatre une salle de jeu pour les enfants, les ponts inférieurs étaient réservés aux véhicules.

Je remontai ensuite vers la dernière partie que je n’avais pas encore explorée, l’endroit appelé « solarium ». Lorsque j’ouvris la porte qui y menait, je compris tout de suite d’où lui venait son nom.

Le soleil m’aveugla complètement quelques instants dès que je mis un pied à l’extérieur et, lorsque je recouvris la vue, ce que je vis m’émerveilla.

Il y avait là une immense piscine chauffée, avec même des toboggans géants et un mini sauna. J’avais bien envie d’y faire un tour mais quelque chose derrière attira encore plus mon attention. Je me rapprochai pour mieux voir et mon instinct ne m’avait pas trompé. Il y avait là plusieurs terrains de combats, ainsi que de nombreux Summoners qui semblaient tous s’amuser et passer du bon temps.

Une envie irrésistible de me joindre à eux me prit immédiatement mais, lorsque je ne fus qu’à quelques mètres du premier terrain, je me sentis comme perdue.

J’eus un moment d’hésitation en revoyant dans cet endroit le parc où j’avais retrouvé Darksky après le tournoi. Le soleil brillait aussi fort ce jour-là et une même ambiance de rivalité et d’amitié y régnait. Une main se posa sans prévenir sur mon épaule alors que j’étais encore perdue dans mes pensées et me fit sursauter.

« Alors Laura, qu’attends-tu pour les rejoindre ? Ce n’est pas ton genre de refuser un duel, déclara mon frère d’une voix amusée.

— Arthur, tu pourrais prévenir avant de faire ça ! Protestai-je en me dégageant et en gonflant les joues de frustration.

— Désolé sœurette mais nos parents m’ont demandé de voir si tout allait bien. Ils ne te trouvent pas dans ton assiette en ce moment, et moi aussi je trouve que tu as l’air différente.

— Non, ce n’est rien, je t’assure… mentis-je.

— Allons, je vois bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas, tu en veux aux parents de nous avoir embarqués dans cette histoire de déménagement sans nous demander notre avis ? S’inquiéta-t-il.

— Non, ce n’est pas ça non plus… »

Etrangement, les mots ne vinrent pas. Et pourtant, mon frère était un peu comme mon confident quand les choses allaient mal. Grace à lui, j’arrivai à être toujours de bonne humeur et je pouvais surmonter toutes les épreuves, comme le jour où j’avais échoué à une audition de piano… Mais Darksky était mon secret…un secret beaucoup trop lourd pour être révélé à qui que ce soit…

Il fronça les sourcils, un peu étonné de ma réponse mais n’en demanda pas plus. Il savait que, lorsque je refusais de parler de quelque chose, c’était inutile d’insister.

« Bien, si tu nous cherches, nous sommes dans la cabine 45 au pont 4. Tu devrais vraiment venir la voir, elle est formidable, dit-il en me souriant avant de me laisser seule.

— Oui, je vous rejoins plus tard ! »

Mon frère disparut rapidement dans la foule, me laissant à nouveau seule. Cependant, je ne restai pas plus longtemps dans cet endroit, de peur que d’autre souvenirs avec Darksky ne ressurgissent et ne me paralysent une nouvelle fois.

Marchant au hasard pendant deux bonnes minutes sans vraiment regarder où j’allais, je finis par me retrouver devant un large escalier qui semblait mener à la salle des commandes. Je savais bien que je n’avais pas le droit d’y entrer mais voir la porte entrouverte et des dizaines de boutons clignoter attisèrent ma curiosité.

Après avoir bien regardé de tous les côtés pour m’assurer qu’il n’y avait vraiment personne, je décidai de rentrer à l’intérieur.


https://www.youtube.com/watch?v=Gpa6R_hF9uc


L’endroit était beaucoup plus spacieux que ce que j’aurais imaginé. Il y avait certes le tableau de bord rempli de cadrans avec des aiguilles indiquant des chiffes, des boutons de toutes les couleurs et d’autres appareils dont j’ignorai l’utilité mais, à côté, il y avait également une sorte de coin salon avec trois fauteuils, un bar à vin, une bibliothèque ainsi qu’une autre pièce, fermée à clé.

Rapidement, je me mis à toucher à tout, allant même jusqu’à m’asseoir dans l’un des fauteuils qui me parut étonnement agréable. Le capitaine de ce navire avait décidemment bon gout.

Depuis mon siège, je décidai d’admirer un peu plus en détail la pièce et je vis rapidement de nombreux trophées, quelques filets de pêche et d’autres ustensiles reliés à la navigation.

Mais, alors que j’étais perdue à admirer le décor, une forte odeur de tabac derrière moi me parvint jusqu’aux narines et mon sang se glaça.

Je devinai sans grand mal que le capitaine du navire était de retour et qu’il n’allait pas apprécier que je me prélasse dans ses quartiers… Je n’osai plus faire un seul mouvement, espérant sans grand espoir qu’il allait repartir sans me remarquer.

Malheureusement, j’entendis des pas se rapprocher et je commençai déjà à me chercher une excuse pour ne pas causer de problème…

Mon cœur battait à tout rompre, des gouttes de sueur perlaient de mon front et tous mes membres tremblaient et, n’en pouvant plus, je sautai du fauteuil pour avouer ma faute avant que les choses ne dégénèrent.


https://www.youtube.com/watch?v=ek_ReBed57g


« Dé… Désolée de m’être introduite dans votre cabine ! M’exclamai-je en m’inclinant devant lui. »

L’homme sursauta et tomba à la renverse en me voyant. Je me sentis néanmoins un peu gênée pour lui lorsque je le vis étalé par terre de tout son long, le regard encore choqué.

Il s’agissait d’un homme âgé de la quarantaine, assez corpulent et eux cheveux grisonnant coupés court. Son visage était marqué par de profondes rides sur son front et une courte barbe admirablement bien taillée surmontait ses joues et son menton carré. Son nez était droit, assez long mais assez harmonieux avec ses lèvres fortes et ses yeux d’un gris profond. Il portait l’habit habituel des capitaines de navire comme on pouvait se l’imaginer dans les livres et à côté de lui trainaient sa pipe et sa casquette, tous les deux tombés en même temps que lui.

Ce dernier me regardait avec plus d’incompréhension et de surprise dans son regard que de colère.

« Qu… Qu’est-ce qu’il vient de se passer ? Bafouilla-t-il toujours à terre.

— Je… Je me suis introduite dans votre cabine sans votre permission, capitaine, j’en suis… »

Je n’eus pas le temps de terminer ma phrase que l’homme se releva et éclata de rire pendant une bonne minute sans que je puisse l’arrêter… ce qui me mit assez rapidement mal à l’aise, ne sachant pas si je devais en profiter pour m’éclipser ou attendre qu’il ait terminé.

Finalement, le marin se releva et s’assit sur son siège de commandant du navire avant de me fixer d’un œil intrigué.

« Eh bien, ce n’est pas tous les jours que je reçois de la visite ! S’exclama-t-il en remettant sa casquette. Yohoho matelot, moi c’est Nico ! Je suis le capitaine de ce navire !

— Oui, ça je m’en serais douté… Lui répondis-je en grimaçant.

— Alors, quel bon vent amène une enfant dans ici ? Tu rêves de piloter ce beau navire ? S’exclama-t-il, l’œil brillant.

— Pas… Pas vraiment… Dis-je en détournant le regard, un peu gênée. »

Le regard du capitaine s’assombrit et un air triste passa sur son visage pendant un instant et, voyant cela, je me repris immédiatement.

« Mais je veux bien savoir comment faire tant que je suis là ! »


https://www.youtube.com/watch?v=Ov1U1JLi8SU


Le vieil homme se leva d’un bond et commença à me montrer toutes les commandes d’un air enthousiaste. Je ne comprenais pas grand-chose à ce qu’il racontait mais je me contentai d’acquiescer à chacune de ses phrases, histoire d’éviter qu’il se souvienne que je m’étais introduite ici sans aucune autorisation…

Cependant, plus le temps passait et plus je commençais à apprécier ce vieil homme. Certes, il n’était pas des plus intéressants à me parler de voiles, gouvernail et moteur, mais la joie qu’il communiquait lorsqu’il en parlait fit que je finis par me prendre au jeu et à m’intéresser un peu à ces histoires de navigation.

Finalement, après une bonne heure, le capitaine se rendit soudain compte qu’il avait du travail et me laissa seule dans sa cabine, partant précipitamment je ne sais où…

Je ne savais pas trop quoi penser de cette petite visite. D’un côté j’étais bien contente de ne pas m’être faite attrapée et de l’autre… je me mis à vraiment craindre pour la sécurité de tout le monde sur ce bateau sur le capitaine laissait rentrer n’importe qui dans le poste de pilotage !

Ne cherchant pas à comprendre davantage, je décidai de retourner dans ma propre cabine. Lorsque je mis le nez dehors, un vent glacial plaqua mes cheveux contre mon visage et une forte odeur de sel parvint jusqu’à mes narines. Cela se faisait ressentir que je n’étais plus sur les côtes françaises et que nous approchions de l’Angleterre, rien qu’en regardant le temps qui se couvrait déjà…

Je me protégeais du froid comme je pus en refermant mon gilet et mettant mes mains dans poches et prit le chemin du retour. Il devait être aux alentours de six heures et demi du soir. Cet entretien avec le capitaine avait pris plus de temps que prévu, sachant que je comptais y rester à peine trente secondes…

Avant de retourner à l’intérieur du navire, je jetai un dernier regard vers la côte. Elle avait complètement disparue à présent, nous devions être trop loin et il faisait beaucoup trop sombre. Seul une immense étendue d’eau bleue marine nous entourait de tous les côtés, se confondant avec un ciel où apparaissait déjà les premières étoiles.

Les couloirs étaient inondés de monde, tous voulant assister au spectacle qui avait lieu dans plus de trois heures, mais qui, selon les journaux de bord, valait vraiment le détour mais je n’essayai même pas de savoir de quoi il s’agissait. S’il y avait bien une chose que je n’avais pas envie de faire, c’était de regarder une tragédie mielleuse.

Rapidement, je fus devant notre loge et, lorsque e frappai à la porte et mon père vint m’ouvrir aussitôt, l’air vraiment pressé.

« Ah, te voilà Laura. Dépêche-toi de te préparer, nous devons y aller bientôt !

— Vraiment ? Et que devons-nous faire exactement ? Sauter à la mer ? Ironisai-je.

-nous sommes invités à la table du capitaine pour le diner, c’est un homme très respectable et qui ne possède pas un grand sens de l’humour, particulièrement en matière de ponctualité. »

Je restai de marbre devant cette affirmation. J’hésitai à lui parler de ma rencontre avec lui mais, connaissant mon père, il allait encore faire tout un plat de mon intrusion dans le poste de pilotage… Je décidai donc je laisser passer cela, pensant qu’il allait le découvrir bien assez tôt.

Ma mère arriva peu de temps après et me tendit une longue robe blanche en dentelle, avec une fleur rose cousue au niveau de la taille, ainsi qu’une paire de chaussures à talon et un serre-tête…

Je détestai porter ce genre de vêtements ! Pour moi, ils étaient associés à de longues discussions ennuyeuses sur le travail de mon père ainsi que des repas bien trop sophistiqués à mon gout…Il était un membre éminent de la fédération Ether et venait justement d’être nommé président de la branche anglaise après la démission subite de son prédécesseur atteint d’une maladie l’empêchant d’occuper ses fonctions, d’où notre départ précipité.

Ma mère ne voulut rien entendre malgré mes protestations et, à contrecœur, je me changeai après avoir pris une bonne douche puis j’enfilai ma robe, qui était trop grande pour moi au passage, si bien qu’à chacun de mes pas, je manquais de tomber par terre et les talons n’arrangeaient rien…Heureusement que Darksky n’était pas là pour me voir car cela m’aurait suivi pendant longtemps…

Au moment de sortir tous ensemble, Arthur rentra dans la pièce tout essoufflé, comme s’il avait couru en faisant plusieurs fois le tour du bateau. Il portait un beau costume noir, constitué d’un pantalon assez élégant et d’une veste surmontée d’un nœud papillon qui gâchait vraiment tout l’ensemble mais je me retins de dire quoique ce soit étant donné mon serre-tête.

« Sérieusement, tu étais vraiment obligé d’oublier le cadeau pour le capitaine dans les bagages ? Souffla-t-il, manquant de s’écrouler.

— Et bien, cela aurait été dommage que le président commence sa carrière en oubliant les cadeaux qu’on lui fait, non ? Répondit mon père en haussant les épaules.

— Si tu le dis… Maugréa Arthur, peu convaincu. »

Sur ces joyeuses notes, nous remontâmes vers la salle de restaurant, mais au lieu d’aller au bar comme je l’avais fait, nous nous dirigeâmes vers une autre salle derrière.

Lorsque je franchis la porte, l’ambiance y était totalement différente. Des colonnes en or, ou du moins dorées, ornaient chaque coin de la salle et le plafond était peint de façon à ce qu’il ressemble à une nuit étoilée par une belle soirée d’été tandis qu’au sol se trouvait une élégante moquette rouge. Les chaises avaient été remplacées par de luxueuses banquettes, bien plus belles qu’au bar, et les tables étaient déjà mises comme si elles nous attendaient.

Il y avait peu de monde mais je me sentis tout de suite mal à l’aise ici, exactement comme dans toutes les réunions dans lesquelles mon père nous emmenait parfois. Je sentais que les gens n’étaient pas sincères ici…

Je repérai assez rapidement le capitaine un peu plus loin en grande conversation avec un jeune couple à l’air prétentieux, mais nous devions avoir l’air pas mal non plus dans nos costumes. Nos parents s’avancèrent vers lui d’un pas décidé. Lorsqu’il me vit, ce dernier quitta brusquement sa conversation pour venir à nous, un large sourire aux lèvres.

« Bonsoir monsieur et madame Garden, c’est un honneur de vous avoir parmi nos hôtes ce soir, dit-il avec une révérence presque grotesque. »

Mon père parut un peu déconcerté par ce geste déplacé mais continua comme si tout était normal.

« Bonsoir capitaine, c’est à nous de vous remercier de votre hospitalité sur votre magnifique navire.

— Allons monsieur, ne soyez pas aussi solennel avec un vieux loup de mer comme moi, s’exclama le capitaine en lui donnant une grande tape dans le dos comme à un vieil ami.

— Euh… oui, bien entendu… S’étonna mon père… Mais je vous présente ma femme, Jessica, et mes enfants, Laura et Arthur. »

Mon frère s’avança pour lui serrer la main mais le capitaine ne le remarqua même pas, portant toute son attention sur moi.

« Ainsi donc, cette charmante demoiselle est votre fille, intéressant… Dit-il avec un sourire malicieux en se grattant la barbe.

— Vous vous connaissez déjà ? Dit mon père un peu surpris.

— Et comment ! La petite s’était perdue et s’est retrouvée dans la salle des commandes, s’exclama-t-il en me faisant un clin d’œil complice.

— Je suis vraiment désolé capitaine, j’espère qu’elle ne vous a pas trop embêté, elle peut être fatigante parfois…

— Comment ! M’écriai-je presque offensée.

— M’embêter ? Moi ? Vous plaisantez j’espère, votre fille est charmante, sympathique et elle m’a fait bien rigoler avec son air apeuré quand elle est rentrée ! Je suis même tombé par terre lorsque je l’ai vue, je ne m’attendais pas du tout à voir quelqu’un là ! »

Il se mit à rire de plus belle. Mon père ne savait vraiment plus où se mettre mais me lança tout de même un regard noir. Heureusement que j’y étais préparée, car sinon, j’aurais sûrement été comme lui. Arthur semblait vexé d’avoir été ignoré de la sorte et boudait dans un coin.

Quand le capitaine eut enfin fini sa crise, il nous proposa de passer à table, ce que nous acceptâmes volontiers. Je serais bien incapable de décrire avec précision ce que nous avions pris comme je n’en avais aucune idée, mais une chose était sûre, c’est que tout était délicieux. Le diner se passa sans rebondissement. Mon père avait l’air d’avoir compris la vraie personnalité du capitaine et essayait tant bien que mal de comprendre son humour très spécial.

Pendant ce temps, je parlais avec ma mère et Arthur de notre nouvelle vie à Londres. J’appris que nous serions dans un collège français, et que par conséquent, nous n’aurions pas à apprendre l’anglais. Nous aurions aussi une maison dans la banlieue de Londres et que nous aurions besoin de prendre le bus tous les matins pour nous rendre à l’école. Ma mère nous parla également rapidement des activités à faire et de quelques contacts qu’elle avait gardés mais je n’écoutais que d’une oreille cette partie-là.

A la fin du repas, soit deux heures plus tard, le capitaine nous proposa de venir voir le spectacle avec lui.

« Non, non, nous ne voudrions pas abuser de vous, lui dit ma mère.

— Mais non, je serais très heureux que vous veniez avec moi justement, et puis, j’ai déjà pris des places pour vous. »

Mon père n’eut d’autres choix que d’accepter son offre et je suivis ma famille en trainant les pieds. Cependant, le spectacle était tout, sauf ce à quoi je pensais. Il s’agissait d’un banal concert de piano, organisé par des artistes aux costumes tous plus extravagants les uns que les autres, comme s’ils essayaient d’incarner le compositeur qu’ils interprétaient. Je fus prise assez facilement dans cette ambiance qui me changeait des concours froids et austères. Car j’aimais le piano en tant qu’instrument. Pour moi, il était le plus majestueux de tous, le seul capable de remplacer un orchestre à lui tout seul. Les plus grands compositeurs de l’histoires étaient pour la plupart pianistes et c’était en grande partie ce qui m’avait motivée à me lancer dans cette aventure. Cependant, les concours et la compétition omniprésents me rebutaient sans cesse lorsque j’essayais d’aller plus loin. Et à présent, je ne jouais plus que pour mon propre plaisir.


https://www.youtube.com/watch?v=IU3nyjA08Kg


« Tiens, Laura, déclara soudain mon frère en me tirant de mes pensées. Après ce type, Éric, qui joue « Le Requiem Mauve », il y a une pause. Ça ne te dirait pas de nous faire une démonstration de tes talents ?

— Quoi ? Tu sais très bien que…

— Oh, tu es pianiste mon enfant ? S’étonna le capitaine d’un œil brillant. Pourquoi tu ne l’as pas dit plus tôt ? Si tu veux, je peux te faire monter sur scène !

— Non, vraiment je…

— Allez Laura, tu peux le faire ! S’exclama mon père qui ne m’aidait pas du tout. »

Je grinçai des dents, sentant déjà que j’allais devoir m’afficher encore devant tout le monde…Et évidemment, le capitaine ne rata pas l’occasion. Alors que le dénommé Eric, qui n’était autre que le serveur étrange du bar, s’avançait déjà pour jouer, Nico se leva et s’empara d’un micro qui se trouvait là.

«

« Votre attention s’il vous plait, c’est votre capitaine qui vous parle. »

Tous les regards se tournèrent vers nous et je me fis la plus petite possible, espérant disparaitre de cette salle.

« Tout d’abord, merci de voyager sur notre compagnie, je suis très heureux de vous avoir tous ici ce soir. Il y a ici une jeune fille du nom de Laura qui désirerait vous montrer ses talents ! Elle est jeune mais je suis certaine qu’elle possède un grand potentiel pour se lancer ainsi ! »

Je me mordis la lèvre et tentai de m’enfuir avant que les choses ne dégénèrent mais mon frère, amusé par la situation, me retint par la manche et m’obligea à rester.

« Tu ne vas quand même pas nous fausser compagnie maintenant, railla-t-il d’un air malicieux que je détestais quand il m’était adressé. »

Comprenant qu’il était inutile de résister, je me contentai de me rasseoir, espérant simplement que tout cela se termine rapidement.

Des murmures s’élevèrent de toutes parts, tous se demandant ce que j’avais de si spécial pour interrompre le spectacle et je me pris la tête dans les bras, soupirant déjà d’avance à l’idée de cette prestation qui n’avait pas lieu d’être.

Sur le visage du serveur, je crus discerner l’esquisse d’un sourire alors qu’il regardait dans ma direction mais il ne s’attarda pas et se mit à jouer. Son morceau était pour le moins… étrange. Il était dissonant, ne respectait pas la mesure classique, ni de la valse, ni des quatre temps, accélérant et ralentissant de façon anarchique et sautait des graves aux aigus sans cesse. J’avais l’impression en l’écoutant d’entendre comme une plainte ou une mélodie annonciatrice d’un désastre. J’étais vraiment mal à l’aise mais au moins, je fus déterminée à changer l’ambiance froide et pesante que cet homme venait d’instaurer.

Lorsqu’il eut enfin terminé et que des applaudissements de politesse, mais néanmoins discrets, retentirent dans la salle, je me levai d’un bond de mon siège pour monter sur scène. Là, j’oubliai complètement mon appréhension et mes doutes pour ne me concentrer que sur le dernier morceau que j’avais appris, juste avant de dire adieu à Darksky. Il s’agissait de la nocturne de Chopin numéro deux en mi bémol majeur. Je l’avais retranscrite moi-même d’oreille et je comptais la jouer à mon partenaire de combat… Mais l’occasion ne s’était finalement jamais présentée.


https://www.youtube.com/watch?v=p29JUpsOSTE


A peine eussé-je placé mes mains frêles sur le clavier brillant de ce piano à queue majestueux que j’entamai la mélodie. Elle était lente, douce, apaisante, harmonieuse, comme un murmure d’amour. Puis rapidement, lorsque la seconde partie arrivait, elle devenait plus forte, plus brutale, plus puissante, comme un cri venant du fond de l’âme, le désir impossible de rester éternellement avec l’être chéri.

Alors que mes doigts dansaient sur le clavier, je m’imaginais, chez moi, jouant ce morceau avec comme seul public Darksky qui m’écoutait d’une oreille attentive au coin du feu. Aurait-il été impressionné ? M’aurait-il trouvée prétentieuse ? Aurait-il compris le message que j’essayais de lui faire passer à travers cette mélodie ? Aurait-il été touché par ma musique comme je l’avais touché avec mon style de combat ?… Je l’ignorais. Et je ne le saurais sans doute jamais, pensais-je.

La mélodie s’accéléra, comme les battements de cœur d’un dernier adieu et lentement, la mélodie principale revint avant de disparaitre lentement dans le silence de la note finale.

Je restai plusieurs secondes, figée sur cette dernière touche, les yeux rivés sur le clavier, retenant en moi quelques pleurs. J’avais réussi. J’avais maitrisé ce morceau… Mais trop tard.



Laura : Refaire l’histoire



Spoiler :



Un tonnerre d’applaudissements me tira de mes rêveries et, en tournant mon regard vers le public, je vis que celui-ci, à l’unanimité, s’était levé pour me féliciter chaudement. Mon frère me sifflait depuis sa place tandis que mon père était au bord des larmes tant il était ému.

Gênée, je saluai le public et me retirai précipitamment pour retourner à ma place. La soirée se termina dans une ambiance joyeuse et détendue. Cependant, il me manquait quelque chose. Ce n’était pas ainsi que je voulais performer ce morceau, pas devant une foule d’inconnus ni devant un jury froid et sans sentiments… Mais devant la seule personne à qui je m’adressai à travers ces notes.


https://www.youtube.com/watch?v=bbss_iQEX9I


C’était étrange, ce sentiment de vide au fond de moi, comme si, privée de ma raison de jouer, j’étais incapable de savourer pleinement le fruit de mes efforts. Depuis que j’avais quitté Darksky, tout cela s’était envolé, évaporé lors de notre dernière rencontre sur la falaise…

En pensant à cela, l’émotion me subjugua et je dus sortir. J’avais besoin d’être seule…

Une fois dehors, l’air froid et humide de la mer me fouetta aussitôt le visage comme une lame glacée. Je grelottais dans ma légère robe de soie blanche et je n’avais rien pour me protéger. Mais au moins, j’étais sûre d’être tranquille sur le pont à une heure pareille.

Il devait être aux alentours de deux heures du matin. Tout était calme. Le bruit du bateau avançant sur les flots et le clapotis des vagues se fracassant avec violence sur la coque étaient les seuls sons que l’on pouvait entendre. Même les rires de la soirée semblaient inaudibles dans le silence de la nuit.

Je trouvai un endroit agréable vers l’avant du bateau puis je m’assis là, à même le sol et je commençai à réfléchir.

Cela faisait à peine un jour que j’avais dit adieu à Darksky, et pourtant, j’avais l’impression qu’une éternité s’était écoulée.

Etrangement, rester seule dehors, assise dans le froid et exposée au vent sans que personne ne vienne me déranger me rappela ces jours que je passais autrefois sur la falaise alors que j’essayais de fuir la réalité.

Ce que je ressentis à ce moment-là, je ne l’avais plus ressenti depuis ma rencontre avec mon meilleur ami en y repensant. C’était vraiment grâce à lui que j’avais pu prendre un nouveau départ et oublier tous mes tracas liés au travail de mes parents.

J’avais toujours été si seule… Je ne faisais que cacher mon mal derrière un faux sourire mais, lorsque je l’avais affronté pour la première fois dans ce tournoi, pour la première fois, j’avais réussi à vraiment apprécier les combats.

Je repensai alors à son cadeau d’adieu que j’avais conservé précieusement sans le lire, de peur de le perdre ou de l’abîmer et je le sortis de ma poche.

Je dépliai le petit bout de papier et quelle ne fut pas ma surprise lorsque je trouvai à l’intérieur un poème, ou peut-être une chanson qui sait, écrit de sa main.

La quasi pleine lune me permis de voir distinctement tout ce qui était marqué et je commençai ainsi à lire.

Il s’agissait d’un poème, comme une déclaration d’amour mielleuse et remplie de bons sentiments. Je souris bêtement en lisant les premières lignes. En temps normal, je me serais bien moquée de lui si j’avais trouvé ce poème un jour dans la cour de l’école ou dans son bureau. Mais ce soir-là, seule sur le pont de ce bateau, mon cœur battait la chamade en pensant que Darksky avait écrit ces mots pour moi…

« J’ai toujours cru que nous pourrions ainsi rester

Amis et partenaires pour toute l’éternité

Mais ce n’était rien d’autre qu’une hallucination,

Un doux, tendre, long, chaud, beau rêve. Une illusion… »

Je sentis tout à coup les larmes me monter aux yeux et je fus obligée d’arrêter ma lecture. Ainsi, il savait déjà qu’un jour, nous nous séparerions, et pourtant, il avait continué à passer autant de temps avec moi tout en sachant que ces jours ne pourraient pas continuer éternellement…

J’avais toujours pensé que c’était moi qui lui donnais la force d’avancer et de surmonter la mort de ses parents… mais en réalité, c’était lui qui me soutenait plus que n’importe qui. Sans lui, j’aurais continué à me cacher derrière ces faux sourires et ces rires forcés !

Comment avais-je pu ne pas m’en rendre compte plus tôt ? Comment avais-je pu être aussi aveugle ? Si égoïste ? Je n’avais pensé qu’à moi, qu’à ce que notre séparation pourrait me faire, sans penser réellement à ce qu’il aurait pu ressentir lorsque je lui ai annoncé mon départ…

Tout ce qui m’importait était de repousser au maximum ce jour, non pas pour le préserver mais pour me voiler la face et croire que ces jours seraient éternels alors que lui, au contraire, avait conscience de cette réalité plus que n’importe qui…

Je ne pus me contenir plus longtemps et je laissai le flot de larmes en moi se déverser comme un torrent incontrôlable. La nuit résonnait de mes plaintes, et les étoiles étaient les seuls témoins de ce que je vivais en ce moment.

Je lançai un appel dans le vent, chuchotant dans les ténèbres, espérant qu’il puisse le porter jusqu’à Darksky, lui dire à quel point j’étais désolée, que si j’avais la possibilité de tout recommencer, que si je pouvais réécrire l’histoire, je le ferais sans hésiter, et cette fois-ci, je saurais être à la hauteur.

« Si seulement je pouvais juste croire aux miracles, Darksky… Je réécrirais l’histoire… je ferais tout pour te montrer une toute autre personne que l’égoïste que tu as connue et je te dirais les mots que je n’ai jamais pu te dire… Murmurai-je en serrant ce minuscule bout de papier contre mon cœur au risque de le froisser.

— C’est un bien beau souhait que de vouloir refaire l’histoire pour l’être qui nous est cher, dit soudain une voix derrière moi. »

Je me retournai brusquement, et je vis le capitaine s’approcher de moi avec un sourire malicieux aux lèvres ainsi qu’une pipe à la main. J’espérai sincèrement qu’il ne m’avait pas entendue me plaindre mais à en juger par ses mots, j’en doutais fort…

« Désolé si je t’ai encore une fois surprise. J’étais sorti fumer et j’ai entendu quelqu’un pleurer sur mon navire. Je n’imaginais pas un instant qu’il pouvait s’agir de toi mon enfant, continu a-t-il d’une voix plus douce.

– Ce… Ce n’est rien, lui répondis-je en essuyant mes larmes d’un revers de la manche. »

Le capitaine vint se placer à côté de moi et regarda fixement un point dans les ténèbres de la nuit. Son expression s’était tout à coup durcit. Il n’avait plus du tout son air décontracté et plaisantin comme lors du diner. Au contraire, il semblait pensif et triste et semblait tout à coup avoir pris dix ans à cause de la fatigue se reflétant dans ses yeux gris et remplis de regrets.

J’attendis quelques instants qu’il brise le silence, mais à ma grande surprise, il ne dit rien de plus, comme s’il était totalement perdu dans ses pensées. Je pris alors la parole, déconcertée par son attitude.

« Capitaine, vous avez dit de refaire l’histoire pour l’être aimé…

— Désolée, Laura, ça m’a échappé. Je ne veux pas t’embêter avec mes histoires qui n’intéressent que moi, me répondit-il sans me regarder. »

J’hésitai un instant à me confier à lui. Après tout, je ne le connaissais que depuis quelques heures et encore, je ne lui avais pas vraiment parlé mais quelque chose en lui m’inspirait la confiance. C’était peut-être stupide mais c’était un sentiment que je ne pouvais expliquer à ce moment-là.

« Dites-moi, capitaine, commençai-je en me relevant et en m’installant à côté de lui, cela vous est déjà arrivé de vouloir réécrire l’histoire vous aussi ?

— Plus de fois que tu ne le crois ma chère enfant, me répondit-il dans un soupir. Vois-tu, il y a longtemps, lorsque je devais avoir vingt ans, j’avais deux amours dans la vie : la mer… et une femme du nom de Jessi. Je me souviens encore de son visage, doux comme un ange, toujours joyeuse et son regard… bleu comme la mer la plus calme…

— Et… que lui est-il arrivé, demandai-je prudemment.

— Malheureusement pour moi, elle avait une peur bleue de l’océan car elle avait perdu toute sa famille en mer lorsqu’elle était petite. J’ai dû faire un choix entre ma carrière et donc renoncer à Jessi, ou bien renoncer à la mer pour toujours et vivre avec elle…J’ai choisi la mer. Au départ, je pensais vraiment avoir fait le bon choix, mais j’étais jeune et inconscient et je me voyais avec un brillant avenir dans la marine… Aujourd’hui, je me demande si je n’aurais pas dû faire ma vie avec elle plutôt que de moisir ici sur mon bateau, seul… »

Il me regarda droit dans les yeux. C’était la première fois de la journée que je ne voyais en lui aucune ironie ni de joie. Il était si sérieux que cela faisait presque peur mais je comprenais exactement ce qu’il ressentait du haut de mes onze ans.

« Mais toi, tu es jeune, tu as tout le temps pour réfléchir. Je ne sais pas pourquoi tu veux réécrire l’histoire, Laura, et cela ne me regarde pas mais, ne renonce pas à tes rêves, sans cela, la vie ne vaut même plus la peine d’être vécue. Si tu aimes quelqu’un de tout ton cœur et de toute ton âme, alors rien ne pourra vous séparer, pas même l’éloignement ou le temps. »

Cette dernière phrase me fit ouvrir les yeux sur moi-même. Il avait raison, j’avais fait une promesse à Darksky : qu’un jour, nous nous reverrions et je comptais bien la tenir désormais, même si cela devait prendre plusieurs années.

Je lui avais dit au revoir, pas adieu ! Rien ne m’empêchait de revenir le voir une fois adulte, ou même pendant des vacances. Il y avait également de nombreux moyens de communications comme les mails ou tout simplement les lettres. Il suffisait que j’insiste un peu mais j’étais persuadée que nous pourrions rester en contact jusqu’au jour où l’on se retrouverait.

« Merci, lui dis-je dans un murmure presque inaudible.

— Mais de rien mon enfant, cela faisait longtemps que je n’avais pas parlé de cette histoire à quelqu’un. Je crois bien que la dernière fois, je devais être à moitié saoul… »

Je ne pus m’empêcher de rire malgré les quelques larmes qui s’accrochaient encore à mes yeux rougis par mes pleurs. Ce capitaine, décidément, il ne prenait rien au sérieux…

Ce dernier, ayant terminé sa cigarette, mit les mains dans ses poches et commença à prendre le chemin du retour mais, alors qu’il se trouvait juste devant la porte, il s’arrêta un instant et se tourna à moitié vers moi et me lança :

« Ce voyage est mon dernier. A partir de la semaine prochaine, je prends ma retraite.

— Vraiment ? Vous ne paraissez pas si vieux que ça pourtant, m’étonnai-je.

— Disons que, à défaut de pouvoir réécrire l’histoire, j’ai écrit une nouvelle page, me répondit-il d’un ton amusé. »

Sur ces mots, le capitaine rentra à l’intérieur du navire et je me retrouvai à nouveau seule sur le pont, toujours frigorifiée et repensant au passé, mais désormais, je me sentais libérée du poids de mon mensonge envers Darksky. J’avais maintenant la certitude que cet adieu sur la falaise n’était qu’un au revoir.

Comme prise de folie, je me précipitai à la poupe du bateau et je criai de toute mes forces dans la nuit en direction de la ville que j’avais quittée :

« M’entends-tu Darksky ! Nous nous reverrons bientôt, j’en fais le serment ! Alors, en attendant ce jour, prends soin de toi… »

J’essuyai les quelques larmes qui restaient encore pendues à mes yeux, puis, lançant un ultime regard au lointain, je rangeai le poème précieusement dans la poche de ma robe et je rentrai à mon tour avant d’attraper une méningite…

Une fois à l’intérieur, la climatisation du bateau me revigora d’un seul coup. Il n’y avait plus personne désormais dans les couloirs, le spectacle devait être terminé depuis longtemps déjà…

Je regagnai lentement la cabine, m’égarant un peu sur le chemin à cause de la fatigue mais je finis par la retrouver assez rapidement.

Ma mère vint m’ouvrir, me grondant au passage pour avoir disparue en plein milieu de la fête sans prévenir, mais j’étais si épuisée que je n’eus même plus la force de me défendre et je pris toutes les critiques sans broncher avant de m’affaler sur le lit et de m’endormir immédiatement, encore toute habillée.


https://www.youtube.com/watch?v=ygur5AaVzgA


Lorsque je me réveillai le lendemain, il devait être aux alentours de midi et tout le monde était déjà sur le départ. Mon frère passa en coup de vent devant moi en me criant de me lever sans quoi il partirait sans moi.

Encore à moitié dans mes rêves, je m’étirai, histoire de me donner un peu de courage avant d’entamer cette journée qui s’annonçait d’ores et déjà épuisante.

Je fis rapidement mes bagages, c’est-à-dire la trousse de toilette, un jean, un tee— shirt et le poème et, encore habillée comme la veille, je sortis ma valise dans le couloir avec les autres.

« Te voilà enfin, ricana Arthur, je croyais que tu n’allais jamais te réveiller.

— Arrête un peu de l’embêter, le reprit ma mère, nous ne sommes pas si pressés, le bateau n’arrivera au port que dans une demi-heure.

— Oui, mais ils voulaient que nous sortions de la chambre à 11 heures et il est midi, il était temps que tu viennes Laura, râla mon père. Et bon sang, où étais-tu passée hier ? J’étais tellement absorbé par le capitaine que je ne t’ai même pas vue disparaitre !

— C’est bon, ce n’est pas comme si j’avais été enlevée sur un bateau… Maugréai-je. »

Alors que nous nous disputions sans réelle raison, nous vîmes arriver le capitaine qui arborait un air spécialement joyeux pour quelqu’un partant à la retraite mais si mes déductions étaient exactes, alors je pouvais le comprendre.

« Yohoho Matelot, bien dormi j’espère ? S’exclama-t-il en guise de salutation.

-très bien capitaine, merci. Votre bateau est très confortable, lui répondit mon père sans perdre son sérieux.

— Oh mais ce n’est plus mon bateau désormais. Comme vous, je descends ici et direction l’Angleterre ! Je suis d’ailleurs venu vous donner mon adresse. Il faudra qu’on se revoie un de ces jours et je vous présenterai ma nouvelle femme ! »

Je souris en entendant cela. J’avais finalement bien deviné et je fus contente de voir que le capitaine liait l’acte à la parole et qu’il ne faisait pas que des leçons de morale sans appliquer lui-même ses propres conseils.

S’ensuivit alors une courte discussion pendant laquelle mon père prit l’adresse du capitaine ainsi que son numéro puis la sirène du bateau siffla trois fois.

« Eh bien, monsieur Garden, j’espère vous revoir prochainement dans ce cas et je vous souhaite une bonne installation ! Je suis le premier soutien de la fédération ! Lança le capitaine tout en nous faisant un signe de la main. Laura, n’oublie pas ce que je t’ai dit et tout ira bien. »

Mon frère me regarda bizarrement en entendant cela mais je l’ignorai et je me contentai de répondre au signe de main du capitaine, vraiment reconnaissante envers lui.

Nous montâmes ensuite sur le pont extérieur et les côtes anglaises nous apparurent. Elles ressemblaient trait pour trait aux côtes françaises à l’exception que le temps était gris et que la falaise n’existait pas ici.

Au loin, je distinguai une ville perdue dans le brouillard et mon cœur se mit à battre plus vite

« Nous voilà arrivés. C’est une nouvelle vie qui nous attend derrière ce brouillard, déclara Arthur calmement.

— Oui, et espérons simplement… qu’elle soit heureuse… murmurai-je en repensant à Darksky. »





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le bon temps…

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